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DVDEF

Mission, The (Two Disc Collector's Edition)

Critique
Synopsis/présentation
Roland Joffé est un cinéaste Anglais qui débuta sa carrière de réalisateur à la télévision anglaise et passa de fort belle façon au film de cinéma. Il signa en effet un premier film d'une force et d'une intensité peu communes, sur un sujet historique très difficile et contemporain : The Killing Fields (1984), sur les massacres perpétrés par les Khmers Rouges au Cambodge de 1972 à 1975. Son évocation de cet épisode tragique et relativement méconnu de l'histoire récente est d'une acuité remarquable et sa dramatisation des faits évite tout sensationalisme ou sentimantalisme qui en auraient diminué la portée. Le film est difficile et parfois pénible à regarder, mais les faits s'y prêtent et le courage de Roland Joffé en tant que cinéaste n'en est que plus grand.

Il continuera sur sa lancée avec le film qui nous intéresse aujourd'hui : The Mission (1986), qui traitera d'une autre période historique troublée et remportera la Palme d'Or du Festival de Cannes 1986. Malheureusement, la suite de sa carrière sera loin de suivre le même chemin, et malgré d'autres sujets courageux, ses films ne retrouveront jamais ni la magnificence de la mise en scène, ni l'acuité et le ton épique (mais juste) de ses deux premières oeuvres.

Pour The Mission, il se surpassera et signera une oeuvre non exempte de défauts mais d'une beauté, d'une ampleur et d'une puissance rarement atteintes. En 1767 au Paraguay, alors sous domination Espagnole, nous suivons les parcours croisés d'un père jésuite, Gabriel (Jeremy Irons) et d'un traficant d'esclaves, Rodrigo Mendoza (Robert De Niro). Le premier crée une mission parmi les Indiens des hauts plateaux alors que le second les traque, soit pour les tuer soit pour les réduire à l'esclavage. Mendoza, a la suite du meurtre stupide et injustifié de son frère, finira par rejoindre les rangs des jésuites de Gabriel et participera à la construction de la mission qui acceuille les Indiens qu'il chassait auparavant. Les deux hommes devront ensuite lutter contre la volonté des Portugais, nouveaux propriétaires des terres de la mission, de réduire ces Indiens à l'esclavage purement et simplement. La constitution portugaise autorisait alors l'esclavage alors que l'espagnole se contentait de ne pas le réprimer. L'avenir des missions de la région tiendra alors à la décision du Cardinal Altamirano (Ray McAnally), venu en Amérique du Sud pour décider si l'Eglise allait les placer sous sa protection ou les laisser à la merci de leurs conquérants.

La splendeur des décors naturels est superbement rendue grâce à la magnifique photo de Sam Mendes. Les conditions de tournage extrêmement lourdes et complexes n'affectent jamais la mise en scène de Roland Joffé, qui semble parfaitement à son aise dans la jungle paraguayenne. Sa réalisation est entièrement au service du film, sachant contempler la vie paisible des Indiens Guarani, ou bien être vivante et alerte lors des scènes de bataille. Les premières et dernières scènes sont d'intenses moments d'émotion pure comme on en voit trop peu au cinéma. La superbe musique d'Ennio Morricone transcende les immmenses qualités visuelles du film en lui apportant une dimension mystique et solennelle, qui en fait un spectacle audiovisuel de haute volée. Les acteurs sont arrivés à trouver le ton juste, évitant de plomber le film par une interprétation générale trop guindée (ou sérieuse) ou au contraire de lui oter sa crédibilité en en faisant uniquement un spectacle baroque. Les Indiens Waunana qui incarnent l'ancienne tribu des Guarani sont d'un naturel incroyable (la plupart d'entre eux n'ayant jamais vu de films), et donnent une dimension supérieure à l'oeuvre, étant l'instrument de sa crédibilité, ce qui est essentiel sur un tel sujet. A noter que tous les dialogues dans leur langue ne sont jamais sous-titrés ce qui rajoute encore à l'apparente véracité du spectacle.

Certaines séquences évoquant le jardin d'Eden et la notion de paradis terrestre non corrompu semblent avoir été reprises par Terence Malick pour l'introduction de son magnifique film, The Thin Red Line (1998).

Les défauts du film de Joffé viennent de son script trop lâche sur ses personnages et leur évolution, et surtout d'un manichéisme un poil trop appuyé. Les jésuites n'étaient certainement pas aussi irréprochables que tels qu'ils sont décrits dans le film et cela amoindrit un peu la portée historique du film. Cependant, là n'est pas son principal intérêt. La réalité des évènements décrits a forcément été passée à la moulinette de la dramatisation et sur ce point Robert Bolt (scénariste) a su rester sage et limiter l'aspect grandiloquent du film. Comme Roland Joffé a eu l'intelligence de faire parler assez peu ses personnages, il évite de trop expliquer la situation et oblige ainsi ses spectateurs à admirer la beauté des images et réflechir sur la complexité de la situation et des dilemmes des personnages. Beaucoup de sentiments sont exprimés de façon uniquement audiovisuelle, sans le recours de la parole (la sauvagerie, la rédemption, la compassion, le choix, la responsabilité personnelle). Ces partis pris de mise en scène pourront dérouter une partie des spectateurs car il leur manquera certainement un grand nombre d'informations habituellement délivrées par les dialogues. Dans le cas de The Mission, elles doivent être déduites par le spectateur, Roland Joffé faisant confiance à leur intelligence et au travail de son équipe pour que cela soit possible.

Une oeuvre rare qui vous transportera en pleine jungle du 18ème siècle, vous fera ressentir des émotions complexes et réflechir profondément, tout en restant parfaitement accessible à tous ceux qui se donneront la peine d'en accepter les specificités. Quelques faiblesses dans le scénario et les relations entre les personnages en limitent légèrement la portée, mais celui-ci est très près du chef-d'oeuvre intégral.


Image
L'image est offerte au format respecté de 2.35:1 d'après un transfert 16:9.

La définition générale est renversante de qualité. L'interpoitif est absolument vierge de tous défauts. A part un aspect légèrement plus doux des contours (qui de plus sied parfaitement au film), ce transfert est tout à fait digne de celui d'une production actuelle et ceci est une performance exceptionnelle au vu des dix-sept ans du film. Le rendu des couleurs est du même acabit, rendant parfaitement justice à la splendide photographie de Chris Menges. Elles sont toujours parfaitement saturées et d'une justesse étonnante au vu des difficiles conditions de tournage. Le contraste est également géré de façon remarquable, permettant un rendu magnifique des clairs obscurs de la fôret tropicale. Les parties sombres du film sont impeccablement restituées grâce à des noirs purs et profonds. Enfin, les dégradés parfaits ajoutent la touche de naturel qui achève de rendre ce transfert quasi parfait.

La partie numérique est tout à fait à la hauteur et c'est à peine si en cherchant on peut apercevoir quelques légères traces de surdéfinition et un ou deux passages fourmillants. Cet excellent résultat a sans doute été facilité par le fait que le documentaire a été placé sur un autre disque.

Un travail digne de toutes les éloges a été effectué par la Warner, qui prouve ainsi sa capacité à produire des transferts de très haute qualité. Cependant, ce triomphe a aussi un revers, à savoir que la Warner est maintenant attendue de pied ferme pour ses prochaines sorties prestigieuses en double DVD.


Son
Les bandes-son proposées sur cette édition sont respectivement en Anglais (DD 5.1) et Français (DD 2.0 surround).

La dynamique de la bande-son anglaise est d'un niveau correct mais un peu décevante pour un remixage. Sa présence s'en trouve donc réduite mais reste appréciable, pour peu que vous montiez le volume de plusieurs points car le niveau d'enregistrement s'avère bas. L'envoûtante musique d'Ennio Morricone profite bien du déploiement du champ sonore et s'avère parfaitement intégrée au reste de la bande-son. Les enceintes arrières et leur utilisation est en fait le réel problème de cette bande-son. En effet, elles ne sont quasiment jamais actives sauf lors des passages musicaux les plus intenses, où elles fournissent un bon contrepoint à la stéréo avant. Par contre, toutes les ambiances de la jungle qui se prêtaient pourtant fort bien à une piste multicanaux sont concentrées sur les enceintes avant. Il en est de même pour toutes les formidables scènes d'action et de bataille (dont les fabuleuses vingt dernières minutes), et l'on a la sensation qu'il manque une dimension tant les enceintes avant sont bien gérées et l'image resplendissante. Les dialogues sont toujours parfaitement intelligibles, même si parfois quelques saturations apparaissent si le volume de l'amplificateur a été monté comme nous le conseillons. Cependant, ce petit défaut n'est pas gênant, juste un peu décevant. Les basses fréquences sont présentes et apportent du poids à la restitution, mais il leur manque du punch pour transcender cette bande-son qui pourtant le méritait vraiment.

La bande-son française souffre moins qu'à l'accoutumée de ses limitations techniques, mais la qualité artistique du doublage ôte beaucoup de l'impact de l'oeuvre (même si le film est peu dialogué).

Les sous-titres sont disponibles en Anglais, Français et Espagnol.
Un remixage décevane sur des aspects importants, mais qui malgré ses lacunes offre un rendu agréable. Le résultat est loin d'être mauvais, il n'est simplement pas à la hauteur de la formidable réussite de la partie vidéo de cette édition.


Suppléments/menus
Une section dont le nombre de segments est limité mais d'une qualité vraiment appréciable.

Avec le premier disque est proposé un commentaire audio de Roland Joffé. Celui-ci réussit l'exploit de se montrer très intéressant dans cette exercice. Notre homme est totalement passionné par son sujet et nous délivre un flot incessant d'informations techniques, d'explications de ses choix de mise en scène, de descriptions de ses intentions et de reflexions personnelles. Son commentaire est d'une densité impresionnante et pourtant il n'est jamais ennuyeux, bien au contraire. Un supplément qui aurait presque suffit à lui seul à faire de ce titre DVD une édition complète. Sont également disponibles sur le premier disque, la filmographie des artisans du film, un bande annonce de bonne qualité et une liste des récompenses obtenues par le film.

Le deuxième disque est entièrement dévolu à un excellente documentaire de cinquante-six minutes intitulé : Omnibus. Celui-ci se concentre sur les Indiens Waunana qui incarnent les Indiens Guarani du film. On apprend beaucoup de choses sur leur vie de tous les jours, sur les problèmes rencontrés lors du tournage. L'infatigable Roland Joffé exprime ses désirs concernant le respect des Indiens et sur la représentation qu'il souhaitait pour eux à l'écran. On apprend relativement peu sur le film lui-même (mais le commentaire nous a déja fourni beaucoup plus d'informations que tous les suppléments réunis d'autres films), et ce doucmentaire se présente plus comme une prolongation des propos de l'oeuvre, sur le vol dont sont toujours victimes les communautés indiennes de la région. Vol de leurs terres, de leur dignité (ils sont la classe la plus pauvre du pays) et de leur culture qui est de moins en moins représentée et du coup se perd. Les seuls reproches que l'on puisse faire à ce documentaire est d'être d'une qualité technique limite, mais cela est tolérable vu sa qualité éditoriale.

Un reproche également sur le fait que les menus apparaissent un peu simples pour une édition spéciale et surtout que le deuxième disque en est dépourvu.
Un ensemble quasi parfait et pour une fois d'une cohérence rare, évitant toute forme d'autocongratulation. Bravo !



Conclusion
Une édition visuellement quasi parfaite, mais la partie son a été moins bien soignée. La bande-son est de qualité mais plusieurs tons en dessous de la fabuleuse image de ce titre DVD. Un ensemble de suppléments complets, cohérents et centrés autant sur le film que ses enjeux. Une édition absolument indispensable à tous les amateurs du 7ème art, de par les qualités de l'oeuvre, celles de cette édition et un tarif de vente raisonnable. Une oeuvre à voir ou revoir impérativement tant ses splendeurs et son intelligence valent le détour. Roland Joffé s'est totalement investi dans ce projet et cela se sent au niveau de la mise en scène comme de la complexité des émotions et des situations véhiculées par le film. Un tel projet, si peu formaté et aussi engagé, paraît impossible à mettre sur pied à l'heure actuelle. Jeremy Irons et Robert de Niro y délivrent des performances inoubliables, conférant à leurs personnages une humanité touchante.


Qualité vidéo:
4,2/5

Qualité audio:
2,5/5

Suppléments:
3,6/5

Rapport qualité/prix:
4,0/5

Note finale:
3,8/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2003-05-20

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Mission, The

Année de sortie:
1986

Pays:

Genre:

Durée:
125 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Warner Bros.

Produit:
DVD

Nombre de disque:
2 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
2.35:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1
Française Dolby 2.0 Surround

Sous-titres:
Anglais
Français
Espagnol

Suppéments:
Commentaire Audio, documentaire, bande-annonce

Date de parution:
2003-05-13

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