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DVDEF

In My Skin

Critique
Synopsis/présentation
Marina de Van aborde de front une problématique très contemporaine déja brillamment traitée au cinéma : l'aliénation et la désincarnation provoquée par la vie moderne et son corrolaire, la réappropriation de son corps qui passe par la douleur physique et la facination de la chair.
Tokyo Fist de Shin'ya Tsukamoto et ensuite Fight Club, et la plupart des films de David Cronenberg pour ne citer que les plus évidents, ont déja abordé ces thèmes et le film de Marina de Van est remarquable en ce sens qu'elle réussit à les traiter sans pour autant reproduire des figures de style ou passer par des scènes redondantes.

Dans Ma Peau nous propose donc de suivre le parcours d'Esther (Marina de Van), une jeune femme dynamique et très impliquée dans sa vie professionnelle. Lors d'une soirée, elle va se blesser gravement à la jambe mais ne s'en apercevra que quelques heures plus tard. Cet incident va inquiéter gravement son petit ami Vincent (Laurent Lucas) et déclencher un trouble nouveau et d'une puissance incroyable chez Esther. Celle-ci continue son ascension prometteuse au sein de son entreprise, qui ne lui offre pourtant que des perspectives bassement terre à terre, et le paradoxe entre cette vacuité professionnelle et la découverte de son corps, de sa chair et de la passion qui en découle est saisissant.

Marina de Van est scénariste, actrice et réalisatrice de son premier long métrage, qu'elle maîtrise de bout en bout de façon surprenante. Ses courts métrages présents sur le DVD permettent de se rendre compte qu'elle avait déja un style affirmé et une prédisposition pour les ambiances et les sujets forts.
Le scénario de Dans Ma Peau est remarquable de concision et de cohérence en ce sens qu'il ne perd jamais de vue le trouble de son héroine, en se concentrant entièrement sur elle sans pour autant ne parler que d'elle. Esther est une jeune femme sans histoires engagée fortement dans sa carrière et qui est sur le seuil de grands changements. Elle va devoir en quelque sorte choisir entre son ami et sa carrière. Elle va se retouver malgré elle embringuée dans une troisième voie imprévisible et incontrolable qui est de se découvrir, de se rendre compte de l'importance trop longtemps oubliée ou refoulée du physique, de son corps et de sa chair.
Son vertige devient celui du spectateur qui se retrouve confronté à des images chocs qui le marquent d'autant plus que le second degré où l'hypothèse fantastique, généralement de rigueur lors de ce type de scènes, est absent. Ainsi, les mutilations d'Esther sont difficiles à soutenir mais leur aspect graphique est toujours totalement justifié et finissent par entrainer également le spectateur dans une fascination pour ces images qu'il n'a pas l'habitude de voir ainsi.
C'est d'ailleurs cette absence de distance et de justification ou explication du comportement automutilatoire puis autophagique d'Esther qui pourra déranger les plus sensibles des spectateurs. C'est en même temps ce qui fait la force du film, qui ainsi se détache de l'attitude théorique des films de Cronenberg en la matière ou bien de celles plus directement graphiques mais moins intellectualisés des films de Fincher et Tsukamoto mentionnonés plus haut.
La seule scène ouvertement fantastique ou plutôt surréaliste rajoute au malaise du spectateur mais sur un autre plan que les visions de blessures, créant du même coup une interaction directe avec le personnage d'Esther. Le fait est que cette scène traite de son malaise mais aussi de la futilité des rapports porfessionnels. Le décalage entre une Esther performante professionellement quelques instants avant et la jeune femme totalement désemparée de cette scène est saisissant. Elle retrouve conscience de sa condition d'être de chair et donc n'arrive plus à être en phase avec le monde totalement abstrait de ses collègues de travail.
Le personnage de son petit ami qui paraît vraiment posé et équilibré est un réferrent qui permet au spectateur d'avoir un point de vue qui se rapproche du sien, et renforce son impression qu'Esther est en pleine révolution intérieure. Le fait qu'il essaye de lui faire prendre conscience de la gravité de ses actes et continue à l'aimer malgré tout est un repère stable pour le spectateur qui réussit ainsi à reprendre pied à chacune de ses interventions.
La critique du monde du travail est vraiment acerbe et beaucoup plus fine et discrète que dans bien des films à thèse. De plus, au lieu d'être un simple élément à part, elle fait partie intégrante de la psychose de l'héroine et en cela elle en prend d'autant plus de poids et de pertinence.

La mise en scène de De Van est elle aussi un modèle de rigueur et de concision sur un thème aussi risqué et graphique que celui-ci. Dès le générique plastiquement superbe, qui présente en split screen des images en positifs et les autres en négatif, le ton est donné et l'insistance de formes métalliques et froides pose les bases du film : afin de ne plus être isolée dans un monde froid et dur, Esther va se tourner vers elle-même et son corps afin de retrouver de la chaleur humaine. De Van montre de façon frontale des images de chairs lacérèes et meurtries, mais sait toujours quand passer ces actions en hors champ et renforcer encore le malaise du spectateur afin de le faire totalement entrer ou sortir du film. C'est là une démarche courageuse qui montre l'énorme prise de risques de cette jeune réalisatrice au talent indéniable. Les scènes où Esther finit par se faire "l'amour à elle-même" (nous ne parlons pas d'onanisme ici) sont d'une beauté et d'une fluidité rares et sont un contrepoint idéal aux première scènes de mutilations beaucoup plus heurtées et pénibles.
La mise en image est également dépendante et en accord parfait avec la musique mélancolique du Esbjorn Svensson Trio, qui souligne toujours de façon discrète mais efficace le trouble de l'héroine. Souvent la caméra semble "danser" au rythme de la musique alors qu'elle observe le curieux ballet d'Esther.
La photographie de Pierre Barougier est elle aussi très soignée et travaillée, créant un rapport ténu entre la texture de l'image et celle des plaies de l'héroine qui n'est pas sans rappeler le travail conjoint de David Cronenberg et Peter Suschitzky sur le générique d'Existenz.

Voici donc une oeuvre fort originale qui s'adresse de toute évidence à un public averti, qui saura ne pas être irrémédiablement sorti du film par la crudité et l'aspect dérangeant (physique comme psychologique) de nombreuses scènes, et pourra ainsi aprrécier la remarquable réflexion à laquelle se livre Marina de Van.
Provoquer le trouble et l'émoi afin de parvenir à accrocher le spectateur à une histoire somme toute simple est un pari risqué que De Van remporte haut la main, ce qui est d'autant plus remarquable qu'il s'agit de son premier long métrage.
Voila assurément une réalisatrice à suivre de très prés sur la suite de sa carrière qui nous l'espérons sera composée de films aussi fascinants et impressionnants que ce Dans Ma Peau, qui est une expérience que l'on n'est pas prêt d'oublier en tant que spectateur.



Image
L'image est proposée au format de 1.85:1 d'après un transfert 16:9.

Le définition générale est d'un très bon niveau même si de par son rendu particulier l'image n'en tire pas spécialement avantage. L'interpositif est immaculé, aucun trait ou points blancs ne sont discernables. Le grain très prononcé du film est voulu et en tous points conforme à notre souvenir du film en salle.
Les couleurs sont très bien traitées et la photographie originale du film est bien mise en valeur. Elles sont naturelles, justes, constantes et parfaitement saturées.
Le contraste est bien géré mais peut parfois paraître très fort alors que c'est un choix de la cinéaste. Toutes les brillances sont cependant évitées.
Les scènes sombres sont impeccablement rendues grâce à des noirs purs et profonds. La qualité des dégradés est remarquable et permet ainsi une restitution admirable du projet esthétique singulier du film.
La partie numérique est exempte de tous reproches, ne générant aucun défaut artificiel notable qui aurait pu venir entacher le plaisir du visionnage.
Un superbe transfert d'un film à l'esthétique très travaillée et surtout complexe à bien restituer.


Son
La seule bande-son dispoinble est en Français (Dolby Digital 5.1).

Sa dynamique est d'un excellent niveau, conforme aux attentes dans ce domaine. Sa présence et sa spatialité sont elles aussi excellentes, notamment lors des passages dans la soirée du début.
La superbe musique du groupe Esbjorn Svensson Trio est impeccablement rendue, sans limitations dans le haut comme le bas du spectre, et s'avère parfaitement intégrée au reste de la bande-son.
Les enceintes arrières sont utilisées assez frequemment mais de manière discrète, pour les ambiances et le rendu musical. Leur gestion intelligente et mesurée permet une veritable immersion dans l'oeuvre, sans pour autant que les effets le permettant soient mis en avant.
Les dialogues souffrent d'un problème qui paraît venir de l'enregistrement puisque l'on a souvent l'impression qu'ils ont été enregistrés "de loin" et sont donc souvent couverts par le reste de la bande-son sans que les niveaux de mixage ne soient en cause. Une fois passé la surprise, on s'accomode rapidement à cette spécificité et les dialogues sont donc parfois moins intelligibles sans pour autant que cela ne devienne vraiment gênant. Quel que soit le volume sonore, aucune distortion ou parasites ne sont à déplorer.
Les basses fréquences sont très bien gérées et viennent discrètement mais efficacement soutenir les ambiances si particulières du film ainsi que sa musique.

Les sous-titres sont disponibles en Anglais.


Suppléments/menus
Une section complète et proprement passionnante même si la présence d'un documentaire aurait été la bienvenue.
Le commentaire audio de Marina de Van est résolument passionnant en dépit d'un aspect assez fouilli, car il permet de réaliser que chaque plan, geste ou détail a été pensé, réfléchi et a une signification précise. De Van a tendance à s'emmeler un peu les pinceaux dans ses explications, mais sa passion et la logique de ses réflexions sont telles que ce commentaire permet de porter un autre regard sur le film en justifiant et explicant beaucoup de ses choix qui pourront paraitre gratuits aux yeux de certains de par leur nature graphique, alors qu'ils ne le sont en rien.
Les deux courts métrages également offerts, Alias (12 min 42 s) et Psy-Show (19 min 14 s), sont vraiment très intéressants en eux-mêmes mais aussi car ils éclairent l'univers de la réalisatrice, qui s'inspire d'auteurs sulfureux comme Lynch ou Cronenberg sans pour autant tomber dans le plagiat ou la copie.
Est aussi disponible une bande-annonce de qualité qui malheureusement présente ce film troublant comme un banal produit de consommation comme en produit si souvent le cinéma Hollywoodien.

Un ensemble passionnant qui permet d'appréhender la courte mais déja impressionnante carrière de Marina de Van au mieux, éclaire le film, son sens et ses intentions de façon précise et c'est là l'essentiel pour des suppléments, ce qu'oublient souvent les éditeurs de DVD plus enclins à proposer des segments creux et promotionnels plutôt qu'un regard différent sur l'oeuvre en question.




Conclusion
Une édition de qualité qui rend parfaitement l'image particulière du film et malgré son défaut sonore flagrant, il est un achat d'autant plus recommandable que les suppléments sont intéressants.

Marina de Van fait très fort avec ce premier film, qui sort vraiment des sentiers battus et ce à tous les niveaux. Le sujet délicat du rapport intime de chaque personne à son corps y est traité de façon directe mais intelligente et subtile.
L'absence d'explication et de justifications des actes de l'héroine pourront déstabiliser les spectateurs habitués à être guidés, mais la virulente critique sociale pourra être alors une tentative d'éclaircissement.
Un film cependant très dur qui rebutera certainement nombre de spectateurs mais récompensera ceux qui auront su supporter les images de Marina de Van, qui ne sont jamais gratuites, et en cela apportent beaucoup aux spectateurs qui savent en percer le mystère et appréhender l'étrange beauté.


Qualité vidéo:
3,5/5

Qualité audio:
2,9/5

Suppléments:
4,2/5

Rapport qualité/prix:
3,8/5

Note finale:
3,6/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2004-06-06

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Dans ma peau

Année de sortie:
2002

Pays:

Genre:

Durée:
93 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Wellspring Media

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.85:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:

Bande(s)-son:
Française Dolby Digital 5.1

Sous-titres:
Anglais

Suppéments:
Commentaire audio, deux courts métrages

Date de parution:
2004-04-20

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