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If we were Young: Rage a Film by Kinji Fukasaku

Critique
Synopsis/présentation
Kinji Fukasaku signe avec If you were Young : Rage (1970) son premier film financé de manière indépendante, ce qui lui permit d'y mettre beaucoup plus de sa propre personnalité et de ses préoccupations profondes.

On y suit un groupe d'amis issus de familles pauvres s'associer pour tenter de sortir de la misère professionnelle dans laquelle les confine leur manque d'éducation. Ils vont donc s'associer pour acheter un camion, qui deviendra le symbole de leur indépendance enfin acquise. Mais les péripéties de la vie feront que le groupe se désagrègera et seuls deux personnages continueront à perpétuer leur rêve de départ jusqu'à ce que leurs anciens amis reviennent dans leur vie de façon tragique et destructrice.

Fukasaku utilise une histoire simple et classique afin de ne pas trop dérouter le spectateur et de bien l'impliquer dans les tourments émotionnels de ses héros. La culture japonaise, et plus précisément le cinéma japonais, demandent de façon évidente une préparation du spectateur occidental qui sans cela risque de rester perplexe devant l'énergie, la fureur et paradoxalement la naïveté des héros de l'oeuvre de Fukasaku.
Les personnages sont souvent très extrêmes dans leur réaction et le nihilisme forcené qui imprègnera le reste de la carrière du réalisateur est ici plus tempéré. C'est souvent l'émotion qui prend le dessus mais le jusqu'au-boutisme de leurs réactions est toujours surprenant.
Une fois ces specificités assimilées, il sera plus aisé au spectateur occidental d'apprécier les qualités du scénario mais surtout de la mise en scène de Fukasaku à leur juste valeur. Le sentiment de désoeuvrement et d'inegalité des chances ressentis par la bande de copains est tout à fait palpable et justifié par la dénonciation féroce du système de corruption généralisé qui gangrénait alors la société niponne.
La portée sociale du film en est donc une composante essentielle et cet aspect très naturaliste est curieusement retranscrit de façon très moderne par des procédés de narration et de mise en scène qui altèrent ce sentiment de réalisme, par leur aspect artificiel, et paradoxalement donnent d'autant plus de poids à cette démonstration.

La réalisation retranscrit de façon très physique les troubles de ces héros, Fukasaku utlisant de façon toujours aussi efficace et originale toutes les figures de style que lui permet le médium cinéma. La narration est de façon évidente très différente de ce qui se faisait en Occident à la même époque et les incessants allers et retours entre le présent et le passé pourront deconcerter certains spectateurs peu habitués à l'utilisation de ces procédés dans des oeuvres "réalistes".

Les acteurs sont dans l'ensemble vraiment efficaces et rendent leurs personnages avec une grande conviction. A nouveau le décalage flagrant entre la conception japonaise et occidentale du cinéma est à prendre en compte afin de pouvoir apprécier à leur juste valeur les performances de ces comédiens. En effet, le cinéma japonais oscille entre hiératisme et suractivité sans jamais passer par la case "normale". Ainsi les sentiments exacerbés des héros sont rendus de façon excessive mais très convaincante par de jeunes acteurs qui semblent littéralement habités par leur rôles.

Le final pourra paraître grandiloquent et mélodramatiquement chargé pour qui prend le film en cours de route, mais il est vraiment poignant pour le spectateur qui aura suivi le film avec intérêt et démontre la puissance de l'amitié qui liait ces personnages en même temps que l'esprit de sacrifice propre à l'archipel nippon.

Une oeuvre à aborder avec l'esprit ouvert et surtout débarassé des conceptions occidentales du cinéma de divertissement sous peine de passer totalement à côté d'un grand film. Le cinéma a cela de fabuleux qu'il est universel (même si dominé de façon evidente par le modèle hollywoodien) et permet donc de pouvoir s'immerger réellement dans des cultures différentes et de pouvoir comprendre les différences profondes qui en ressortent d'avec votre propre culture. Le Japon est une nation à l'identité culturelle très caractéristique et Fukasaku est un des maîtres de sa cinématographie, mais dans un style radicalement différent du cinéaste japonais le plus connu à travers le monde entier, Akira Kurosawa.


Image
L'image est présentée au format respecté de 2.35:1 d'après un transfert 16:9.
La définition générale est d'un bon niveau mais peut chuter notablement sur certains passages sans que cela ne devienne jamais gênant pour autant. L'interpositif est vraiment très propre, ne laissant passer que quelques poussières et traits discrets et limitant le grain autant que faire se peut. La finesse des détails est globalement élevée mais subit les mêmes remarques que la définition.
Le rendu des couleurs est dans l'ensemble excellent mis à part quelques passages où elles paraissent plus passées. Elles sont justes, bien saturées et surtout éclatantes.
Le contraste est bien géré, évitant toutes les brillances.
Les parties sombres sont bien rendues grâce à des noirs suffisamment purs et profonds. La qualité des dégradés est fort satisfaisante et permet d'apprécier au mieux les audaces formelles constantes de Fukasaku.
La partie numérique du transfert est irréprochable, ne venant jamais accentuer le peu de défauts présents sur l'interpositif et ne créant aucun défaut artificiel.
Un transfert qui n'est certes pas parfait mais relève du miracle lorsque l'on sait que les négatifs étaient perdus et n'ont refait surface qu'en 1990.


Son
La seule bande-son disponible sur cette édition est en Japonais (Dolby Digital 1.0 mono).

Sa dynamique est limitée mais reste tout à fait acceptable. Sa présence et sa spatialité sont également bridées car cette bande-son ressemble plus à une piste monophonique élargie à deux canaux qu'à une véritable stéréo et l'effet d'enveloppement que ce format implique.
La musique est fort bien rendue et surtout parfaitement intégrée au reste de la bande-son.
Les dialogues sont en permanence parfaitement intelligibles et seuls quelques passages hauts dans le spectre subissent des déformations parfois audibles.
Les basses fréquences sont bien entendu limitées mais remplissent néanmoins fort correctement leur rôle à plusieurs reprises.

Les sous-titres sont disponibles uniquement en Anglais.
Une bande-son à la hauteur de l'image qui permet de découvrir cette oeuvre très rare dans de bonnes conditions.


Suppléments/menus
Une section courte mais intéressante et qui a surtout le mérite d'exister sur un tel film.
L'interview de Kinji Fukasaku (8 min), réalisée juste avant son décès, est une pièce historique qui permet de mieux comprendre ce film longtemps oublié. Le maître s'y montre certes assez fatigué et diminué mais ses interventions restent pertinentes et éclairent réellement l'oeuvre et son contexte.
Le livret rédigé par Tom Mes est une parfaite introduction au film et à son univers, mettant bien en valeur les specificités de la culture japonaise et de l'époque de l'oeuvre à assimiler afin de pouvoir apprécier le film en connaissance de cause. Ce genre d'intiative est un plus indéniable pour le spectateur et mériterait d'être renouvelé plus souvent et surtout se voir accorder plus de place.
Pour finir, une filmographie de Kinji Fukasaku est disponible.
Une section un peu légère mais qui se révèle bien plus intéressante que celle de bien des éditions remplies à ras bord de suppléments inutiles et incohérents.



Conclusion
Une belle édition aux qualités audio et vidéo maximales pour une oeuvre aussi rare. Le prix de vente raisonnable, l'entrevue de Fukasaku, le livret explicatif et la qualité du film font que nous vous recommandons chaudement l'achat de cette édition.
Un film qui démontre aisément toutes les qualités de metteur en scène quasi expérimental qu'était Fukasaku mais qui met également en avant ses thèmes de prédilection qui le suivront toute sa carrière.
Une oeuvre trépidante et pleine d'énergie qui utilise des situations et des acteurs exacerbés (à la mode japonaise) pour nous faire ressentir le sentiment de frustration et la difficulté de vivre de la jeunesse japonaise au sortir de l'occupation américaine de leur territoire.


Qualité vidéo:
3,4/5

Qualité audio:
2,8/5

Suppléments:
3,0/5

Rapport qualité/prix:
3,5/5

Note finale:
3,3/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2004-02-22

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Kimi ga wakamono nara

Année de sortie:
1970

Pays:

Genre:

Durée:
89 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Home Vision Entertainment

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
2.35:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Japonaise Dolby mono

Sous-titres:
Anglais

Suppéments:
Interview, livret et filmographie

Date de parution:
2004-01-06

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