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DVDEF

Women in Love

Critique
Synopsis/présentation
Ken Russell a la réputation de réaliser des films sauvages, violents et irrespectueux (cf critique de Tommy). Women in Love (1969) ne déroge pas à la rêgle, mais étant le premier grand film de son auteur, il s'en avère le plus "sage" et le plus facile d'accès. Cependant, ne vous y trompez pas, cette adaptation d'une nouvelle du grand (et sulfureux) écrivain D.H. Lawrence est bien dans l'esprit cru et irrespectueux du maître.

On y suit, dans les années vingt, l'histoire de deux soeurs aux moeurs libérées dans une ville minière. Gudrun (Glenda Jackson) va entamer une relation tumultueuse avec Gerald (Oliver Reed), le fils du propriétaire de la mine locale. Ursula (Jennie Lindon) se liera elle avec le meilleur ami de Gerald, Rupert (Alan Bates) aux idées très larges et progressistes. Ces deux couples vont vivre des relations tumultueuses, vivant l'amour, la mort, l'envie, l'ennui, la haine. A travers ce récit haut en couleurs et en sentiments, Ken Russell et Larry Kramer (producteur et surtout auteur du scénario) expriment une gamme très large de sentiments, réusissant l'exploit de garder la liberté de ton et de propos de leur illustre inspirateur, tout en l'adaptant finement au goût du grand public. La tendance libertaire des années 60/70 rappelant celle des années vingt, pendant laquelle a été écrit le roman, a sans doute permis une adaptation aussi fidèle en esprit que celle-ci (la scène où Rupert explique l'art de manger une figue). Ils réussissent surtout à nous intéresser à des personnages a priori peu agréables, grâce à l'aspect serré du scénario et l'énergie incroyable de la mise en scène. Ken Russell s'y montre certes davantage mesuré que dans les plus folles de ses futures oeuvres (The Devils, 1971 ou Tommy, 1975), mais néanmoins emporte l'adhésion du spectateur grâce à des scènes au rythme enlevé et aux rebondissements tordus.

Il compose des images absolument magnifiques, embellissant les situations et les personnages, faisant parfois "passer la pilule" du contenu grâce à sa technique assurée. Quelques passages sont très surprenants car ils arrivent à suggérer des sentiments physiques d'une importance capitale dans le roman, par le biais des images, du montage et de la musique (Rupert se ressourçant dans la nature, Gerald démontrant sa virilité en maltraitant son cheval, le combat entre les deux hommes). Ces scènes sont d'une intensité incroyable, nous entraînant immanquablement avec elles dans le film. Cela compense certains dispositifs de mise en scène moins heureux ou du moins plus datés, qui pourront agacer certains spectateurs. Néanmoins, lorsque l'on regarde un film de Ken Russell, on devrait en être prévenu et l'accepter car cela est inhérent à son style. Il ne s'agit pas de facilités ou de mode comme chez beaucoup d'autres cinéastes de l'époque.

La force des sentiments exprimés dans ce film tient aussi énormément à la passion que les acteurs ont réussi à y insuffler. Les quatres acteurs principaux composent des personnages à la fois exacerbés et totalement crédibles. L'aspect versatile, farouche, fort et passionné de Gudrun est impeccablement rendu par Glenda Jackson, qui remporta d'ailleurs un Oscar pour cette performance. Jennie Linden exprime également de façon remarquable la finesse de son personnage (plus effacé et reservé que celui de Glenda Jackson, mais plus heureux au final). Quant à Alan Bates et Oliver Reed, ils sont impresssionants de virilité, d'énergie voire de bestialité et au bout du compte, tout simplement vivants. L'humour est également très présent durant tout le film, mais sous une forme peu habituelle qui pourra dérouter certains spectateurs par son aspect peu sympathique mais juste (la scène de la danse d'Hermione).

Enfin, l'élément le plus représentatif de ce film est la sensualité, liée à une certaine animalité (je fais ce que je veux quand je le veux, sans me soucier des conséquences), et magnifiée par l'écriture impeccable des situations, des dialogues, le jeu passsionné des acteurs et la mise en scène fiévreuse. L'amour et ses tracas sont présentés sous diverses formes : la relation physique et amoureuse sincère (la soeur de Gerald et son mari), la communauté d'idées et d'esprit (Ursula et Rupert), l'attirance physique (Gudrun et Gerald).
Tous ces éléments sont rassemblés dans un seul film qui ne présente jamais des signes de trop plein, grâce à la formidable énergie mise en place par Ken Russell, qui prouve ici que certains sujets (en l'occurrence ceux qu'il a traités dans ses diverses oeuvres) appellent de par leur nature et leur amplitude une réalisation au diapason. Certaines personnes trouveront peut-être un côté artificiel et fatiguant à toute cette agitation et tous ces sentiments exacerbés. Il s'agit d'une oeuvre forte et intense qui demande un effort certain du spectateur, sous peine d'en rester à l'entrée. Il faut que ce dernier se laisse emporter par ce tourbillon d'images et de sons pour en saisir et en apprécier tout le sens. Etant donné son caractère exigeant et sa crudité, ce film ne s'adresse évidemment pas à tous les publics. C'est son intégrité et son audace qui en font à la fois sa valeur et sa limite. Ne connaissant pas l'oeuvre de D.H. Lawrence, nous ne pourrons juger ni de la fidélité, ni de la pertinence de cette adaptation. Cependant, il est certain que cette oeuvre procure des sensations et suscite des émotions similaires à celles qui caractérisent les romans du grand écrivain.


Image
L'Image est présentée au format respecté de 1.66:1 mais d'après un transfert 4:3 (C'est à dire non-anamorphosé).

La définition générale de ce transfert est surprenante car elle est un peu faible au début puis devient réellement excellente passé les cinq premières minutes. L'interpositif souffre du même problème, mais au final s'avère correcte même si son nettoyage aurait pu être plus poussé. La finesse des détails est par contre de haute volée, permettant la restitution des moindres nuances. Les couleurs chatoyantes de cette oeuvre sont magnifiquement rendues et participent grandement à la sensualité qu'elle dégage. Leur tenue et leur naturel sont remarquables, notamment lors de la scène de la lutte devant le feu de cheminée. Le contraste est lui aussi de haute tenue évitant ainsi les brillances. Les parties sombres du film sont étonnament bien rendues. La complexité de leur photo aurait pu rendre leur restitution hasardeuse, or il n'en est rien. Si ce rendu n'est pas parfait, il dépasse de loin nos attentes surtout pour un film si vieux et en transfert 4:3 qui plus est. Les noirs sont suffisamment profonds et les dégradés finement reproduits.

A nouveau, sur une édition récente, les défauts numériques sont quasi inexistants. Tout juste un peu de grain en début et quelques passages où un peu de surdéfintion est repérable. Nous avons l'impression que le DVD arrive à l'age adulte et que les grands studios maîtrisent maintenant presque parfaitement les subtilités de la compression MPEG2.

La MGM aurait pu faire un effort pour restaurer l'image de ce film important, de façon à le débarasser d'un aspect légèrement vielliot de temps à autre, et surtout des scories du début du métrage. Cependant, malgré cet aspect perfectible ce tranfert est superbe et permet de redécouvrir les flamboyances de Ken Russell de façon très agréable.


Son
La seule bande-son disponible sur cette édition est en Anglais (Dolby 1.0 mono).

Sa dynamique est d'un niveau correct. Cela lui permet d'offrir une présence agréable qui compense un léger manque d'ouverture (ce n'est de toute façon pas le style de ce film). La musique est bien intégrée au reste de la bande-son, ne venant jamais en perturber l'intelligibilité. Les dialogues sont eux aussi bien intégrés, restant en toutes circonstances parfaitement compréhensibles. Aucun souffle ou parasites ne sont à déplorer sur toute la durée du film. Il est cependant conseillé de ne pas trop pousser le volume sous peine de voir apparaître quelques distortions. Toutefois, cette bande-son est suffisamment bien équlibrée pour que cela ne soit pas nécessaire. Les basses fréquences sont relativement présentes et permettent d'asseoir le rendu général.

Les sous-titres sont disponibles en Anglais, Français et Espagnol.

Une bande-son qui s'avère honnête, sans défauts ni qualités majeures, étant parfaitement adaptée à ce type d'oeuvres.


Suppléments/menus
Une section comprenant deux commmentaires audio simplement, mais ceux-ci sont résolument passionnants, remplaçant avantageusement certaines sections plus fournies mais de moindre qualité.

Ken Russell assure le premier commentaire et revient avec visiblement beaucoup de plaisir sur ce film, qui lança réellement sa carrière cinématographique et lui permit d'adapter une célèbre nouvelle d'un de ses auteurs préférés. Il nous explique certains problèmes techniques et ses intentions en tant que réalisateur, le tout sur un ton agréable et sans temps morts. Le second commentaire effectué par Larry Kramer est encore plus intéressant que celui du réalisateur, car en tant que producteur et surtout auteur du scénario il est au coeur même du film et de son sens. Son implication dans le processus créatif fut aussi importante que celle de K. Russell et son analyse des différentes séquences de l'oeuvre, le décryptage de leur signification et leur rapport à l'oeuvre de D.H. Lawrence sont de tout premier ordre. De plus, les deux hommes ont eu l'intelligence de faire ces commentaires à un rythme constant, dans un language simple qui rend leur écoute très agréable. Ces deux segments sont à écouter absolument si le film vous à plu, car grâce à eux vous en saisirez toutes les nuances même et surtout si vous n'êtes pas un spécialiste de l'oeuvre de D.H. Lawrence.

Sont également présentes trois galeries comprenant cinquante-trois photos ayant pour sujet K. Rusell lui-même, les acteurs ou le producteur. Une bande-annonce de qualité moyenne est également proposée. Pour clore le tout, sont présentes les habituelles bandes-annonces promotionnelles de la MGM. A noter cependant des menus à l'iconographie générale peu inspirée.

Ces deux remarquables commentaires audio viennent admirablement compléter cette édition pourtant vendue comme simple. Ce genre de (bonnes) surprises a tendance à se produire de plus en plus fréquemment et c'est tant mieux !



Conclusion
Une édition aux qualités audios et vidéos qui auraient pu être plus poussées. Cependant les résultats actuels sont déja satisfaisants et les suppléments inclus viennent largement compenser la légère déception liée à la technique.


Une oeuvre intense et passionnée, typique du cinéma anglais des années soixante-dix. Le jeu des acteurs et la réalisation de Ken Russell (avec ses particularités) font preuve d'un amour de leur sujet évident, et contrebalancent l'agacement qui pourraît être provoqué par les spécificités de l'époque sur certains spectateurs.


Qualité vidéo:
3,4/5

Qualité audio:
3,0/5

Suppléments:
3,6/5

Rapport qualité/prix:
3,4/5

Note finale:
3,4/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2003-03-17

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Women in Love

Année de sortie:
1969

Pays:

Genre:

Durée:
131 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
MGM

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.66:1

Transfert 16:9:
Non

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby mono

Sous-titres:
Anglais
Français
Espagnol

Suppéments:
2 commentaires audio, une gallerie de Photos, une bande-annonce

Date de parution:
2003-03-04

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