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DVDEF

Immortel (Ad Vitam)

Critique
Synopsis/présentation
Immortel - Ad Vitam est le troisième long-métrage de l'auteur de bandes dessinées français Enki Bilal, après Bunker Palace Hôtel (1989) et Tykho Moon (1996). Adapté des albums de bandes dessinée La Foire aux Immortels et La Femme Piège, ce film est, avec le japonais Casshern et les américains Sky Captain and the World of Tomorrow et Sin City, un des premiers films mettant en scène des acteurs réels dans des décors majoritairement numériques (les acteurs ayant tourné les scènes en question sur fond vert). Le résultat est loin d'être à la hauteur de la débauche visuelle qu'on a pu voir dans Sin City ou dans Casshern, mais s'avère tout de même visuellement très sympathique, et très fidèle à l'univers visuel de Bilal tel qu'on a pu le voir dans ses bandes dessinées.

L'utilisation intensive de synthèse et d'animation 3D (principalement basée sur de la captation de mouvements ou motion capture) a entraîné des surcoûts de production tels que le groupe Duran/Duboi (un des poids lourds de la post-production numérique en France) a bien failli disparaître. Les grands projets d'animation français s'avèrent toujours très dangereux pour les prestataires qui y travaillent, les budgets étant en effet loin d'être hollywoodiens, alors que les exigences des producteurs le sont.

L'histoire se déroule à New-York, en 2095. Dans une pyramide qui survole la ville, les dieux égyptiens sont de retour. À l'intérieur de la pyramide, Anubis (le dieu chacal) et Bastet (la déesse chat) condamnent Horus (le dieu faucon) à mort, en lui laissant sept jours pour visiter une dernière fois l'humanité qu'il a contribué à créer. Au même moment, le docteur Emma Turner (Charlotte Rampling) prend comme sujet d'études une mystérieuse jeune femme à la chevelure bleue, Jill, après une rafle de la société Eugenics (qui dès le début paraît être de mèche avec le gouvernement local). A travers la ville, des slogans apparaissant en lettre holographiques, ciblant Eugenics et le pouvoir en place, et signés "spirit of Nikopol", sont la cible des autorités.

Une série de meurtres mystérieux et horribles (les corps explosent littérallement) mettent la police sur les dents. On soupçonne un tueur en série. Un accident dans un centre de détention volant entraîne l'écrasement de plusieurs capsules cryogéniques sur le pont de Brooklyn. Les policiers arrivent très vite sur les lieux, mais sont tués par une patrouille de Eugenics venur récupérer les corps. Une des capsules est vide, mais les hommes d'Eugnics ne prennent pas le temps de rechercher le corps manquant. C'est Horus qui va le retrouver. Au moment où il se réveille, on apprend qu'il n'est autre que Nikopol, cryogénisé depuis 29 ans.

De cette histoire a priori complexe, inspirée de deux de ses oeuvres les plus célèbres, Enki Bilal nous tire un scénario qui laisse à désirer. De nombreux aspects de l'histoire, qu'on aurait aimé voir un peu plus développés, sont laissés dans l'ombre. Entre autres exemples, on pensera notamment à la mainmise d'Eugenics sur la ville, ou bien sur le pourquoi de la Zone d'Intrusion dans Central Park. Ces aspects sont laissés de côté, au profit il est vrai de scènes de sexe gratuites, qui seront elles appréciées d'une certaine classe de cinéphiles. Les amateurs de références trouveront aussi leur bonheur, certains éléments viseuls rappelant fortement des classiques du cinéma de science-fiction comme Brazil, Le Cinquième Élément, Blade Runner, The Matrix ou Final Fantasy : The Spirits Within.

Le jeu des acteurs laisse plutôt à désirer. On notera que la plupart d'entre eux ont vu au moins leur visage remplacé par des images de synthèse. Parmi les personnages principaux, seuls Nikopol, Jill et Emma Turner sont intacts d'une telle retouche. Seul Thomas Kretschmann, dans le rôle de Nikopol, se détache un peu du lot en offrant une performance un peu moins convenue que les autres, mais il n'y a vraiment pas de quoi s'extasier. On sent que, comme un certain George Lucas, Enki Bilal est plus doué pour l'aspect purement visuel de ses films que pour la direction d'acteurs ou l'écriture de scénarios profonds et cohérents.


Image
L'image du film est proposée au format resopecté de 1.85:1, d'après un transfert 16:9.

Encore une fois pour une édition d'un film européen, il s'agit ici d'une conversion de la version PAL de film (au lieu d'une conversion à partir d'un transfert HD, qui aurait été de bien meilleure qualité). On retrouve donc tous les parasites liées à ce genre de transferts, à savoir un dédoublement des objets en mouvement sur certaines images, et une image impossible à désentrelacer proprement. La définition visuelle est donc très moyenne, bien loin des standards auxquels nous sommes habitués pour un film visuellement aussi ambitieux. Les textures et certains détails ont en effet tendance à se perdre dans les fondus entraînés par la méthode de transcodage utilisée.

Les couleurs sont par contre très bien étalonnées, fidèles à l'original (c'est à dire principalement des tons sépia et vert-de gris, avec quelques touches de bleu pâle, de rouge et d'orange) et dépourvues du moindre débordement. Les niveaux de brillance (niveau des noirs) et de contraste sont eux aussi bien réglés, et aucune fluctuation dans le domaine n'est à déplorer sur toute la durée du film. Les parties sombres de l'immages sont à l'avenant du reste, c'est à dire d'une définition décevante.

La partie numérique du transfert laisse elle aussi à désirer. La suraccentuation des contours est insupportable, et des fourmillements sont visibles çà et là. Il faut dire que la méthode de conversion utilisée pour passer du PAL au NTSC ne facilite pas du tout le travail de la compression.

Il est très dommage de voir un tel film, qui aurait dû être un véritable bonbon visuel, être gâché par un traitement aussi décevant de la vidéo. Le travail de composition (compositing) des images est excellent, les éléments réels et de synthèse se mêlant de façon très naturelle (surtout au niveau des couleurs). Certes la petitesse du marché québécois limites les investissements en la matière, mais on a pu voir par le passé des associations avec des distributeurs américains (dans le but de partager les frais liés au traitement vidéo) donner des résultats techniquement très intéressants. On pensera notamment à l'édition de The Pianist.


Son
Cette édition propose deux bandes-son, la version originale anglaise (eh oui, la plupart des films français à vocation internationale sont tournés en anglais) et le doublage français, tous les deux au format Dolby Digital 5.1. Des sous-titres anglais (pour malentendants) et français sont proposés. Au niveau du choix, rien à redire, tous les publics sont servis.

La dynamique de cette bande-son est fort sympathique, sans atteindre les sommets que l'on peut entendre dans certains films hollywoodiens ou japonais. Le champ sonore est assez convaincant, avec une spatialité très correcte et une profondeur convaincante. Tous les canaux sont mis à contribution, créant un espace relativement immersif sans toutefois être d'un réalisme parfait. La séparation des canaux est très bonne, et le positionnement des éléments sonores s'avère précis. Les canaux d'ambiophonie sont mis à contribution de belle façon, que ce soit pour l'ambiance ou pour participer à des effets de transitions bien maîtrisés.

L'intégration des différents éléments composant cette bande-son est très bonne. Les dialogues sont toujours parfaitement clairs et intelligibles, et sonnent naturellement. La trame sonore, dans laquelle on retrouve notamment un morceau de Sigùr Ròs qui se marie très bien à l'ambiance du film, fait preuve d'une belle profondeur et d'une grande fidélité. Les effets sonores, quand à eux, manquent parfois un peu de profondeur et de réalisme. Lorsque les capsules s'écrasent sur le pont de Brooklyn, on aurait notamment apprécié une peu plus de résonnance après les bruis d'impacts.

Les basses sont assez profondes, mises à contribution de façon parfois puissante. Le canal d'infra-graves (.1 ou LFE) est mis à contribution lorsque nécessaire, rajoutant à l'impact de ces basses fréquences.


Suppléments/menus
Les suppléments offerts sur ce disque sont au nombre de deux, il s'agit de deux segments documentaires proposées uniquement en français, sans option de sous-titrage anglais, ce qui est dommage pour le public anglophone. Les deux sont précédés d'avertissement aussi énervants qu'inutiles sur le fait que les opinions exprimées ne sont pas celles de telle ou telle corporation. Les corporation ne sont pas des personnes réelles, leur opinion n'intéresse donc personne.

Le premier et le principal, Making-of (30:28), s'attache surtout à nous démontrer l'aspect technique du film, et notamment les différentes techniques utilisées au cours de la production du film, de ce qu'ils appellent "storyboard 3D" (le terme plus exact serait animatique) au compositing final, en passant par l'animation 3D et la reconstitution de mouvements de caméras réels en 3D (tracking).

Le second segment, Effets visuels - module technique (10:50), fait appel à de nombreux éléments du premier, et semble donc faire double-emploi avec celui-ci. Cependant, certaines interventions de personnes absentes du premier approfondissent certains aspects de la fabriaction de ce film, et notamment la capture de mouvements.

Si le ton des deux documentaires est très complaisant (tournant parfois à l'auto-congratulation), ils restent cependant très intéressant pour les amateurs de technique numérique. L'aspect artistique est malheureusement assez absent de ces segments. Cela est sans doute dû à l'absence d'un intervenant de taille dans ceux-ci : Enki Bilal, dont on entent tout le temps parler mais qu'on ne voit ni n'entend jamais, ce qui est bien dommage.



Conclusion
Si ce film est loin d'être un chef d'oeuvre (l'histoire n'étant que marginalement intéressante, et la direction d'acteurs franchement plate), il s'agit tout de même d'un bonbon visuel fort sympathique et divertissant. Il est d'autant plus dommage que l'image de cette édition soit aussi mauvaise, ce qui dessert l'intérêt principal du film. Quand aux suppléments, ils plairont sans doute au public du film, friand d'effets spéciaux. Dans l'ensemble, ce produit s'avère donc plutôt décevant.


Qualité vidéo:
2,5/5

Qualité audio:
3,5/5

Suppléments:
4,0/5

Rapport qualité/prix:
3,4/5

Note finale:
3,4/5
Auteur: François Schneider

Date de publication: 2005-08-01

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Panasonic PT-L500U, écran 92'' fait maison screen Goo, Lecteur DVD LG DV7832NXC (sortie composantes 1080i), Récepteur Denon AVR-1602, Enceintes Wharfedale Cinestar 30 (5 Vivendi Modus Cube + 1 PC-8), câbles Acoustic Research / PC avec Radeon et PowerDVD, moniteur 21'' Compaq P110

Le film

Titre original:
Immortel (Ad Vitam)

Année de sortie:
2005

Pays:

Genre:

Durée:
102 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Alliance Atlantis

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.85:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Française Dolby Digital 5.1
Anglaise Dolby Digital 5.1

Sous-titres:
Anglais
Français

Suppéments:
Segments documentaires (2 : Making-of, Module technique)

Date de parution:
2005-07-05

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