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DVDEF

Persécution

Critique
Synopsis/présentation
Depuis quelques années et surtout après Intimité et Gabrielle (voire même pour plusieurs La Reine Margot), le cinéma de Patrice Chéreau semble douloureusement au couple. Encore plus avec ce nouveau film, Persécution qui arrive au Québec plus d’un an après sa sortie en France. Oeuvre éprouvante si elle en est une, Persécution suit le personnage de Daniel joué par Romain Duris qui vit une relation particulière avec Sonia (joué par Charlotte Gainsbourg). Cette relation, mais surtout Damien sera d’autant plus perturbé par l’arrivée d’un inconnu (joué par Jean-Hughes Anglade) qui prétendra être amoureux de lui.

Depuis L’homme blessé que la caméra de Chéreau n’avait pas montré la douleur, l’ambiguïté, le paradoxe de l’amour. C’est un film, comme son titre l’indique, sur la persécution des autres, la persécution de soi, la persécution causée par l’amour. Peu importe si c’est Daniel qui se laisse mal aimer ou qui ne sait pas comment aimer, tout passe d’abord par soi. Homme dur, solitaire, il est néanmoins humain, comme nous tous, parce que tout ce qui l’entoure semble être en contradiction avec lui-même. Cette fascinante scène d’ouverture témoignera de cette recherche logique chez le personnage lorsqu’il sera témoin de la giffle d’un itinérant envers une dame. Intrigué et fasciné, Daniel se jettera sur elle pour tenter de tout comprendre, ce qu’elle a ressenti, ce qui a pu pousser l’individu à commettre ce geste. De la même façon que cette scène témoigne de ce que le film semble vouloir nous dire : l’amour fait mal et il ne répond à aucune logique. Bien entendu, abordé sous cet angle le film (et la scène) peuvent paraître superficiels (ne s’agit-il pas du propos d’un nombre incalculable de films du genre ?). Mais ce serait naturellement sous-estimer la mise en scène froide, sombre, mais pourtant déchirante du cinéaste français.

Les personnages dans le cinéma de Chéreau sont complexes et multiples. Le cas de Daniel ne fait pas exception à la régle. Déjà paradoxal lorsqu’il prend la forme du corps de Romain Duris, ce ne sera que lorsque le spectateur sera témoin de cet l’effet-miroir que la véritable multiplicité de Daniel se manifestera : à travers le corps de Jean-Hughes Anglade. La relation destructrice qu’il entretient avec Sonia est précisément reproduite entre l’inconnu et lui. L’obstination de vouloir témoigner à l’autre son amour et la perpétuelle déception causée par le fait que les deux parties ne peuvent être ensemble, ne sont pas faites pour être ensemble. Hypothèse séduisante, certes, mais néanmoins crédible puisque Daniel ne se confiera tardivement qu’à son prétendant. Et c’est à partir de ce moment que nous pouvons déceler une lueur d’espoir à travers le personnage. Parce que à l’image de cette finale destructrice, déprimante, difficile, terrible, mais aussi tellement belle, c’est souvent soi-même qu’il faut apprendre à aimer. Ou sinon c'est l'option d'y voir un constat sur la solitude. Entraîné et surtout amené par le désir égoïste de ne pas savoir quitter l'autre. Encore une fois, un propos réducteur de ce que la caméra de Chéreau réussit à rendre sur la chose. À l’image de la logique qui caractérise son héros (n’oublions pas que Daniel travaille dans la construction), le film de Chéreau tente ainsi de théoriser l’amour.

Hormis une symbolique quelques fois beaucoup trop grossière (le verre qui éclate lors de la scène finale) et une fétichisation sur Romain Duris, Persécution est assurément dans les films les plus beaux du cinéaste Patrice Chéreau. Mais pour l’apprécier, il faudra savoir aimer un cinéma dur, émotionnellement. Et même s’il nous remâche quelques vieilles morales éculées, le tout, comme tout les grands cinéastes, demeure souvent dans la manière de le présenter.


Image
Le film est offert au format d’image respectée de 2.35:1 d’après un transfert 16:9.

Nous avons ici un très beau transfert. Nous nous sauvons avec surprise et bonheur d’un traditionnel transfert NTSC obtenu par un transcodage de la version PAL en Zone 2, ce qui est en soit une excellente nouvelle. Le matériel source visiblement dans un état immaculé, la définition générale de l’image affiche très peu d’anomalies hormis un subtil grain cinéamatographique. L’image propose donc netteté et précision quant au niveau des détails et des textures. Le rendu des couleurs est également très élégant. Elles demeurent riches et précises alors que les tons de peaux sont naturels. Les niveaux de noirs sont aussi très bien gérés évitant toute forme de surbrillance. Les parties sombres, construisant néanmoins une bonne partie du film, sont impeccablement reproduites. Elles font preuve de précision et les dégradés y sont fluides. Les noirs sont purs et profonds.


Son
Seule une bande son en version originale française au format Dolby Surround 2.0 est disponible sur cette édition.

Étant donné le genre de film auquel nous avons ici affaire, il faut avouer que la présence d’une bande son stéréo suffit. Même si à quelques occasions, nous nous imaginons ce que le potentiel d’un mixage multicanaux aurait pu apporter en terme de profondeur (les rumeurs de ville, par exemple), nous pouvons affirmer néanmoins que la bande son présentée ici fait preuve d’une belle présence et d’un dynamisme convenable. Le déploiement du champ sonore, comme mentionné demeure limité, mais acceptable. Alors que les dialogues demeurent constamment intelligibles, la trame sonore s’intègre avec subtilité à la trame sonore, comme on le remarquera à la toute fin du film avec la pièce Sacred Devotion. Les basses fréquences se manifestent à quelques occasions notamment pour mieux appuyer les ambiances ou encore la trame sonore tandis que le canal d’extrêmes grave s’affaire à beaucoup plus de discrétion.

Des sous-titres anglais sont disponibles.


Suppléments/menus
Malheureusement, aucun supplément n'est offert sur cette édition.



Conclusion
Il y avait longtemps qu’un film de Patrice Chéreau ne s’était pas vu distribué ici au Québec et c’est avec plaisir que ne pouvons que vous recommander le visionnement de cette œuvre dure, triste, déchirante, mais aussi terriblement belle. La camera du cinéaste français filme avec émotion quelques unes des plus vieilles histoires, celle du mal d’aimer. Et à l’image de son héros, le cinéaste tente de comprendre les mécanismes d’un sentiment qui se veut souvent, comme le montre d’ailleurs son film, inexplicable. Fascinant.

Métropole Films offre une très satisfaisante édition. D’abord, en ce qui concerne le transfert vidéo, nous nous sauvons du traditionnel transfert NTSC obtenu par un transcodage de la version PAL en Zone 2 (et les défauts qui en découlent) alors que la bande son 2.0 répond adéquatement aux prouesses sonores (limitées) du genre de film présenté ici. Aucun supplément n’est malheureusement présent, ce qui cependant, ne devrait bouder la simple disponibilité pour le public québécois de visionner cette œuvre.


Qualité vidéo:
3,8/5

Qualité audio:
3,0/5

Suppléments:
0,0/5

Rapport qualité/prix:
3,0/5

Note finale:
3,0/5
Auteur: Frédéric Bouchard

Date de publication: 2011-01-01

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur LG 37LG30, Lecteur Blu-Ray Sony (BDPS350), Récepteur JVC TH-A30

Le film

Titre original:
Persécution

Année de sortie:
2009

Pays:

Genre:

Durée:
100 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Métropole Films

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
2.35:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Française Dolby 2.0 Surround

Sous-titres:
Anglais

Suppéments:
-

Date de parution:
2010-09-07

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