Facebook Twitter      Mobile RSS        
DVDEF

Fahrenheit 451

Critique
Synopsis/présentation
François Truffaut est le plus célèbre représentant (avec Jean-luc Godard) de la Nouvelle Vague française qui bouleversa notablement et durablement la façon de concevoir le cinéma au cours des années soixantes. Nous ne reviendrons pas sur sa carrière qui fait l'objet de nombreuses études et analyses. Nous préciserons simplement que Fahrenheit 451 (1966) est un film atypique dans la carrière du réalisateur, car il s'agit de sa seule oeuvre de science-fiction et du seul film qu'il tourna hors du territoire français (malgré de nombreuses propositions).

Nous suivons l'histoire de Montag (Oskar Werner), un pompier du futur, heureux de son métier et bien en vue auprès de ses supérieurs. Les Pompiers sont là pour allumer les feux et non les éteindre. Leur mission est plus précisément de brûler tous les livres qu'ils peuvent trouver car ceux-ci sont interdits pour cause de risque d'éveil de conscience chez leurs lecteurs. La société décrite dans ce film cherche à contrôler au mieux ses concitoyens en leur interdisant la lecture et en les abrutissant devant des programmes télévisés interactifs et stupides qui leur confèrent l'impression d'être important et heureux. Linda (Julie Christie), la femme de Montag, est totalement intégrée dans ce système et si jamais il lui arrive de ne pas se sentir aussi heureuse qu'elle est censée l'être, diverses pilules sont à sa disposition. Montag rencontrera Clarisse (Julie Christie encore), une jeune institutrice qui par son ingénuité lui fera s'interroger profondément sur son métier, ses aspirations, son futur. Il finira par lire les livres qu'il est censé brûler, et prendra conscience petit à petit de la vacuité de son existence qu'il modifiera radicalement.

L'acuité dont fit preuve Bradbury en 1951 sur le devenir probable de notre société est pour le moins inquétante. Il est impossible d'évoquer l'incroyable lucidité de Ray Bradbury sans évoquer celle aussi impressionnante de George Orwell pour 1984 (écrit en 1948, cf critique du film). François Truffaut était très peu intéressé par cet aspect du roman, comme en témoigne sa vision du futur somme toute très proche visuellement de l'époque à laquelle a été tourné le film. Ce qui l'intéressa est l'aspect philosophique du roman, son éloge de l'écriture, de la lecture et sa déclaration d'amour à la littérature en général. La passion de F. Truffaut pour les livres et la littérature transpire littéralement à travers sa vision du roman de R. Bradbury. Il est à la fois fidèle au texte et aux évènements qui y sont relatés, et dans le même temps choisit de mettre en avant ce thème alors que les autres sont clairement laissés en arrière-plan. Ce film est donc un hybride entre le roman initial et la sensibilité de son réalisateur. Ainsi, il s'agit clairement d'un film de François Truffaut, même s'il s'éloigne radicalement de ses thèmes et de son univers habituels. De même, son style est radicalement différent, choisissant l'expérimentation au montage, dans l'utilisation des couleurs. Il change même son type de narration, s'essayant avec succès à la méthode Hitchcockienne, par le biais de longues séquences muettes entièrement visuelles qui nous apprennent beaucoup d'éléments importants de l'histoire que d'autres auraient révélé par des scènes dialoguées et statiques. Ainsi, les magnifiques scènes de la fin du film expriment parfaitement une idée très intellectuelle par des visuels et sons simples mais très poétiques, qui vous marqueront sans doute longtemps. Un certain mal être (timidité ?) se dégage du film, qui correspond parfaitement à l'histoire mais n'est pas habituelle chez Truffaut. Celui-ci fut beaucoup perturbé par le fait d'être loin de ses repères et de tourner avec des techniciens et acteurs parlant une langue qu'il ne maîtrisait pas du tout.

La superbe musique de Bernard Hermann et la photographie de Nicholas Roeg sont pour beaucoup dans le charme du film. Seuls quelques effets ont mal vieilli (les policiers volants de la fin), et la maîtrise technique des divers éléments du film est excellente pour un réalisateur qui s'en souciait d'habitude assez peu. Ainsi, le montage de Thom Noble est très travaillé voire expérimental à certains moments (iris, moitié de l'écran devenant noir) et cela donne un côté science-fiction qui fait parfois défaut au film. Comme à son habitude, F. Truffaut dirige magnifiquement ses acteurs qui réussissent à faire passer beaucoup d'émotions à travers des personnages pourtant intériorisés sur le papier.

Une oeuvre atypique, développant des thèmes passionnants, très bien interprêtée, mais pouvant perdre ses spectateurs par un rythme plutôt lent. Si vous acceptez de combler par votre reflexion les non-dits de F. Truffaut et de vous laisser entraîner par son rytme particulier, vous aurez la possibilité de decouvrir une oeuvre très riche dont vous vous souviendrez longtemps après son visionnage, par les questionnements qu'elle déclenche.



Image
L'image est offerte au format respecté de 1.85:1 d'après un transfert 16:9.

La définition générale s'avère de bon niveau, malheureusement gaché par un interpositif qualitativement très fluctuant. En effet, on passe du très propre au très sale en un instant. La majorité des scènes dans le métro suspendu est sale voire très sale (grain, griffures, points blancs, traits, poussières), comme si différents interpositifs (certains nettoyés, d'autres pas) avaient été assemblés pour ce transfert. Cependant, la brièveté des séquences abimées fait qu'au bout du compte elles sont peu gênantes. En contrepartie, la netteté et la finesse des détails sont d'une qualité très appréciable et surtout constantes. Le rendu des couleurs (de vives à passées) est absolument remarquable et permet de redécouvrir le film sous un jour nouveau, tant F. Truffaut et Nicholas Roeg y ont travaillé, en faisant un aspect majeur du film. Le contraste semble par moments faible, mais s'avère cependant correct tout en évitant les sur-brillances. Les scènes sombres sont correctement rendues malgré des noirs qui auraient gagné à être un peu plus profonds.

La partie numérique du transfert est quant à elle de haute volée, ne laissant apparaître de défauts liés à son éventuelle mauvaise gestion. Le grain parfois présent à l'image vient toujours de la copie utilisée, la numérisation n'étant jamais en cause.

Un transfert qui aurait pu s'avérer magnifique s'il n'avait été diminué par des défauts liés au matériel source utilisé.


Son
La seule bande-son disponible sur cette édition est en Anglais (DD 2.0 stereo).

Sa dynamique est correcte offrant une présence malheureusement un peu en deça de nos espérances. La magnifique musique de Bernard Hermann est très bien intégrée et pour tout dire, son rendu est le meilleur atout de cette bande-son. Les dialogues sont toujours intelligibles et il faut monter le volume de façon conséquente pour que de la saturation et des parasites fassent leur apparition. Malheureusement, le plus gros défaut de cette bande-son est d'être proposée à un niveau sonore de sortie beaucoup trop faible, ce qui oblige les spectateurs à monter le son plus que de raison et fait donc apparaître des défauts. Les basses fréquences sont présentes lorsque le film l'exige et remplissent correctement leur rôle de soutien.

Les sous-titres sont présents en Anglais, Français et Espagnol.
Une bamde-son stéréo de qualité correcte, mais auquel il manque un niveau de sortie plus élevé pour pouvoir en apprécier les qualités sans en avoir les défauts.


Suppléments/menus
Une section bien étoffée et d'un intérêt constant, à nouveau sur une édition a priori simple.

Le commentaire audio est original et fort réussi. Il est constitué d'interventions enregistrées séparément de Julie Christie, Thom Noble (le monteur) et Annette Insdorf (une spécialiste de Truffaut), qui ne concerne non pas les scènes mais plutôt les thèmes developpés dans le film. Ce genre d'exercice très périlleux est ici fort réussi grâce à la pertinence des intervenants et du montage-son. En effet, un tel principe aurait aisément pu aboutir à un fourre tout mal organisé, or il est l'un des commentaires les plus complets qu'il nous ait été donné d'entendre. Les intervenants nous donnent des points de vue différents (acteur, monteur, analyste) qui viennent mettre en valeur les nombreux et profonds thèmes développés dans ce film. Une réussite !

Vient ensuite une interview (11 min 28 s) intitulée : The Novel, a discussion with author Ray Bradbury. Celui-ci est visiblement ravi de nous parler de la génèse de son roman ainsi que de certains de ses thèmes. Le seule reproche que l'on puisse faire à ce segment est qu'il ne soit pas plus long tant Bradbury est intéressant à écouter.

Puis est proposé un documentaire intitulé : The Making of Fahrenheit 451 (44 min 21 s). Il s'agit à nouveau d'un excellent travail utilisant les témoignages passionants d'un grand nombre d'intervenants visiblement passionnés par l'expérience (le producteur, le monteur, le scénariste, l'auteur, l'analyste). Il propose ainsi une vision large du film, des intentions de Truffaut et de l'ambiance générale du tournage.

Enfin, un dernier documentaire intitulé : The Music of Fahrenheit 451 (16 min 42 s) est disponible. A nouveau, de nombreuses et valables informations nous sont distillées tout au long de ce segment, illustré par divers documents et racontées par le biographe de Bernard Hermann.

Puis les suppléments se terminent par des éléments plus classiques tels : une séquence d'ouverture alternative (où seule la voix change, passant d'un homme à une femme), une galerie de photos (5 min de montage de photos sur fond de musique du film), une bande-annonce (de qualité correcte) et des recommandations de l'éditeur.

Il s'agit à nouveau du travail formidable de Laurent Bouzzereau, qui offre ici un contenu dont bien des éditions spéciales devraient s'inspirer. Toutes les informations ont pour centre l'oeuvre elle-même et témoignent de l'intérêt que lui porte notre homme et tous ses intervenants. Le seul petit reproche que l'on pourrait adresser à son travail sur ce film est que certains éléments du commentaire sont repris dans les documentaires. Un exemple à suivre d'urgence aussi bien au niveau qualitatif que quantitatif. Bravo !
A noter de beaux menus de transitions, bien dans l'esprit du film.




Conclusion
Une édition techniquement correcte. L'image aurait été dans les bonnes normes du marché si elle n'avait pas été parasitée par des défauts un peu gênants. De même, la bande-son est fort correcte mais offerte à un niveau trop faible, obligeant le spectateur à monter le volume et du coup à faire ressortir certains défauts. Cependant, il s'agit là d'une bonne édition de ce film mythique, les excellents suppléments compensant allègrement ces erreurs techniques.

Un film particulier signé d'un des plus grands metteurs en scène français, et tiré du fabuleux roman d'anticipation de Ray Bradbury. L'ambiance distillée par cette oeuvre s'éloigne radicalement du cinéma de science-fiction habituel car Truffaut est plus interessé par les idées et concepts du roman que par l'action proprement dite. Un film qui s'adresse donc plus à l'intellect qu'aux sens, et dont la mise en scène originale fait la part belle aux images fortes. Une oeuvre à voir par tous car elle dépasse le cadre de la science-fiction pure (au même titre que 1984, cf critique), mais dont la lenteur de rythme et le côté non explicatif pourra agacer certains spectateurs.


Qualité vidéo:
3,0/5

Qualité audio:
2,5/5

Suppléments:
3,6/5

Rapport qualité/prix:
3,4/5

Note finale:
3,0/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2003-04-14

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Fahrenheit 451

Année de sortie:
1966

Pays:

Genre:

Durée:
113 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Universal

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.85:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby 2.0 stéréo

Sous-titres:
Anglais
Français
Espagnol

Suppéments:
Commentaire audio, interview de Ray Bradbury, documentaire sur le tournage du film, documentaire sur la musique du film, la séquence d'ouverture originale, galerie de photos, bande-annonce, recommandations

Date de parution:
2003-04-01

Si vous avez aimé...