Facebook Twitter      Mobile RSS        
DVDEF

Chaplin Collection, The: The Gold Rush

Critique
Synopsis/présentation
The Gold Rush (1925) est l'oeuvre la plus célèbre de Charlie Chaplin et celle qui imposa définitivement Charlot et son créateur comme un personnage de légende, immortel.
On y suit Charlot (Charlie Chaplin) devenu pour l'occasion propsecteur d'or. Au cours de ses pérégrinations, il croisera le chemin de Big Jim (Mack Swain) et Black Larsen (Tom Murray), entre lesquels se nouera une histoire liée à une montagne d'or. Revenu en ville, il tombera éperduement amoureux de Georgia (Georgia Hale), une danseuse qui se servira de lui avant d'en tomber amoureuse et qu'il ne devienne riche.
Fidèle à son système, Chaplin compose son film comme une suite de scénettes reliées entre elles par un semblant de scénario, qui lui laisse libre court pour développer à loisir le côté burlesque, poétique ou tragique de l'action.
Ainsi il se débarasse de la notion de suspense, et son histoire n'est pas de celles que l'on suit en attendant impatiemment la fin. Bien au contraire, ayant désamorcé cet aspect, il se concentre sur la dilatation de moments précis et transforme des instants a priori quelconques en grand moments de cinéma.

Il revient à nouveau longuement sur son obsession majeure, la nourriture ou plus précisément l'absence de nourriture, qui lui fournit le moteur des plus beaux moments du film. Son génie burlesque est à son paroxysme et toutes les scènes dans la cabane mettant en jeu les éléments naturels (vent, neige) sont de véritables régals de comique muet et à nouveau totalement universels.
La poésie succède à l'aventure et l'action avec l'inoubliable et unique scène de la chaussure bouillie. Un autre cinéaste en aurait tiré un simple gag de quelques secondes alors que Chaplin en fait une scène à part entière, qui marquera le reste du film (il ne retrouvera pas une autre chaussure) et l'inconscient collectif tant elle semble évidente et naturelle.
De la même façon, la danse des petits pains est sans aucun doute le moment le plus célèbre du film voire même de la carrière de Chaplin. Sa simplicité imparable, la perfection de son exécution, l'intensité de sa poésie, font qu'elle demeure toujours aussi émouvante et touchante malgré les années qui passent. Il ne fait nul doute qu'elle aura toujours le même pouvoir de séduction pendant très longtemps, tant son language est universel et limpide.

Dans le même temps, les scènes de cascade sont parmi ce qui se faisait de plus complexe à l'époque, nécessitant deux caméras et jouant sur des vitesses de projection différentes pour obtenir les effets désirés et si efficaces encore même de nos jours.
Chaplin n'avait nul besoin de grandes phrases pour faire passer l'émotion et c'est à ce titre qu'il est dommage, voire assez incompréhensible, qu'il ait remonté le film mais surtout qu'il y ait rajoué un commentaire dix-sept ans plus tard.
Bien que ce soit Chaplin lui-même qui ait écrit et joué le texte rajouté, le résultat est fort décevant. L'oeuvre s'en trouve déséquilibrée et perd de son charme. Assez étonnamment, il sabote plusieurs de ses gags en les annonçant ou les commentant et surtout finit par agacer par l'aspect incessant de son commentaire. De même, il insiste beaucoup trop sur le personnage de Charlot et finit par le rendre plus lourd et pesant, alors que l'équilibre se faisait naturellement dans la version muette dont les intertitres étaient autrement plus efficaces et justes.
La version muette est donc à nos yeux la vraie version de l'oeuvre ou du moins celle que nous préférons assez largement, car son rythme et son absence de justification et commentaire lui rendent son vrai visage, pourtant dénaturé et modifié par Chaplin lui-même.

Le film n'est pas exempt de défauts mais ceux-ci sont largement compensés par son aspect tragi-comique et l'aspect autobiographique de l'oeuvre, qui prennent du coup une résonnance particulière (Chaplin connut la faim, partit tout seul aux Etats-Unis et fit fortune).
La réputation de ce film, le souvenir particulier et généralement ému qu'il laisse dans le coeur de ses spectateurs, ne sont pas proportionnels à ses qualités intrinsèques ou à sa 'perfection', mais au génie de son auteur et à la place si particulière qu'il occupe en tant que scénariste, réalisateur et acteur dans l'industrie cinématographique. Charlot est un véritable mythe et si Chaplin réalisera plus tard des films plus ambitieux, réflechis et profonds que The Gold Rush, c'est sans aucun doute celui-ci qui restera le plus gravé dans les mémoires, car il représente la quintessence du personnage, des idées et du style de son auteur.
Si vous souhaitez donc découvrir la substantifique moelle de Chaplin, nous vous conseillons vivement The Gold Rush dans sa version muette et éventuellement sa version commentée, mais uniquement comme curiosité (et non l'inverse comme c'est le cas avec cette édition).



Image
L'image est présentée dans son format respecté de 1.37:1 d'après un transfert 4:3.

La définition générale est excellente pour un film de cette époque, même si elle est un peu plus prononcée sur la version 1942 que sur celle de 1925. L'interpositif est étonnamment propre et seuls quelques points blancs et rayures vraiment visibles viennent nous rappeler que nous sommes devant un transfert datant de plusieurs décennies. Pour la version muette, les scories sont un peu plus importantes mais restent tout de même dans des limites fort raisonnables et cela constitue une performance.
Le contraste est bien géré dans les deux versions, évitant efficacement les brillances. Il est tout de même un peu plus prononcé sur la version 1942 que 1925, sans pour autant que cela modifie notablement la qualité de l'image.
Les parties sombres sont correctement rendues même si époque oblige, les noirs ne sont pas les plus profonds qui soient et cette remarque est valable pour les deux versions. Le rendu des dégradés est de très bonne qualité grâce à un excellent travail sur la restitution de l'échelle des gris dans les deux cas.
La partie numérique des deux versions est exempte de reproches, ne générant quasiment aucun défaut artificiel si ce n'est un peu de fourmillements sur certains passages, mais rien de significatif et encore moins de gênant.
Il est sincèrement dommage que ce soit la version sonorisée qui ait bénéficié du meilleur traitement et d'un disque pour elle toute seule, alors que la version muette n'est censée être que son complément.
Il s'agissait apparamment de la volonté de Chaplin et doit donc être respectée. Il aurait sans aucun doute été fier du beau traitement qui a été reservé à son oeuvre préférée et ce dans ses deux versions.


Son
Les bandes-son disponibles sur cette édition sont respectivement en Anglais (Dolby Digital 5.1), Anglais (Dolby Digital 1.0 mono), Français (Dolby Digital 1.0 mono).
La bande-son multicanaux de la version 1942 est d'une bonne dynamique. Sa présence et sa spatialisation sont au mieux de ce qui pouvait être fait à partir du matériau de base. La musique est impeccablement intégrée au reste de la bande-son et profite notablement du bon travail de remixage effectué. Les enceintes arrières sont peu utilisées mais toujours de façon raisonnable et respectueuse du mixage d'origine.
Les dialogues ou plutôt le monologue de Chaplin est toujours parfaitement intelligible et quasiment sans traces de parasites ou saturation. Les basses fréquences sont quasi inexistantes mais cela est logique et somme toute fort peu gênant. Les deux bandes-son en mono sont en retrait assez conséquent par rapport au remixage multicanal, leur dynamique est plus tassée et des parasites font leur apparition, sans parler du mauvais doublage français.
La bande-son stéréo de la version muette du film est différente et de bonne qualité, même si évidemment moins efficace qu'une vraie bande-son multicanal. Sa dynamique est bonne ainsi que son effet stéréo et aucun parasite n'est à déplorer.
Les sous-titres sont disponibles en Anglais, Français, Espagnol, Portugais, Chinois, Thailandais et Coréen.
Des bandes-son de qualité mais il est dommage que ce soit la version parlante qui ait seule bénéficié d'un remixage multicanal, alors que la version originale est en simple stéréo (même si de qualité).
A nouveau un bon travail de la part de MK2 et Warner pour offrir les meilleures versions possibles.


Suppléments/menus
Une section curieusement moins intéressante que celle des autres titres DVD de la collection Chaplin, et surtout qui contient en prime la vraie version de l'oeuvre.
Il est effectivement curieux que le supplément principal de ce deuxième disque soit la version originale et muette du film sortie en 1925. Il ne s'agit en aucun cas d'un supplément mais de la réelle version de l'oeuvre. Chaplin retravailla son film au niveau du montage et ajouta un commentaire parlant lors de sa ressortie en 1942, mais si il est responsable de ces modifications, il n'en reste pas moins que The Gold Rush est un film muet à l'origine.
Nous passerons donc sur ce supplément qui n'en est pas vraiment un pour se tourner vers le documentaire de vingt-six minutes intitulé Chaplin Today : The Gold Rush. Il s'avère moins intéressant que celui présent avec l'édition DVD de Modern Times et pourtant l'idée de départ était excellente. Serge le Peron est allé demander à Idrissa Ouedraogo (cinéaste du Burkina Faso) de donner son sentiment vis à vis de Chaplin, de la simplicité et l'universalité de son oeuvre. Certains exemples sont frappants et émouvants tels ces jeunes africains qui sourient et s'amusent visiblement beaucoup à leur première vision de The Gold Rush. Cependant, cette idée n'est pas exploitée, Ouedraogo est trop vague et simplement admiratif sans justifications ou explications. De même, le documentaire est curieusement monté alternant diverses séquences sans grands rapports. Une déception par rapport à l'excellent travail effectué par les frères Dardenne et Philippe Truffault. Il y avait tant à dire et tant de détails à mettre en avant que la déception n'est pas proportionnelle à la réelle faiblesse de ce segment.
L'introduction de David Robinson est passionnante et détaillée, revenant de façon concise et efficace sur le film tout en nous le replaçant dans la carrière de son auteur.
Sont également disponibles une galerie de 250 photographies et documents, une galerie des divers posters internationaux et une selection de bandes-annonces qui permettent de bien voir les spécificités culturelles de chaque pays dans sa façon de présenter le film.
Enfin est proposé un ensemble d'extraits de films de la collection Chaplin (cf critique Modern Times).
Un ensemble donc décevant pour ce film si emblématique de son auteur pour lequel il comptait tant. Il y avait matière à des développements autrement plus poussés, et à nouveau nous déplorons l'absence d'un commentaire spécifique qui aurait comblé tous les amateurs de Chaplin.



Conclusion
Une édition à nouveau réussie d'un film de Chaplin, même si un peu en retrait par rapport aux autres. L'image est impeccable sur les deux versions et le son est à nouveau amplement à la hauteur. C'est des suppléments que vient le bémol, car ils s'avèrent moins intéressants que ceux de Modern Times ou The Great Dictator.
Il n'en demeure pas moins que cette édition apparaît comme quasi définitive pour ce classique d'entre les classiques.
Chaplin a mis toutes ses forces et son énergie pour tourner cette oeuvre qu'il considérait comme sa meilleure ou du moins celle par laquelle il voulait être célébré.
Le résultat est la quintessence du style de Chaplin et la réelle apogée du personnage de Charlot. Le film est un mélange unique d'observation sociale, d'aventure, de burlesque, d'émotion, de poésie, d'amour, qui défie le temps et les modes avec une facilité déconcertante. A nouveau la véritable force de Chaplin réside dans le savant dosage de chaque effet, qui lui permet de rendre son film inoubliable et complètement universel. D'autres oeuvres sont plus droles, plus émouvantes, contiennent plus d'aventures mais aucune ne marquera votre inconscient autant que celle-ci.
Un film qui fit date dans l'histoire du cinéma mondial à juste titre et que nous vous conseillons plus que vivement.



Qualité vidéo:
4,2/5

Qualité audio:
3,5/5

Suppléments:
3,5/5

Rapport qualité/prix:
3,8/5

Note finale:
3,9/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2003-07-29

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Gold Rush, The

Année de sortie:
1925

Pays:

Genre:

Durée:
96 et 69 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Warner Bros.

Produit:
DVD

Nombre de disque:
2 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.33:1

Transfert 16:9:
Non

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1
Anglaise Dolby mono
Française Dolby mono

Sous-titres:
Anglais
Français
Espagnol
Portugais
Chinois
Coréen
Thailandais

Suppéments:
Documentaire, Introduction, Version muette originale, Gallerie de Photos, Bandes-annonces, Extraits de films de la collection Chaplin

Date de parution:
2003-07-01

Si vous avez aimé...