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DVDEF

Hero

Critique
Synopsis/présentation
Produit en 2002 en Chine, Hero (dont le titre original est Ying Xiong) a mis plus de 2 ans à trouver son chemin sur les écrans de cinéma nord-américains. La Miramax, qui en détenait les droits de distribution sur notre continent depuis tout ce temps, ignorait visiblement quoi faire du film. Pourtant, dans son pays d’origine, Hero fut l’un des plus grands succès commerciaux et critiques depuis des années. Un tel succès était certes difficile à égaler en Amérique du Nord mais la rentabilité du film n’aurait fait aucun doute considérant sa réputation. D’autant plus qu’en 2003, Hero fut mis en nomination pour l’Oscar du meilleur film en langue étrangère ! Qui plus est, depuis son lancement en DVD en Asie quelques mois après sa distribution en salles, le film s’est lentement mais sûrement bati un auditoire ici-même grâce au bouche à oreille et, bien entendu, au marché de l’importation. Voyant le désintérêt total de la Miramax à offrir à ce film une distribution convenable, plusieurs fans du genre, le wuxia, se sont en effet volontiers contenté d’une importation DVD multi-zone.

Selon leur propre aveu, les dirigeants de la Miramax ignoraient comment promouvoir le film. La présence de Jet Li en tête d’affiche pouvait laisser croire au public occidental qu’il s’agit d’un film d’action typique aux œuvres antérieurs de l’acteur, tandis que le nom du cinéaste Zhang Yimou était plutôt associé à un cinéma indépendant plus cérébral. Ainsi donc, la Miramax ignorait quelle carte jouer pour faire la promotion du film. Qui plus est, jugeant Hero comme beaucoup trop « asiatique », les bonzes du studio américain ont eu l’audace et l’arrogance de songer refaire le montage du film pour « l’occidentaliser ». Comme si le public d’ici était trop abbruti pour apprécier cette œuvre telle que présentée par son auteur. Ainsi, entre ces projets de re-montages et une hésitation maladive à mettre le film en marché, Hero est disparu dans les limbes si longtemps que son réalisateur Zhang Yimou a même eu le temps de réaliser un nouveau long-métrage et de le distribuer en Chine… C’est à cet instant que Quentin Tarantino, dont le nom figure bien en évidence sur l’affiche et le boîtier nord-américain du film (et nulle part ailleurs dans le monde…) est entré dans la danse. Lui-même fanatique du film depuis longtemps (il s’en est d’ailleurs inspiré pour tourner la scène de l’affrontement entre Lucy Liu et Uma Thurman dans Kill Bill vol. 1), Tarantino a profité du renouvellement de sa réputation après la parution de Kill Bill pour user de son influence auprès des patrons de la Miramax. Il aurait apparemment convaincu les frères Weinstein de distruber le film tel quel, sans coupure ni re-montage, en utilisant son propre nom à titre de présentateur (!) en tête d’affiche pour faire la promotion du film. En août 2004, le public nord-américain, croyant avoir affaire à une nouvelle réalisation de Quentin Tarantino, s’est laissé tenter par ce bijou déjà consacré de par le monde comme un chef d’œuvre. Sans rivaliser avec les méga-productions hollywoodiennes lancées cet été, Hero a su accumuler des recettes de près de 60 Millions US, une somme fort impressionnante pour un film chinois sous-titré. Comme quoi pendant deux ans les ridicules patrons de la Miramax ont tout simplement, en bon français, « dormis au gaz ».

Un film comme Hero n’aurait certainement pas pu voir le jour il y a dix ans à peine, et ce même en Chine où le wuxia (un genre alliant arts martiaux et mythologie) est un genre vénéré depuis longtemps. Vénéré certes, mais néanmoins passé de mode, particulièrement depuis le gain de popularité des films de gangsters et autres films noirs (genre propulsé par John Woo, Ringo Lam et autres). Après le succès international de Crouching Tiger, Hidden Dragon de Ang Lee, le genre est soudainement revenu à la mode (bien que le succès du film fut modéré en Chine), permettant ainsi au cinéaste Zhang Yimou de réaliser un rêve en produisant son propre wuxia. Film d’arts martiaux ambitieux s’il en est un, Hero ne réinvente pas tout à fait le genre mais il y a apporte sans aucun doute une touche unique. La construction du scénario n’a elle-même rien du cinéma classique. L’histoire nous est racontée entièrement en flashbacks et le cinéaste a pris un malin plaisir a brouiller les pistes au fur et à mesure de chacun d’entre eux. Il joue ainsi avec les perceptions et interprétations de ses personnages, et par extension celles du spectateur. Tous regroupés, ces flashbacks résultent en une fascinante observation sur le thème de l’héroïsme et du sacrifice. La réflexion offerte par le cinéaste est impressioniste bien plus que rationnelle, un choix mis en évidence par la stylisation de sa mise en scène.

Rarement (pour ne pas dire jamais) avons-nous vu un film aussi flamboyant visuellement. Si les chorégraphies des scènes de combat s’avèrent très classiques pour le genre, leur habillage formel est tout simplement éblouissant. L’utilisation des couleurs (qui varient drastiquement d’un flashback à un autre), la photographie et la direction artistique se conjuguent tous avec une armonie irréprochable pour conférer au film un climat lyrique et enchanteur qui reste en mémoire. Le cinéaste se révèle être un véritable visionnaire de la composition d’image, chaque plan étant manifestement étudié et peaufiné. Zhang Yimou a également réuni pour les besoins du film une distribution de tout premier ordre comprenant, à quelques exceptions près, les plus grands noms du cinéma chinois. Tous livrent des performances nuancées et bien senties, ce qui n’est pas peu dire considérant la complexité de leurs personnages et des liens qui les unissent. D’autant plus qu’à chaque flashback, des éléments nouveaux dévoilent des facettes complètement différentes de leur personnalité. Les comédiens s’adaptent à ces tangeantes avec maestria. Hero est un véritable chef d’œuvre, un bijou acclamé de par le monde qui se doit d’être vu et admiré.


Image
Le film nous est présenté dans le format respecté de 2.35:1 et d’après un transfert 16:9. Cosidérant la magnifique facture visuelle du film, c’est non sans regret que nous devons affirmer que ce transfert n’est manifestement pas à la hauteur.

Tout d’abord, l’interpositif employé pour le transfert trahi plusieurs égratignures et points blancs qui sont apparents dès les premières minutes du film. Ces anomalies sont plus sporadiques plus le film avance mais il n’en demeurre pas moins qu’un interpositif irréprochable était de mise, rien de moins. La définition générale est plutôt bonne, mais sans plus. L’image manque parfois de netteté des causes d’un grain modéré mais évident. Il en résulte évidemment des détails et surtout des textures qui manquent occasionnellement de finesse et de précision. Le rendu des couleurs apparaît de bien meilleur niveau, une bonne nouvelle considérant l’utilisation très stylisés de la colorimétrie dans le film. Les couleurs sont riches, nuancées et bien saturées. La restitution est précise et on ne remarque aucun débordement dans le spectre chromatique. Les gains ainsi que les noirs sont exempts de toute dominante. Les teintes de peau ont une apparence naturelle en tout temps. Le contraste est bien ajusté et confère une belle profondeur à l’image. Le niveau des noirs est bien géré et constant du début à la fin. Malheureusement, si les noirs sont solides tels qu’ajustés aux environs de 7,5 IRE, ils n’en sont pas moins exempts de fourmillement. Si bien que le niveau de détail dans les parties denses en souffre énormément. Les dégradés apparaissent plutôt grossier de par ce manque de finesse.

La partie numérique du transfert est heureusement sans faille. Aucun défaut de compression quel qu’il soit n’est à déplorer, ni même de pertes dans la numérisation. On ne remarque aucune sur-accentuation des contours succeptible de déranger.


Son
Cette édition propose un total de quatre bandes-son : deux en mandarin (Dolby Digital 5.1 et DTS), une en anglais (Dolby Digital 5.1) et l’autre en français (Dolby Digital 5.1). Des sous-titres sont offerts en anglais et en espagnol seulement. Il s’agit d’un véritable sacrilège pour les spectateurs unilingue francophones qui devront obligatoirement se contenter du médiocre doublage français (qui n’est sois dit en passant pas aussi lamentable que le doublage anglais !) sans pouvoir profiter de la version originale avec sous-titres.

Pour cette critique, nous avons choisi de nous attarder plus en détail sur la bande-son DTS mandarin, qui s’avère être la plus intéressante des quatre choix. Son équivalent en Dolby Digital 5.1 est également de très bon niveau, mais la DTS bénéficie d’une plus grande dynamique, d’un positionnement plus précis des éléments sonores ainsi que de basses mieux senties.

Ainsi donc, la bande-son DTS propose une dynamique franchement impressionnante ainsi qu’une spatialité ample. L’immersion sonore est ici totale grâce à un champ-sonore qui se déploie avec profondeur à travers tous les canaux disponibles. Le positionnement des divers éléments sonores y est toujours précis jusque dans les moindres subtilitées. Les effets sonores sont nets, francs et bien définis. Les canaux ambiophoniques sont généreusement mis à contribution pour créer cette ambiance lyrique qui berce le film grâce à des effets d’ambiances délicats et une trame-sonore intégrée avec finesse. Lors des scènes d’action, les enceintes arrières intègrent des effet localisés compétents qui ne manquent pas de mordant. Il faut dire qu’ils sont toujours bien appuyés par des basses bien gérées et profondes à souhait. Le canal .1 (LFE) est également employé de façon soutenue et propose des fréquences d’extrême graves rondes et agressives.

Les dialogues, dans la version originale, sont toujours nets et naturels. La trame-sonore évolue à travers tout le champ-sonore avec profondeur et finesse. Les percussions y sont recrées avec beaucoup d’impact.


Suppléments/menus
Si le transfert vidéo de cette édition apparaît négligé, il en est de même en ce qui concerne la quantité et la qualité des suppléments offerts sur cette édition décidément un peu décevante. Seuls deux segments d’un intérêt moyen nous sont proposés en plus de quelqes scénarimages, ce qui est bien peu en comparaison de l’édition asiatique double-disque qui déborde de documentaires fascinants.

Vous retrouverez en premier lieu un documentaire de 24 minutes intitulé Hero Defined. La plupart des artisans du film y font une apparition pour parler de leur expérience sur le tournage. Ce document, supérieur à la moyenne des segments promotionnels généralement offerts en DVD, propose quelques informations pertinentes sur le défi qu’a représenté le tournage pour tous les artisans impliqués. Le documentaire est également composé d’images filmées en coulisses assez fascinantes pour ainsi former un portrait intéressant de la production du film. On aurait seulement souhaité un documentaire plus approfondi et qui ne prends pas le spectateur pour un imbécile en répétant en voix hors champ les propos sous-titrés des intervenants qui parlent en mandarin.

Le deuxième segment s’avère particulièrement indigeste et fait baisser niveau d’intérêt moyen de l’ensemble des suppléments. Il s’agit prétendument d’une discussion de 13 minutes entre Quentin Tarantino et Jet Li. Il s’agit en fait d’un segment réalisé avec un amateurisme effrayant dans lequel un Tarantino obèse dit à Jet Li combien il a aimé certaines de ses scènes de combat et combien il a dû travailler fort pour en arriver où il est. Le segment se conclut par dessus le marché par une sorte de condensé de 5 minutes du documentaire précédent. Mais pour qui nous prends-on ?

Finalement, vous retrouverez quatre comparaisons entre une scène du film et ses scénarimages. La moitiée du haut de l’écan montre le scénarimage et la partie du bas présente le film.

Ah, c’est vrai, une publicité de 41 secondes pour la trame-sonore est également offerte pour les intéressés…



Conclusion
Il est franchement désolant que cette édition DVD ne soit pas totalement à la hauteur du film. Hero est un véritabel bijou qui aurait dû se mériter un traitement royal, rien de moins. En offrant une édition telle que celle-ci, avec son transfert déficient et ses suppléments superficiels, la Miramax (producteur de cette édition, la Alliance ne fait que distribuer au Canada) jette un doute sur son prétendu amour et respect du cinéma d’auteur. Heureusement que la bande-son DTS est impeccable…


Qualité vidéo:
3,3/5

Qualité audio:
4,3/5

Suppléments:
2,5/5

Rapport qualité/prix:
3,3/5

Note finale:
3,4/5
Auteur: Yannick Savard

Date de publication: 2004-12-21

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur NTSC 4:3 Sony Trinitron Wega KV-32S42, Récepteur Pioneer VSX-D509, Lecteur DVD Pioneer DVL-909, enceintes Bose, câbles Monster Cable.

Le film

Titre original:
Ying xiong

Année de sortie:
2002

Pays:

Genre:

Durée:
98 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Alliance Atlantis

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
2.35:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Mandarin Dolby Digital 5.1
DTS
Française Dolby Digital 5.1
Anglaise Dolby Digital 5.1

Sous-titres:
Anglais
Espagnol

Suppéments:
Documentaire, conversation entre Jet Li et Quentin Tarantino, comparaison de scénarimages avec scènes du film

Date de parution:
2004-11-30

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