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DVDEF

Conte de Noël, Un

Critique
Synopsis/présentation
Quatre ans après Rois et Reines, le cinéaste français Arnaud Desplechin nous revient avec une nouvelle fiction sur la famille. Digne représentant pour plusieurs du renouveau de la cinématographie française, Desplechin nous présente un film à la forte réputation. Pressenti comme une future Palme d’Or au Festival de Cannes de 2008, acclamé au Festival de film de Toronto et présenté ici, avec la présence du cinéaste, au Festival Cinémania en 2008, Un conte de Noël possédait le parcours idéal d’une grande œuvre. Une œuvre à admirer, où on se laisse bercer par les mots si précis (et parfois si cruels) d’un réalisateur qui veut nous raconter une histoire. Celle d’une famille dysfonctionnelle qui, pour l’occasion de la fête de Noël, décide de se réunir et de régler quelques comptes. Rien à voir avec le conte donc … ou presque.

En effet, c’est la tragédie qui frappe sous le toit de la famille Vuillard. Une mère, Junon, la reine, souffre d’un cancer et est en attente d’une greffe de la moelle. Une fille aînée, Elizabeth, une Électre châtiée doit entretenir un malheur inexplicable et un fils qui ne possède pas toute sa raison. Et puis, il y a Henri, l’un des fils de la reine, le bâtard. C’est qu’à l’origine, la reine et son fidèle roi Abel ont dû renoncer à leur première descendance Joseph, lui aussi malade. Dans l’espoir de voir naître un enfant capable de pouvoir changer le destin du petit, le couple eut Henri qui ne posséda pas le sang compatible pour sauver son frère plus vieux. Banni bien des printemps plus tard par sa sœur du clan familial et puni par les dieux pour avoir failli à son devoir, Henri n’aura pas droit à ce que sa sœur et son frère Ivan, le benjamin, possèdent : l’amour maternel. Mais voilà, ce fils indigne sera le sauveur, le héros en étant le seul compatible (avec le fils d’Elizabeth) pour la greffe de sa mère.

C’est cette histoire cruelle, qui renvoie systématiquement à la mythologie divine et au théâtre ancien (les noms des personnages, la malédiction généalogique de la famille, les monologues), que Arnaud Desplechin replace dans le contexte moderne de son Roubaix natal. Et cette histoire, le cinéaste nous rappelle constamment qu’il est en train de nous la raconter. Ombres chinoises, correspondance par lettre, adresses à la caméra, faux faux-raccords, pièce de théâtre, photographies, fermeture de l’iris, lecture de poème, le cinéaste nous présente ici différentes formes de représentation du texte. Il met ainsi en scène tous ces procédés pour nous rappeler le caractère extrêmement littéraire et surtout théâtral de son œuvre, certes, mais aussi pour créer un effet de plus en plus rare au cinéma, celui de la distanciation. En effet, en plus du caractère cruel et antipathique de la grande majorité des personnages, Desplechin oblige le spectateur à faire face au film en tant qu’objet filmé. Il offre au spectateur la possibilité de stimuler sa pensée, rejoignant une certaine conception du cinéma non loin de celle de la Nouvelle-Vague. La théâtralité de la mise en scène du réalisateur permet donc d’observer la mise en abîme qui se crée. Bien plus qu’un simple effet de style, ces apartés, ces références à la mythologie et cette hantise du passé servent à montrer que ces personnages forment eux-mêmes le théâtre de marionnettes mouvementé auquel nous assistons. Tout comme dans Esther Kahn, Desplechin utilise la dimension autoréflexive pour traiter d’un de ses thèmes récurrents, soit celui de l’isolement. Car ses personnages, bien que réunis pour l’occasion de Noël ou plus simplement par les liens du sang, partagent bien peu en commun.

Du moins, c’est que le cinéaste veut nous faire croire, en apparence. Car au-delà de cette superficialité que pourrait laisser sous-entendre la contemplation de l’objet, il y a peu à peu limpidité. Derrière cette comédie tragique (ou est-ce plutôt un drame comique ?), on voit poindre des personnages qui ne sont finalement pas si loin de nous. En effet, Desplechin nous indique que la vérité peut ressortir à travers la fiction. Le film devient donc un mouvement continuel entre les deux : du tragique à la réalité, de la vie au comique. Naît donc de ce va-et-vient une véritable sincérité chez des personnages, particulièrement entre Junon et Henri. L’issue de leur relation conflictuelle animée de haine est cristallisée dans la scène que les deux partagent à la toute fin du film. Henri, assis en face de Junon qui reçoit (ou plutôt rejette) la moelle de son fils, regarde et parle à sa mère à travers un rideau d’isolation transparent. La symbolique ici est triple : le rideau qui fait référence à la question de la représentation théâtrale et de la distanciation, l’idée d’isolation qui est caractéristique chez la plupart des personnages, et enfin la transparence qui réconcilient les regards de la mère et du fils. Ce sont eux les membres dignes de cette famille. Non pas parce que l’un a offert une moelle à l’autre, mais bien parce qu’ils ont appris chacun à voir l’autre au-delà de leur lien filial.

C’est ce que nous raconte finalement Arnaud Desplechin dans Un conte de Noël, que de la haine peut naître l’amour au même titre que de la fausseté et du mensonge peut jaillir la vie. Et cela peu importe l’époque à laquelle ça nous est racontée et peu importe la façon dont ça nous est représenté. C’est ce que l’on appelle l’universalité. Et le cinéaste français y est ici magistralement parvenu.


Image
Le film est offert au format d’image respectée de 2.35:1 d’après un transfert 16:9.

Bonne nouvelle : le transfert de ce film européen n'a pas été obtenu par un transcodage en NTSC de la version PAL du film disponible en Zone 2 (et donc, ces défauts majeurs ne sont pas présents). Et cela transparaît à l'écran. Nous observerons d'abord le très beau grain cinématographique que laisse voir le matériel source qui était dans un état immaculé, mais surtout la grande netteté de l'image (malgré le grain) qui offre une finesse dans les détails et les textures. Le rendu des couleurs est tout aussi admirable. Ces dernières sont reproduites avec richesse, précision et fidélité respectant ainsi la photographie particulière du film. Les tons de peaux sont eux aussi habilement reproduits et demeurent ainsi naturels. Le niveau des noirs est aussi parfaitement géré évitant tout effet de surbrillance. Quant aux dégradés, ils sont constamment preuve de fluidité et de précision livrant ainsi de belles parties sombres (qui sont tout de même assez présentes dans l'œuvre). Finalement, ce sont des noirs purs et profonds qui complètent ce beau transfert.

La partie numérique se sauve heureusement et en toute logique de tout problème numérique majeur (seul le film est présenté sur ce disque).


Son
Deux bandes sons sont offertes sur cette édition, toutes deux en version originale française : la première au format Dolby Digital 5.1 et la deuxième au format Dolby Surround 2.0.

Étant donné le genre de film présenté ici (un drame familial), on ne sera pas très déstabilisé par un mixage relativement en retrait qui reproduit néanmoins parfaitement l'univers (constitué majoritairement de dialogues) du film. La présence est donc excellente et le dynamisme certain et approprié au genre de film. On ne s'étonnera pas non plus de constater que les effets d'ambiophonie se font assez rares, mais sont néanmoins réussis et relativement sentis lorsqu'ils se manifestent. Le déploiement du champ sonore se veut donc assez convenu : les ouvertures frontale et latérale laissent entendre la très grande majorité des éléments sonores alors que les enceintes arrière aident à supporter subtilement les ambiances. Il va ainsi de soi que les dialogues, élément prédominant ici, soient constamment et parfaitement intelligibles. La trame sonore s'intègre aussi subtilement au mixage. Quant aux basses fréquences, elles grondent à quelques occasions et ce, avec la profondeur et l'efficacité que le type de films présenté ici nécessite. Les extrêmes graves, elles, se font encore plus discrètes et leur utilisation demeure plutôt négligeable.

Il y a option de sous-titrage en anglais.


Suppléments/menus
Aucun supplément ne nous est offert sur cette édition. Et c'est bien dommage.



Conclusion
Vraiment, Un conte de Noël du cinéaste français Arnaud Desplechin est un grand film. À nos yeux, il raconte à la fois la même histoire que tous les films du réalisateur, mais en est aussi l'aboutissement tant personnel que thématique et cinématographique. Il s'agit d'un film très riche et très complexe sur les rapports familiaux, mais aussi et surtout sur l'amour, des siens et du cinéma comme moyen de représentation.

Il aura fallu presque un an avant de voir une édition DVD de cette œuvre et étant donné l'attente considérable pour les cinéphiles avant de voir (et surtout de mettre la main sur) ce film, on ne peut qu'être déçu. Peut-être pas techniquement puisque le transfert vidéo est très beau et le mixage fonctionnel, mais du point de vue des suppléments, on se serait attendu à plus que leur absence. Mais bon, consolons-nous, l'oeuvre en elle-même est suffisante en soi pour apprécier cette édition. À noter que deux éditions sont aussi offertes chez Criterion : une au format DVD et l'autre en format Blu-ray.


Qualité vidéo:
3,8/5

Qualité audio:
3,4/5

Suppléments:
0,0/5

Rapport qualité/prix:
2,9/5

Note finale:
3,0/5
Auteur: Frédéric Bouchard

Date de publication: 2009-11-10

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur LG 37LG30, Lecteur Blu-Ray Sony (BDPS350), Récepteur JVC TH-A30

Le film

Titre original:
Conte de Noël, Un

Année de sortie:
2008

Pays:

Genre:

Durée:
150 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Films Séville

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
2.35:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Française Dolby Digital 5.1
Française Dolby 2.0 Surround

Sous-titres:
Anglais

Suppéments:
-

Date de parution:
2009-10-27

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