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DVDEF

Shake Hands with the Devil: The Journey of Roméo Dallaire

Critique
Synopsis/présentation
1994. Tandis qu’un génocide d’une férocité peu commune fait rage au Rwanda, les yeux du monde entier sont rivés sur… le procès O.J. Simpson. Terrible constat qui témoigne de l’obsession maladive des médias pour le vedettariat et la fascination du public pour la déchéance d’une « star » , comme si cela la rendait plus humaine, plus égales à nos yeux. Pis encore, ce constat est d’autant plus douloureux qu’il se fait au détriment d’une crise humanitaire sans précédent, de mémoire d’homme du moins. En un peu plus de trois mois, plus de 800 000 tutsis et hutus modérés, tous des êtres humains au-delà de leur appartenance ethnique, ont été froidement exécutés. Et ce, au vu et au su de la comunauté internationale qui manifestement n’en avait rien à faire. Comment diable expliquer que l’attention de la majorité de la population se soit portée sur un procès, c’est-à-dire un fait divers, plutôt que sur une crise d’une telle evergure ? Comment justifier une un tel désintérêt envers le sort de ces victimes innocentes, et ce moins de cinquante ans après que le génocide juif nous ait fait dire « plus jamais » ? Et comment expliquer que notre mémoire collective soit si courte que nous tolérions des actes de barbareries similaires à ceux du Darfour (Soudan) à l’heure actuelle ? Toutes ces questions sont sujettes à bien des débats, à bien des extrapolations. Le lieutenant-général canadien Roméo Dallaire, chef militaire de l’opération de paix de l’ONU au Rwanda en 1994, à cessé de se poser ces questions sans réponse. Il consacre aujourd’hui ses énergies à éduquer le plus de gens possible sur le génocide rwandais. Mieux vaut tard que jamais, dit-on, et sensibiliser la population aujoud’hui fera en sortes que cette catastrophe ne soit jamais oubliée, mais que peut-être aussi d’autres crises seront évitées. C’est du moins ce que souhaite Dallaire, et c’est ce qui explique sa participation à cet important documentaire qu’est Shake Hands with the Devil : The Journey of Roméo Dallaire.

Ce documentaire est inspiré en partie du livre du même nom (en français : J’ai serré la main du diable) écrit par Dallaire à propos de son mission au Rwanda. Marqué à vie par l’échec de sa mission (dont il s’attribue tristement la faute), Dallaire a combattu les dépressions (et les tentatives de suicides) pendant cinq longues années avant de recouvrer l’équilibre mental nécessaire à l’écriture du livre, une brique de près de 700 pages. La rédaction de cet ouvrage a été pour lui une étape cruciale de son processus de guérison, dont l’aboutissement ne pouvait être autre chose qu’un éventuel retour au Rwanda où il aurait à faire face à ses souvenirs, ses démons. Dallaire accepta d’y faire sa première visite depuis le génocide pour souligner le dixième anniversaire de ce triste événement. Ce documentaire a été tourné lors de cette visite catarcique.

À travers les témoignages de Dallaire et de quelques autres intervenants, ce documentaire dresse un portrait saisissant et pertinent du génocide rwandais et des événements qui l’ont précédés. Mais la grande force du documentaire, ce qui le distingue par-dessus tout, c’est son caractère intimiste et souvent impressioniste. Le sujet du film, il ne faut pas l’oublier, est le retour de Dallaire au Rwanda bien plus qu’une reconstitution historique du génocide. Après une mise en contexte historique somme toute classique, l’accent est toujours porté sur Dallaire, sur ses témoignages mais aussi sur ses réactions. Les événements sont racontés à travers la visite de Dallaire de plusieurs lieux stratégiques qui ont marqué sa mission. Shake Hands with the Devil présente le combat d’un homme pour surmonter un traumatisme, et la réalisation est toute au service de cette idée maîtresse. Le contenu historique, agrémenté d’images d’archives percutantes judicieusements choisies et intégrées, sert non seulement à nous informer mais bien plus encore à illustrer les démons intérieurs de Dallaire. Voilà donc un documentaire savamment dosé qui dresse un portrait approfondi d’un homme meurtri tout en nous éclairant de façon concise sur l’un des pires événements du siècle dernier. Il s’agit d’une œuvre importante qui se doit d’être vue par le plus de gens possible. Mais attention, ce documentaire n’est aucunement l’équivalent filmé du livre de Dallaire, qui se veut une lecture difficile mais ô combien nécessaire pour comprendre toute l’ampleur et tous les enjeux du drame. À lire absolument.


Image
Ce documentaire est présenté dans le format respecté de 1.85:1 et d’après un transfert 16:9. Shake Hands with the Devil a été tourné sur support vidéo, plus précisément sur Betacam Digital (encodage 4:2:2), à ne pas confondre avec le Betacam HD (encodage 4:4:4).

Dans l’ensemble, la qualité de ce transfert est excellente et tire le maximum offert par le support utilisé. Les images filmées pour les besoins du documentaire sont d’une netteté de bon niveau. Évidemment, comme un tel tournage ne permet pas toujours l’utilisation d’un éclairage optimal, il en résulte à quelques reprises une présence de grain qui bloque certains détails, mais le défaut est pardonable dans les circonstances. Les prises de vues extérieurs filmées de jour sont de toute beauté et propose une définition presque à toute épreuve. Le rendu des couleurs est excellent. La restitution est parfaitement au point, et l’étalonnage est bien géré et conforme du début à la fin. Les couleurs sont saturées et naturelles, on ne remarque aucun débordement. Là où ce transfert trahit une réelle faiblesse, c’est au niveau du contraste. Ce dernier est mou et trahit une image qui manque de mordant et de profondeur. Ce défaut est imputable aux limitations du matériel source, mais il aurait certainement pu être corrigé en post-production. Le niveau des noirs, quant à lui, est toujours bien à ajusté, soit aux alentours des 7.5 IRE. Les noirs sont donc profonds et généralement nets. Seul un très subtil fourmillement fait une apparition rarement distrayante. Les dégradés bloquent parfois un peu trop rapidement, mais à nouveau ce défaut peut avoir été causé par les limites du Betacam Digital.

Il va de soit que les nombreuses images d’archive employées pour le transfert ne présentent pas les mêmes qualitées. Non seulement trahissent-elles des signes d’âge, mais la plupart d’entre elles ont été tournées sur Betacam SP et n’offrent pas le même rendement (définition, rendu de couleur) que le Betacam Digital. Considérant qu’il s’agit d’un documentaire, nous ne considéreront pas cela comme un défaut de ce transfert.


Son
Deux mixages nous sont proposés, tout deux de langue anglaise. L’un est au format Dolby Digital 5.1, et l’autre Dolby 2.0 Surround. Attention, certains revendeurs font état d’une bande-son française, ce qui n’est pas tout à fait le cas. Nous y reviendrons dans notre analyse des suppléments. Il est également à noter qu’aucun sous-titrage n’est offert, ce qui est plutôt décevant.

Considérant qu’il s’agit d’un documentaire, force est d’admettre que la bande-son multicanal dépasse nos attentes. Sans nécessairement être époustoufflante, la dynamique exploite adéquatement les possibilitées du spectre sonore. Le champ-sonore se déploie avec une belle présence ainsi qu’une profondeur remarquable à travers l’ensemble des canaux. Évidemment, comme il s’agit d’un documentaire et que le contenu passe essentiellement par les commentaires des intervenants, le déploiement s’effectue beaucoup plus au niveau des enceintes avants qu’arrières. Le positionnement des éléments sonores est étonnamment précis et équilibré, de toute évidence beaucoup d’attention y a été porté. Les canaux d’ambiophonie sont employés pour recréer de subtils effets d’ambiances captés pendant le tournage, ce qui donne littéralement vie aux lieux visités par Dallaire. En ce sens, l’utilisation de canaux ambiophonique est parfaitement justifiée puisqu’elle sert la tendance impressioniste du film. Les enceintes arrières sont également sollicités pour intégrer la trame-sonore, qui s’avère particulièrement immersive. Cette dernière profite de tous les canaux disponibles pour se déployer avec profondeur.

Grâce à une prise de son exemplaire, les propos recueillis auprès des multiples intervenants bénéficient d’un son bien rond et franc. Les commentaires sont toujours parfaitement intelligibles et jamais ne sont-ils étouffés par un quelconque bruit ambiant. Chapeau ! Les basses, très bien gérées, sont profondes mais sans excès. Le canal .1 (LFE) se manifeste réellement qu’une seule fois, soit au son du tonerre à la fin de l’allocution de Dallaire devant une assemblée de Rwandais.


Suppléments/menus
La quantité de suppléments offerte est surprenante considérant qu’il s’agit d’une documentaire qui n’a jamais profité d’une distribution (donc de revenus) digne de ce nom en salles.

Pour commencer, réglons le cas de cette sois-disant bande-son française. Comme nous l’avons mentionné ci-haut, aucun doublage français n’est offert sur le documentaire. Ce qui nous est proposé (en guise de suppléments !), c’est une version française raccourcie de 40 minutes du documentaire (pour une durée totale de 52 minutes), version qui a d’ailleures été diffusée sur les ondes de Radio-Canada ici au Québec. On s’explique mal une telle décision. Considérant que Radio-Canada (ainsi que le gouvernement canadien !) a financé en partie le documentaire original, n’aurions-nous pas eu droit nous aussi à la version complète de l’œuvre dans une version française ou, au minimum, sous-titrée ? Et bien non, une version a été commandée pour la télévision, version qui devait s’insérer dans une case horaire d’une heure seulement. Des narrations ont été enregistrées pour combler cette demande, et voilà que les spectateurs unilingues francophones doivent se passer de près de la moitié de l’œuvre originale. Il s’agit d’un scandale difficilement pardonable. Nous le répétons, il aurait été moins coûteux de produire des sous-titres français pour la version originale que de refaire le montage avec des narrations en français. Surtout, ne vous laissez pas berner par la jaquette française de cette édition. (Pour éviter de nous emporter d’avantages, nous allons passer outre le fait que la version française est de format 1.85:1 mais d’un transfert 4:3 seulement et que la bande-son est en format stéréo…)

Vous retrouverez par la suite deux pistes de commentaires audio. La première est animée par le réalisateur et producteur Peter Raymont. Il s’agit d’une excellente piste qui mérite une écoute attentive. Raymont partage avec moult détails son expérience de tournage au Rwanda. Il nous parle également de sa relation avec Dallaire, de laquelle s’est dégagée une réelle amitiée. Raymont est un homme articulé dont les propos sont concis et toujours pertinents. Fort intéressant.

La deuxième piste, de moindre intérêt, est animée par un critique du Toronto Star, Geoff Pevere. Il s’agit, grosso modo, d’une critique ou plutôt d’une appréciation du film. Le commentateur s’enlise parfois dans des analyses qui n’en finissent plus, ce qui finit par lasser rapidement. Qui plus est, le film est suffisamment bon pour qu’on puisse l’apprécier sans l’aide d’un critique…

S’ensuit une entrevue complète avec le réalisateur réalisée pour la télévision, présentée ici sans coupure ni montage. D’une durée de près de 8 minutes, cette entrevue fait ressortir les opinions du cinéaste sur la crise au Rwanda et sur le rôle de Dallaire. Pertinent…

Dans un segment vidéo de 6 minutes, Roméo Dallaire nous fait la lecture de deux passages qu’il considère important de son livre. La lecture se fait en anglais (la langue d’origine du livre), et il est important de mentionner que cette lecture avait été filmée dans le cadre de la remise de prix du Gouverneur Général de 2004 pour laquelle Dallaire s’est mérité une distinction.

Vous retrouverez ensuite une galerie de photographies prises par le photographe Peter Bregg. Cette galerie a ceci de particulier qu’une option de diaporama nous est offerte au cours duquel le photographe explique, via une narration, le contexte dans lequel la photo vue à l’écran a été prise. Ce diaporama, d’une durée de 22 minutes, est absolument fascinant. Les photos sont superbes, et les propos du photographe sont franchement intéressants et pertinents. Il s’agit d’une complément indispensable au film. À noter qu’il est également possible de regarder les photographies une à une sans commentaire du photographe.

Finalement, en plus de quelques bandes-annonces pour d’autres documentaires distribués par Microfilm, vous retrouverez une bibliographie dans laquelle plusieurs lectures et visionnements nous sont suggérées pour en apprendre d’avantages sur le génocide rwandais. Une bonne idée.

Mentionnons également la qualité du livret offert à l’intérieur du boîtier, une denré rare par les temps qui courent. À l’intérieur, le réalisateur explique comment il est arrivé à réaliser ce documentaire. Des copies des correspondances par fax dans lesquelles Dallaire demande à l’ONU d’agir et que l’organisme répond par la négative sont également offertes, une initiative bienvenue.



Conclusion
Shake Hands with the Devil est un film à voir absolument, autant pour ceux qui s’intéressent au génocide rwandais que les autres pour qui l’événement n’est à peu près pas familier. Techniquement, cette édition se situe au-dessus de la plupart des documentaires généralement offerts en DVD. La qualité d’image est excellente pour le genre, et le mixage sonore en donne plus que le client en demande. Quant aux suppléments, ils surprennent par leur quantité et leur pertinence (exception faites de la piste de commentaires animée par le critique…). Seul véritable bémol : la version française tronquée de 40 minutes…


Qualité vidéo:
4,0/5

Qualité audio:
3,9/5

Suppléments:
3,4/5

Rapport qualité/prix:
3,9/5

Note finale:
3,8/5
Auteur: Yannick Savard

Date de publication: 2005-05-09

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur NTSC 4:3 Sony Trinitron Wega KV-32S42, Récepteur Pioneer VSX-D509, Lecteur DVD Pioneer DVL-909, enceintes Bose, câbles Monster Cable.

Le film

Titre original:
Shake Hands with the Devil: The Journey of Roméo Dallaire

Année de sortie:
2004

Pays:

Genre:

Durée:
91 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):
-

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Microfilms

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.85:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1
Anglaise Dolby 2.0 Surround

Sous-titres:

Suppéments:
Piste de commentaires audio (2), entrevue intégrale avec le réalisateur, bibliographie (suggestions de lecture et visionnement), lecture de passages du livre par Dallaire, montage de 52 minutes en français, galerie d'images et livret

Date de parution:
2005-03-01

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