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DVDEF

Naked Lunch

Critique
Synopsis/présentation
David Cronenberg est un homme de défis artistiques permanents et ses deux oeuvres les plus "risquées" sont deux adaptations littéraires (ou plus exactement "cronenbergisations") : Naked Lunch et Crash. Il a en effet la capacité à ne pas simplement mettre en images les mots de ses auteurs favoris mais davantage à en livrer sa version personnelle. Il explique souvent que son moment préféré de la création d'un film adapté d'un roman préexistant est celui où il fait sien le matériau initial.

Ainsi, The Naked Lunch de William Bourroughs est un livre en apparence mais en réalité il s'agit plutôt d'un gigantesque collage des sensations et délires de l'auteur alors qu'il vivait à Tanger dans les années 50. Il pratiquait l'écriture automatique, qui consiste à écrire des pages entières et à réorganiser tout cela de façon aléatoire. Il est à noter qu'à cette époque Burroughs était vraiment au plus profond de son voyage dans les "paradis" ou cauchemars artificiels, et qu'au final son oeuvre est vraiment passionnante et d'une acuité assez incroyable sur nombres de sujets importants malgré l'aspect artificiel et très théorique de ses méthodes de rédaction et des états pathétiques dans lesquels il les rédigeait. Son talent, sa radicalité et ses techniques d'écriture firent de lui le "pape" de ce que l'on a coutûme d'appeler la Beat Generation, mouvement qui renouvela de façon profonde la littérature américaine moderne avec des écrivains comme Jack Kerouac et Allen Ginzberg pour ne citer qu'eux.
Pour se distinguer du livre proprement dit, Cronenberg a choisi d'enlever le The et d'appeler son film simplement Naked Lunch (ici commence son travail d'appropriation).

On y suit l'histoire de William Lee (Peter Weller est le pseudonyme de Burroughs dans presque tous ses livres), ancien toxicomane reconverti dans l'extermination de cafards dans le New York des années 50. Il découvre que sa femme continue à se "shooter" avec la poudre à cafards qu'il finit par lui-même essayer. Afin de faire décrocher sa femme Joan (Judy Davis), il rend visite au Dr Benway (Roy Scheider) qui lui conseille de mélanger à la poudre à cafards une autre poudre provenant d'un mille pattes géant. Mais Lee tombe lui aussi accro et commence alors pour lui un étrange voyage qui le mêne jusqu'à l'Interzone, un lieu étrange et fantasmagorique où de nombreux autres camés écrivent de curieux rapports. Les siens lui sont dictés par sa machine à écrire qui parle et pour le compte de laquelle il fait de l'espionnage. On peut aisément remarquer que même remanié par David Cronenberg et enrichi de nombreux passages de la vie réelle de Burroughs, le scénario de Naked Lunch a tout pour dérouter. Cronenberg a eu donc l'intelligence de ne pas tenter d'architecturer les écrits disparates du livre et de tenter de les présenter sous la forme d'un scénario cohérent et classique. Au contraire, il a su préserver le mystère de l'oeuvre d'art et de sa création grâce à l'aide même de Burroughs, qui le jugeait seul apte à mettre en scène un film à partir de ses oeuvres. Ainsi l'épisode qui concerne le jeu de Guillaume Tell avec son épouse se réfère à un épisode réel de sa vie qui néanmoins ne dépare pas vraiment dans le surréalisme ambiant. Le personnage de William Lee et ceux qui l'entourent sont proprement fascinants en ce sens qu'ils ne sont pas de simples faire-valoir, mais de vrais personnages à part entière et également des archétypes burroughsiens qui ont tous une fonction précise dans le récit.

Le fouillis apparent du récit n'est qu'illusoire car chaque scène a une fonction et un but précis dans le "délire" organisé et créatif de William Lee, qui devient de plus en plus cohérent au fur et mesure de l'avancée du film (et surtout du nombre de visionnages). Cronenberg a également eu l'intelligence de ne pas édulcorer ou simplifier les messages contenus dans le roman de Burroughs et dans ses choix de vie. Les affres de la création littéraire, la place prépondérante que prend la drogue chez les camés, les délires paranoiaques, la passion pour les insectes, l'ambiguité et l'ambivalence sexuelle sont des éléments très présents dans le film et qui s'intègrent parfaitement à l'univers de Cronenberg. Sa capacité à "transformer le verbe en chair" (son manifeste, sa façon de concevoir le cinéma), à faire de la métaphore visuelle prégnante, est absoluement parfaite pour illustrer les délires de Burroughs qui trouvent ainsi un équivalent visuel à leur aspect extrême et radical en tant que mots. Les deux auteurs étaient faits pour s'entendre et leur collaboration fut très fructueuse même si profondément déroutante pour le grand public, resté sur le souvenir d'autres chefs d'oeuvre de David Cronenberg plus traditionnels dans leur forme (Scanners, The Fly). Pour apprécier pleinement ce film, nous vous conseillons de laisser votre sens de la logique et du rationnel à l'entrée de votre salon car comme le dit le slogan du film : "Exterminate all rational thought". Laissez vous entrainer par des acteurs au meilleur de leur forme et par un cinéaste en plein coeur de son univers et de ses thématiques favorites. Certes l'ensemble risque fortement de vous déconcerter mais également de vous intriguer et vous passionner. Le film fait partie de ces oeuvres qui nécessitent plusieurs visionnages attentifs avant de livrer leurs mystères. Aussi ne tombez pas dans le panneau en considérant ce film sans queue ni tête ou ennuyeux et jouez le jeu étrange et troublant que vous proposent David Cronenberg et William Burroughs.

En effet, le surréalisme des situations et la relative torpeur du héros ne sont absolument pas le fait d'un mauvais scénario ou d'un mauvais cinéaste, mais bel et bien une volonté de la part des auteurs de respecter au maximum l'ambiance du texte initial et de la vraie vie de son auteur qui du fait de son absorption constante de drogues diverses et variées ne menait pas forcément une vie classique. Un film qui sort résolument des sentiers battus et ne s'adresse clairement pas à tous les publics mais qui offre à ceux qui souhaitent tenter l'expérience, un voyage absolument inoubliable, peuplé de visions surréalistes uniques et qui les plongera à coup sur dans une ambiance et un état d'esprit sans nul autre pareil, qui à eux seuls méritent l'attention de tout cinéphile qui se respecte.


Image
L'image est proposée au format ;de 1.78:1 d'après un transfert 16:9.

La définition générale est d'un excellent niveau qui permet de redécouvrir le film sous un jour nouveau. L'interpositif est quasiment vierge de tous défauts, ceux présents étant réellement quantité négligeable. Le rendu des couleurs est proche de la perfection tant, finalement, la photographie incroyable de Peter Suschitzky est restituée de façon fidèle. Les couleurs sont chaudes, justes, constantes et parfaitement saturées. Le contraste est impeccablement géré, ne générant aucune brillance. Les scènes sombres sont très bien rendues grâce à des noirs suffisamment purs et profonds.

La partie numérique est largement à la hauteur du reste du transfert, ne générant aucun défaut artificiel digne d'être mentionné ici. Un transfert magnifique qui redonne réellement une deuxième vie à ce film incroyable et fascinant qui n'en méritait pas moins.


Son
Les deux bandes-son disponibles sur cette édition sont respectivement en Anglais (Dolby Digital 5.1) et Français (Dolby Digital 2.0 Surround).

La bande-son multicanal anglaise offre une dynamique d'un bon niveau sans qu'elle puisse toutefois prétendre à rivaliser avec celle de bandes-son récentes. La même remarque s'applique à sa présence et sa spatialité. La géniale musique découlant de la collaboration entre Howard Shore et Ornette Coleman est parfaitement restituée et intégrée à la perfection au reste de la bande-son. Les enceintes arrières sont utilisées avec parcimonie et intelligence. Elles profitent majoritairement au rendu musical et s'avèrent efficaces lors de la restitution des effets sonores parfois étonnants. Les dialogues sont en permanence parfaitement intelligibles et les éventuelles traces de parasites ou distortions sont inaudibles et ce quel que soit le volume. Les basses fréquences sont bien évidemment nettement moins marqueés que sur les bandes-son récentes, d'autant plus que le film ne le nécessite pas. Cependant son apport à l'équilibre général est vraiment primordial, notamment pour le poids de la restitution musicale.

La bande-son française est clairement en retrait du fait de son doublage et d'une ampleur générale moindre, même si on aurait pu s'attendre à une différence plus marquée entre ces deux bandes-son du fait de leurs formats respectifs. Les sous-titres sont disponibles en Anglais et Français. Une bande-son anglaise de qualité, qui s'accorde parfaitement à l'image au niveau de la qualité de restitution. Il apparait qu'il s'agit d'un remixage car sur toutes les autres éditions disponibles du film, cette bande-son est proposée en Dolby Surround.


Suppléments/menus
Une section malheureusement décevante, tant ce film appelle au commentaire et à une comparaison directe avec le roman éponyme de Burroughs et les épisodes de sa vie dont il s'inspire. Heureusement David Cronenberg est comme à son habitude l'un des meilleurs réalisateurs à l'exercice si difficile de commentaire audio. Il possède une voix et une diction très posée qui permet de bien saisir tous les tenants et aboutissants de ses commentaires éclairés et proprement passionnants. Il prend le temps de détailler chaque point qu'il aborde, de poser des questions comme de répondre (en partie) à celles que son film pose et démontre ainsi si besoin était qu'il possède et maitrise son sujet à la perfection. Un commentaire audio absolument indispensable à tous les admirateurs de Cronenberg et de Burroughs. Est également offerte une galerie de photos tout ce qu'il y a de plus classique et donc d'un intérêt assez limité.

Un ensemble que l'on aurait aimé plus complet et surtout plus axé sur l'aspect adaptation littéraire très spécifique de cette oeuvre, mais la qualité du commentaire de Cronenberg compense ces lacunes.



Conclusion
Une édition aux qualités audio et vidéo excellentes, soutenues par des suppléments pas assez nombreux mais de qualité.

Voici une oeuvre profondément atypique qui réussit la gageure d'adapter un livre réputé inadaptable. Cronenberg laisse libre court à sa passion pour les écrits de Burroughs et son univers si particulier, et nous livre un film exploit, le récit surréaliste d'un créateur à l'oeuvre. Ce film n'est cependant pas pour tous les publics et il est recommandé d'être déjà familier de l'oeuvre du Canadien ou de Burroughs, ou bien d'avoir l'esprit vraiment ouvert avant de se confronter au tourbillon des sens qu'est Naked Lunch. Une fois de plus, David Cronenberg allie à la perfection le fond et la forme, travaille le moindre détail et donne du sens prégnant à chaque instant, accouchant ainsi d'un film fascinant et troublant, véritable autopsie de la création et fusion réussie entre son univers et celui d'un de ses mentors.


Qualité vidéo:
3,9/5

Qualité audio:
3,9/5

Suppléments:
3,0/5

Rapport qualité/prix:
3,5/5

Note finale:
3,5/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2004-08-08

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Naked Lunch

Année de sortie:
1991

Pays:

Genre:

Durée:
115 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Alliance Atlantis

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.78:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Oui

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1
Française Dolby 2.0 Surround

Sous-titres:
Anglais
Français

Suppéments:
Commentaire audio, galerie de photos

Date de parution:
2004-05-18

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