Facebook Twitter      Mobile RSS        
DVDEF

Amen

Critique
Synopsis/présentation
Costa-Gavras est un réalisateur qui n'a jamais hésité à s'engager personnellement à travers ses oeuvres, et sa dernière en date, Amen (2002), ne déroge pas à cette habitude. A travers une série de films courageux et très dénonciateurs de certaines dérives politiques, idéologiques et sociales : Z (1969), L'Aveu (1970), Etat de Siège (1973), Section Spéciale (1975), il se forgea un style unique. Si son cinéma n'est pas le plus intéressant qui soit au niveau visuel, montage ou progression dramatique, il faut bien reconnaître qu'il est d'une efficacité rare car ce qui l'anime est sa volonté de montrer et rappeler au public les grandes erreurs humaines que l'Histoire a tendance à effacer ou minimiser. Pour cela, il n'hésite pas à choquer l'opinion publique en revenant sur des évènements symptomatiques et surtout en les traitant sans condescendence. Nous en voulons pour témoin la polémique récente qui entoura la sortie d'Amen. Celle-ci est en partie due à une affiche inutilement provocatrice (conçue par le créateur gratuitement provocateur des pubs Benetton), mais surtout à la position ferme et sans ambiguité que prend Costa-Gavras par rapport à l'attitude de Pie XII envers le régime Nazi durant la seconde guerre mondiale.

Son départ aux Etats-Unis donnera des oeuvres toujours aussi efficaces et engagées : Missing (1982), Betrayed (1988), Music Box (1989), bien que la tendance générale soit à l'alourdissement du trait et une trop grande américanisation de son style. Il est également à noter que Costa-Gavras est un excellent directeur d'acteurs et que ses meilleurs oeuvres sont techniquement irréprochables.

Amen nous propose de suivre la véritable histoire du lieutenant Kurt Gernstein (Ulrich Tukur), un spécialiste de la désinfection au service des SS. Celui-ci est un patriote Allemand fermement attaché à son pays et ses valeurs, et lorsqu'il découvre le but non avoué de sa nouvelle affectation, il sera littéralement horrifié et mettra tout en oeuvre pour contrecarrer les plans de son état major. De confession protestante, il se heurtera à l'immobilité des dirigeants de son culte et décidera alors d'essayer de mettre le Vatican au courant des atrocités perpétrées par ses compatriotes sur le peuple juif. Il se heurtera alors au mutisme des autorités papales mais rencontrera le jeune prêtre Ricardo Fontana (Mathieu Kassovitz). Celui-ci est membre d'une famille proche du Pape Pie XII et fera tout pour obtenir une audience auprès de celui-ci pour Gernstein, car il a été à la fois horrifié par son témoignage, et impressionné et convaincu par son courage. Malgré tous leurs efforts conjugués, le Vatican ne s'élèvera jamais publiquement contre les exactions d'Hitler et ses sbires.

L'authenticité de cette histoire en fait tout son intérêt et une chose est certaine, c'est qu'à la fin du film, on peine vraiment à croire à la veracité des faits relatés. Alors, une impression de manichéisme et de simplification de la part du réalisateur nous assaille. Il suffit alors de se reporter aux supppléments de ce DVD, pour constater qu'il n'a en rien exagéré la situation. Le film est d'une grande sobriété et se met totalement au service de l'Histoire. Les situations sont claires et l'horreur des camps de concentration n'est pas mise en scène (à l'inverse de The Schlinder's List (1993) de Steven Spielberg, ce qui n'enlève rien aux qualités de ce film mais atténue son réalisme). Au contraire, l'image des trains de la mort, les wagons vides ou pleins, hante et rythme le film, rappelant constamment la présence de l'horreur. Ces passages sont accompagnés d'un thème musical magnifique, poignant et totalement en accord avec la gravité du sujet. De même, le dilemme de Gernstein est remarquablement personnifié par Ulrich Tukur. Celui-ci aime son pays mais ne peut accepter l'intolérable, et tentera au péril de sa vie et de celle de sa famille d'en alerter le monde entier. Il sera donc un traître aux yeux de son pays mais également aux yeux des alliés et de l'entourage du Pape. Il faudra toute la détermination de Fontana pour qu'il soit écouté mais il ne sera malheureusement pas entendu. De plus, son dilemme moral devait être intense car il était un rouage essentiel de la solution finale d'Hitler.

Costa-Gavras a également évité le piège de la surdramatisation auquel il lui aurait été très facile de céder avec un tel sujet. Au contraire, il choisit de s'appuyer sur l'action pour relayer les sentiments, cela lui permettant d'aérer son film. Par contre, le fait d'avoir tout tourné en Anglais affaiblit un peu la crédibilité de l'oeuvre mais élargit son efficacité à un public plus important, ce qui est nécessaire pour un tel projet. Le même procédé a été employé par Roman Polanski pour The Pianist (2002) et il est évident que c'est la voie à adopter pour que ce type d'oeuvres remplissent leur mission.

Un film courageux et absolument nécéssaire (malgré certaines critiques sur la lecture historique faite)! L'humanité doit se souvenir et ce sont des oeuvres comme celle-là qui premettront de ne pas oublier et surtout que les nouvelles générations puissent découvrir la réalité des faits de façon plus tangible et marquante que dans un livre d'Histoire. Au niveau cinématographique, le film est construit comme un thriller efficace dont l'enjeu est de savoir si les deux hommmes arriveront à se faire entendre. Une oeuvre indispensable, visible par tous et vous l'aurez compris grandement recommandée, autant pour son intérêt historique que pour ses qualités cinématographiques !


Image
L'image est présentée au format respecté de 1.85:1 d'après un transfert anamorphosé.

La définition générale est de très bon niveau. Associée à un interpositif très propre, elle permet à cette édition d'offrir un transfert agréable (la propreté de l'interpositif est tout de même le minimum syndical pour un film de 2002). Les couleurs de la belle photographie de Patrick Blossier sont très bien restituées, d'une justesse et d'une constance absolument sans reproches, et mettant bien en valeur la différence entre les tonalités chaudes des parties se déroulant au Vatican et la froideur générale du reste du film. Le contraste est également très bien géré et annihile ainsi toutes brillances inutiles. Les noirs sont bien profonds et purs. Logiquement, les parties sombres du film offrent un rendu absolument impeccable.

La partie numérique est d'un niveau équivalent au reste du transfert, laissant seulement à deux ou trois reprises quelques défauts de compression parasiter légèrement le rendu.


Son
Les bandes-son disponibles sur cette édition sont respectivement en Anglais (Dolby Digital 5.1) et Français (Dolby Digital 5.1).

La dynamique de la bande-son anglaise est d'un très bon niveau. Elle permet ainsi une présence appréciable et une spatialisation efficace souvent absente de ce type de films. La belle et poignante musique d'Armand Amar est très bien restituée malgré un niveau parfois un peu trop élévé par rapport au reste de la bande-son. Les enceintes arrières sont peu sollicitées mais leur rendu est toujours impeccable et leurs interventions ne distraient donc jamais le spectateur par des sons inutiles. La bonne séparation des canaux profite à la musique qui prend ainsi une ampleur vraiment agréable. Les dialogues sont toujours intelligibles et ce malgré beaucoup de passages chuchotés. Les basses fréquences sont bien présentes et viennent efficacement donner une ampleur appréciable aux scènes qui le nécessitent.

La bande-son doublée en Français est pour une fois de qualité quasi équivalente à celle de son homologue anglaise. A noter un doublage artistiquement réussi pour une fois.

Les sous-titres sont disponibles uniquement en Français et imposés pour la version originale anglaise (ce qui explique pourquoi pourquoi le film est disponible sur les deux disques composant cette édition).


Suppléments/menus
Une section remarquable, très fournie et d'un intérêt historique majeur.

Sur le premier disque sont présents : un commentaire audio, un documentaire portant sur la réalisation, une intrevue et la bande-annonce du film.

Le commentaire audio de Costa-Gavras et de son scénariste Jean-Claude Grumberg est absolument passionnant au niveau réalité historique du film. Les deux compères s'entendent bien et cela rend ce commentaire fort agréable à écouter. Seul petit reproche, l'aspect cinématographique est très peu mis en avant, mais comme nous l'avons dit le film s'efface devant son sujet. Le documentaire sur le tournage du film (35'13) est lui aussi bien fait et digne de celui-ci, même si il s'avère peu original dans sa forme. Il évite en tous cas l'autocongratulation et c'est tant mieux.

L'interview de Mathieu Kassovitz (7'51) est elle beaucoup plus axée sur le film lui-même et les raisons qui l'ont poussé à y participer. La bande-annonce est d'excellente qualité technique et est bien dans l' esprit du film.
Sur le deuxième disque sont présents deux documentaires et les filmographies. Le segment intitulé "De Ulrich Tukur à Gernstein" (16'55) est touchant car l'acteur principal nous présente son personnage dans le film avec une grande conviction. Le documentaire de la BBC : "Pie XII, le Pape, les Juifs et les Nazis" (58'41) s'avère indispensable à visionner en complément du film. Il vient en asseoir totalement la crédibilité et renforce son impact grâce à une enquête claire, documentée et objective sur cette période trouble. Les filmographies sont très complètes et bien présentées.
A noter, un accès aux menus des deux disques assez long mais une esthétique générale réussie. Les suppléments sont soit doublés en Français ou sous-titrés.
Un ensemble fort réussi qui sert plus l'histoire avec un grand H, que le film. Les intentions de Costa-Gavras étant les mêmes, ces suppléments s'avèrent donc réussis.



Conclusion
Cette édition est d'un niveau technique appréciable et propose une batterie importante de suppléments dont l'intérêt historique ne baisse jamais. Un film poignant et sobre, qui se met au service de l'Histoire et du devoir de mémoire, et donc mérite nos plus vives recommandations. Son sujet très controversé semble parfois être traité de façon peut-être un peu trop manichéenne mais les documentaires viennent témoigner de la véracité des faits. Au même titre que Le Pianiste de Roman Polanski (2002), l'oeuvre s'efface devant son sujet (comme on a pu leur reprocher), mais surtout se sert du recul que lui permet les 50 années ecoulées pour en proposer une vision large, réfléchie et documentée.


Qualité vidéo:
3,8/5

Qualité audio:
3,4/5

Suppléments:
4,0/5

Rapport qualité/prix:
3,6/5

Note finale:
3,4/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2003-02-26

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Amen

Année de sortie:
2002

Pays:

Genre:

Durée:
minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Christal Films

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.85:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1
Française Dolby Digital 5.1

Sous-titres:
Français

Suppéments:
Commentaire audio, documentaire sur le tournage, interview, documentaire (de Ulrich Tukur à Gernstein), documentaire (Pie 12, le pape, les juifs et les nazis) et bande-annonce

Date de parution:
2003-02-25

Si vous avez aimé...