Facebook Twitter      Mobile RSS        
DVDEF

Roi et l'oiseau, Le

Critique
Synopsis/présentation
Malgré qu’il s’agisse d’un genre malgré tout un peu plus marginal, les classiques du cinéma d’animation sont nombreux. La France, héritière d’une belle tradition de cinéma n’a quant à elle que très peu de grandes productions d'animation, et durant la période ou Disney diffusait sa vision des contes de Grimm et de Perreault, un seul studio d’animation réellement majeur existait en France.
Les Gémeaux, studio d’animation fondé en 1936 par Paul Grimault et André Sarrut est certainement un des plus grands studios d’animation Français.

En 1946, Paul Grimauit et Jacques Prévert se rencontrent autour de la création de « Le petit soldat » qui sortira sur les écrans en 1947. Jacques Prévert est une figure particulière de l’univers culturel français, parrain du surréalisme qu’il désavouera suite aux excès autoritaires d’André Breton, la plume de Jacques Prévert a marqué les esprits. Du célèbre « t’as de beux yeux tu sais » du Quai des Brumes, aux textes de chansons pour les frères Jacques ou d’Yves Montand, la poésie de Prévert est accueillie en France d’après-guerre comme une bouffée d’air frais. Le recueil de ses différents textes sera d’ailleurs l’ouvrage de poésie le plus vendu de l’histoire française.
À la base, Prévert et Grimault s’était orienté vers une adaptation du ramoneur et la bergère des contes d’Andersen, mais au fil de l’écriture de Prévert, ne reste plus que les personnages principaux évoluant dans une histoire qui n’a plus rien à voir. En pleine production, les désaccords entre Grimault et son associé sont tels que Grimault se retire des Gémeaux. Malgré son désengagement, un film intitulé « Le ramoneur et la Bergère » est sorti en 1953, film désavoué conjointement par Prévert et Grimault.
En 1977, Grimault refinance ce film et décide de le refaire. Les plus grands obstacles une fois le financement monté, a été de remplacer certains artisans de la production originale. Joseph Kosma, compositeur de la trame sonore originale et grand ami de Prévert est malheureusement décédé, tout comme Pierre Brasseur, voix de l’Oiseau.
Malgré ces quelques problèmes, Le Roi et L’Oiseau est présenté en 1980 sous la forme qu’on lui connaît maintenant et avec un scénario aujourd’hui encore solide.

Dans le Royaume de Takicardie, le roi Charles 5 et 3 font 8 et 8 font 16, petit despote médiocre vivant dans son immense château, règne avec une main de fer et des services secrets omniprésents sur son royaume. Un oiseau qui a construit son nid en haut de ce château est le seul à critiquer ouvertement ce roi, et se fait la voix d’un peuple.
Roi célibataire, et dans la tradition du « conte », le roi est amoureux d’une bergère qui est représentée sur un tableau. La nuit venue, ce tableau se met à vivre, tout comme celui de son aimé, le ramoneur. Mais cette idylle est surveillée de près par un portrait du Roi.
Ce dernier, après s’être débarrassé de son modèle original s’en prend au couple, et finit par faire enfermer le ramoneur et l’oiseau maintenant son complice. La liberté retrouvée, le ramoneur sauve sa bergère et préserve l’amour, tandis que l’Oiseau renverse le tyran et sauve la liberté. C’est certainement ce qui fait la contemporanéité de ce scénario, des principes simples et encore universels : L’amour et la liberté face aux totalitarismes.

Si la base de scénario est simple, Prévert a réellement fait de ce scénario un poème que Grimault a parfaitement mis en image, et Wojciech Kilar en musique. L’animation des studios Grimault est d’excellente qualité et, combiné avec le style de dessin très personnel de son fondateur, offre une expérience visuelle très satisfaisante. Les moments lyriques sont nombreux et toujours à propos (on pense particulièrement à des éléments comme le tocsin en rhinoceros pour un élément de décor, à la fosse aux lions pour une scène aussi surréaliste que pertinente). Ce scénario dense, lyrique et en même temps politique donne une œuvre solide, que des réalisateurs contemporains comme Hayao Myiazaki voient toujours comme une œuvre centrale (des références au Roi et l’Oiseau sont visibles dans plusieurs de ses films).
Cette nouvelle version va gagner le prix Louis Delluc de 1979 et sera honnoré au festival du cinéma de Venise.
Considéré comme un classique, projeté dans les écoles, le Roi et l’Oiseau est une pièce à part entière de l’histoire du cinéma en France. C’est alors avec stupeur que l’on s’est rendu compte dans les années 2000 que ce film était en danger. Les pellicules des années 50 se décomposent, et un immense travail de reconstruction est nécessaire. Dirigé par les studios de Canal plus, et plus particulièrement par l’équipe de Béatrice Valbin, cette restauration a été minutieuse et intense. Certaines sections en image nitrate se décomposaient, et c’est une restauration chimique et numérique qui a été nécessaire. Des dossiers très intéressant sur cette restauration, et pour une fois en Français, sont disponibles sur internet, et permettent de comprendre l’ampleur et la minutie du travail qui a été effectué. Le travail effectué pour une ressortie en salle en 2003 a été à la hauteur des attentes (très élevées) du public, tant du point de vu de l’image que de celui du son (les bandes stéréos originales, jamais utilisées car les salles étaient en mono à l’époque, ont été réintégrées).

C’est cette version de 2003 qui nous est ici proposée par TVA Films pour le marché Canadien. Cette édition semble une copie presque conforme de l’édition française, néanmoins comme nous allons l’exposer, il semble que le transfert vers nos standards aient donné lieu à des différences dans les résultats.



Image
Cette édition DVD est offerte au format non respecté de 1:33.1, mais c’est dès la restauration que le choix d’écarter le format de 1:37:1 a été fait. Dans cette perspective, cette édition respecte le format de l’édition 2003 du film.
Issue de négatifs en décomposition on ne peut que constater l’excellente qualité de l‘image offerte, ou plutôt du travail qui a été fournit pour obtenir cette qualité d’image. Naturellement, on est naturellement loin d’un film Pixar, mais si on sent l’âge du matériel source, cela plutôt que de gêner le visionnement, lui donne une petite touche nostalgique assez agréable.
Bien naturellement, quelques petits problèmes sont visibles (égratignures/points blancs/marques) mais sont occasionnels et ne gênent pas le visionnement. L’image n’est pas de qualité égale, et l’on soupçonne que cela vient de l’âge du matériel utilisé (soit des bobines de 1950 ou de 1980). L’image passe d’une définition plutôt correcte à des scènes un peu plus douces. Dans ces dernières, les détails sont un peu moins fins, et les textures un peu plus planes. Ces plans manquent d’ailleurs parfois de « profondeur », dans le sens d’une troisième dimension.
Ou ce transfert brille réellement c’est dans les couleurs. Le travail sur ces dernières a été admirablement fait. Hormis quelques problèmes mineurs d’étalonnage (là encore dépendamment de l’âge du matériel source), les couleurs sont justes et constantes, et d’une saturation très satisfaisante. Aucun débordement n’a été constaté.
Où il nous semblé percevoir un problème était réellement sur la gestion de la brillance et des contrastes. Certains passages présentent une image un peu trop sombre. Ce défaut nous à étonner, car la bande annonce du film, présente sur cette édition (bande annonce de France), présente des scènes re-visionnées d’une manière beaucoup plus satisfaisante. Sans pouvoir faire de comparaison empirique entre les versions européenne et nord américaine nous ne nous avancerons pas plus, néanmoins il semble que le transcodage puisse être à la source du problème, et signifierai que plutôt que d’avoir utiliser les nouveaux master, cette édition soit un transcodage brut de l’édition DVD, plutôt qu’un nouveau transfert au standard NTSC.
Les parties sombres offrent des dégradés d’un bon niveau, et les noirs, quoique parfois parasités sont d’une profondeur tout à fait satisfaisante. La partie numérique ne démontrait pas de réels défauts, hormis une légère tendance à la sur accentuation des contours, qui à de rares moments se font remarquer.
Cette édition de TVA Films offre une image convenable si l’on considère l’état et l’age du matériel source original. Toutefois, et devant l’attention que les restaurateurs ont mis dans ce travail, on comprend mal la gestion étrange des brillances, et encore moins la différence de qualité flagrante sur les scènes présentées dans la bande annonce. Il serait intéressant de savoir comment ce transfert a été fait, s’il s’agissait d’un simple transcodage du DVD Européen, ou s’il s’agit réellement d’une édition transférée depuis le matériel source restauré.



Son
Deux bandes sonores sont proposées, Dolby Digital 5.1 pour le format le plus élaboré, soutenu par un Dolby stéréo pour sa version plus légère.

La version la plus avancée (Dolby digital 5.1) a été utilisée pour cette critique. Tout comme pour l’image, on ne peut que se féliciter de voir que la restauration du son s’est faite de façon très minutieuse. Comme décrit dans le synopsis, les bandes stéréos originales (qui n’avaient pas servies) ont été réintégrée, et c’est sur cette base que la version multicanale a été élaborée.
Plus que jamais la différenciation entre bande son et trame sonore est ici palpable. La bande son (sons d’ambiances, dialogues et effets) est plutôt « mince » et manque de dynamisme, mais cela est naturellement du au matériel source. Par contre, la trame sonore bénéficie d’une dynamisme tout à fait satisfaisant et met très bien en valeur les thèmes De Wojciech Kilar. Cette différenciation est réellement palpable, et l’on sent toutes les limitations des studios d’enregistrement des années 50 aux années 70.
Les éléments sonores sont intégrés correctement quoi que plutôt linéairement (manque de dynamisme) et sont parfois légèrement débalancés (ceci étant surtout vrai avec les dialogues comme il le sera expliqué plus loin). La trâme sonore quant à elle est parfaitement balancée, sachant se faire tour à tour présente à l’avant plan, et repasser en ambiance un plan suivant. Les effets d’ambiophonie sont naturellement peu nombreux, et hormis quelques effets et un soutient à la trame sonore, les enceintes arrières sont assez peu utilisées.
Les dialogues souffrent de leur âge. En effet, et cela surtout pour l’Oiseau, on sent parfois une certaine raideur, un côté presque aggressif dans le haut du registre, mais il est clair que cela doit être du aux méthode d’enregistrement du matériel source dans les années 50. De plus, les dialogues sont parfois un peu retrait, ce qui oblige à une attention marquée afin de bien saisir ce qui est dit. Les basses sont plutôt discrète, et l’enceinte d’extrême grâve reste au repos durant tout le programme.
La partie sonore de cette édition est malgré tout d’un bon niveau. Les limitations, surtout dues au matériel source, n’ont pas d’impact sur le plaisir de voir ce film. Il semblerait que la qualité de bande sonore avant restauration était réellement à la limite du supportable, et l’on est loin de cela. La trame sonore est très bien rendue, et l’ensemble semble très cohérent pour un film de cet âge.
Aucun sous-titres ne sont offert, et l’on regrette que ce film malgré des dialogues très peu nombreux n’ait bénéficié d’un sous-titrage en anglais, qui aurait permit aux unilingues anglophones Canadiens de découvrir un magnifique film d’animation.



Suppléments/menus
Cette édition distribuée par TVA Film se compose d’un unique disque double couche.

Hormis une bande-annonce pour la version 2003 de ce film, aucun supplément n’est offert.

On regrette réellement qu’aucun effort n’ait été mis sur cette édition. L’importance de ce film d’animation dans la société Française, les personnalités très fortes qui l’ont fait naitre, et les efforts énormes qui ont été investit pour le faire renaitre auraient été autant de segments qui auraient su passionner différents types de spectateur. De plus, Le Roi et l’Oiseau est d’autant plus attachant lorsqu’il est contextualisé, d’une part historiquement, dans un après guerre où le fascisme a montré sinon ses limites, ses abbérations, et culturellement, dans une France qui retrouve sa liberté après une oppression d’occupation que Jacques Prévert sait cristalliser dans ses vers, et dans ses scénarios et textes.
Une mention particulièrement médiocre de plus pour cette édition, qui nous force une publicité pour une école de cinéma (inutile de lui refaire de la publicité ici) à l’insertion du disque, et empêche de la faire passer. Agacant...



Conclusion
Classique parmis les classiques du cinéma d’animation, Le Roi et l’Oiseau est une œuvre majeure. De l’écriture à la mise en scène, tout concours a créer une expérience aussi particulière que gratifiante, et sur des thèmes encore universels.
Cette édition de TVA Film est d’un niveau convenable considérant l’âge de ce flim, mais pas forcemment considérant l’âge de la restauration. Les problèmes de brillance peuvent géner, même si le travail sur les couleurs a été parfaitement restitué. Enfin, l’absence de suppléments pour une œuvre qui en méritait.

Cette édition sera très probablement la seule qui sera disponible ici, et la force de l’œuvre sait parfaitement passer au travers de ces quelques problèmes, et fait de cette édition un indispensable pour tout amoureux du cinéma d’animation.



Qualité vidéo:
3,0/5

Qualité audio:
3,0/5

Suppléments:
0,0/5

Rapport qualité/prix:
3,0/5

Note finale:
3,0/5
Auteur: Thomas Geffroyd

Date de publication: 2004-09-26

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur Sony KV34XBR910; Préampli Audio Refinement par YBA Pre-2; Ampli Audio refinement par YBA Multi-5; Enceintes JmLabs; Sub REL Strata III; Lecteur DVD Denon DVD-1600; cables et interconnects Cardas/Audioquest.

Le film

Titre original:
Roi et l'oiseau, Le

Année de sortie:
1980

Pays:

Genre:

Durée:
80 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):
-

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
TVA Films

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.33:1

Transfert 16:9:
Non

Certification THX:

Bande(s)-son:
Française Dolby Digital 5.1
Française Dolby 2.0 stéréo

Sous-titres:

Suppéments:
Bande-annonce

Date de parution:
2004-08-24

Si vous avez aimé...