Facebook Twitter      Mobile RSS        
DVDEF

Shame

Critique
Synopsis/présentation
Avec Shame, Bergman aborde des thèmes vraiment universels et auxquels par conséquent chacun est susceptible de s'identifier. Il présente pourtant les faits d'une façon totalement anti-dramatique qui pourra surprendre. On y suit la dégradation du couple Eva (Liv Ullmann) et Jan (Max Von Sydow) Rosenberg, qui s'étaient installés sur une île isolée de tout pour vivre un bonheur apparemment sincère en tant qu'exploitants d'une tout petite ferme, étant tous deux musiciens professionnels à la retraite. Puis un conflit en sursis de longue date finit par éclater violemment, Jan et Eva se retrouvent agressés par des soldats ennemis un beau jour. Suite à cette agression, leur vie paisible vole en éclats et nombre de sentiments et actions désagréables liés à l'état de guerre viennent détruire l'harmonie bonhomme du début du film.

Bergman montre les horreurs de la guerre mais de façon non traditionnelle. Il insiste sur l'impact psychologique que des conflits armés peuvent avoir sur des personnes a priori psychologiquement stables, mais qui se révèleront être vraiment différentes une fois placées dans des conditions extrêmes.
Ainsi le couple Eva/Jan, qui malgré quelques divergences bien normales dans un couple semblent vraiment soudés au début du film, va se désagréger, Jan se révélant être lâche et vraiment couard et Eva trompant son époux juste pour connaître les impressions que cela procure.
Bergman insiste de façon fine et subtile sur les modifications radicales de comportement que provoquent les bouleversements moraux liés à une situation de guerre. Un grand nombre de cas de figure sont envisagés et toutes les situations mettent plus mal à l'aise les unes que les autres, car elles renvoient inévitablement le spectateur à sa propre personnalité.
La grande force du film est donc de poser des questions à chacun par des moyens détournés, une interrogation à laquelle personne ne peut échapper (même si nous passons tout notre temps à les fuir).
Bergman aborde un grand nombre de questions de façon frontale et directe, en montrant les abjections morales perpétrées durant les guerres à travers des situations universelles, potentiellement applicables au plus grand nombre.
Jan, Eva et plusieurs autres personnages vont donc changer du tout au tout durant le film et ce de façon "logique" et non suivant un schéma mélodramatique classique.

Le film devient alors glaçant par le constat terriblement négatif et désabusé qu'il dresse de la faiblesse des valeurs morales humaines. L'intelligence et l'empathie cèdent rapidement le pas à la "bestialité" et à un repli évident des personnages sur leur propre personne, et la démonstration magistrale et irréfutable qu'en fait Bergman grâce à son dispositif narratif et visuel peut être vraiment désagréable selon les spectateurs. Ceux qui accepteront de se livrer à l'introspection violente à laquelle les convie un Bergman conscient de la puissance de son film et de son caractère transgressif. Ce genre de questions, communes à chaque être humain, sont rarement abordées au cinéma comme dans les autres arts de par leur aspect personnel et les réponses vraiment troublantes que chacun y trouvera en lui-même.
Le manichéisme traditionnel des films traitant plus ou moins directement de la guerre (le bien contre le mal) est évacué et celle-ci est d'ailleurs stylisée par des explosions sans justifications apparentes qui représentent le choc ressenti par les populations civiles lors de conflits armés. L'ambiguité est au contraire de mise et aucune motivation ou justification du conflit, et des raisons qui y ont poussé les deux parties, n'est avancée ce qui semble somme toute logique puisque nous ne sommes pas dans un film narratif.

Une nouvelle fois Bergman mêle de façon admirable psychologie poussée et questions morales primordiales pour réaliser une oeuvre sortant clairement des sentiers battus (et du cadre commercial strict) pour atteindre à une sorte de séance de psychanalyse de groupe. Nous employons volontairement le terme séance de psychanalyse et non thérapie de groupe car Bergman nous pousse à nous interroger mais ne nous donne aucune réponse, aucun conseil quant à l'utilisation éventuelle des ressources ou réactions insoupçonnées qui en ressortiraient après la vision et l'assimilation de son film.

Bergman utilise à nouveau toutes les ressources du medium cinéma afin d'arriver au but qu'il s'est fixé. Ses cadrages très rigoureux, sa quasi absence de mouvements de caméra, combinés à de nombreux gros plans sont superbement mis en valeur par la photographie magnifique et expressive de Nykvist. De même, la bande-son du film, encore une fois quasiment dénuée de musique, est beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît au premier abord, et donne nombre de renseignements et de précisions primordiales pour l'oeuvre.
La combinaison de ces qualités et d'acteurs aussi talentueux (et habitués au réalisateur) que Ullmann et Von Sydow, lui permet de mettre sur pied une pure oeuvre de cinéma, où l'image est au centre et les questions qui en découlent sont mises en valeur par des dialogues arides mais justes et très significatifs (non pour eux-mêmes mais pour les images auxquelles ils se rapportent).

En cela, Shame est une oeuvre non commerciale car l'aspect divertissant ou même simplement narratif est occulté presque totalement par la puissance des images et situations et donc par extension, des questionnements moraux qui en découlent.
Une oeuvre qui n'est donc pas conseillée à tous mais qui représente clairement un sommet de l'art cinématographique contemporain. La dimension récréative en étant absente, le spectateur y est constamment sollicité et surtout mis à rude épreuve, tout sens mélodramatique irréaliste en étant écarté, Shame est donc un film difficile à voir, appréhender puis assimiler mais il y a fort à parier que ceux d'entre vous qui tenteront l'expérience en sortiront grandis.


Image
L'image est présentée au format respecté de 1.33:1.
Avec The Hour of the Wolf, voici donc le deuxième titre des premières copies du coffret Bergman qui fût honteusement recadré au format de 1.66:1. Une version corrigée est depuis parue. A nouveau donc faites attention lors de votre éventuel achat de ce coffret, à bien avoir la version en 1.33:1 de The Hour of the Wolf et de Shame, autrement vous achèterez des versions aux recadrages vraiment très handicapants en plus d'être inadmissibles par principe.
La définition générale est de haut niveau offrant une seconde jeunesse au film. L'interpositif est très propre et seuls quelques moments plus granuleux sont à mettre en avant sans pour autant qu'ils ne deviennent gênants.
Le contraste est bien géré mais la photo extrêmement exigeante de Nykvist dans ce domaine fait que l'on peut apercevoir à quelques reprises de legères brillances, qui restent tout à fait acceptables.
Le scènes sombres sont correctement rendues grâce à des noirs purs et profonds. L'échelle de gris essentielle est d'une qualité remarquable et rend pleinement justice au travail formidable de Nykvist à la photographie.

La partie numérique du transfert est en tous points digne d'éloges, aucun défaut artificiel ne venant perturber le visionnage.


Son
Les deux bandes-son disponibles sur cette édition sont respectivement en Suédois (Dolby Digital 1.0 mono) et Anglais (Dolby Digital 1.0 mono).

La dynamique de la bande-son suédoise est tout à fait standard pour l'époque de production du film. La même remarque s'applique à sa présence et sa spatialité.
La musique et surtout les effets sonores sont bien rendus et parfaitement intégrés au reste de la bande-son.
Les dialogues sont en permanence parfaitement intelligibles et aucunes traces handicapantes de sifflements ou de parasites ne sont à déplorer tant que l'on reste raisonnable sur le volume.
Les basses fréquences sont de façon logique totalement anecdotiques, sauf lors de certaines scènes contenant des explosions.
La bande-son doublée en Anglais ne présente que très peu d'intérêt tant il paraît impossible de correctement doubler Von Sydow ou Ullman sur une telle oeuvre.

Les sous-titres sont disponibles en Anglais, Français et Espagnol.


Suppléments/menus
Un ensemble à nouveau instructif et jetant un regard intéressant sur un film difficile à appréhender.
Le commentaire audio de Marc Gervais est donc franchement intéressant même si certains passages sont un peu trop proches d'une "simple" description de ce qui se passe à l'écran. Mais à nouveau, il présente le film sous un angle différent qui permet de mieux en appréhender de nombreux aspects, même si sa mise en perspective par rapport à d'autres conflits mondiaux est un peu moins claire et pertinente que ce à quoi on aurait pu s'attendre.
Le documentaire de 18 minutes intiulé : "The Search of Humanity", présente des interviews passionnantes qui remettent le film dans une autre perspective mais à nouveau Gervais y reprend des pans entiers de son commentaire, ce qui est un peu dommage.
L'interview de Liv Ullman, malgré sa trop courte durée, est à nouveau essentielle par sa compréhension vraiment profonde des oeuvres de Bergman.
Suivent une galerie de photos pertinentes et de bonne qualité, et une bonne bande-annonce qui s'acquitte plutôt bien de la difficile tache de donner une idée générale de ce film à part.

Disque de suppléments inclu dans le coffret.

Le segment Intermezzo est une interview récente de Bergman (83 ans) durant 39 minutes. Le cinéaste s'y montre très surprenant, farceur et déroutant mais parle de façon passionnée des cinéastes actuels et de ses projets en cours, mais aussi de divers thèmes malheureusement trop vite abordés. Cette section est sous-titrée en Anglais et ils sont incrustés dans l'image.
Vient ensuite une autre interview de Bergman sobrement intitulée " A Bergman Interview " et durant 21 minutes. Il y parle de ses préoccupations et nous permet en tant que spectateur de mieux saisir son univers et ses préoccupations. Essentiel !!
Puis est offert un segment appelé Faro Island Mystique de 14 minutes et dans lequel Marc Gervais parle de la relation spéciale qui unissait Bergman et cet île où il a tourné la plupart des films de ce coffret, appuyé par des extraits de films et des photos.
Après vient le segment intitulé " Sven Nykvist : with one eye he cries " dans lequel le fameux chef opérateur, les acteurs et Gervais discutent de la seconde moitié de carrière de Nykvist et analysent la scène du repas dans L'Heure du Loup. Un segment passionnant.
Ensuite est offerte une section passionnante mais difficile à apprécier de par son format. Elle est intitulée " Media Archives " et composée d'articles tirés du magazineAmerican Cinematographer sur le thème du cinéma Suédois. Il est aberrant de voir des suppléments aussi intéressants rendus presque illisibles par leur forme. Il paraît si simple d'imprimer un livret contenant toutes ces informations qui lui, serait beaucoup plus agréable et simple à consulter. Il est dommage de voir que les éditeurs de DVD ne souhaitent pas davantage mélanger les divers supports et priver ainsi leurs consommateurs de textes écrits spécialement pour la sortie d'un film, bien moins lourds et chers à produir,e et qui peuvent souvent se montrer plus complets et pertinents que bien des documentaires bâclés.
Pour finir est proposée une galerie de 175 photos de qualité, plutôt bien organisées même si certaines sont redondantes.
Un ensemble de très grande qualité et d'un intérêt constant qui permet d'aborder l'œuvre d'Ingmar Bergman sous un angle différent. Il est simplement dommage de ne pas avoir produit de livret où un ensemble de textes sur l'auteur (écrits pas des grands noms de la critique ou des nouveaux venus) aurait pu être inclut, ce qui aurait permis de prolonger le plaisir du visionnage des films et des documentaires ailleurs que derrière un diffuseur vidéo.



Conclusion
Une édition aux qualités audio et vidéo vraiment appréciables.

Les suppléments sont de qualité supérieure et nous ne pouvons que vous conseiller l'achat de ce coffret mais dans la version où les erreurs de recadrage ont été rectifiées, surtout pas dans la version que nous testons.
Bergman nous offre une oeuvre vraiment austère mais d'une acuité de vision sidérante par rapport aux thèmes qu'il explore. La peur, la honte de certains comportements lâches qui sont des conséquences directes des conflits armés, sont vraiment incroyables de force et d'universalité. Il prend le spectateur aux tripes en lui montrant la façon dont le commun des mortels est succeptible de réagir et les conséquences inévitablement lourdes de ces actes.
Un film dur et âpre mais qui permet de poser des questions morales essentielles, même si sa vision clairement objective des faiblesses communes à tous les hommes est plutôt déprimante et négative, mais ne vaut-il pas mieux voir ce genre de constats en face plutôt que de se réfugier dans des récits d'héroisme forcené ?


Qualité vidéo:
3,7/5

Qualité audio:
3,6/5

Suppléments:
3,5/5

Rapport qualité/prix:
2,5/5

Note finale:
3,2/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2004-07-07

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Skammen

Année de sortie:
1968

Pays:

Genre:

Durée:
103 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
MGM

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.78:1

Transfert 16:9:
Non

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Suédoise Dolby mono
Anglaise Dolby mono

Sous-titres:
Anglais
Français
Espagnol

Suppéments:
Commentaire audio, documentaire, interviews, galerie de photos et bande-annonce

Date de parution:
2004-02-10

Si vous avez aimé...