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DVDEF

Ghost in the Shell 2: Innocence

Critique
Synopsis/présentation
La nouvelle popularité du cinéma d’animation Japonais repose sur quelques œuvres majeures. Que l’on parle de Akira (Katsuhiro Otomo, 1988), des premiers films de Myiazaki et surtout de ses derniers succés (Princess mononoke comme déclencheur) ou d’un de ceux qui a le plus marqué l’esthétique et l’imaginaire occidental, Ghost in the Shell (Kôkaku kidôtai, 1995) de Mamoru Oshii.

Ce dernier eut un impact tel, qu’il redéfinit jusqu’à l’esthétique même des films d’actions d’Hollywood ( Matrix, realisé mais non écrit par les Wachowsky Brothers a été, dans sa quête du plagiat absolut jusqu’à emprunter des plans complets). Son réalisateur, Mamoru Oshii présentait après plusieurs œuvres aussi personnelles que réussies un film d’exception capable de rejoindre les plus occidentaux des Gaïjins. Au titre de ses œuvres préalables, on peut citer Angel’s Egg (1985), plusieurs Patlabor (depuis 1988) comme réalisateur, et auteur de nombreux autres animés d’exception (dont le splendide Jin-Rô). Les œuvres post Ghost in the shel sont parties dans plusieurs directions, dont celle du film (non-anime) Avalon en 2001.

L’univers et le style de Oshii est très particulier, surtout pour des occidentaux. En premier lieu, Oshii semble vouer un culte particulier aux rythmes lents et contemplatifs. La plupart de ces œuvres baignent dans une lenteur à laquelle nous ne sommes que peu souvent soumis, et cherchant à donner à l’inaction et au silence un poids tout aussi important qu’au bruit et à l’action. Ces moments paisibles (entrecoupés généralement de déchaînements auditifs intenses) sont les lieux propices pour présenter des traits de philosophie, des approches très intellectuelles et des dialogues souvent profonds. Le cinéma de Oshii, malgré sa forme animée qui ferait penser à une facilitée d’accés, est un cinéma compliqué, aux scénarios et réflexions que l’on ne retrouve plus que rarement dans le cinéma. Pour terminer sur ces spécificités, on doit absolument s’attarder sur le sens artistique et technique de Oshii. Tout comme Otomo 7 années avant, Oshii a réellement bouleversé l’esthétique même de l’animé en intégrant de nombreux éléments de 3D numérique, et tenter des intégration avec la 2D plus traditionnelles.
Ghost in the Shell : Innocence, se présente comme la suite logique du premier opus. Quelques années plus tard, les anciens coéquipiers du Major Kusanagi Motoko (dont le ghost s’échappe à la fin) sont toujours membre de la Section 9. Batou, dont il ne reste plus beaucoup de « pièces » humaines reste baigne dans la mélancolie de la disparition de Kusanagi, se voit associé à Togusa (le plus humain de tous). Ils sont placés sur une enquête délicate, l’utilisation de « gynoids », robots à forme humaine, pour des fins sexuelles se voient terminer dans le sang du propriétaire du robot, suivit du suicide de ce dernier.

Tout comme pour le premier GITS, l’interrogation permanente de Oshii sur la nature humaine est la base de ce film, ou de savoir ce qui fait qu’un humain est humain. Si pour le premier opus, Oshii abordait cet aspect via « le ghost » que l’on pourrait grossièrement traduire par « âme », ici le réalisateur utilise l’analogie de la poupée cyborg, la représentation humaine faite par l’homme. Loin de se lancer ici dans une intellectualisation à outrance du thème abordé, les références très nombreuses à la bible, à John Milton (ses Paradis Perdus, ou aux différents psaumes qu’il a écrit, 114 et 136 en tête). Mais plus philosophique, on rentre directement dans Descartes et dans la notion d’inanimation et de l’Objet.
Mais si l’on peut s’attarder sur GITS 2 comme une œuvre qui impose de la réflexion et donc un film qui se mérite, c’est mettre de côté ce qui fait l’essence, et la marque de ce film.

GITS : Innocence est très certainement le plus bel animé fait jusque maintenant.

L’imagerie est absolument magnifique, l’animation de tout premier plan, et les mélanges de 2D et 3D sont incroyables. Certaines scènes sont d’une beauté aussi rares que précieuses, qu’il s’agisse du carnaval, de la scène dans le dépanneur, du simple vol des mouettes… toutes ces scènes prises indépendamment placeraient ce travail dans le rang des meilleures animations existantes, mais se retrouvent ici compilées pour créer un seul film.
Comme le dit Oshii, les gens aiment les vieux films, ce ne sont pas les nouveaux films qui plaisent, mais ceux qui nous ont laissé un bon souvenir, et avec lesquels on a vieilli. Cela est particulièrement vrai pour GITS2, la beauté plastique de ce film et sa profondeur ne savent pas effacer les éclairs de magie que le visionnement du premier avait généré chez bon nombre d’amateurs d’animation. On se retrouve devant une œuvre majeure mais qui demande un effort plus particulier.

Considérant les points forts de ce film, et surtout la grande beauté des images, on ne peut qu’être extrêmement déçu de cette édition DVD. Passons rapidement sur la pochette qui dessert réellement le film… À croire que Dreamworks n’avait aucun designer sous la main sinon leur concierge. Ensuite et cela est beaucoup plus grave, le sous titrage de la version original a été superbement baclé. On se retrouve avec un sous titrage « close captionning » qui masque plus d’un tiers de l’image, et avec des commentaires aussi fascinant que « machine bleeping »… C’est montrer un respect plus que minime pour cette œuvre, et surtout, lui oter toutes chances de séduire un nouvel auditoire. Cette négligence place le texte en avant, et la complexité du scénario se retrouve d’autant plus mise en exergue qu’elle ne peut-être mitigée par la beauté des images et de l’animation.
Une édition tout simplement ratée, d’un film qui méritait beaucoup plus. C’est d’autant plus incompréhensible que les éditions proposées en Zone 1 des studios IG sont généralement de très bonne qualité, qu’il s’agisse du phénoménal et révolutionnaire Dead Leaves sortit l’an dernier, ou de la série Ghost in The Shell : Stand Alone Complex.

En attendant les très prochaines sorties de deux gros titres japonais en ce début d’année (le nouveau Myiazaki et le nouveau Otomo, Steamboy), il est vraiment regrettable de voir que les majors, lorsqu’elles rachètent les droits de ces œuvres les traite avec aussi peu de respect, et de bon sens commercial. GITS deux devait d’ailleurs bénéficier d’une sortie nationale, aux Etats-Unis tout autant qu’au Canada, mais pour des raisons très obscures seules des sorties très limitées ont été proposées.
La nomination au festival de Cannes 2004 de ce film aurait pu lui donner le support nécessaire pour bénéficier d’une campagne promotionnelle plus avancée et un plus grand nombre de copies.

Si on peut comprendre que les majors refusent de se tirer dans le pied en montrant que leur propres productions ne sont pas à la hauteur d’un cinéma d’animation plus adulte, plus intéressant et techniquement plus en avance, on ne comprend néanmoins pas pourquoi cet acharnement à la médiocrité est devenu un standard. Si Disney surf sur la vague des studios Gibli, c’est en grande partie du aux efforts de John Lasseter de Pixar, mais il semble que Dreamworks n’a pas de champion qui motiverait un produit de qualité. Plutôt que de sortir ces éditions dignes de la plus grande négligence, les majors devraient laisser les professionnels de l’anime, comme Manga Ent. Ou Pionneer s’occuper du travail. Si ces derniers pratiquent des prix surréalistes, ils fournissent néanmoins de très belles éditions.

Sans sortie nationale, et avec une édition qui souffre de ce gros problème, on peut dire que les usagers de la Zone 1 sont plutôt défavorisés et que la sortie de GITS2 Innocence a été tout simplement sabotée. Et c’est dommage, car concernant cette édition, sous les problèmes se trouve une édition techniquement très au point.

MISE À JOUR (4 Avril 2005) :
GoFish! remplace les disques zones 1 pour le Canada et les USA pour ceux qui ont la version baclée qui a des sous titrages de type CC.
Ca reste assez bien caché, mais pour ceux que ca intéresse, aller sur
http://www.gofishpictures.com/GITS2/main.html
Cliquer sur DVD, et en haut à droite "question about your DVD".
Vous pouvez laisser vos coordonnées afin de recevoir une enveloppe prépayée pour renvoyer votre disque défectueux pour remplacement.



Image
Cette édition de Innocence est proposée au format respecté de 1.85:1 dans un transfert 16:9.

Naturellement, ce film très récent ne présente aucun problème lié à l’âge ou à des défauts physiques. De plus, l’origine numérique de très nombreux plans implique que les éléments traditionnels aient été intégrés de manière numérique, donc avec un master totalement digital après photographie des éléments dessinés.
Si l’on omet les sous-titrages qui prennent le tiers de l’écran, la définition générale est excellente. La richesse des textures, numériques ou non est rendue de manière très nette, et le volume de détails des arrières plans est restitué avec toutes les informations originales.
Les couleurs sont parfaitement étalonnées et saturées, offrant un éventail aussi réaliste que riche à l’image. Une mention toute particulière aux décors CG dont l’éclairage doré, et les teintes jaunes chaudes sont particulièrement bien rendues. La brillance et les contrastes sont convenables sur toute la durée du programme et offrent des parties sombres détaillées. Les noirs sont d’une profondeur parfaite.

Le transfert a été fait de façon très professionnelle, aucun problème lié a la compression n’ont été constatés.
Quel dommage de voir que les sous-titres mettent sur la sellette un transfert tout à fait dans les normes actuelles. Pour se passer des sous-titres, deux solutions vous sont offertes, la première est d’apprendre le japonais, la seconde de regarder ce film dans la version traduite et techniquement limitée de l’anglais.



Son
Deux bandes sonores sont proposées sur cette édition, tout d’abord la bande originale Dolby Digital 5.1, et une version anglaise Dolby 2.0 stéréo. Le format multicanal a été utilisé pour cette critique, la version anglaise offrant des doublages plutôt moyens, et un dynamisme très limité.

Le premier opus avait été supporté par une excellent trame sonore, qui contribuait énormément à l’ambiance du film. Si Mamoru Oshii a réussit à retravailler avec Masamune Shirow pour le scénario (basé sur le manga de ce dernier), il a aussi réussit à retrouver le compositeur Kenji Kawai. Ce dernier a conçu cette bande sonore comme la continuité de la première, utilisant les thèmes et textes qui étaient présent dans le premier Opus. Hormis les personnages et la touche graphique de Oshii, la musique est certainement l’élément qui fait le « lien » entre le premier opus et le secon.
La bande sonore de cette édition est d’un dynamisme surprenant (surtout comparée au son très moyen de certaines salles de cinéma indépendants qui ont projeté ce film). On passe d’explosions à chuchotement de manière toujours fluide et sans perte d’information. Le champ sonore se déploie impeccablement sur 360 degrés.
L’intégration des différents effets (foleys), de dialogues et de la magnifique bande sonore se fait dans un mixage très fin et efficace, mettant toujours en avant les éléments nécessaires et ce de façon très bien intégrée aux environnements. Une mention particulière pour les effets sonores (foleys) qui sont d’une profondeur magistrale (la boite à musique est réellement spectrale). Les canaux sont très bien isolés et offrent des placements sonores aussi précis qu’efficaces, et ce sur toutes les enceintes.
L’Ambiophonie est naturellement au rendez-vous, avec une utilisation très adéquate des arrières, et des transitions gauche/droite, avant/arrière nombreuses et efficaces.
Aucun défaut dans cette bande son n’a été constaté et l’ensemble du spectre sonore est restitué de façon cohérente. Les basses sont dynamiques et bien tenues, les infrabasses utilisées intelligemment venant à leur renfort pour marquer les éléments les plus explosifs du film.
Cette bande son multicanale est d’excellent niveau, la trame sonore encore une fois au centre de toutes les attentions est parfaitement restituée. Le dynamisme de cette bande son n’est pas en reste, et offrira dans l’ensemble une très belle expérience.

Des sous titrages en Anglais et français sont disponibles, et portent tous deux l’opprobre des problèmes dont nous parlions précédemment.



Suppléments/menus
Cette édition de GITS : Innocence se compose d’un unique disque ou se trouve le programme principal ainsi que les suppléments.

Ces derniers se composent d’une piste audio commentée, un segment sur la création du film et de quelques bandes-annonces.
La piste audio commentée est faite par le réalisteur Oshii, et son directeur de l’animation Toshihiko Nishikubo. Les commentaires sont plutôt intéressants mais on une tendance à ne parler que du côté technique du film, alors qu’en la présence de Oshii nous aurions aimé des ouvertures ou tout du moins des explications sur certains concepts du film. Dans l’ensemble, ces commentaires sont un ajout agréable qui permettront aux plus amateurs de recueillir des informations supplémentaires. Là aussi, les sous-titrages prennent la moitié de l’image, ce qui empêche une fois de plus de profiter pleinement de ce qui est décrit par les commentateurs.
Un segment de 16 minutes propose un apperçu de la production de ce film d’animation. Toujours très haut niveau et sans jamais réellement aller dans les détails, ce segment ne vaut réellement la peine que pour les petits morceaux d’entretiens avec Oshii qui sont pleins de son univers. Considérant qu’il s’agit du seul supplément réellement disponible, nous nous serions attendu à mieux, une œuvre de cette envergure (technique et philosophique) aurait pu certainement justifier des suppléments plus riches et plus long.

La bande-annonce promotionnelle japonaise du film (qui dure environ 5 min) est offerte. Cette dernière est plutôt intéressante car elle résume, et par là même explique, le film très rapidement. C’est un excellent raccourci pour se donner une idée du film, et certainement le « test » pour des personnes qui ne savent pas trop s’ils veulent le regarder ou non.
Trois bandes-annonces standard sont proposées, tout d’abord pour Ghost In The Shell, puis pour Stand Alone Complex. Pour finir, les droits appartenants à Dreamworks pour l’amérique du Nord, une bande annonce pour Millenium Actress de Satochi Kon est offerte.
Nous sommes assez déçu des suppléments contenus dans cette édition, qui ne font que survoler le film pour le segment original, et d’avoir des sous-titres encore une fois catastrophiques pour la piste de commentaire.




Conclusion
Quelle déception que cette édition. Un des films d’animation les plus attendus se voit offrir un traitement indigne de l’industrie du DVD en général, et sans aucune attention au film qu’il supporte. Comment justifier ces sous-titrages qui prennent la moitié de l’écran, et qui sont de vulgaires transferts de close captionning… Dreamworks nous surprend ici par son manque de support envers ce film nominé à Cannes, manque de support lors de la sortie en salle, et négligence technique grave pour son édition DVD. Problème technique qu’un minimum de travail aurait pu éviter, le transfert et le son étant tout à fait dans les normes de l’industrie.
Ce réel échec est impardonnable lorsqu’on connaît le travail fourni par Oshii et son équipe pour sortir un Anime presque parfait.



Qualité vidéo:
2,0/5

Qualité audio:
4,0/5

Suppléments:
2,5/5

Rapport qualité/prix:
2,0/5

Note finale:
2,5/5
Auteur: Thomas Geffroyd

Date de publication: 2005-04-04

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur Sony KV34XBR910; Préampli Audio Refinement par YBA Pre-2; Ampli Audio refinement par YBA Multi-5; Enceintes JmLabs; Sub REL Strata III; Lecteur DVD Denon DVD-1600; cables et interconnects Cardas/Audioquest.

Le film

Titre original:
Kôkaku kidôtai 2: Inosensu

Année de sortie:
2004

Pays:

Genre:

Durée:
99 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):
-

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Dreamworks

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.85:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Japonaise Dolby Digital 5.1
Anglaise Dolby 2.0 stéréo

Sous-titres:

Anglais
Français

Suppéments:
Piste de commentaires audio, segment et bandes-annonces

Date de parution:
2004-12-28

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