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DVDEF

Night and the City

Critique
Synopsis/présentation
Jules Dassin réalise paradoxalement ici son meilleur film alors même qu'il est dans les conditions les plus difficilles de sa carrière (pousuivi par les sbires de Mc Carthy et exilé en Angleterre). Night and the City est adapté d'un roman éponyme de Gerald Kersh que le scénariste Jo Eisinger a considérablement remanié dans son excellent script.

On y suit Harry Fabian (Richard Widmark) dans sa tentative désespérée de devenir quelqu'un d'important dans les milieux interlopes du Londres d'après-guerre. Il vit de petites combines qui l'entraînent dans des situations impossibles que son enthousiasme à toute épreuve et son ambition dévorante lui permettent de supporter, tout en faisant beaucoup souffrir sa douce et tolérante petite amie Mary Bristol (Gene Tierney). Il travaille officiellement comme rabatteur de clients pour un club nommé le Silver Fox et dirigé par le doucereux et retors Phil Nosseros (Francis L Sullivan) et son épouse Helen (Googie Witters). Par un coup de chance bien géré, Harry va se retrouver dans une position à la fois très avantageuse et risquée avec la possibilité de se retrouver à la tête des combats de catch à Londres. Mais cette belle opportunité va faire remonter à la surface ses faiblesses ainsi que celles de ses "adversaires", jusqu'à un final des plus poignants.

Jules Dassin reconnaît dans une interview du DVD n'avoir même pas eu le temps de lire le roman avant de commencer le tournage du film, qui a commencé et s'est continué sur les chapeaux de roues. Et cela n'est absolument pas un handicap ou une négligence de sa part puisque il s'est retrouvé avec ce projet sur les bras et du fait de cette absence de références, il a pu exacerber dans le script de Eisinger les éléments qui l'intéressaient le plus pour en faire un film très personnel sur le fond. On ressent en permanence chez Dassin un amour et un intérêt profond pour ses personnages pourtant quasiment tous amoraux et retors.

Son regard et sa façon de les mettre en scène sont profondément humaines, il connaît et comprend les sentiments et ressentiments montrés dans le film et traite son sujet sans aucun cynisme alors que justement au vu de sa situation, cela aurait été très facile pour lui et peut-être même salvateur. Ainsi Harry Fabian est l'un des personnages les plus désespérés que nous connaissions, un désespoir teinté d'une profonde justesse dans les réactions qui en font l'un des anti-héros les plus attachants du cinéma, auquel Mr Widmark apporte toute sa sensibilité à fleur de peau. Malgré son absence de moralité affichée, Harry Fabian n'est jamais vraiment pitoyable grâce justement à ce petit plus apporté par Dassin dans sa façon de traiter les rapports qu'il entretient avec les autres personnages, que ceux-ci soient positifs ou négatifs. On a l'impression d'assister à un spectacle "réaliste" dans la description des rapports humains même si la mise en scène en elle-même est dans l'ensemble très stylisée. C'est cette qualité d'avoir su mélanger une mise en forme assez irréaliste, très visuelle et expressive, avec des personnages vraiment concrets. Night and the City peut être clairement intégré dans le genre "Film Noir" mais il en est aux limites de par sa mise en scène visuellement très travaillée mais également fine, et par un traitement des personnages qui sort l'oeuvre des 'limites' du film noir. A nos yeux, il s'agit donc d'une oeuvre qui va plus loin qu'un film de genre et qui par sa sensibilité et son rythme effréné exprime beaucoup sur le climat de tension extrême de l'après-guerre et ce au niveau mondial.

Le fait d'avoir tourné à Londres en fait d'ores et déjà une oeuvre à part et le portrait que dresse Dassin de cette ville, et plus particulièrement du quartier de Soho, en fait une oeuvre assez radicale par sa désolation ambiante. A plusieurs reprises il utilise remarquablement le décor d'une Londres encore partiellement en ruines afin de nous indiquer métaphoriquement à quel point la personnalité d'Harry Fabian est délabrée. La vitesse et le mouvement permanent sont également deux motifs primordiaux que Dassin va décliner tout au long du film, principalement en rapport avec Harry que l'on ne verra qu'une seule fois s'arrêter (alors même que son sort est "réglé"), exprimant ainsi sa fuite en avant perpétuelle due au fait qu'il n'a jamais pris le temps de bâtir des bases solides pour sa vie comme le lui réclamera à un moment sa petite amie. L'ambition et surtout l'envie de reconnaissance rongent littérallement Harry, le rendant aussi amoral que les autres petits truands de son quartier alors même qu'il nous est clairement montré comme capable de sensibilité. C'est cette impression de fatalité qui donne tout son poids à l'oeuvre, Harry semble destiné à cette issue mais pourtant Dassin nous montre qu'il est seul responsable de sa situation et que chacun doit faire ses choix dans la vie. Harry avait une porte de sortie en la personne de Mary et il n'a pas su la saisir, aveuglé par son envie de réussite et sa naïveté (qui fait que malgré ses défauts et son amoralité Harry n'est pas un personnage haïssable, plutôt à plaindre). Cette morale fait écho à sa propre situation qui, si on regarde le film avec cette donnée supplémentaire, prend d'autant plus de relief, d'intérêt et en devient encore plus poignant. Night and the City est donc une perle noire à découvrir ou redécouvrir de toute urgence. Jules Dassin y démontre son talent de formaliste, une sensibilité et une justesse hors norme en ce qui concerne l'humanité de ses personnages mais surtout de la finesse dans la description de leurs rapports complexes.



Image
L'image est présentée au format repecté de 1.33:1 d'après un transfert 4:3.

La définition générale est d'un excellent niveau même si certains passages s'avèrent moins définis sans pour autant jamais devenir gênants. L'interpositif est très propre et seules quelques scènes plus granuleuses sont éventuellement à relever même si elles offrent à l'ensemble un rendu cinéma des plus appréciables. La finesse des détails est à certains moments absolument remarquable, preuve si il en était besoin du formidable travail de restauration effectué sur ce titre. Le contraste est impeccablement géré, ce qui s'avère primordial étant donné que la photographie de Max Greene joue énormément sur cette partie là. Les parties sombres sont très bien rendues grâce à des noirs purs et profonds. L'échelle des gris offre une restitution précise qui fait vraiment honneur à la photographie.

La partie numérique est exempte de tous reproches, ne générant aucun défaut visible. Criterion nous offre donc la possibilité de revoir ce chef d'oeuvre dans des conditions idéales.


Son
La seule bande-son disponible sur cette édition est en Anglais (Dolby Digital 1.0 mono).

Sa dynamique est tout à fait honorable pour un film de 1950. Il en est de même pour sa présence et sa spatialité qui sont très agréables et plus efficaces que ce à quoi on aurait pu s'attendre. La musique est fort bien rendue malgré une limitation parfois évidente dans le haut du spectre, étant donné la nature très dynamique et intense du score de Franz Waxmann. Elle est bien intégrée au reste de la bande-son mais son aspect tonitruant fait qu'elle peut avoir parfois tendance à légèrement recouvrir certains dialogues sans que cela ne devienne jamais gênant pour autant. Les dialogues sont presque toujours parfaitement intelligibles et les traces de distortions ou parasites sont limitées au maximum, offrant ainsi une bande-son très claire. Les basses fréquences sont logiquement anecdotiques mais leur rendu surtout au niveau de la musique est parvenu à agréablement nous surprendre plus d'une fois. Les sous-titres ne sont disponibles qu'en Anglais mais sont de très bonne qualité et peu gênants.

Une bande-son de qualité qui montre certes des limitations mais celles-ci sont inhérentes au format et à l'époque de l'enregistrement, et nous remercions Criterion de nous permettre d'enfin pouvoir visionner ce film dans de bonnes conditions audio.



Suppléments/menus
Un ensemble bien fourni et résolument passionnant qui permet d'en apprendre autant sur l'oeuvre elle-même que sur la personnalité de son auteur.

Le commentaire audio de Glenn Erickson est remarquable de concision et avoir un narrateur qui connaît aussi bien son sujet et l'expose de façon si claire est très agréable et remarquablement instructif. Un merci à Criterion d'avoir osé aller recruter son commentateur non pas chez des universitaires mais dans la nouvelle génération de "critiques" qui se profilent et d'apporter ainsi un ton nouveau. Est offerte également une excellente interview récente (18 mins) où Jules Dassin est un hote très agréable, qui nous replace dans sa situation de l'époque et offre de nombreux souvenirs sur la genèse et le tournage du film, avouant même qu'il n'avait pas eu le temps de lire le livre dont le film était tiré avant de commencer le tournage. Vient ensuite un documentaire très instructif de Christopher Husted nommé "2 Versions, 2 Scores" (24 mins) qui revient en détails sur les différences majeures entre les deux montages du film (avec de nombreux extraits de la version anglaise à l'appui), mais principalement sur les deux scores qui s'avèrent radicalement différents et influent beaucoup sur le rendu final, la version approuvée par Dassin étant l'américaine présente sur cette édition. Puis est prposée une interview française de Jules Dassin datant de 1970 et durant 25 minutes qui s'avère moins intéressante que la précédente, les questions posées étant d'ordre plus général. Mais Dassin en dit beaucoup sur lui-même et revient à nouveau sur cette période durant laquelle il était "blacklisté" et principalement sur Elia Kazan et son implication dans l'histoire, sujet qui 15 à 20 ans après les faits le hante toujours.

Pour finir est disponible un essai intéressant du professeur de cinéma Paul Arthur, qui à notre goût revient un peu trop sur la place de Night and the City au sein du style "Film Noir" et pas assez sur l'oeuvre elle-même, mais cet article reste passionnant. Comme à son habitude, Criterion a soigné ses suppléments et nous régale donc d'un ensemble cohérent et bien fourni qui nous permet d'appréhender le film différemment même si à notre avis une étude détaillée du film lui-même, soit sur papier soit dans un documentaire, aurait vraiment permis de rendre l'ensemble parfait.




Conclusion
Une superbe édition et ce aussi bien au niveau audio et vidéo que des suppléments, d'une qualité en tous points équivalente à ce que l'on est en droit d'attendre d'une édition Criterion. Night and the city est de façon évidente le meilleur film de Jules Dassin et l'un de nos "films noirs" favoris car il combine les qualités de ce genre très codifié, tout en cassant la plupart des figures imposées. Dassin y montre une sensibilité à fleur de peau en ce qui concerne ses personnages (et la direction d'acteurs), et s'avère capable de révéler autant par sa mise en scène et des petits détails sur les personnages que par l'avancée du scénario. Il s'agit d'une oeuvre résolument poignante, d'une noirceur mélée de tendresse qu'on a peu l'habitude de rencontrer au cinéma, le tout magnifié par une mise en scène dynamique et complexe qui font de cette oeuvre une référence incontournable pour les cinéphiles.



Qualité vidéo:
4,0/5

Qualité audio:
3,8/5

Suppléments:
4,2/5

Rapport qualité/prix:
4,3/5

Note finale:
4,1/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2005-06-07

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Night and the City

Année de sortie:
1950

Pays:

Genre:

Durée:
95 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Criterion

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.33:1

Transfert 16:9:
Non

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby mono

Sous-titres:
Anglais

Suppéments:
2 interviews, documentaire

Date de parution:
2005-02-01

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