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DVDEF

Dead Ringers (15th Anniversary Edition)

Critique
Synopsis/présentation
Dead Ringers (1988) est pour David Cronenberg le film du changement esthétique où son univers auparavant très charnel et physique va rester dans les mêmes thématiques et questionnements, mais en les intériorisant. Auréolé du succès mondial (et amplement justifié) de The Fly (1986, Cronenberg, au lieu de se laisser aller à la facilité et de se reposer sur ses lauriers, se lance au contraire avec Dead Ringers dans une nouvelle direction, sans se soucier de savoir si son public sera dérouté ou non. Dead Ringers nous propose de suivre le parcours étonnant de deux personnes pas banales, Eliott et Beverly Mantle (Jeremy Irons), deux jumeaux gynécologues qui vont voir leur fratrie mise à mal lorsque l'un des frères va tomber amoureux d'une de ses patientes, l'actrice Claire Niveau (Geneviève Bujold).

Prenant appui sur un livre plutôt médiocre s'inspirant d'un fait divers similaire, Twins de Bari Wood et Jack Geasland, Cronenberg va totalement repenser les tenants et aboutissants psychologiques de cette histoire, l'entremêlant avec ses propres obsessions.
Ainsi les deux jumeaux sont pensés comme deux personnes bien distinctes dont les personnalités sont à la fois proches et distantes, évacuant par là même le schéma traditionnel et manichéen qui veux qu'un des deux jumeaux soit le bon et l'autre le méchant. Cette ressemblance physique et intellectuelle est même le fond du film et si l'on parvient au début à distinguer Eliott de Beverley, Cronenberg va progressivement de plus en plus jouer sur la confusion possible entre les deux frères, qui devront eux-mêmes se réajuster pour ne redevenir qu'un afin, leur semble-t-il du moins, de retrouver la raison. Cette question du système nerveux qui aurait des ramifications externes nous semble le point essentiel du film qui nous montre comment Claire va au final rompre la relation particulière des deux jumeaux du fait même de sa présence qui perturbe leur connexion. Dans une scène de rêve absolument sublime, Claire va métaphoriquement séparer les deux frères qui auront à partir de ce moment les plus grandes peines du monde à vivre une vie normale. Beverly va tomber dans la prise abusive de médicaments non pas parce que Claire lui en donne l'occasion mais plutôt pour combler ce vide laissé par l'absence affective et "nerveuse" de son frère. La psychose qui va découler de son absorption massive de médicaments va permettre à Cronenberg de développer une thématique qui lui est chère depuis ses débuts.
Dans ses premières ébauches de scénario, on trouve déjà un gynecologue fou qui fabrique des instruments pour opérer les mutantes et il exploitera cette idée saugrenue dans Dead Ringers avec l'intelligence qu'on lui connait. Beverly perd pied avec la réalité mais au lieu de le reconnaître, il décide que c'est la réalité qui se transforme et ainsi nous est brillamment exposé la notion de point de vue et de folie. En gardant le point de vue de Eliott dans la "normalité", Cronenberg permet au spectateur de garder sa raison et de bien rester dans la progression dramatique. Mais plus tard lorsque Eliott va se droguer volontairement pour se remettre en phase avec son frère, le spectateur n'aura plus de double point de vue et sera obligé de regarder frontalement le douloureux retour aux origines des jumeaux. En effet, ceux-ci cherchent désespérement à nier leur séparation physique en partageant le même métier, le même appartement, les mêmes femmes, les mêmes goûts artistiques. Cependant, jusqu'à la dégringolade de Beverly, cette séparation était bien effective mais pas ressentie comme telle par les deux hommes. Lorsqu'ils se remettront en phase, ils n'auront de cesse, et ce malgré leur volonté et leur jugement totalement detruits par les drogues, de tout mettre en oeuvre pour revenir vers l'état symbiotique d'avant leur séparation. Et il ne fait nul doute que s'ils en avaient la possibilité, ils retourneraient dans le ventre de leur mère où leur contact était total, physique mais aussi intellectuel et nerveux (au sens du système nerveux).

Nous vous laissons le soin de découvrir par vous-même ce film exigeant et qui pourra sembler aride aux spectateurs habitués aux débordements de chair des précédents films de David Cronenberg. Cependant, que l'on ne s'y trompe point, si Dead Ringers marque une nouvelle étape dans l'évolution stylistique du réalisateur, il continue l'exploration de la psyché humaine, de la difficulté à vivre coincés dans nos corps (ou également de voir les corps dominés par des intellect "inutiles") mais aussi et surtout de nos possibles devenirs en tant qu'êtres humains. Or, après avoir vu Dead Ringers, l'on comprend que la fusion de deux systèmes nerveux n'est pas plus envisageable que le fusion de deux corps (comme il en est question dans The Fly).



Image
L'image est présentée au format respecté de 1.66:1 d'après un transfert 4:3 (même si la jacquette du DVD nous explique que le film a été tourné en 1.33:1).

La définition générale est de bon niveau même si le fait d'avoir un encodage en 4:3 limite très certainement le résultat global. L'interpositif est très propre et aucun défaut gênant n'apparaît au cours du visionnage. A noter que l'ensemble offre un léger grain qui donne un rendu cinéma absolument superbe au film. Les magnifiques couleurs de la photographie très complexe de Peter Suschitzky sont impeccablement rendues. Elles sont naturelles, constantes et parfaitement saturées. Le contraste est de haut niveau, évitant les brillances. Les scènes sombres du film sont bien rendues grâce à des noirs bien purs et profonds. Les seuls défauts de ce transfert sont d'ordre numérique et s'avèrent finalement peu gênants. Il s'agit d'effets de moirage sur certaines vestes mais principalement sur les nombreux stores qui équipent les fenêtres de l'appartement des jumeaux. Hormis cela, aucun autre défaut numérique gênant n'est à déplorer.

Un transfert correct qui est la reprise de celui de l'édition Criterion, ce qui prouve à la fois que la technologie a depuis fait de gros progrès, mais également que cet éditeur fait un travail remarquable car malgré les quatre ou cinq ans de ce transfert, il est toujours à la hauteur. Cependant, il serait temps qu'un éditeur se décide enfin à offrir à Dead Ringers la qualité qu'il mérite, à savoir au minimum un transfert 16:9.


Son
La seule bande-son disponible sur cette édition est en Anglais (Dolby Digital 2.0 surround).

Sa dynamique est forcément limitée par le format mais cela pris en compte, elle s'avère tout à fait satisfaisante. Il en est de même pour sa présence et sa spatialité. La superbe musique de Howard Shore est remarquablement rendue sans limitations audibles. Elle est de plus parfaitement intégrée au reste de la bande-son. Les enceintes arrières sont peu utilisées mais toujours de façon intelligente et discrète. Elles profitent majoritairement à la musique et aux formidables ambiances du film. Les dialogues sont en permanence parfaitement intelligibles et aucune trace de parasites ou distortions n'est à déplorer et ce même à volume assez élevé.
Les basses fréquences sont en retrait du fait de l'absence d'un canal dédié mais elles savent se faire sentir dans les rares passages où la bande-son l'exige. Il n'y a malheureusement aucune option de sous-titrage.

Une bande-son satisfaisante en l'état mais qui comme dans le cas de l'image, aurait pu profiter des dernières technologies et ainsi offrir le meilleur d'elle-même.



Suppléments/menus
Une section qui a le mérite d'exister et propose certains passages intéressants, mais qui est loin qualitativement parlant de ce qu'a pu produire la collection Criterion sur d'autres éditions plus récentes de films de David Cronenberg (Naked Lunch ou Videodrome). Le commentaire audio est extrêmement instructif et pour une fois sur un commentaire où les intervenants ont été enregistrés séparément, le mixage son est remarquable. David Cronenberg, Carol Spier (décoratrice), Peter Suschitzky (Chef opérateur) et Ron Sanders (monteur) nous régalent de leurs interventions toujours motivées par un but précis et qui servent toujours la compréhension du film. Le simple fait d'avoir sélectionné ces trois techniciens et seulement ceux-la prouve le sérieux de l'opération, et en fait tout l'intérêt car ils sont tous des proches et fidèles collaborateurs du réalisateur.

Vient ensuite un segment intitulé "Twinning Effects" et qui mélange texte et prises de vues de plateau afin d'expliquer comment la prouesse technique de ce film a été réalisée et surtout de manière aussi discrète. Si l'ensemble est digne d'intérêt, il faut bien reconnaître que sa présentation comme sa qualité technique laissent à désirer et de façon sure ne tirent pas le meilleur parti de ce matériau.

Le même reproche est à faire pour la partie suivante : "The Strange Objects of David Cronenberg's Desire", qui nous présente une exposition qui a fait le tour du monde et qui est consacrée aux outils étranges créés par Cronenberg pour le film. Une fois de plus la succession de pages fixes de texte et de photo de taille et de qualité très moyenne nuit à l'intérêt de l'ensemble. Il ne fait nul doute que ces suppléments auraient eu un meilleur impact si ils avaient été placés sur un livret papier.

Est également disponible un documentaire de 17 minutes qui s'avère au final assez quelconque principalement du fait qu'aucun point abordé n'est réellement développé et que donc nous avons davantage l'impression d'assister à un exercice promotionnel où des choses intéressantes sont dites mais sans réel fond.

Et pour finir est disponible la traditionnelle bande-annonce de qualité technique moyenne et qui présente le film sous un jour étrange qui ne correspond quasiment pas avec la réalité du film.

Un ensemble donc en demi-teinte qui remplit néanmoins son office, le problème se situant plus au niveau de la forme que du fond. Il faut tenir compte du fait que ces suppléments ont été produits au début de l'ère du DVD et qu'à cette époque, ils étaient réellement au sommet du panier. L'éditeur TVA s'est malheureusement contenté de reprendre ces suppléments sans en produire lui-même ou recontacter David Cronenberg (réalisateur très ouvert à cela) pour en produire de nouveaux.





Conclusion
Une édition qui se contente de reprendre exactement le contenu de l'édition produite il y a quelques temps par Criterion et maintenant introuvable. La partie technique est donc correct mais aurait bien supporté un traitement afin que l'image, le son ou les suppléments puissent benéficier de l'apport indéniable des dernières technologies. Nous vous conseillons donc l'achat de ce DVD car cette édition est clairement la meilleure disponible sur le marché mais son appellation de 15th Anniversary Edition paraît totalement galvaudée.

Voici un film unique et troublant comme seul Cronenberg est capable d'en réaliser. Les effets spéciaux sont d'une qualité et d'une discrétion incroyables, servant le film et le travail époustouflant de Jeremy Irons. Cela démontre de façon éclatante qu'un réalisateur sachant utiliser intelligemment les effets spéciaux peut en retirer un bénéfice évident pour le film, ceux-ci ne restant que des outils dans ses mains. De plus, Dead Ringers est l'un des rares films "adultes" sur la notion de gemellité (avec Gemini de Shin'ya Tsukamoto) que Cronenberg arrive à lier de façon étonnante à ses thématiques habituelles, se renouvelant ainsi autant qu'il approfondit sa reflexion entamée plus de 20 années plus tôt. Un chef d'oeuvre troublant qui vous fera sans nul doute réfléchir mais qui n'est cependant pas à mettre devant tous les yeux.


Qualité vidéo:
3,4/5

Qualité audio:
3,1/5

Suppléments:
3,0/5

Rapport qualité/prix:
3,2/5

Note finale:
3,3/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2005-02-17

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Dead Ringers

Année de sortie:
1988

Pays:

Genre:

Durée:
115 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
TVA Films

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.66:1

Transfert 16:9:
Non

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby 2.0 Surround

Sous-titres:

Suppéments:
Commentaire audio, galeries et texte, effets spéciaux, documentaire, bande-annonce

Date de parution:
2004-12-28

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