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DVDEF

Emploi du Temps, L'

Critique
Synopsis/présentation
Laurent Cantet est un jeune réalisateur français (il a la quarantaine) qui dès son premier film, Ressources Humaines (2000), se fit remarquer auprès des critiques et du public.

Dans cette première œuvre, il pose les bases de ce que seront ses thèmes de prédilection et son style cinématographique. Le travail, le monde du travail et les rapports que l'homme entretient avec seront donc le centre de son oeuvre. Son style, que certains ont qualifié de documentaire, est effectivement très proche de la réalité mais intègre tout de même une belle technique et un sens aigu de la mise en scène qui manquent souvent aux réalisateurs de films engagés socialement.

Un homme est ouvrier (engagé syndicalement) dans la même entreprise depuis des années. Son fils intègre la même entreprise mais aux relations humaines. Celui-ci se voit contraint par sa fonction d'annoncer des licenciements dont celui de son père.

La relations employeur/employé et les problèmes qui en découlent sont amplifiés par la relation complexe entre le père et son fils. La justesse et la finesse des situations proposées étonnent car ce type de sujet est souvent traité de façon militante et donc partiale. Cantet n'assène pas de leçons, il se contente d'observer une situation certes archétypale, induite par le milieu professionnel, et d'en faire ressortir l'absurdité et l'insolvabilité.

Pour sa deuxième œuvre, L'emploi du Temps (Time Out, 2001), il choisit d'adapter un célèbre fait divers : l'affaire Romand. Avec David Campillo (co-scénariste et monteur) ils décident d'évacuer le côté monstrueux de l'affaire (Romand s'inventa pendant 18 ans une profession de médecin et finit par tuer toute sa famille lorsque sa supercherie s'écroula), pour se concentrer sur les thèmes proche des leurs, qu'il pourront développer à souhait. Cela les amènera à créer des situations et des personnages nouveaux. Pour une adaptation plus fidèle de ce fait divers, il faut voir le passionnant film de Nicole Garcia : L'adversaire (2002), qui est tiré du livre qu'Emmanuel Carrière consacra à l'affaire. Vincent (Aurélien Recoing, qui porte le film sur ses épaules) en a eu marre de son travail et depuis trois mois il n'a annoncé son licenciement à personne. Il vadrouille sur la route, s'inventant un nouveau poste aux Nations Unies en Suisse. Pour pouvoir maintenir son imposture, il emprunte de l'argent à ses parents, puis finit par arnaquer d'anciens camarades de promotion en leur proposant des placements bidons. Il s'enferme de plus en plus dans un mensonge qui finit par l'avaler. Il est repéré par Jean-Michel (Serge Livrozet, étonnant car non professionnel), un truand au grand cœur qui le prend sous son aile et l'aide à continuer sa machination.
Le mensonge finira par éclater avec des conséquences étonnantes.

Le remarquable scénario mis sur pied par les deux compères procède par touches discrètes et, comme pour Ressources Humaines, ne dénonce ni ne fustige rien, il met en évidence la stupidité du système dans lequel les sociétés modernes ont enfermé l'humanité. La mise en scène est au diapason et nous offre quelques magnifiques moments (l'apparente joie de Vincent lors de ses journées d'errance, sa course avec un train qui est une métaphore de sa course folle qui s'arrêtera forcément dans une impasse). Paradoxalement, Vincent a quitté son emploi par ennui et sensation d'étouffement et pourtant, malgré son apparente liberté, il replonge dans ces sentiments à cause de son imposture. Celle-ci s'impose à lui car il n'est pas vraiment libre dans sa tête. Il est toujours prisonnier du carcan de la société et de ses conventions. Plutôt que de tout annoncer à ses proches et de les décevoir, il préfère leur mentir et les trahir pour maintenir et même améliorer sa situation sociale et financière. La belle scène ou il se voit contraint d'accepter l'argent d'un de ses anciens camarades alors que celui-ci est plutôt pauvre (mais vit la vie ou du moins a la liberté dont il rêve en secret,) met bien en avant le côté paradoxal de ses envies.

Aurélien Recoing (qui vient du théâtre) est absolument formidable dans ce rôle car il confère à son personnage à la fois la transparence et l'opacité nécessaire. On n'arrive jamais à savoir ce qu'il ressent vraiment et on se doute que lui même ne sait pas ou plus où il en est (la scène aux Nations Unies où il observe ses soi-disant collègues de travail avec une expression dont on n'arrive à déterminer si c'est de l'envie, du dégoût ou de l'indifférence).

Les autres acteurs sont tous impressionants (Karin Viard en tête), même si leur jeu peut décontenancer au premier abord du fait qu'ils sont tous amateurs (cela renforce d'autant le réalisme du film). Jocelyn Pook est arrivé à mettre en notes toute l'incertitude et le vertige de Vincent à travers un thème principal bouleversant.

La conclusion du film est absolument glaçante et tombe comme un couperet. Nous avons de la sympathie pour Vincent (malgré ses exactions tout au long du film) et celui-ci est victime d'un dressage social et professionnel terrifiant. Après avoir été démasqué, il se jette dans la gueule du loup et l'on se remet à lui parler des valeurs qu'il a tenté de fuir en vain (très haute responsabilité et investissement personnel total).

Un film courageux et très subtil, fruit d'une collaboration fructueuse de talents et d'une démarche rare de nos jours. Le jury du Festival de Venise 2001 ne passera d'ailleurs pas à côté (comme c'est souvent le cas pour des œuvres atypiques), en lui décernant sa plus haute récompense : le Lion d'Or. Beaucoup de spectateurs y retrouveront sans aucun doute une part de leurs sentiments (conscients ou inconscients) à l'égard du monde du travail et cela leur permettra d'entamer les réflexions qu'ils ne se seraient sans doute jamais autorisées.

En plus de ces qualités de fond, cette œuvre se suit comme un suspence qui refuse tout sensationnalisme et se contente de suivre des faits. Nous attendons donc avec impatience le nouveau film de Laurent Cantet qui ne manquera sans doute pas de nous étonner.



Image
Le transfert anamorphosé offert par Seville est au format respecté de 1.85:1.

La définition générale est de bon aloi sans toutefois atteindre des sommets. L'interpositif est vierge de tous défauts et les détails sont bien rendus. La photographie assez froide de Pierre Milon est bien restituée grâce à un bonne gestion des couleurs. Le contraste est d'un niveau fort correct et permet d'obtenir des noirs satisfaisants. Ainsi, les passages sombres du film ressortent correctement sans pour autant faire aussi bien que d'autres petites productions récentes.

La partie numérique du transfert apparaît un peu juste, laissant des fourmillements et un peu de surdéfinition s'installer. Il est dommage que Seville, qui fait d'énormes efforts en proposant un excellent catalogue de films originaux et rares, n'arrive pas à mieux gérer la partie numérique de ses transferts (cf critique de Sous le Sable, Under the Sand), ce qui lui permettrait de devenir un éditeur absolument incontournable.


Son
Les bandes-son sont disponibles en Français (DD 5.1 surround) et Français (DD 2.0 mono).

La bande-son multicanaux est bien dynamique et offre par moments (le film ne se prête pas aux débordements de décibels) une présence et une spatialité étonnantes. La musique est remarquablement intégrée au mixage et ne gêne jamais la compréhension des dialogues. L'impression de réalisme dégagée est bien relayée par un excellent rendu des bruitages de la vie courante. Les enceintes sont discrètement et subtilement mise à contribution pour ce faire. Les basses fréquences sont suffisantes pour appuyer le film lorsque nécessaire (principalement la musique).

La bande-son Dolby stéréo présente les même qualités que son homologue Dolby Digital 5.1 et on peut donc se demander quel est l'intérêt de sa présence sur cette édition, les matériels actuels effectuant des conversions stéréo très correctes à partir des pistes en 5.1 (et la place qu'elle prend aurait pu être affecté à l'image).

Une bonne surprise que cette bande-son fine et subtile parfaitement en accord avec l'œuvre qu'elle accompagne. Des sous-titres sont disponibles en Anglais.


Suppléments/menus
Malheureusement ne sont présentes que trois bandes-annonces. Ce sont celles d'autres titres de l'éditeur : In the Mood for Love de Wong Kar Wai (2000), Rue des Plaisirs de Patrice Leconte (Love Street, 2001), Pandaemonium de Julian Temple.
Il est dommage de ne rien avoir de plus à se mettre sous la dent après le visionnement du film, mais on ne peut en vouloir à Seville qui courageusement édite des films étrangers dont on sait le peu d'intérêt qu'ils rencontrent auprès du grand public.



Conclusion
Une édition DVD recommandable eu égard à sa qualité technique fort honnête. Un film à la fois passionnant dans sa forme et essentiel dans son fond qui nous montre des vérités sur notre mode de vie, que nous avons bien souvent du mal à voir en face .



Qualité vidéo:
3,4/5

Qualité audio:
3,4/5

Suppléments:
1,0/5

Rapport qualité/prix:
3,4/5

Note finale:
3,4/5
Auteur:

Date de publication: 2002-11-06

Système utilisé pour cette critique:

Le film

Titre original:
Emploi du Temps, L'

Année de sortie:
2001

Pays:

Genre:

Durée:
132 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Films Séville

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.85:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby 2.0 Surround
Française Dolby Digital 5.1

Sous-titres:
Anglais

Suppéments:
Bandes-annonces

Date de parution:
2002-09-24

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