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DVDEF

Dracula Has Risen from the Grave

Critique
Synopsis/présentation
Freddie Francis est un artiste aux multiples talents qui occupa tout au long de sa carrière les fonctions de chef-opérateur, de réalisateur et d'opérateur de caméra. En tant que chef-opérateur, sa réputation n'est vraiment plus à faire puisqu'il est responsable de l'aspect visuel d'oeuvres aussi splendides que The Innocents (de Jack Clayton, 1961), The Elephant Man (de David Lynch, 1980), The French Lieutenant's Woman (de Karel Reisz, 1981), The Straight Story (de David Lynch, 1999). En tant que réalisateur, sa carrière est moins prestigieuse mais regorge de "petits" films dont beaucoup ont été réalisés sous l'égide du studio Hammer : The Evil of Frankenstein (1964), The Skull (1965), Tales from the Crypt (1972), The Ghoul (1975).
Avec Dracula has risen from the Grave (1968), il prend la difficile succession de Terence Fisher aux commandes des aventures du plus prestigieux des vampires à l'écran, Dracula.
Pour cet épisode, Dracula (Christopher Lee) sort de sa prison de glace où l'avaient jeté des villageois et cherche à se venger de Monsignore Muller (Rupert Davies) qui a exorcisé son chateau. Ne pouvant réintégrer sa propriété, il décide de faire de la nièce du redoutable ecclésiastique, Maria (Veronica Carlson), une de ses victimes.

Le scénario d'Anthony Hinds est très typique du traitement Hammer et si le nom de Dracula est conservé, nous sommes comme dans The Horror of Dracula (le mêtre étalon du film de vampires) bien loin du roman de Bram Stoker. Le futé et persévérant Professeur Van Helsing laisse sa place de traqueur de vampires à Monseigneur Muller, pour des exorcismes plus directement religieux que dans les précédentes aventures du comte. C'est d'ailleurs la religion confrontée au mythe de Dracula qui sera au centre de cet épisode et de façon assez subtile mais clairement identifiable.

Ainsi le prêtre vampirisé, le jeune premier athé en conflit ouvert avec un monseigneur d'apparence ouverte mais en fait aux limites de l'intégrisme le plus dur, représentent de façon évidente un travail scénaristique sur l'opposition entre le christianisme et les forces du mal. Cependant, si un certain manichéisme n'est pas évité, force est de reconnaître l'intelligence et la subtilité du traitement de ces thèmes. Ainsi le personnage du prêtre, victime puis main forte non volontaire de Dracula, est particulèrement transgressif puisque c'est lui qui exécute les basses et répugnantes besognes commandées par son maître bien décidé à ne pas se salir les mains. De même, des positions progressives sur l'athéisme sont exprimées à travers le personnage positif et volontaire de Paul, le prétendant de Marie, la nièce du Monseigneur. Lorsque Monseigneur se rendra compte de l'absence de foi du prétendant de sa nièce, il le chassera sans ménagements, prétextant des blasphèmes alors que c'est Paul qui aura l'attitude la plus censée et juste en quittant la pièce sans renoncer à ses convictions, ni tenter de les imposer non plus. Le monsignore compose un adversaire de Dracula moins intéressant et crédible que le Van Helsing interprété précédemment par l'immense Peter Cushing. Il remplit son rôle d'opposant mais avec moins de panache et de classe que son illustre prédécesseur.
Le personnage de Dracula est étonnamment peu présent mais le moins que l'on puisse dire est que cela n'en renforce que d'autant l'impact de ses apparitions. Il délègue toute sa sale besogne au prêtre devenu sa victime, se "contentant" de faire se pâmer d'envie et de désir ses victimes féminines. Il est d'ailleurs à noter une progression assez nette de l'érotisme et de la dimension sexuelle du comte (déja très présent dans Horror of Dracula), consécutive à l'anticléricalisme traité plus haut mais aussi la permissivité de l'époque du tournage. Cela rend le comte d'autant plus intéressant en lui offrant une autre perspective que celle de simplement boire le sang de ses victimes pour survivre. Cela permet aussi à la Hammer d'offrir de nombreuses scènes comportant de superbes jeunes filles aux poitrines dénudées et d'accroître ainsi le potentiel commercial de ses oeuvres, les jeunes filles dénudées étant assez rares à l'époque dans les films du courant commercial traditionnel.

Dracula paraît également plus cruel et la gifle qu'il donne à une de ses victimes jalouse est bien mise en scène car il s'agit d'un geste "anodin" qu'on ne s'attend pas à voir de la part d'une créature aux pouvoirs prétendus fantastiques. Les filtres psychédéliques utlisés lors des apparitions de Dracula offrent au film un aspect 60's/70's des plus réjouissants, mais en amoindrit aussi un peu l'impact en diminuant le sérieux nécessaire à l'apparition d'un Dracula effrayant.

Les acteurs sont tous formidables, Christopher Lee en tête, qui compose un Dracula plus glaçant et majestueux que jamais. Veronica Carlson est une jeune première aussi jolies que ses concurrentes mais capable de beaucoup de subtilité et d'émotion dans son jeu, ce qui change agréablement par rapport à certaines de ses collègues. Ruppert Davies sait être un Monseigneur intransigeant lorsqu'il le faut et sa prestation est au-dessus de tous reproches, l'écriture de son rôle étant plus en cause que ses capacités d'acteur dans la relative déception liée à son personnage. Barrie Andrews est un jeune premier étonnant, beaucoup moins fade et effacé que ne l'était Jonathan Harker dans Horror of Dracula, apportant par son dynamisme et sa fraîcheur un intérêt certain à ce personnage déja novateur de par son athéisme. Un dernier mot sur Ewan Hooper qui incarne un prête peureux, victime non consentante de Dracula, qui exécute avec la plus grande des répugnances les actes odieux ordonnés par son maître. Hooper réussit à faire passer cette ambivalence de la victime obligée de commettre ces actes, mais qui ayant gardé un fond humain s'en trouve d'autant plus horrifié que la voix de son maître est irrésisitible.

Les principales critiques que nous lui adresserons viennent de sa construction étrange qui fait que Dracula est absent un long moment afin de laisser le temps aux intrigues parallèles de se mettre en place. De même, Francis semble parfois accorder trop d'importance à des personnages secondaires, affaiblissant ainsi son film sur la durée par un rythme trop lâche. Il se rattrape néanmoins grâce à un montage dynamique qui peut parfois paraître curieux et déplacé mais remplit toujours son office avec efficacité. La superbe musique de James Bernard vient soutenir et parfois créer l'ambiance que la mise en scène de Francis peine de temps à autre à établir ou prolonger.

Voici donc un bon film fantastique comme en produisait la Hammer à l'époque. Freddie Francis est un bon artisan qui sait donner la force nécessaire à son film, mais qui pêche immanquablement lorsque l'on compare son travail avec celui de Terence Fisher, artiste d'un talent définitivement supérieur et d'une classe toute autre. Si l'on passe par dessus cette comparaison ou si l'on ne connait pas l'oeuvre de Fisher, Dracula has risen from the Grave est une oeuvre tout à fait recommendable qui amène de nouvelles thématiques à la série. Il faut toutefois que nous prévenions les spectateurs non initiés au travail de la Hammer Films, que certains d'entre eux pourront être déconcertés par les conventions du genre, du studio et la relative lenteur de ces films par rapport à ceux du fantastique contemporain privilégiant souvent la vitesse au détriment de l'ambiance.

En ces temps de retour aux sources du fantastique et de pseudo déclaration d'amour au genre dans le cinéma actuel, il est impératif de découvrir ces films plastiquement superbes, thématiquement très riches et d'un niveau de mise en scène infiniment supérieur aux productions actuelles, plus préoccupées par le rendu de leurs nombreux effets spéciaux que par le fait de raconter une histoire.


Image
L'image est présentée au format non-respecté de 1.78:1 d'après un transfert 16:9. Le film fût tourné au format de 1.85:1.

La définition générale est excellente pour ne pas dire surprenante pour un film de ce budget et de cette époque. L'interpositif est quasiment vierge de tous défauts et le grain présent dans certaines scènes ne fait qu'en renforcer l'aspect cinéma. La finesse des détails est proprement surprenante, permettant d'apprécier au mieux le formidable travail des décorateurs de la Hammer, véritable marque de fabrique du studio.
Les couleurs de la superbe photographie d'Arthur Grant sont maginifiquement restituées et rendent hommage au style Hammer. Elles sont naturelles, vraiment constantes et d'une parfaite saturation. Les nombreux filtres utilisés durant plusieurs scènes (les apparitions de Dracula) sont elles aussi rendues à la perfection.
Le contraste est correctement géré, ne générant absolument aucune brillance.
Les scènes sombres du film sont bien rendues grâce à des noirs suffisamment profonds et purs. Il faut cependant noter que bien des scènes en nuit américaine (day for night) sont vraiment trop claires, mais nous ne savons dire si le défaut est imputable au transfert ou au film lui-même. La qualité des dégradés permet d'apprecier dans des conditions idéales le talent d'Arthur Grant ainsi que ses audaces psychédéliques surpenantes.

La partie numérique est tout à fait à la hauteur du reste du transfert et ne génère aucun défaut artificiel digne d'être notifié. Un transfert absolument superbe qui permet de littéralement redécouvrir ce film dans des conditions quasi idéales. Le seul défaut notable est un léger recadrage de l'image.


Son
Les deux bandes-son disponibles sur cette édition sont respectivement en Anglais (Dolby Digital 1.0 mono) et Français (Dolby Digital 1.0 mono).

La dynamique de la bande-son anglaise est dans la norme de son époque, ni meilleure ni inférieure. Sa présence et spatialité sont tout à fait standards également, même si certains passages sont étonnamment ouverts.
La superbe musique de James Bernard est bien rendue même si de logiques altérations se font sentir dans le haut et le bas du spectre sur les passages les plus puissants. Pour le reste, elle est parfaitement intégrée à l'ensemble de la bande-son.
Les dialogues sont en permanence parfaitement intelligibles mais des sifflements et autres parasites sont présents dans le haut du spectre, de façon acceptable à volume raisonnable mais devenant vite gênants si l'on monte le son (ce qui n'est pas non plus trop recommandé sur un tel film avec une bande son monophonique d'époque).
Les basses fréquences malgré leur "faiblesses" (dues au format) apportent un surplus d'assise non négligeable au rendu musical.
La bande-son française offre un rendu plus étouffé, beaucoup moins clair et à nouveau des doublages qui décrédibilisent plus qu'autre chose le jeu des acteurs.

Les sous-titres sont disponibles en Anglais, Français et Espagnol.

Une bande-son qui est satisfaisante en l'état mais aurait mérité un travail sonore adéquat afin d'être au même niveau qualitatif que la partie image.


Suppléments/menus
Les suppléments sont comme d'habitude sur les titres de la Hammer édités par la Warner, réduits à leur plus simple expression. Ainsi seule une bande-annonce de superbe qualité présente le film de façon faussé, regroupant toutes les apparitions de Dracula et le faisant passer pour une sorte de monstre "bondissant" qu'il n'est pas du tout. Un conseil donc, ne regardez la bande-annonce qu'après le visionnage du film surtout si vous ne l'avez jamais vu.







Conclusion
Une bonne édition qui propose de façon évidente la meilleure image possible pour un tel film et une bande-son de qualité tout à fait recommendable.

Un film de la série des Dracula qui propose son lot de surprises sans parvenir pour autant à retrouver la même qualité que Horror of Dracula de Terence Fisher.
L'aspect un peu décousu de la narration et la faible présence du personnage de Dracula sont assez décevants, mais pour les amateurs du style Hammer il s'agit là d'une oeuvre tout à fait plaisante, à la direction beaucoup plus psychédélique que les précédents épisodes de la série. De même, l'esprit transgressif de la série est mis en avant par le biais du personnage du prêtre vampirisé et du jeune premier athé.
Freddie Francis offre une mise en image plus illustrative que vraiment inspirée, mais les éléments traditionnels de la Hammer et de bons acteurs compensent cette "faiblesse" de belle façon.


Qualité vidéo:
4,0/5

Qualité audio:
3,5/5

Suppléments:
1,0/5

Rapport qualité/prix:
3,6/5

Note finale:
3,7/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2004-05-12

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Dracula Has Risen from the Grave

Année de sortie:
1968

Pays:

Genre:

Durée:
92 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Warner Bros.

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-5 (simple face, simple couche)

Format d'image:
1.78:1

Transfert 16:9:

Certification THX:

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby mono
Française Dolby mono

Sous-titres:

Suppéments:
Bande-annonce

Date de parution:
2004-04-27

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