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DVDEF

Incendies

Critique
Synopsis/présentation
2010 (et peut-être même 2011 aussi) aura assurément été ici au Québec l’année d’Incendies, quatrième long-métrage du cinéaste Denis Villeneuve. Si le film a réussi à rallier succès critique (la grande majorité du moins) et succès public (le film a amassé des recettes d’environ 3 millions de dollars), ce que l’on retiendra surtout d’Incendies est son rayonnement sur la scène internationale. Ayant récolté les honneurs de meilleur film à Venise, ceux de meilleur film canadien à Toronto et plus récemment ceux de meilleur film aux galas des prix Génie et des prix Jutra, en plus d’une imposante nomination aux derniers Oscars dans la catégorie du Meilleur Film étranger, le film de Denis Villeneuve s’est rapidement transformé en véritable phénomène. Bien vite, on en oublie de s’interroger sur l’œuvre et surtout sur sa complexité. Car, bien qu’adapté d’une pièce de Wajdi Mouawad, Incendies est un film très dense aux thématiques qui ne sont pas toujours faciles et peuvent poser certains problèmes.

De tous les nombreux thèmes du film, nous avons décidé de nous attarder ici à celui du rapport générationnel entre les femmes. D’abord parce qu’il nous est apparu laissé un peu de côté dans les textes critiques sur l’œuvre, mais aussi parce qu’après J’ai tué ma mère et 1981, il semble que les conflits maternels soient un problème récemment exposé et exploité dans le cinéma québécois.

Incendies met donc en scène à l’avant-plan deux femmes, Nawal et sa fille Jeanne. Pour la courte histoire, la première à sa mort laisse à la deuxième, sa fille, l’énigme suivante : retrouver son père toujours vivant ainsi qu’un mystérieux frère dont elle ne connaissait pas l’existence. L’œuvre racontera une double quête : celle de Jeanne qui recherche son frère et son père et celle de Nawal qui cherche son fils. C’est que la structure du film est construite de telle façon que les deux femmes sont liées et se répondent constamment par l’image même si elles appartiennent à deux époques différentes. D’un côté, nous suivons Jeanne qui, en cherchant les traces de ses semblables, est confronté à faire la découverte de la véritable identité de sa mère, et de l’autre, nous retrouvons la jeune Nawal combattant la paix au Moyen-Orient et cherchant à retrouver son fils qu’elle a abandonné à la naissance.

Si l’œuvre de Villeneuve lie continuellement la mère et la fille du point de vue formel, c’est peut-être qu’au niveau du fond, ces deux femmes ne sont pas si différentes. La structure du film, mais aussi le portrait qu’il dresse des deux femmes nous porte à croire que la « malédiction » (il s’agit d’une adaptation d’une pièce de théâtre, ne l’oublions pas !) de l’une se transmettra à l’autre. Par exemple, lorsque Jeanne se retrouve au milieu d’un groupe de femmes arabes de différentes générations (on passe d’une arrière grand-mère à sa petite fille), on lui annonce qu’elle n’est pas la bienvenue puisque qu’elle porte en elle la honte de sa famille, de sa mère.

Il ne faut pas négliger non plus ce même rapport subtilement établi dans les premières minutes du film entre la jeune Nawal et sa grand-mère. Alors que la jeune femme vient de trahir l’honneur de sa famille en apprenant à sa doyenne qu’elle est enceinte d’un homme qui n’est pas de sa religion, la vieille dame la sauvera in extremis de la mort en plus de lui proposer une alternative pour son futur (quitter le nid familial et s’instruire). Cette dernière l’aidera même à mettre l’enfant (l’enfant de la honte ?) au monde et à s’en départir. Et lors du dénouement final, nous comprenons finalement le tragique des deux femmes : en se voyant offrir une liberté (du corps dans le cas de Nawal et de l’esprit dans le cas de Jeanne), elles obtiennent à la fois une paix d’esprit (leur quête est accomplie), mais aussi un malheur pratiquement jeté par les dieux : celui de vivre avec les conséquences, terribles, de cette quête. Le film prend ainsi des airs de tragédies grecques en ne tentant pas de pointer un parti responsable de ce malheur (est-ce la faute de la femme ? de l’homme ?), mais bien plus une malédiction malencontreuse dont a été victime une femme qui ne voulait au final, en tentant ironiquement de changer son destin, que le mieux pour ses enfants.


Image
Le film est offert au format d’image respectée de 1.85:1 à une résolution de 1080p.

Le transfert est ici d’une grande qualité. La définition de l’image est excellente. Le transfert haute définition affiche des détails nets et des textures fines. Le rendu des couleurs est somptueux. Le travail hallucinant et admirable d’André Turpin à la direction photo est souligné par des couleurs riches et précises. Les tons de peaux demeurent naturels. Les effets de surbrillance sont évités grâce à une gestion des contrastes parfaitement contrôlée. Les dégradés sont fluides livrant ainsi des parties sombres correctement détaillées. Ce sont des noirs purs et profonds qui complètent cet excellent transfert haute définition.


Son
Une seule bande son est offerte sur cette édition au format DTS-HD Master Audio en version originale française

Dès les premiers instants du film, lorsque nous entendons les premières notes de You and Whose Army ? de Radiohead, nous savons que nous sommes en présence d’une bande-son qui saura répondre aux exigences sonores du film. Faisant preuve de présence et dynamisme (la fameuse séquence dans le désert), le mixage réussit aussi à efficacement immerger le spectateur. Grâce à un déploiement du champ sonore qui s’effectue convenablement : les ouverture frontale et latérale laissent entendre la majorité des éléments sonores alors que les enceintes arrière à appuyer les ambiances, mais aussi à créer des moments saisissants (encore une fois, la séquence dans le désert, les sons de foules, etc.) par des effets d’ambiophonie particulièrement réussis. Les dialogues demeurent parfaitement et constamment intelligibles alors que la trame sonore s’intègre efficacement au mixage. Les basses fréquences se font entendre à plusieurs occasions avec profondeur et précision alors que le canal d’extrêmes graves se manifeste avec efficacité, mais un peu plus rarement.

Il y a option de sous-titrage en français.


Suppléments/menus
Nous retrouvons comme seul supplément le documentaire « En souvenir des cendres : regards sur Incendies (44:07)» réalisé par Anaïs Barbeau-Lavalette. Il s’agit d’un véritable documentaire qui n’a rien à voir avec les segments promotionnels typiques qui propose de suivre Denis Villeneuve et son équipe lors du tournages de séquences au Moyen-Orient. Si on apprend que Villeneuve est un fan de Radiohead, on retiendra surtout la parole que l’on donne aux gens qui ont vécu des évènements similaires à ceux du film. Ce sont ces moments qui sont les plus touchants et que la cinéaste a réussi à rendre à l’écran.

Nous retrouvons également la bande-annonce du film.



Conclusion
Avant d’être le phénomène qu’il est devenu (grand bien lui fasse), Incendies de Denis Villeneuve est d’abord et avant tout une œuvre sur la tragique malédiction qui a frappé une famille, mais aussi sur le passage de ce malheur à travers différentes générations de femmes. Il en résulte un portrait à la fois triste et fascinant d’une jeune fille et de sa mère, mais surtout de personnages féminins.

Assurément une des sorties les plus importantes de ce trimestre. Le transfert HD est d’une grande qualité alors que le mixage DTS-HD soutient efficacement le film. Le documentaire de Anaïs Barbeau-Lavalette, seul supplément à se mettre sous la dent est cependant une œuvre à part entière qui mérite l'attention. Une édition Blu-ray recommandable et recommandée !


Qualité vidéo:
4,1/5

Qualité audio:
4,0/5

Suppléments:
3,2/5

Rapport qualité/prix:
3,8/5

Note finale:
3,8/5
Auteur:

Date de publication: 2011-03-17

Système utilisé pour cette critique:

Le film

Titre original:
Incendies

Année de sortie:
2010

Pays:

Genre:

Durée:
131 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
E one Entertainment

Produit:
Blu-ray

Nombre de disque:
1 BD-50

Format d'image:
1.85:1

Transfert 16:9:
-

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Française DTS HD Master Audio 5.1

Sous-titres:
Français

Suppéments:
Documentaire (Se souvenir des cendres - Regards sur Incendies, documentaire d'Anaïs Barbeau-Lavalette) et la bande-annonce du film

Date de parution:
2011-03-15

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