Facebook Twitter      Mobile RSS        
DVDEF

Angel

Critique
Synopsis/présentation
François Ozon est certainement le cinéaste français qui tourne le plus rapidement. Avec neuf long-métrages tournés en moins d’une décennie, il parvient à être un des cinéastes à collaborer le plus à cette nouvelle cinématographie française qui s’est installé depuis les années 2000. Mais pour en revenir aux habitudes annuelles du cinéaste de nous offrir une nouvelle œuvre, Ozon affirme en entrevue qu’il s’agit d’un moyen pour lui de faire le trait sur le film précédent. Enchaîner ainsi de façon aussi rapide devient un moyen de se détacher de l’œuvre qu’il considère terminée au moment où le montage final est décidé. Étrange, puisque la filmographie de François Ozon en est assurément une qui démontre une rare cohérence tant dans ses thématiques, sa mise en scène que dans ses sujets. Et ce neuvième long-métrage dont il sera question ici, Angel, adapté d’un roman d’Elizabeth Taylor (la romancière anglaise, et non l’actrice américaine) est témoin de cet univers que le cinéaste a su créer au fil de ses œuvres, mais surtout d’une peur de l’homme de se faire oublier.

Depuis Swimming Pool, son premier film a être tourné majoritairement en anglais (Angel est le deuxième, mais premier entièrement tourné en anglais), les films de François Ozon laissaient entrevoir une mise en scène beaucoup plus sobre, laissant tomber les artifices à la 8 Femmes ou encore les troubles psychologiques d’une Marie alias Charlotte Rampling dans Sous le sable. Tout cela au profit d’une analyse troublante d’un couple en cinq moments racontés à rebours dans 5X2 et le portrait d’un jeune homosexuel cancéreux faisant son chemin de croix dans Le temps qui reste. Ces deux longs-métrages qui se rejoignent énormément dans leur effet poignant témoignent d’un nouveau désir chez le cinéaste : celui de rendre l’émotion. En effet, jamais au cours de sa filmographie, Ozon n’avait réussit à offrir un drame touchant allant même jusqu’à émouvoir le spectateur, particulièrement dans le cas de Le temps qui reste, qui réussit à éviter le piège du mélodrame. C’est aussi pourquoi le cinéaste a un peu perdu de vue son public préférant ainsi paradoxalement une approche plus accessible et grand public.

C’est pourquoi lorsque son neuvième long-métrage Angel nous arrive de ce côté de l’Atlantique, on ne peut que se réjouir de retrouver ce cher Ozon. D’abord, dans la mise en scène qui rappelle immédiatement les excès de Gouttes d’eau sur pierres brûlantes et de 8 Femmes et qui leur donnait tout cet aspect théâtral. Ici, le cinéaste raconte l’histoire d’une écrivaine à l’aube du vingtième siècle et le fait avec en employant le kitch. Encore une fois, en prêchant par l’excès (les costumes flamboyants, les faux arrière-plans, les plans de caméra aux flairs omniprésents, les décors colorés, le jeu de Romola Garai, etc.) propose ici beaucoup plus que ce que plusieurs croient à tort être une revisite de Gone With the Wind. Certes, l’héroïne du film d’Ozon partage plusieurs similarités avec Scarlette O’Hara, mais ce que le cinéaste propose ici est davantage un pastiche de ces films d’époques qu’un véritable film du genre. Le tout devient à la fois une parodie et un vibrant hommage de ce type de films par l’aspect « too much » accordé à la mise en scène. De la même manière que 8 Femmes proposait un hommage aux actrices des années 50 à partir du kitch et du pastiche.

Puis, il y a l’humour. Depuis 8 Femmes que le réalisateur n’avait pas été aussi mordant dans ses répliques nous rappelant à quel point ses personnages peuvent être délicieusement cruels et irrévencieux. Un humour qui rappelle celui de 8 Femmes évidemment, mais aussi celui de Gouttes d’eau sur pierres brûlantes où même de Sitcom ne serait-ce que dans le sens de la répartie du personnage d’Angel ou encore dans son arrogance. Il s’agit d’ailleurs d’une autre force du film, le personnage d’Angel Deverell. Cette œuvre le confirme, Ozon est passé maître dans le portrait de femme. Et même si avec Le temps qui reste, nous aurions pu croire qu’il ne s’était jamais montré aussi personnel et intime en livrant une transposition quasi-telle quelle de lui-même à travers le personnage de Romain, le cinéaste ne se met jamais mieux en scène qu’à travers ses personnages féminins. En effet, au même titre que le personnage de Sarah Morton dans Swimming Pool, François Ozon se transpose ici à travers l’image d’une écrivaine. Les angoisses même du cinéaste sont manifestées à travers celles du personnage principal : la peur de sombrer dans l’oubli (qui rejoint le personnage de Romain dans Le temps qui reste) en offrant à son public une nouvelle œuvre systématiquement, mais surtout, en préférant vivre dans le monde de ses œuvres plutôt que dans celui dans lequel elle vit.

Ce dernier thème est emblématique du cinéma de François Ozon, la déchirure entre un certain cinéma naturaliste et un cinéma plus artificiel, voire théâtral. C’est dans Swimming Pool que le cinéaste avait d’ailleurs cristallisé cette dualité en faisant incarner ses deux actrices fétiches (Charlotte Rampling qui joue ici la femme de l’éditeur d’Angel et Ludivine Sagnier qui double Romola Garai dans la version française) représentantes même de chacun des types de cinéma qui caractérisent son œuvre. Angel est donc le prolongement de cette dualité, mais va encore plus loin dans la réflexion du métier d’écrivain. Malgré son talent inné, Angel est victime de son succès : sa mère est complètement dépassée par les évènements, son peintre de mari ne connaitra la gloire qu’après sa mort, mais surtout, elle devra constamment être à la hauteur des attentes, tant artistiquement que dans la vie courante. Mais c’est précisément dans la question de l’imaginaire que se pose le constat du cinéaste : la vie que l’on construit et vit à travers les œuvres peut-elle valoir la peine d’être vécue ? La déception que connaîtra Angel dans sa vie réelle propose la même hypothèse que dans Swimming Pool, que oui, peut-être de la vie rêvée, il est possible d’avoir l’illusion d’un bonheur absolu.

Angel est donc le retour d’un cinéaste français très (trop ?) productif à des thématiques et une mise en scène qui lui sont très familières. Après deux œuvres que certains considèrent comme un égarement (nous, nous nous contenterons de dire qu’elles entrent pertinemment et agréablement dans une riche filmographie), François Ozon nous offre un pastiche hilarant et précisément bien réussi des films d’époque. Par un excès cinématographique (les décors, les costumes, la musique, etc.), il nous propose une héroïne toute aussi « too much » qui demeure attachante malgré son arrogance et son exubérance. Une écrivaine qui préfère produire et vivre dans ses œuvres plutôt que dans la réalité. Après Julie dans 8 Femmes, Sarah Morton dans 8 Femmes et Romain dans Le temps qui reste, François Ozon a trouvé son nouveau double : Angel Deverell.


Image
Le film est offert au format d’image respectée de 1.85:1 d’après un transfert 16:9.

Bonne nouvelle. Il s’agit du premier film de François Ozon à ne pas être offert dans un transfert en NTSC obtenu par un transcodage de la version PAL disponible en zone 2 et rien que pour cette initiative, on ne peut que remercier Séville. La définition générale de l’image est donc très bonne. Le matériel source employé était dans un très bel état puisque hormis un grain cinématographique, aucune anomalie n’est perceptible. Le niveau de détails et de textures est donc excellent alors que le rendu des couleurs est admirable. Avec tout le travail de direction photo et de direction artistique, c’est avec une grande joie qu’il est possible d’admirer toutes ces riches et variées couleurs. Elles se montrent précises et parfaitement délimitées. Le niveau des noirs est également parfaitement réglé évitant les défauts de surbrillance. Les dégradés font preuve d’une belle précision et d’une excellente précision. Ce qui nous laisse le loisir d’admirer de très belles parties sombres. Ce sont des noirs purs et profonds qui complètent ce plus que satisfaisant transfert.

En ce qui concerne la partie numérique, le transfert fait preuve d’une compression bien maitrisée puisqu’aucun défaut majeur n’est apparent durant le visionnement.


Son
Trois bandes sons sont disponibles sur cette édition : les deux premières en version originale anglaise offertes aux format Dolby Digital 5.1 et Dolby Surround 2.0 et la troisième en version française offerte au format Dolby Surround 2.0.

Le mixage 5.1 reproduit fidèlement le type de film suggéré ici, soit le drame d’époque. Ce sont donc les dialogues, les subtiles ambiances sonores et la musique qui composent essentiellement cette bande son. La présence est donc solide et le dynamisme tout à fait approprié pour le genre de film offert ici. Le déploiement du champ sonore se veut limité, mais convenable. Les ouvertures frontale et latérale laissent entendre la majorité des éléments sonores alors que les enceintes arrières appuient subtilement les ambiances. Les effets d’ambiophonie se veulent donc relativement rares, mais perceptibles lorsqu’ils se produisent. Les dialogues, élément prédominant du mixage, sont néanmoins reproduits avec intelligibilité et constance alors que la trame sonore, caractéristique de ce genre de film et appuyée pour continuer dans cette idée de pastiche et signée par Philippe Rombi, le fidèle d’Ozon, s’intègre avec finesse et subtilité. Les basses fréquences grondent à quelques occasions, mais elles sont surtout sollicitées pour supporter la trame sonore. Elles grondent donc avec la profondeur et l’efficacité sollicitées. L’emploi du canal d’extrêmes graves se veut quant à lui complètement anecdotique.

Des sous-titres anglais et français sont disponibles.


Suppléments/menus
Nous retrouvons sur cette édition deux documentaires. Le premier, est un « Making of (22:52) ». Il se concentre sur le processus de production du film comme son nom l’indique. On y traite du tournage, de l’adaptation du roman d’Elizabeth Taylor et du personnage d’Angel. Malheureusement, l’intérêt des interventions demeure inégal. Les acteurs et actrices s’expriment en anglais et dans un ton très promotionnel alors que le cinéaste s’exprime en français et avec un meilleur recul face au film. Le décalage entre les différentes interventions est donc palpable, mais pas assez dérangeant pour gâcher le visionnement du documentaire.

Le deuxième est un entretien avec l’actrice Romola Garai (6:52) qui incarne le personnage d’Angel. Elle s’exprime sur le personnage et sur son expérience de tournage. Malheureusement, elle ne nous apprend rien de nouveau malgré le ton honnête du segment. Malheureusement, pour ces deux documentaires aucune option de sous-titrage n’est disponible.

Nous retrouvons enfin la bande-annonce du film pour conclure cette section. Elle est offerte en version originale anglaise ou encore en version française dépendant du choix du menu (anglophone ou francophone) que vous effectuez.



Conclusion
Angel de François Ozon devrait réconcilier les fans du cinéaste pour qui la sobriété et l’émotion ne faisaient pas au cinéaste. Même si nous croyons que l’œuvre entière du réalisateur français est complexe et riche, nous devons avouer notre faible pour son côté arrogant, cruel et irrévencieux de même que pour sa mise en scène éclatée, artificielle et flamboyante, parfaitement à l’image de son personnage d’écrivaine dont il a admirablement dressé le portrait ici et à travers lequel il transpose encore une fois ses plus sombres démons.

Séville offre une satisfaisante édition. Techniquement, on ne peut que se réjouir d’un transfert en NTSC qui n’est pas obtenu par un transcodage de la version PAL disponible en zone 2. De plus, le mixage reproduit fidèlement l’univers sonore et surtout la trame sonore très caractéristique de ce genre de films. Du côté des suppléments, le documentaire « making of » demeure le plus intéressant, particulièrement les interventions d’Ozon lui-même qui demeure le plus pertinent. En somme, une édition parfaitement recommandable. L’œuvre en elle-même devra cependant être votre première raison d’achat.


Qualité vidéo:
3,5/5

Qualité audio:
3,4/5

Suppléments:
3,0/5

Rapport qualité/prix:
3,4/5

Note finale:
3,4/5
Auteur: Frédéric Bouchard

Date de publication: 2009-04-02

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur LG 37LG30, Lecteur Blu-Ray Sony (BDPS350), Récepteur JVC TH-A30

Le film

Titre original:
Angel

Année de sortie:
2007

Pays:

Genre:

Durée:
134 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Films Séville

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.85:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1
Anglaise Dolby 2.0 Surround
Française Dolby 2.0 Surround

Sous-titres:
Anglais
Français

Suppéments:
Documentaire, entretien avec Romola Garai, bande-annonce

Date de parution:
2009-02-17

Si vous avez aimé...