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DVDEF

Hour of the Wolf

Critique
Synopsis/présentation
Bergman explora ses propres cauchemars et problèmes en tant que créateur avec cette oeuvre profondément déroutante, qui reflète bien la ligne ténue entre créativité et folie que doit croiser tout artiste à un moment ou un autre de sa carrière (quel que soit son art de référence).
L'Heure du Loup nous propose donc de suivre le dessinateur torturé Johan Borg (Max Von Sydow), alors qu'il s'installe avec son épouse Alma (Liv Ullman) sur une île a priori déserte, afin de retrouver son inspiration et son envie de créer. Le résultat est inverse à celui escompté et Johan va devoir lutter contre ses propres démons pour garder à la fois l'esprit mais aussi son épouse et sa créativité. Il se retrouve en effet confronté à toutes ses angoisses, qui se matérialisent sous la forme de fantomes étranges avec lesquels il entretient une vraie relation physique. Il finit par confier ses peurs à son épouse, inquiète de sa peur du noir, de le sentir s'éloigner d'elle et de le voir sombrer dans une semi-folie, mais alors elle aussi se met à voir ces créatures également et le couple lutte ainsi pour garder sa raison intacte.

Voici un film troublant et dérangeant par bien des aspects et qu'une seule vision ne permet vraiment pas d'appréhender dans sa totalité, au même titre que Passion of Anna.
Bergman y expérimente visuellement autant que scénaristiquement. A nouveau, le film commence de façon déroutante par des bruits de fond d'une équipe de tournage s'afférant avant le clap de départ d'une prise, puis dès que ce clap retentit, Liv Ullman s'adresse directement au spectateur en regardant la caméra bien en face. Ce prologue donne tout son sens à ce film dans lequel Bergman semble bien avoir exorcisé ses propres démons, en montrant non pas ses propres peurs et angoisses mais en plaçant ses spectateurs dans un état suffisamment proche du sien lors de ses "rêves", pour qu'il puisse comprendre.
Johan est un homme qui cherche à fuir le reste du monde afin d'échapper à ses peurs, retrouver le contact avec son art et rester intellectuellement équilibré. Le résultat escompté est inverse et cette isolation qu'il pensait bénéfique, va se révéler le moteur d'accélération de sa déchéance psychologique dans laquelle il finira par entraîner son épouse.
L'arrivée physique des "fantômes" est à chaque fois un grand moment de doute pour le spectateur, qui se retrouve aussi désorienté que le héros, ne sachant rien de la nature exacte de ces personnes qui paraissent pas nettes mais ne sont jamais ouvertement présentées comme des fantômes au sens classique du terme (forme irréelle, non matérialité et arrivée annoncée par un dispositif audiovisuel).
Comme les héros, le spectateur doit donc s'en remettre à ses sentiments et émotions afin de percer les mystères abyssaux de ce film à la strucuture très complexe, allers-retours incessants entre fantasmes et "réalité" (Johan gifle violemment un "fantome").
La peur du noir et des créatures étranges qui le peuple a un jour ou l'autre touchée chacun d'entre nous, et Bergman joue avec l'universalité du thème de son film. Il en rajoute dans les déformations visuelles et sonores et grâce au génie de son chef opérateur, compose une véritable symphonie du noir.
David Lynch semble d'ailleurs s'être beaucoup inspiré de ce film et de son travail esthétique comme intellectuel pour son oeuvre la plus extrême et torturée: Lost Highway.
Les deux cinéastes jouent ainsi sur les mêmes cordes au cours de leurs oeuvres respectives, et l'ambiance générale éthérée de l'oeuvre générale de Lynch doit visiblement beaucoup aux travaux déja entamés par Bergman dans ce sens. Les deux hommes étant chacuns de grands artistes dans leur genre, ces "emprunts" sont du coup parfaitement intégrés et s'apparentent plus à des inspirations générales qu'à des plagiats ou vols d'idées purs et simples. Lynch va d'un côté ou de l'autre du miroir alors que Bergman nous montre les deux côtés simultanément.

Une oeuvre donc difficile pour les spectateurs peu familiers du cinéaste, et ce dans ses moments les plus calmes comme les plus agités.

Cela témoigne une fois de plus du haut niveau d'exigeance de Bergman qui peut être pris pour de la pédance ou une attitude hautaine, si l'on considère ses films sous l'angle divertissant du cinéma. Mais son intérêt est clairement ailleurs et l'aspect artistique, réflexif et sensitif de ses films sont de façon évidente son moteur personnel. Et lorsque l'on est aussi doué et intelligent que lui, les résultats de ces démarches sont des oeuvres complexes, "sévères" et marquantes qui prennent tout leur intérêt lorsque le spectateur est touché par ses thèmes et décide alors de "tenter l'expérience".

Nous avons déja parlé de l'universalité du sujet traité dans ce film, alors nous vous conseillons d'adopter la même attitude que celle préconisée pour le visionnage d'une oeuvre de David Lynch, ouvrez grands vos sens, ne cherchez pas à rationaliser ce que vous voyez, laissez-vous porter par les poèmes visuels et laissez votre instinct et votre inconscient prendre le pas sur la rationalité de votre conscient.


Image
L'image est présentée au format non respecté de 1.66:1, d'après un transfert 4:3. Nous n'avons reçu que les anciennes versions des éditions DVD. On devait nous faire parvenir les copies corrigées (au format respecté de 1.37:1) mais par mégarde nous avons reçu une deuxième fois les copies défectueuses. Nous jugerons donc l'image d'après cette édition aux proportions tronquées. Cela est très gênant et effectivement inadmissible dans le cas de telles éditions spéciales d'oeuvres d'un réalisateur aussi important que Bergman.

La définition générale est d'un très bon niveau même si quelques passages se montrent moins précis. L'interpositif est très propre, ne laissant passer qu'un peu de grain sur quelques scènes qui accentuent le rendu cinéma.
Le contraste est vraiment bien géré, évitant les brillances malgré la photo très complexe de Sven Nykvist, éminemment difficile à rendre en vidéo.
Les très nombreuses scènes sombres du film sont impeccablement rendues grâce aux noirs qui s'avèrent vraiment profonds et purs. La qualité de reproduction de l'échelle de gris est tout bonnement remarquable, restituant à la perfection l'incroyable travail de Nykvist sur ce film.
La partie numérique est au-dessus de tous reproches, à aucun moment un défaut artificiel ne venant troubler le plaisir du visionnage.

Un superbe transfert malheureusement gâché par un recadrage vraiment honteux. Nous avons entendu parler d'une nouvelle version du coffret contenant ce film en format respecté 1.37:1, mais nous vous conseillons vivement de bien vérifier tout cela avant un quelconque achat. Les coffrets corrigés portent le code UPC# 0 27616 91137 7 et le numéro de catalogue #1006999.


Son
La seule bande-son disponible sur cette édition est en Suédois (Dolby Digital 1.0 mono).

Sa dynamique est standard pour un film de cette époque avec les limites que cela implique. On peut appliquer la même remarque à sa présence et sa spatialité.
L'ambiance sonore fort étrange (musique et bruitages) est bien rendue et parfaitement intégrée au reste du film.
Les dialogues sont toujours parfaitement compréhensibles et les traces de distortions ou parasites bien contenues à leur minimum.
Les basses fréquences sont de façon logique vraiment anecdotiques mais cela n'est pas du tout préjudiciable au film.

Les sous-titres sont disponibles en Anglais, Français et Espagnol.
Une bande-son de qualité qui s'avère sans défaut notable et donc à la hauteur de la qualité de l'image.


Suppléments/menus
A nouveau comme sur les autres DVD du coffret, une section complète et passionnante comme en méritaient ces oeuvres exigeantes et fortes.

Le commentaire audio de Marc Gervais est très instructif et nous en apprend beaucoup sur les méthodes de travail de Bergman et Nykvist, replaçant de façon intelligente l'oeuvre dans la vie et la carrière de son auteur. Il a de plus l'intelligence de procéder à la manière de Bergman, c'est à dire en pointant les questions soulevées par le film sans pour autant y répondre, préférant laisser le soin au spectateur de se faire sa propre idée.
Le documentaire intitulé "The Search for Sanity" dure 26 minutes et présente des interviews passionnantes qui apportent beaucoup de précisions capitales quant à la compréhension du film. Les interventions de Gervais sont moins intéressantes vu qu'elles viennent en doublon de son excellent commentaire. Liv Ullman est absolument captivante à écouter et si l'on met en perspective le fait qu'elle était à l'époque la compagne de Bergman, ce film prend alors une dimension encore plus vertigineuse.
Les deux courtes interviews de Liv Ullman et Erland Josephson sont plus anecdotiques qu'autre chose, mais participent par leur présence ajoutée à celle de tous les autres segments, à une bonne appréhension de Bergman en tant qu'artiste mais aussi en tant qu'homme.
Et enfin pour finir sont offertes la traditionnelle bande-annonce (de qualité moyenne) et une galerie de nombreuses photos (clichés de qualité).
Un ensemble donc assez complet et passionnant pour les néophytes de l'oeuvre de Bergman autant que pour ses habitués, admirablement complété par le disque de suppléments disponible dans le coffret :

Le segment Intermezzo est une interview récente de Bergman (83 ans), durant 39 minutes. Le cinéaste s'y montre très surprenant, farceur et déroutant mais parle de façon passionnée des cinéastes actuels et de ses projets en cours, mais aussi de divers thèmes malheureusement trop vite abordés. Cette section est sous-titrée en Anglais et ils sont incrustés dans l'image.
Vient ensuite une autre interview de Bergman sobrement intitulée "A Bergman Interview" et durant 21 minutes. Il y parle de ses préoccupations et nous permet en tant que spectateur de mieux saisir son univers et ses préoccupations. Essentiel !!
Puis est offert un segment appelé "Faro Island Mystique" de 14 minutes et dans lequel Marc Gervais parle de la relation spéciale qui unissait Bergman et cet île où il a tourné la plupart des films de ce coffret, appuyé par des extraits de films et des photos.
Après vient le segment intitulé "Sven Nykvist : with one eye he cries", dans lequel le fameux chef opérateur, les acteurs et Gervais discutent de la seconde moitié de carrière de Nykvist et analysent la scène du repas dans L'Heure du Loup. Un segment passionnant.
Ensuite est offerte une section passionnante mais difficile à apprécier de par son format. Elle est intitulée "Media Archives" et est composée d'articles tirés du magazine American Cinematographer sur le thème du cinéma Suédois. Il est aberrant de voir des suppléments aussi intéressants rendus presque illisibles par leur forme. Il paraît si simple d'imprimer un livret contenant toutes ces informations qui lui, serait beaucoup plus agréable et simple à consulter. Il est dommage de voir que les éditeurs de DVD ne souhaitent pas davantage mélanger les divers supports, privant ainsi leurs consommateurs de textes écrits spécialement pour la sortie d'un film, bien moins lourds et chers à produire, et qui peuvent souvent se montrer plus complets et pertinents que bien des documentaires bâclés.
Pour finir est proposée une galerie de 175 photos de qualité, plutôt bien organisées même si certaines sont redondantes.
Un ensemble de très grande qualité et d'un intérêt constant qui permet d'aborder l'œuvre d'Ingmar Bergman sous un angle différent. Il est simplement dommage de ne pas avoir produit de livret où un ensemble de textes sur l'auteur (écrits pas des grands noms de la critique ou des nouveaux venus) aurait pu être inclu, ce qui aurait permis de prolonger le plaisir du visionnage des films et des documentaires ailleurs que derrière un diffuseur vidéo.



Conclusion
Une édition à la bonne qualité d'image et de son, malheureusement gâchée par un recadrage grossier. Cela est tout de même regrettable sur un film aussi important alors vérifiez bien lors de votre éventuel achat que votre version du coffret soit bien en 1.37:1. Les coffrets corrigés portent le code UPC# 0 27616 91137 7 et le numéro de catalogue #1006999.
Les suppléments sont excellents et le prix du coffret une véritable aubaine pour tous les cinéphiles et nous vous conseillons donc vivement cet achat indispensable à nos yeux.

Un film profondément déroutant et impressionnant que ce L'Heure du Loup, qui place le spectateur de façon parfois un peu alambiquée certes mais toujours pertinente face à un sentiment que chacun d'entre nous a du ressentir à un moment ou un autre.
En cela Bergman est universel mais c'est sa façon de traiter le sujet qui l'est moins. Il demande beaucoup d'adaptabilité à son spectateur et quand celui-ci parvient à l'état d'esprit en question, il voit ses sens agressés par des images d'une force incroyable et des situations hautement surréalistes et glaçantes.

Une oeuvre difficile en ce sens qu'elle cherche à tout prix à éviter les clichés et poncifs, allant jusqu'à l'aridité et un illogisme apparant dans l'enchainement des séquences ; mais également une oeuvre qui intrigue, fascine et fait refléchir ceux qui ont su y accrocher et donc participer au voyage terrifiant proposé par Bergman dans les méandres de la folie et de la créativité.


Qualité vidéo:
3,5/5

Qualité audio:
3,4/5

Suppléments:
3,3/5

Rapport qualité/prix:
2,5/5

Note finale:
2,5/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2004-06-28

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Vargtimmen

Année de sortie:
1968

Pays:

Genre:

Durée:
87 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
MGM

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.66:1

Transfert 16:9:
Non

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Suédoise Dolby mono

Sous-titres:
Anglais
Français
Espagnol

Suppéments:
Documentaire, Interviews, Commentaire audio, Gallerie de photos, bande-annonce

Date de parution:
2004-02-10

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