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DVDEF

Luchino Visconti's The Damned

Critique
Synopsis/présentation
Luchino Visconti est un des cinéastes italiens majeurs dont le seul nom suffisait à faire déplacer les spectateurs, et ils ne sont pas très nombreux dans ce cas. Ce sont souvent les films (leur sujet, leur promotion) ou les acteurs qui motivent les foules mais dans le cas de quelques géants (Hitchcock, Fellini, Kubrick, Leone), les spectateurs se déplaçaient pour l'oeuvre d'un créateur.
Cette notion est primordiale quand on souhaite envisager la carrière de Visconti. Toutes ses oeuvres cinématographiques sont construites afin d'exprimer sa vision personnelle de la vie et des turpitudes de la condition humaine. Il a su passer par plusieurs styles antinomiques (néoréalisme, baroque flamboyant et réalisme sublimé) et construire une oeuvre d'une cohérence et d'une puissance rares, et ce quels que soient les sujets qu'il aborda.
Son éducation d'aristocrate italien lui ouvrit les portes d'une culture riche et noble qu'il exprima de si belle façon à travers l'ensemble de son oeuvre de metteur en scène, au cinéma comme pour l'Opera.

Les Damnés (1969) nous décrit à travers l'explosion d'une famille de riches industriels allemands, les ravages provoqués par la montée du Nazisme dans l'Allemagne des années 1930. La famille Von Essenbeck est propriétaire de la plus grande aciérie du pays et elle va se décomposer au fur et à mesure que la décadence traînée dans son sillage par le Nazisme va contaminer tous ses membres. Se succéderont ainsi à un rythme effréné, diverses trahisons internes, les conséquences psychologiques du pouvoir absolu, la perversion induite par ce climat de dégénérescence ambiant où plus rien n'est sur et tout est à reconstruire, aussi bien les règles que l'architecture du pouvoir.

Visconti a toujours été intéressé et même fasciné par l'idée de décadence inhérente à la notion d'aristocratie dans notre monde actuel où les puissants ne sont plus forcément les nobles d'antan. Quel sujet plus idéal pour lui que celui de la montée du Nazisme et le nombre de bassesses et veuleries qu'elle a déclenchées, et ce dans toutes les couches de la population allemande. En opposant ces nouveaux monstres assoiffés de puissance à l'ancienne classe dirigeante, il réussit à bien montrer comment Hitler a su se rendre attractif même auprès de ceux qui auraient du le redouter et tenter de stopper sa progression.
Il va également faire de certains personnages de véritables ogres métaphoriques qui vont tout dévorer sur leur passage, aussi bien les esprits que les corps, et le pire dans l'histoire est qu'ils sont mère et fils et amants de surcroît. De plus, le personnage de Martin (Helmut Berger) cumule une quantité impressionnante de perversions qui le hantent et font de lui une métaphore parfaite de la situation de la classe aristocrate allemande et décadente lors de la montée du Nazisme : se soumettre ou être détruit.
Sa mère est à l'origine d'un complot qui va faire voler les possessions et les acquis sociaux de la famille, et l'on ne saura jamais vraiment si elle l'a fait par amour pour son amant Frederick Bruckman (Dirk Bogarde) ou par ambition personnelle.
Mais le personnage principal du film en terme d'influence et de manipulation reste incontestablement le cousin Nazi Aschenbach (Helmut Griem) qui est le véritable pivot du film. Il réussit à faire exactement ce qu'il souhaite de la famille Essenbeck et ce grâce à sa capacité à manoeuvrer les gens et les moyens illimités que lui donnent le parti Nazi. Il est à lui seul une métaphore du comportement insidieux d'Hitler et de son parti, de leur aura de séduction et de leur capacité ahurissante à éliminer de manière radicale tout ce qui pouvait se mettre en travers de leur chemin.

Visconti ne se contente pas seulement d'observer la déchéance de la famille Essenbeck mais met également en scène plusieurs évènements singificatifs de cette période, telle la fameuse "Nuit des longs couteaux" au cours de laquelle les SS supprimèrent sans vergogne tout l'état major des SA, le corps d'élite qui leur avait permis d'arriver au pouvoir et réclamait maintenant sa part du gâteau.
Là où il choque encore c'est en mettant en avant l'homosexualité débridée (et reconnue) des SA ainsi que leur goût de l'orgie, dans une scène vraiment dérangeante au cours de laquelle ils vont passer du plaisir total à la mort.

La mise en scène de Visconti est curieusement scindée en deux parties distinctes assez éloignées l'une de l'autre. Tout au long du début et de l'exposition des personnages, il démarre chaque plan par un zoom avant sur un personnage et change de sujet de la même façon en zoomant sur le point central de la scène suivante. Le procédé du zoom avant si souvent décrié trouve ici une justification mais reste cependant un peu trop "lourd", donnant à la mise en scène une sensation de lourdeur qu'elle ne possède pas en réalité. Dans la deuxième partie du film, Visconti retrouve un style plus habituel et flamboyant qui démarre en beauté avec la scène du massacre des SA et se termine en apothéose lors du final.
Il joue aussi beaucoup sur la photographie, imposant une symbolique des couleurs assez évidente mais d'une efficacité et d'une beauté rares.
La musique est également un élément primordial du film sans lequel son impact en serait assez fortement diminué. Le score de Maurice Jarre est une fois de plus superbe et prenant, en totale adéquation avec le style de l'oeuvre et son contenu.

Cette oeuvre demanderait une étude beaucoup plus poussée tant elle s'avère d'une richesse et d'une complexité impossibles à repérer et résumer en une telle présentation. Sachez donc que ce film n'est pas à mettre devant tous les yeux, que son style, sa crudité et les évènements qui y sont dépeints pourront en choquer plus d'un, mais que sa description d'une mémoire trouble participe autant au devoir de mémoire qu'une oeuvre traitant de la Shoah. Visconti mêle donc récit historique et chronique d'une déchéance dans une oeuvre troublante au charme vénéneux que vous n'oublierez pas de si tôt.


Image
L'image est présentée au format respecté de 1.85:1 d'après un transfert 16:9.

La définition générale est de bon niveau mais quelques passages s'avèrent nettement moins définis sans pour autant vraiment gêner. L'interpositif est relativement propre mais il paraît évident que la Warner n'a pas fait de restauration poussée sur ce film.
Le rendu des couleurs crépusculaires du film est de bonne qualité et seules les orientations photographiques font qu'elles paraissent moins flamboyantes que ce à quoi on pourrait s'attendre. Elles sont naturelles, sans débordements et parfaitement saturées.
Le contraste est bien géré, évitant toutes les brillances.
Les parties sombres du film sont correctement rendues mais les noirs semblent parfois manquer un peu de profondeur et de pureté sans pour autant que cela s'avère vraiment pénible. La qualité des dégradés se révèle d'un haut niveau et permet de rendre superbement la très complexe photographie.

La partie numérique du transfert est à la hauteur, ne générant aucune surdéfinition et seulement quelques légers fourmillements sporadiques, ce qui est une réussite sur une oeuvre aussi longue et au rendu visuel si complexe.
Voici donc un transfert qui s'avère vraiment satisfaisant en l'état, ce qui fait d'autant plus regretter que la Warner n'ait jugé bon de procéder à une remasterisation poussée pour une oeuvre aussi importante.


Son
La seule bande-son disponible sur cette édition est en Anglais (Dolby Digital 1.0 mono).

Sa dynamique est limitée mais tout à fait standard par rapport à son époque et son format. Sa présence et sa spatialité subissent les même remarques et s'avèrent satisfaisantes.
La musique est correctement rendue mais manque souvent d'ampleur de façon à bien rendre le sentiment que souhaitait créer Visconti. Elle est par ailleurs impeccablement intégrée au reste de la bande-son.
Les dialogues sont en permanence parfaitement intelligibles et sans traces notables de parasites ou distortions, et ce même à volume relativement élevé.
Les basses fréquences sont un point de détail sur cette bande-sonore, ce qui est logique au vu de son format mais légèrement préjudiciable au rendu musical qui manque parfois d'assise au vu des morceaux utilisés.
Les sous-titres sont disponibles en Anglais, Français et Espagnol.

Voici une bande-son qui s'avère à la hauteur de l'image mais qui comme elle aurait du bénéficier d'un remixage complet (multicanal?) afin de rendre entièrement justice au film.


Suppléments/menus
Une section malheureusement bien trop peu fournie étant donné la page d'histoire que Visconti traite dans son film et qui aurait appelé une comparaison avec la "réalité" exacte des faits relatés.
Est donc offerte une bande-annonce de qualité qui a su, et c'est suffisamment rare pour le faire ressortir, comprendre l'essence du film et la restituer à travers son montage.
Est également proposée un court documentaire de 9 minutes intitulé "Visconti" qui n'est malheureusement qu'un segment purement promotionnel où l'on nous explique que Visconti est génial et que The Damned est son chef-d'oeuvre, ces informations présentant très peu d'intérêt en elles-mêmes, ne constituant qu'un simple avis interchangeable sans aucune justification. De plus, la qualité de ce document laisse vraiment à désirer.



Conclusion
Voila une édition au contenu audio et vidéo qualitativement satisfaisant mais on aurait souhaité un travail de nettoyage plus poussé étant donné l'importance de l'oeuvre. De plus, les suppléments sont très légers alors que le sujet appelait de nombreuses explications et précisions historiques.
Cependant le prix de vente raisonnable et la valeur intrinsèque de l'oeuvre font que nous recommandons cet achat aux amateurs de Visconti.

Les Damnés est un film important, imposant, qui ne se consomme pas comme le tout venant cinématographique. Visconti nous y décrit avec son style la déchéance d'une famille bourgeoise allemande rongée par l'avarice et l'envie de pouvoir. Il en profite pour génialement entremêler cette histoire avec la montée du Nazisme en Allemagne pour arriver à un portrait très pessimiste de cette période, qui en choquera plus d'un mais le fera réfléchir par la même occasion, ce qui est le propre du cinéma à visée artistique que pratiqua Visconti tout au long de sa carrière.


Qualité vidéo:
3,5/5

Qualité audio:
3,0/5

Suppléments:
2,5/5

Rapport qualité/prix:
3,4/5

Note finale:
3,2/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2004-04-15

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Damned, The

Année de sortie:
1969

Pays:

Genre:

Durée:
157 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Warner Bros.

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.66:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby mono

Sous-titres:
Anglais
Français
Espagnol

Suppéments:
documentaire, bande-annonce

Date de parution:
2004-02-17

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