Facebook Twitter      Mobile RSS        
DVDEF

Majestic, The

Critique
Synopsis/présentation
«Le rêve américain, ce n'est pas l'argent, mais le bonheur et la liberté», déclarait le réalisateur Frank Capra à propos de ses inspirations cinématographiques. Entre 1936 et 1941, Capra signa ses plus grandes oeuvres, lesquels sont résolument optimismes, idéalistes et volontaristes. «Esprit d'enfance, amour de la nature, sentimentalité romantique, moralisme un peu désuet, enracinement dans la communauté, telles sont quelques-uns des traits du cinéma de Capra»(Passek, J-L. Dictionnaire du Cinéma, nouvelle édition. Éditions Larousse-Bordas, Paris, France, 1998, 16 cahiers). Le cinéaste s'évertua à mettre en scène des personnage plus grand que nature et dont l'individualisme se heurte inévitablement aux forces de l'Appareil. C'est dans cette tradition avouée que le réalisateur Frank Darabont s'intéressa au scénario de Michael Sloane, intitulé The Majestic, afin d'en produire son ode personnelle à l'oeuvre de Capra.
The Majestic s'ouvre sur les années cinquantes avec Peter Appleton (Jim Carrey, en quête d'un autre rôle dramatique), scénariste récemment débarqué à Hollywood. Après avoir signé son premier récit porté à l'écran, Appleton file le parfait bonheur; il vient de terminer son prochain scénario, il fréquente une actrice en vogue et se complait à voir son nom sur les affiches de films. Malheureusement pour lui, Hollywood est à l'orée d'une période sombre de son histoire, celle du maccartisme, véritable chasse aux sorcières paranoïaque visant à débusquer les personnes impliquées dans des activités anti-américaines. Et son nom se retrouve rapidement sur la Liste Noire du House of Un-American Activities Committee (HUAC), ce dernier, bien qu'aucunement d'allégeance communiste, ayant assisté à quelques rencontres d'un groupe socialiste dans ses années de collège. Cette suspicion aura des conséquences catastrophiques; Appleton est suspendu du studio, perd sa copine et ses amis, son projet de film est scruté par une commission, le tout couronné du fait qu'il devra témoigner et surtout, dénoncer... Un soir pluvieux, sombrant dans l'alcool, Appleton prend le volant pour ainsi se retrouver déboussolé et amnésique sur une berge du Pacifique, après avoir subi un spectaculaire accident.
Ignorant tout de son passé, Appleton est accueilli dans une petite communauté californienne. Lawson (Martin Landau, brillant), un vieil homme de la localité, reconnaîtra en Peter, son fils Luke disparu depuis près de dix ans. Peter acceptera cette identité comme sienne, charmé par la générosité et la chaleur des habitants. Devenant ainsi le héros local et source d'espoirs pour la population, Peter inspirera son père Lawson à ré-ouvrir la salle de cinéma The Majestic, laissée à l'abandon après que la Guerre est décimée les jeunes hommes de la ville. Alors que la mémoire de Peter se rafraîchit timidement, les forces de l'ordre gagneront du terrain, ces derniers étant convaincus que la disparition de Peter corrobore sa culpabilité. Traduit devant la Commission, Peter délivrera un discours enflammé, hommage final, mais hypocrite, au cinéma de Capra.
Sans avoir la force de Shawshank Redemption, The Majestic constitue, à première vue, un film plein de bons sentiments dans la pure tradition hollywoodienne. Peu de défauts peuvent être reprochés à la réalisation habile de Darabont qui mise sur une interprétation solide, une photographie léchée et un scénario bien construit. Néanmoins, des problèmes sont évidents. Tout d'abord, le manque flagrant de raffinement des personnages secondaires; aucun d'eux ne semble dépassé la caricature de l'archétype, s'en tenant à leur fonction civique pour lesquels ils ont été conçus, alors que leurs traits de personnalités se résument à une ligne. Second reproche, les rapprochements grossiers de The Majestic avec le style de Capra. Si Darabont se targue d'avoir réalisé son film dans la veine de Capra, il n'en n'a pas le cachet. Et que dire du personnage central... Malgré le talent évident de Jim Carrey pour les rôles dramatiques, son Peter Appleton ne possède ni la stature, ni le déterminisme des Mr. Deeds, John Doe (Gary Cooper) et Mr. Smith (James Stewart). Comme quoi à trop vouloir s'inspirer des chef-d'oeuvres du passé, il en résulte des comparaisons inévitables et souvent regrettables...
Toutefois, bien qu'apparamment optimiste, The Majestic se veut un film hypocrite et tortueux. D'abord, The Majestic aboutit à la célébration parfaite des vertus des petites communautés et de l'isolationnisme américain. Cette marque se perçoit dans l'isolement de la population de la localité; cloîtrés du monde environnant, les habitants vivent dans le passé et le regret, et attendent la venue du Sauveur qui viendra les illuminer. Le seul contact que partage la population avec le monde extérieur constitue les journaux et, venant d'un film si riche en illusions et idéalisme, le cinéma. La problématique n'est pas de présenter une population claustrée sur elle-même, mais bien de s'abstenir de décrier la fausseté d'une telle image.
L'oeuvre de Darabont prend également une dangereuse tournure lorsqu'elle évoque la période du maccartisme. The Majestic minimise la porté de ces événements. L'Histoire nous apprend pourtant que beaucoup ont vu leur carrière freiné, voir annihilé: des acteurs furent mis au banc des studios; des scénaristes durent user de pseudonymes; les réalisateurs furent contraints à l'exil ou au chômage. Pire encore, le cas des Dix d'Hollywood qui furent carrément emprisonnés. Dans The Majestic, cette période est traitée avec légèreté et ne décrit aucunement la portée et le pouvoir que détenait le HUAC. La conclusion du film frise d'ailleurs l'hypocrisie (et le ridicule) en présentant des membres du HUAC s'émouvoir devant le vibrant discours de Carrey sur les injustices du système. Comme pour beaucoup de films dits historiques (exemple patent, Pearl Harbor), The Majestic reformule l'Histoire américaine à son avantage, délaissant les épisodes plus sombres et idéalisant les protagonistes. Et le principal danger du film constitue la présence de Carrey dans le rôle-titre. Les jeunes, attirés par le nom de Carrey en tête d'affiche, ne retiendront qu'une vision tordue et surtout faussée de l'Histoire...




Image
La présente édition de The Majestic offre une image au format de 1.78:1 (anamorphosée), ne respectant curieusement pas le ratio original de 1.85:1. Malgré la petite différence des formats, la qualité visuelle The Majestic n'a rien pour décevoir.
La définition est dans l'ensemble excellente offrant une image nette et pleinement détaillée. La précision des détails (les cheveux, par exemple) bénéficie d'ailleurs de cette excellente définition. Le rendu des couleurs est exemplaire, celui-ci demeurent toujours constant et bien saturé. Aucun débordement n'est notable. La brillance et le contraste sont également sans reproches. Enfin, les parties sombres offrent des dégradés impeccables, alors que les noirs sont intenses et purs.
Léger problème de ce transfert, un fourmillement discret dans les arrières-plans. Le film n'ayant qu'un an d'âge, le matériel source ayant servi au transfert téléciné est exempt de toute anomalie ou parasite. Aucune sur-définition des contours n'est a déplorer.



Son
Cette édition de The Majestic offre deux mixages Dolby Digital 5.1: un anglais et l'autre, français.
La bande-son anglaise est dynamique et doublée d'une présence étonnante lors de certaines scènes (celle de l'accident d'automobile, par exemple), mais faisant néanmoins preuve d'une spatialité restreinte. Les transitions canaux à canaux sont fluides. Les éléments sonores bénéficient d'une bonne séparation (noter la provenance des dialogues lors de la scène d'ouverture dont la narration est assurée par, entre autres, Sydney Pollack, Carl et Rob Reiner). L'intégration de la trame sonore de Mark Isham (Quiz Show (1994), October Sky (1999)) est également souple. Les canaux d'ambiophonie, quant à eux, demeurent toutefois peu utilisés. Bien que la scène de l'accident sur le pont fait un usage plus intensif des canaux arrières, le film a peu recours aux arrières à moins que ce ne soit pour reproduire bien timidement quelques sons d'ambiance (les chants de criquets, les bruits de pluie, etc.). Les dialogues sont toujours nets et intelligibles. Bien que peu de basses et fréquences d'extrême grave (.1, LFE) ponctuent cette bande-son, celles entendues lors de l'accident démontrent force et vigueur..
Notons la présence de sous-titres anglais et français.


Suppléments/menus
Cette édition DVD de The Majestic offre peu, sinon aucun, suppléments d'importance. Les producteurs de cette édition aurait pu troquer les quelques segments proposées pour des documentaires, notamment historiques, afin d'expliquer toute la portée qu'eut le maccartisme sur la communauté cinématographique.
Premier supplément offert, huit scènes retranchées au montage offertes en format original non-anamorphosé. D'une durée d'environ dix minutes, ces scènes constituent en fait des moments de transition, ou agrémentent le fil scénaristique. La pertinence de ces scènes, doublée de la longueur imposante du film, ont ainsi mené à leur retrait du montage final.
Suit un extrait vidéo plutôt superflu, la version complète de l'extrait du film de série B présenté dans le film (premier film scénarisé par le personnage de Peter Appleton), soit «Sand Pirates of the Sahara». D'une durée de 5 minutes et intitulé Movie Within the Movie: Sand Pirates of the Sahara - The Complete Sequence, ce segment est offert en version originale 1.85:1 non-anamorphosée. Ce supplément détient le seul mérite de faire sourire, sans plus.
Enfin, sont incluses la filmographie de Carrey, Darabont et Sloane, la bande-annonce du film, et quelques notes de production traitant de la liste noire (6 pages).



Conclusion
Si le discours de Frank Darabont décoit par sa naïveté, cette édition DVD de The Majestic est techniquement de qualité, tant pour l'image que pour le son. Un solide documentaire sur le maccartisme aurait merveilleusement bien complété cette édition, toutefois le prix de cette édition est, comme pour beaucoup d'édition de la Warner, à un prix très abordable.


Qualité vidéo:
3,9/5

Qualité audio:
3,9/5

Suppléments:
2,0/5

Rapport qualité/prix:
4,0/5

Note finale:
3,5/5
Auteur: Alexandre Caron

Date de publication: 2002-06-15

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur NTSC Widescreen 16:9 Toshiba TheaterWide TW40F80, Récepteur certifié THX-Ultra, THX-EX, Dolby Digital 6.1, DTS-ES Discrete Denon AVR-4802, Lecteur DVD-Audio / DVD-Video Toshiba SD-4700, enceintes PSB et central Paradigm Reference, câbles Monster Cable (calibre 12).

Le film

Titre original:
Majestic, The

Année de sortie:
2001

Pays:

Genre:

Durée:
152 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Warner Bros.

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.78:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1
Française Dolby Digital 5.1

Sous-titres:
Anglais
Français

Suppéments:
Scènes retranchées au montage, Séquence complète de «Sand Pirates of the Sahara», Filmographies, Notes de production, Bande-annonce.

Date de parution:
2002-06-18

Si vous avez aimé...