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DVDEF

We Need to Talk About Kevin

Critique
Synopsis/présentation
Adaptation du célèbre roman de Lionel Shriver, We Need To Talk About Kevin réalisé par la cinéaste écossaise Lynne Ramsay (elle en est à son troisième long-métrage) a fait l’objet d’une première mondiale au Festival de Cannnes de 2011. Après un accueil relativement favorable sur la croisette, plusieurs ont crié au scandale lorsque le nom de l’actrice Tilda Swinton n’a pas fait le palmarès des nommés pour la meilleure actrice lors de la 84e cérémonie des Oscars. Beaucoup trop de bruit pour rien ?

Alors que le roman de Shriver épousait complètement le point de vue de Eva Khatchadourian, le personnage de mère incarné par Swinton, par une narration à la première personne, permettant ainsi de pénétrer en profondeur la psyché complexe et fascinante d’une mère dépassée par les actions de son énigmatique adolescent Kevin, le film préfère opter pour une approche davantage cinématographique. On fait donc complètement fit d’une quelconque narration, les images deviennent le véritable moyen de raconter cette histoire et les dialogues sont gardés à un minimum. De plus, l’œuvre préfère baigner dans un contexte plus « intemporel » alors que le roman se déroulait pendant la période préélectorale de 2001, juste avant l’élection de George W. Bush ainsi que les malheureux évènements du 11 septembre. Cela est sans compter sur l’éclatement de la structure du récit qui devient ici un véritable casse-tête alors que dans le roman on s’apparentait davantage au suspence.

Si le long-métrage semble ainsi de distinguer nettement de l’œuvre originale, c’est un leurre. Puisque les évènements que le film reproduit sont bien ceux du livre (les plus essentiels) et en ce sens We Need To Talk About Kevin est une adaptation très fidèle. Le problème est que la mise en scène qu’a choisie la cinéaste Lynne Ramsay empêche à cette histoire douloureuse et terrible de véritablement prendre vie. Le choix de donner toute la place à la force des images est tout à fait louable et donne lieu à des somptueux moments de cinéma, mais la signification des images n’est pas toujours claire et l’on doit s’en remettre au contenu du roman pour mieux saisir (pour les heureux qui l’auront lu). On préfère ainsi évoquer plutôt que relater, sous-entendre plutôt que montrer, observer plutôt que vivre. Car s’il y a une différence qui pèse contre les choix de la réalisatrice, c’est certainement sur son personnage principal que l’on en sent les principales répercussions. La caméra de Ramsay demeure froide sur Eva Khatchadourian offrant un regard empathique, mais distancié sur son héroïne. Son histoire amoureuse avec son mari qu’elle sacrifie au prix de la vie de famille est complètement passée sous silence tandis que le plus grand sacrilège demeure le choix de faire de Kevin un monstre dont l’origine demeure inconnue, mais s’apparente presque à un être démoniaque.

Car dans son symbolisme appuyé We Need To Talk About Kevin rejoint beaucoup plus timidement la thèse du roman qui responsabilise l’absence d’amour de la mère d’être la source du « Mal » de son enfant. Le long-métrage utilise la couleur rouge pour représenter cette culpabilité, mais demeure plus ambigu quant à l’hypothèse du manque de désir maternel. Ce que le film présente plus clairement en revanche est cette lutte sans pitié entre Kevin et sa mère. Un combat qui n’a d’issue que dans ce dénouement tragique, où Kevin, tout comme le spectateur, est pris dans la plus profonde des perplexités face à Eva.


Image
Le film est présenté au format d’image respecté de 2:40:1 à une résolution de 1080p.

Le transfert vidéo HD est magnifique. L’attention si minutieuse portée à l’image pour ce film est ici en tout point remarquablement reproduite. De la précision et la finesse des détails et des textures au rendu des couleurs tout en justesse. Les niveaux de noirs sont parfaitement gérés ainsi que les contrastes, évitant ainsi les effets de surbrillance. Les dégradés demeurent fluides et précis livrant de somptueuses parties sombres.

La partie numérique se sauve de toute anomalie majeure.


Son
Deux bandes sons sont disponibles sur cette édition, toutes deux au format DTS-HD Master Audio 5.1, la première en version originale anglaise et la seconde en version française.

Le mixage DTS-HD anglais se caractérise par sa subtilité et son immersion. Alors que les dialogues se font rares et que les éléments sonores sont constamment à l’avant-plan, le déploiement du champ sonore s’effectue de sorte à ce que ces derniers profitent des ouvertures frontale et latérale, mais aussi des effets d’ambiophonie qui réussissent à créer de fortes impressions. Les quelques dialogues demeurent intelligibles alors que lorsque ce n’est pas complètement le cas, il s’agit bel et bien d’un choix artistique et non d’un défaut du mixage. La trame sonore composée de morceaux de musique populaire s’intègre parfaitement au mixage. L’utilisation des basses fréquences et du canal d’extrêmes graves demeure restreinte et relativement anecdotique.

Des sous-titres anglais sont disponibles.


Suppléments/menus
Nous retrouvons le documentaire « Behind the Scene of Kevin (27:05)» est une série d’interventions informatives et riches sur le film offertes notamment par la réalisatrice Lynne Ramsay (à l’accent écossais incompréhensible), les acteurs et les artisans du film.

« Extra Footage from « La Tomatina » Tomato Festival (4:15) » est une version allongée et non-montée de la séquence d’ouverture du film présentée ici sans son. « In Conversation (17:52) » est une passionnante session de « questions/réponses » avec l’actrice Tilda Swinton au Festival du film de Telluride. Enfin, « Interview with author Lionel Schriver (3 :58) » propose un bref entretien avec l’auteure du livre. On y apprend notamment le désir de Schriver de demeurer peu impliquée par rapport au projet.

La bande-annonce du film complète cette section.



Conclusion
Pour son adaptation d’une œuvre singulière relatant les réflexions d’une mère meurtrie, détruite, victime de son propre malheur, la réalisatrice Lynne Ramsay a opté pour une approche très cinématographique. Ses choix artistiques sauront faire de We Need To Talk About Kevin le film, un long-métrage tout aussi singulier puisqu’il laissera son spectateur dans un état de perplexité. Son désir de vouloir suggérer par de fortes images plutôt de plonger au cœur de cette tragédie contemporaine demeure honorable et courageux, mais discutable.

L’édition est techniquement resplendissante. Le transfert vidéo reproduit avec richesse le travail si minutieux sur l’image et la direction photo alors que le mixage DTS-HD reproduit avec subtilité et dynamisme l’univers sonore du film (qui compte très peu de dialogues !). Le suppléments sont intéressants et pertinents la plupart du temps rendant cette édition tout à fait recommandable.


Qualité vidéo:
4,5/5

Qualité audio:
4,4/5

Suppléments:
3,5/5

Rapport qualité/prix:
3,9/5

Note finale:
4,0/5
Auteur: Frédéric Bouchard

Date de publication: 2012-06-28

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur LG 37LG30, Lecteur Blu-Ray Sony (BDPS350), Récepteur JVC TH-A30

Le film

Titre original:
We Need to Talk About Kevin

Année de sortie:
2011

Pays:

Genre:

Durée:
112 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
E one Entertainment

Produit:
Blu-ray + DVD

Nombre de disque:
1 BD-50

Format d'image:
2.35:1

Transfert 16:9:
-

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise DTS HD Master Audio 5.1
Française DTS HD Master Audio 5.1

Sous-titres:
Anglais

Suppéments:
Documentaire, scène allongée, questions/réponses avec l'actrice Tilda Swinton, entretien avec l'auteure Lionel Schriver, bande-annonce

Date de parution:
2012-05-29

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