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DVDEF

Good, The Bad and The Ugly, The(Extended Version Collector's Set)

Critique
Synopsis/présentation
Sergio Leone n'est bien évidemment plus à présenter pour grand monde, comme son western le plus célèbre qui a acquis un statut quasi inégalé dans l'esprit des cinéphiles et des spectateurs du monde entier.

Le Bon, la Brute et le Truand propose donc de suivre les intinéraires croisés de trois "sortes" de malfrats durant la période de la guerre de sécession américaine. Les trois "héros" vont voir leur chemin se croiser lors de leur route vers la richesse. Ils ont chacun leur méthode et leurs particularités physiques comme morales, et ces différences vont donner lieu à nombre de péripéties absolument savoureuses entre parodie et film historique, le tout emballé dans un humour ravageur et le style opératique inimitable de Leone.

Le scénario de ce western est à nouveau très mince mais cela n'empêche pas Leone de construire un film de près de trois heures totalement cohérent et jamais ennuyeux là où beaucoup d'autres se seraient cassés les dents. La spécificité du cinéma de Leone est d'étirer certaines scènes apparamment anodines sur une durée largement supérieure à celle nécessaire, afin de convoyer les informations contenues dedans. Ainsi il crée une tension "artificielle" qui malgré son aspect fabriqué apporte énormément au film et principalement à l'aspect psychologique des personnages.

Les dialogues sont très peu nombreux par rapport à la durée du film et comme à son habitude, Leone convoie les informations sur ses personnages de façon purement cinématographique, à savoir par la mise en scène (en situation) et la musique.
Cette façon de procéder typique du cinéaste trouve ici une sorte d'apothéose (peut-être même surpassée par Once upon a Time in the West) avec ce film qui transcende littérallement les limites du genre western pour les faire brillamment voler en éclats.
Nous tenons donc à prévenir les spectateurs ne connaissant pas les films de Leone ou celui-ci de ne pas s'attendre à trouver un western à la mode américaine mais bel et bien une nouvelle façon d'envisager ce genre si populaire. Ainsi, à la relative sécheresse et rapidité du western classique américain, Leone oppose la lenteur et l'aspect baroque de son univers.

Pourtant contrairement à ce à quoi l'on aurait pu s'attendre au vu de cette description, Leone est souvent beaucoup plus fidèle à la réalité de l'Ouest à cette époque, ne serait-ce déjà que par son souci de réalisme et d'authenticité sur les détails.
Ainsi les pistolets, les habitations, les habits et la saleté des cow-boys de l'époque peut paraître outrée par rapport à leurs répresentations dans les western classique, mais elles sont pourtant le fruit de longues et minutieuses recherches et non d'une volonté délibérée de Leone de réarranger le westrern à sa propre sauce. Paradoxalement donc en le rendant plus réaliste vis à vis de l'époque dont il traite, Leone trouve la matière idéale à opératiser le western sans pour autant le dénaturer.

Ses héros sont plus méchants, vicieux et affreusement calculateurs que le héros typique de western et c'est cela qui fait en grande partie la force d'impact de ces oeuvres, où le spectateur ne peut plus s'appuyer sur la traditionnelle opposition schématique entre méchants et gentils, les personnages étant tous plus ou moins pourris à leur échelle. Cela pourra ainsi désarçonner certains spectateurs amateurs du genre mais nous conseillons à ceux-là de se laisser porter par ce film en tous points différents de leurs oeuvres favorites. En effet le charme opère lentement, au rythme du film, et il est étonnant de s'apercevoir qu'il s'agit même d'une des seuls oeuvres du genre traitant de façon réaliste, intelligente et importante de la guerre de sécession au cours de scènes émouvantes et lourdes de sens.

Le fait d'ailleurs que les trois personnages principaux soient des chasseurs de primes est assez symptomatique d'une époque où chacun était livré à lui-même et par là même tributaires de la loi du plus fort (et du plus malin), principe qui régit le film de bout en bout. L'odyssée de ces trois affreux sur fond de conflit meurtrier et fratricide est donc un véritable voyage dans le vrai Ouest et par la "destruction" de la "legende" qu'elle met en place et les nouveaus thèmes qu'elle oeuvre, marque à la fois une sorte de mort du western classique (virage déjà pris de façon plus douce par les westerns américains contemporains) mais également une ouverture vers de nouvelles thématiques plus complexes.

La perfection technique de la mise en scène, de la photographie et surtout l'incroyable adéquation entre image et musique est une autres des marques de fabrique de Leone qui fait que ses oeuvres sont identifiables en quelques secondes. Les extrêmes gros plans de visages alternent très regulièrement avec l'immensité des paysages, créant par là même un rapport d'échelle déterminant. Cette opposition entre la petite taille de l'homme et la dimension de la nature qu'il essaye de dompter est d'ailleurs d'une importance capitale dans le projet de mise en scène de Leone.
Ce projet passe bien évidemment par une utilisation particulière de la musique qui rythme tout le film et sur le tempo de laquelle nombre de scènes sont calées. Là où l'originalité et le talent de Leone éclatent c'est lorsqu'il eut l'idée géniale de faire jouer ses acteurs au rythme de cette même musique, qui devient ainsi un personnage à part entière.

Nous vous conseillons par ailleurs de tenter le visionnage du film en Italien qui si il n'est pas idéal sur toute la durée du film, confère une importance toute particulière à la musique de Morricone (inoubliable et encore plus célèbre que le film lui-même), particulièrement lors de la tétanisante dernière scène.

Le Bon, la Brute et le Truand est, vous l'aurez compris, un film absolument indispensable pour tout cinéphile qui se respecte. Non seulement parce qu'il est une oeuvre d'un des grands cinéastes du siècle dernier, mais également parce qu'il est l'un des westerns les plus truculents, les plus passionnants de l'histoire du Cinéma et le tout sur une durée inhabituelle qui lui confère une ampleur s'accordant à la perfection avec l'aspect opératique revendiqué de la mise en scène du cinéaste.


Image
L'image est présentée au format respecté de 2.35:1 d'après un transfert 16:9.

La définition générale est d'un excellent niveau sans toutefois atteindre celui du transfert de Once upon a Time in the West et quelques fluctuations légères sont à déplorer. L'interpositif est très propre, étant débarassé de quasiment toutes les imperfections existantes. La finesse des détails est bonne sans toutefois être remarquable mais cela paraît plus du aux limitations techniques de l'époque qu'au transfert proprement dit.
Les couleurs si spécifiques de la photographie de Tonino Delli Colli sont impeccablement rendues. Elles sont justes, constantes et parfaitement saturées.
Le contraste est lui aussi impeccablement contrôlé, ne générant aucune brillance.
Les scènes sombres sont bien rendues grâce à des noirs suffisamment purs et profonds (mais pas exceptionnels pour autant). La qualité des dégradés est elle de haut niveau, permettant un rendu fort de l'ambiance visuelle spécifique du film.

La partie numérique est de bon niveau mais laisse néanmoins passer une quantité non négligeable de surdéfinition des contours qui, si elle n'est jamais très poussée, revient à intervalles réguliers sans pour autant être jamais vraiment gênante. Hormis cela, aucun défaut notable n'est à signaler.
Un beau transfert qui n'atteint malheureusement pas la quasi perfection de celui de Once Upon a Time in the West mais améliore clairement les choses vis à vis de la précédente édition. Un beau travail de la part de la MGM qui aurait peut-être pu pousser la remasterisation jusque dans ses retranchements ultimes pour une oeuvre qui le mérite.


Son
Les deux bandes-son disponibles sur cette édition sont respectivement en Anglais (Dolby Digital 5.1) et Italien (Dolby Digital 1.0 mono).
La dynamique de la bande-son anglaise est d'un bon niveau pour un remixage et surtout respecte les intentions du mixage original en la matière. Sa présence et sa spatialité bénéficient des mêmes remarques positives.
La sublime musique d'Ennio Morricone est impeccablement rendue sans limitations notables, que ce soit dans le bas ou le haut du spectre. Elle est de plus parfaitement intégrée au reste de la bande-son.
Les enceintes arrières sont relativement peu utilisées mais le sont toujours à bon escient et de façon efficace. En fait, c'est surtout la musique qui profite du surplus d'ampleur offert ainsi que les coups de feu et explosions.
Les dialogues sont en permanence parfaitement intelligibles et sans traces notables de parasites ou distortions et ce même à niveau élevé.
Les basses fréquences ne sont pas aussi efficaces que celles d'une bande-son moderne mais tout en restant très respectueuses du mixage original, elles apportent un surplus d'assise primordial pour le rendu musical mais aussi pour tous les effets explosifs.

La bande-son en Italien a été judicieusement incluse dans ce DVD et sa qualité est certes limitée par son format monophonique, mais s'avère supérieure à celle espérée malgré quelques sifflantes sur les passages les plus agités.
Il est pour une fois très intéressant d'avoir une bande-son doublée du fait que les films de Leone étaient enregistrés sans le son et les dialogues post synchronisés. Le film était tout de même pensé par un Italien (Leone) et si les voix des acteurs ne sont pas les mêmes, l'ensemble devient encore plus truculent et picaresque (et réserve des surprises non négligeables, voir synopsis).

Les sous-titres sont disponibles en Anglais, Français, Espagnol, Cantonais et Mandarin.

Deux bandes-son de qualité qui permettent de revoir le film dans des conditions idéales, de par leurs qualités respectives et les plus que chacune apporte (les voix originales des acteurs pour l'Anglaise et la cocasserie et le rythme voulus par Leone).


Suppléments/menus
Une section complète qui permet de mieux apprécier le film.
Sur le premier disque est disponible un excellent commentaire audio de Richard Schickel (comme à son habitude) qui non seulement apporte d'intéressants éclairages sur le film mais parle également de la production et des intentions de Leone, en mettant le film en perspective avec les autres films du cinéaste. Un supplément indispensable pour les amateurs du film.

Sur le second disque sont offerts 6 documentaires, deux scènes coupées, une galerie d'affiches et deux bandes-annonces.
Le premier documentaire intitulé "Leone's West" dure 19 minutes et revient de façon intelligente et détaillée sur les changements importants qu'amena Leone sur la vision de l'ouest américain et du western par rapport au western classique américain.
Le deuxième documentaire intitulé "The Leone Style" dure 23 minutes et dissèque le style du grand cinéaste italien. Les spécialistes de Leone y apprendront certainement peu mais les spectateurs qui ne se sont jamais spécialement penchés sur l'oeuvre, trouveront ici une véritable mine de renseignements et d'analyses valables.

Vient ensuite "The Man Who Lost the Civil War", un segement de 14 minutes sur la guerre de sécession américaine qui permet ainsi de mieux comprendre certains éléments du film et de compléter également la culture générale de chacun.
Suivent deux documentaires concernant directement le film lui-même, "Reconstructing The Good, the Bad, and the Ugly" (11 minutes) qui détaille la nouvelle version présente sur cette édition, et "Il Maestro : Ennio Morricone and The Good, the Bad and the Ugly" (7 minutes) qui évoque la superbe musique de Morricone et son importance déterminante.

Enfin sont offertes deux scènes coupées d'un intérêt certain, une galerie d'affiches internationaux et pour finir deux bandes-annonces de belle qualité (une anglaise et une française).

Sont également disponibles un superbe livret de 8 pages écrit par Roger Ebert qui présente le film de façon intelligente et abordable, mais aussi un ensemble de 5 reproductions de posters internationaux de superbe qualité.

L'ensemble est proposé dans un coffret original du plus bel effet qui offre un écrin en tout point à la hauteur de ce film.

Une ensemble complet, intéressant, didactique, qui montre que lorsqu'il s'en donnent la peine les éditeurs sont vraiment capables du meilleur.



Conclusion
Une superbe édition qui offre une qualité audio et vidéo résolument excellente à défaut d'être parfaite, complète cela avec des suppléments nombreux et intéressants et emballe le tout dans un superbe coffret du plus bel effet. Etant donné la qualité du film et le prix raisonnable de cette édition, voila un achat que nous vous conseillons vivement pour ne pas le qualifier d'obligatoire.

Leone maitrisait comme personne l'art subtil de la parodie qui finit par dépasser en qualité et intérêt l'oeuvre initiale. Ici il ne parodie pas un film mais un genre entier et la cohérence qui faisait un peu défaut aux deux premiers opus de sa série est ici totale.
Les paysages espagnols sonnent plus authentiques que les plaines du Far-West, les cow-boys sont sans doute beaucoup plus proches de la réalité de l'époque que la plupart de ceux du western américain classique, et il se paye même le luxe de traiter de la guerre de sécession de façon très juste. Mais là où son art devient vraiment grand c'est lorsqu'il réussit à enrober tout cela d'une dose non négligeable de cynisme et d'humour noir, et faire en sorte que son film fonctionne à tous les niveaux en dépit d'un scénario ténu.

Un film donc hybride, western et parodie de western, qui s'en sort aussi bien dans un cas que dans l'autre et offre le meilleur exemple possible de ce que fut le western spaghetti dans toute sa splendeur.


Qualité vidéo:
3,8/5

Qualité audio:
4,0/5

Suppléments:
4,5/5

Rapport qualité/prix:
4,6/5

Note finale:
4,2/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2004-07-15

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Il Buono, il brutto, il cattivo

Année de sortie:
1966

Pays:

Genre:

Durée:
179 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
MGM

Produit:
DVD

Nombre de disque:
2 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
2.35:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1
Italien Dolby Mono

Sous-titres:
Anglais
Français
Espagnol
Cantonais
Mandarin

Suppéments:
Commentaire audio, six documentaires, scènes coupées, galerie d'affiches, bandes-annonces, livret et reproduction de posters internationaux

Date de parution:
2004-05-18

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