Facebook Twitter      Mobile RSS        
DVDEF

Serpent's Egg, The

Critique
Synopsis/présentation
The Serpent's Egg (1977) est le seul film que Bergman tourna hors de sa Suède natale, de même que le seul film à gros budget et avec des figurants de sa carrière. De plus, il s'agit d'un film réalisé dans des conditions hollywoodiennes classiques (Dino de Laurentiis à la production oblige) et en ce sens, Bergman y démontre des qualités d'adaptabilité évidentes qui étonne de par sa rigueur et son apparente "rigidité" habituelles.
On y suit l'histoire d'Abel Rosenberg (David Carradine), un trapéziste juif qui se retrouve coincé dans l'Allemagne des années 20 à l'antisémitisme galopant, son frère avec qui il éxécutait son numéro de cirque s'étant suicidé. Il se tourne alors vers l'ex-femme de son frère, Manuela (Liv Ulmann), qui faisait aussi partie de leur numéro, qui le supporte et tente de le faire arrêter de boire. Mais petit à petit la plupart des personnes qu'il connaît meurent dans des circonstances suspectes et violentes. Abel réussira-t'il à survivre ou va-t'il sombrer dans la folie de façon définitive, ou sera-t'il finalement emprisonné par l'Inspecteur Bauer (Gert Froebe) ?

Bergman écrivit donc un scénario beaucoup plus linéaire et traditionnel qu'à son habitude et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il réussit cette tâche différente avec son talent et son intelligence habituelles. La gaieté n'est évidemment pas de mise, et la mise en place de l'époque du Berlin des années 20 est un moment vraiment sinistre mais qui paraît bien refléter la période de folie qui commença alors en Allemagne.
Le choix d'un style visuel inspiré ouvertement des plus grandes réussites du cinéma expressionniste allemenand des années 20 parait extrêmement judicieux. Cela permet de replacer le spectateur dans un contexte autre, de le sortir de la "réalité" tout en respectant une esthétique propre à cette époque. De plus, les talents conjugués de Sven Nykvist et de Ingmar Bergman font des merveilles et offrent au spectateur un film à l'esthétique très soignée mais jamais guindée, qui finit par réellement fasciner en ce sens qu'elle est totalement en phase avec les évènements décrits dans le film.
Le scénario progresse à la façon d'un véritable cauchemar et fait vraiment penser en cela aux écrits et à l'univers du célèbre écrivain Franz Kakfa. L'absurdité de nombreuses situations, le quasi surréalisme de la plupart des scènes du dernier tiers du film (malgré le fait que tout soit bien réel) font que le spectateur a l'impression de se retrouver au beau milieu d'une des histoires fascinantes de Kafka.
Steven Soderbergh a sans aucun doute vu The Serpent's Egg avant de réaliser son Kafka, qui nous en semble assez proche sans toutefois plagier quoi que ce soit. D'ailleurs ce rapprochement nous permet de corroborer l'inspiration kafkaienne de Bergman, étant donné que le film de Soderbergh est un savant mélange entre les écrits de Kafka, des éléments de sa vraie vie et des idées originales.

David Carradine s'y montre vraiment étonnant en trapéziste alcoolique et sa performance permet de se détacher des souvenirs de cet acteur dans la série Kung Fu qui le rendit célèbre dans le monde entier. Sa prestation fort convaincante et totalement décalée par rapport à ses rôles habituels est à mettre en parallèle avec celle de Liv Ullman, qui passe avec une aisance déconcertante de rôles intériorisés et tristes à celui-ci où elle incarne un personnage naïf et plutôt extraverti.

Le cauchemar éveillé dans lequel ils vont se trouver embarqués tous les deux est extrêmement prégnant lorsque replacé dans le contexte de l'époque, et crée une mise en perspective des plus passionnantes. Bergman réussit donc à nouveau une superbe alliance entre le fond et une forme radicalement différente de celle à laquelle il nous avait habitués. Le moyens conséquents et la présence de nombreux figurants auraient sans aucun doute paralysé son cinéma si il était resté sur son système établi en Suède. Mais ici le poids non négligeable d'un producteur vedette comme De Laurentiis, et de "stars" comme Carradine ne semble pas l'avoir gêné outre mesure.

Voici donc un film à part dans la carrière de son auteur mais qui est tout de même en parfait accord avec ses thématiques habituelles, même si elles y sont moins approfondies. Les efforts d'un Bergman qui joua le jeu d'un film hollywoodien (dans le bon sens du terme) sont en tous points louables et permettront au plus grand nombre d'entre vous de se familiariser avec son univers noir et déprimant grâce à ce film plus accessible que le reste de son oeuvre, sans pour autant qu'il en soit vraiment à l'écart.



Image
L'image est présentée au format respecté de 1.66:1 d'après un transfert 4:3.

La définition générale est bonne mais moins affûtée que sur The Passion of Anna, l'autre film en couleurs du coffret Bergman. On regrette qu'il ne s'agisse pas d'un transfert 16:9. L'interpositif est propre mais la présence de grain parfois très important dépasse le simple stade du rendu cinéma pour se montrer trop granuleux et mouvant sur certaines scènes, sans pour autant que cela ne devienne vraiment gênant.
Les couleurs sont bien traitées, naturelles, constantes et bien saturées, elles mettent bien en valeur toutes les scènes de cabaret. Le contraste est plutôt bien géré même si loin d'être excpetionnel mais évitant toutes les brillances.
Les scènes sombres du film sont correctement rendues mais les noirs manquent parfois de profondeur et de pureté. La qualité des dégradés est elle aussi standard à défaut d'être remarquable, et rend bien justice au travail de Sven Nykvist même si il s'avère moins impressionnant que par le passé, malgré des moyens bien supérieurs.

La partie numérique est exempte de reproches, ne générant aucun défaut notable à l'écran.
Un transfert correct, satisfaisant en l'état mais qui aurait bien supporté une remasterisation plus poussée afin de se parer de ses plus beaux atours.



Son
La seule bande-son disponible sur cette édition est en Anglais (Dolby Digital 1.0 mono).

Sa dynamique est standard pour une bande-son monophonique de cette période. Sa présence et sa spatialité sont de bon niveau, surprenant parfois le spectateur.
La musique est fort bien rendue, même si un remixage stéreo aurait permis de l'apprécier au mieux, néanmoins elle s'avère parfaitement intégrée au reste de la bande-son.
Les dialogues sont en permanence intelligibles et sans traces audibles de parasites ou distortions, à condition de rester raisonnable au niveau du volume.
Les basses fréquences sont moins anecdotiques que prévu sans pour autant atteindre des sommets, mais s'avèrent parfois surprenantes pour un film monophonique de cette époque.
Les sous-titres sont disponibles en Anglais, Français et Espagnol.

Une bande-son de bonne qualité qui est largement à la hauteur de l'image et fait oublier l'éventualité d'un remixage au moins stéréo, même si celui-ci aurait été de façon évidente profitable au film.


Suppléments/menus
Une ensemble assez complet même si moins que celui d'autres films du coffret, et surtout le fait que ce film semble susciter moins d'enthousiasme de la part des intervenants.
Le commentaire audio de David Carradine est de façon surprenante assez instructif sur la personnalité de Bergman malgré tout ce qui a déja été dit dans les autres suppléments du coffret. Il nous apprend des détails passionnants sur la relation spéciale qui se nouait entre Bergman et ses acteurs, et malgré des "blancs" trop longs, ses précisions sont intéressantes afin de voir ce curieux film sous un autre oeil.
Est ensuite proposé un documentaire de 19 minutes intitulé "Away from Home" dans lequel Bergman, Marc Gervais et Liv Ullman témoignent des difficultés de faire ce film à l'étranger, de gérer un budget plus important, et en quoi ces éléments ont influencé le résultat final assez éloigné des réalisations habituelles du cinéaste.
Suit un autre documentaire plus court (5 min) intitulé "German Expressionism" dans lequel Marc Gervais nous explique en quoi The Serpent's Egg est influencé par les films de cette période, et surtout comment il intégra cela dans son appréciation du film au départ peu positive.
Vient ensuite les habituelles galerie de photo et bande-annonce, qui sont toutes deux cette fois-ci vraiment de qualité et d'un intérêt certain, ce qui est loin d'être toujours le cas.

Un ensemble donc vraiment valable et pertinent, même si moins enflammé que sur les deux autres films déja testés du fait de la nature plus "classique" du film en question.

Disque de suppléments inclu dans le coffret :

Le segment "Intermezzo" est une interview récente de Bergman (83 ans) durant 39 minutes. Le cinéaste s'y montre très surprenant, farceur et déroutant mais parle de façon passionnée des cinéastes actuels et de ses projets en cours, mais aussi de divers thèmes malheureusement trop vite abordés. Cette section est sous-titrée en Anglais et ils sont incrustés dans l'image.
Vient ensuite une autre interview de Bergman sobrement intitulée " A Bergman Interview " et durant 21 minutes. Il y parle de ses préoccupations et nous permet en tant que spectateur de mieux saisir son univers et ses préoccupations. Essentiel !!
Puis est offert un segment appelé Faro Island Mystique de 14 minutes et dans lequel Marc Gervais parle de la relation spéciale qui unissait Bergman et cet île où il a tourné la plupart des films de ce coffret, appuyé par des extraits de films et des photos.
Après vient le segment intitulé " Sven Nykvist : with one eye he cries " dans lequel le fameux chef opérateur, les acteurs et Gervais discutent de la seconde moitié de carrière de Nykvist et analysent la scène du repas dans L'Heure du Loup. Un segment passionnant.
Ensuite est offerte une section passionnante mais difficile à apprécier de par son format. Elle est intitulée " Media Archives " et composée d'articles tirés du magazineAmerican Cinematographer sur le thème du cinéma Suédois. Il est aberrant de voir des suppléments aussi intéressants rendus presque illisibles par leur forme. Il paraît si simple d'imprimer un livret contenant toutes ces informations qui lui, serait beaucoup plus agréable et simple à consulter. Il est dommage de voir que les éditeurs de DVD ne souhaitent pas davantage mélanger les divers supports et priver ainsi leurs consommateurs de textes écrits spécialement pour la sortie d'un film, bien moins lourds et chers à produir,e et qui peuvent souvent se montrer plus complets et pertinents que bien des documentaires bâclés.
Pour finir est proposée une galerie de 175 photos de qualité, plutôt bien organisées même si certaines sont redondantes.
Un ensemble de très grande qualité et d'un intérêt constant qui permet d'aborder l'œuvre d'Ingmar Bergman sous un angle différent. Il est simplement dommage de ne pas avoir produit de livret où un ensemble de textes sur l'auteur (écrits pas des grands noms de la critique ou des nouveaux venus) aurait pu être inclut, ce qui aurait permis de prolonger le plaisir du visionnage des films et des documentaires ailleurs que derrière un diffuseur vidéo.



Conclusion
Une édition correct au niveau audio que vidéo même si l'ensemble n'a rien de particulièrement remarquable en soi. Les suppléments sont moins réussis que sur d'autres disques du coffret Bergman mais restent valables.

Un film à part dans l'oeuvre de Bergman du fait de son budget, de son tournage hors de Suède, qu'il soit en langue Anglaise et surtout que sa progression et sa mise en scène soient beaucoup plus proches des canons traditionnels même si la "patte" bergmanienne et toujours très présente.
Un film qui permet donc d'entrer dans l'univers si particulier de façon progressive en même temps qu'il explore une frange pénible de l'histoire. Si le film n'a ni la force incroyable, ni la profondeur de ceux que nous avons deja testés, il s'avère une tentative réussie d'internationaliser la démarche d'un auteur primordial du cinéma.


Qualité vidéo:
3,4/5

Qualité audio:
3,6/5

Suppléments:
3,4/5

Rapport qualité/prix:
3,3/5

Note finale:
3,5/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2004-06-20

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Serpent's Egg, The

Année de sortie:
1977

Pays:

Genre:

Durée:
119 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
MGM

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.66:1

Transfert 16:9:
Non

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby mono

Sous-titres:
Anglais
Français
Espagnol

Suppéments:
Documentaires, commentaire audio, galerie de Photos, bande-annonce

Date de parution:
2004-02-10

Si vous avez aimé...