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Continental, un film sans fusil

Critique
Synopsis/présentation
La guerre qui perdure depuis plusieurs années dans l’univers du cinéma québécois et qui concerne deux types de cinéma plus précisément, soit le cinéma populaire et le cinéma d’auteur, est calquée directement sur celle qui se déroule chez nos voisins du sud. Les productions indépendantes tentent de frayer leur chemin à travers des productions mercantiles, et bien souvent, elles tendent à proposer une réflexion, un point de vue, un propos plus consistant au spectateur. Beaucoup plus que le cinéma dit blockbuster. Or, au Québec, le fait est que le cinéma de la belle province propose toujours, et on le remarque avec le recul, une question identitaire. Que ce soit un film comme Maurice Richard de Charles Binamé qui définit le québécois confiant et gagnant à travers le sport que pratique le héros ou encore Congorama de Philippe Falardeau qui fait se rencontrer un personnage québécois et un autre belge. Même le film de Binamé Un homme et son péché revisite le mythe du colon et du terroir à travers les personnages d’Alexis, de Donalda et de Séraphin. Cette question identitaire présente dans la grande majorité des films québécois ne fait que rendre plus imperméable la frontière entre cinéma d’auteur et cinéma populaire. Le public québécois devient, en effet, plus « lâche » et préfère se frotter au cinéma populaire (l’américanisation du cinéma québécois n’ayant certainement pas arrangé les choses) pour être confronter à des problèmes ou des réflexions qu’il pourrait également retrouver dans le cinéma d’auteur, cinéma considéré comme moins accessible et prétentieux.

Et un film comme celui du monteur Stéphane Lafleur qui signe ici son scénario et sa première réalisation n’est assurément pas prêt d’arranger les choses et encore moins les prix qu’il a remportés au dernier gala des prix Jutra (meilleur scénario, meilleur réalisation, meilleur acteur de soutien, meilleur film). D’abord, parce qu’il a été préféré à un film qui a eu une grande place dans le cœur des québécois cette année, soit Les trois petits cochons de Patrick Huard. Le mécontentement de public face à ce snobisme du cinéma populaire de la part de ce que nous qualifierons ici d’élite fait en sorte que ce public se ferme face aux productions comme Continental et manque effectivement l’un des meilleurs films québécois depuis longtemps.

Le film de Stéphane Lafleur risque aussi de diviser les spectateurs par sa forme. Le cinéaste qui co-signe aussi la trame sonore avec Hugo Lavoie nous propose de longs plans-séquences fixes pendant lesquels la caméra reste complètement immobile (on apercevra uniquement deux ou trois mouvements de caméra dans tout le film). Les personnages sont soient isolés dans le cadre, soit ils apparaissent et disparaissent pour ne laisser comme trace qu’un mouvement derrière eux (le superbe plan avec le lit d’eau). Le rythme du film est donc excessivement lent sans être contemplatif. De plus, la première partie du film en particulier est caractérisée par le silence laissant ainsi tout le poids aux images pour raconter cette histoire qui réunit quatre personnages : une dame dont le mari a disparu, un agent d’assurance qui doit s’éloigner du bercail, une réceptionniste qui souhaite tomber enceinte et un homme séparé qui a besoin de quinze mille dollars pour une chirurgie dentaire.

Tous ces silences, toutes ses images fortes de sens, toute cette lenteur n’est là que pour servir le propos du cinéaste sur la solitude. Et c’est aussi par cela que Continental devient un film encore déstabilisant. Parce que non seulement c’est un film très réflexif pour le spectateur québécois par rapport à sa propre solitude, mais surtout parce que cette dimension réflexive prend une tournure universelle. C’est-à-dire que Continental ne raconte par la solitude de quatre québécois, mais de quatre individus. Et c’est assurément sa plus grande qualité et ce qui explique en partie sa grande force. Car la mise en scène de Lafleur, les situations et les personnages pathétiques qu’il décrit et les répliques mémorables (surtout dans la deuxième partie) qu’il met en bouche à ses acteurs, tous irréprochables, sont aussi des qualités indéniables à cette œuvre.

Peut-être est-ce l’occasion, mais Continental, un film sans fusil est un film qui dépasse tellement ce qui s’est fait précédemment dans le cinéma québécois (autant en ce qui concerne la question identitaire que la question du cinéma d’auteur) qu’il devient extrêmement difficile de passer à côté d’une telle œuvre. En peignant le thème de la solitude de façon universelle à travers ces quatre individus, Stéphane Lafleur a ainsi offert au public québécois l’occasion idéale pour regarder à travers un miroir dit d’auteur, il nous a offert celui de l’homme, tout simplement.


Image
Le film est offert au format d’image respectée de 1.85:1 d’après un transfert 16:9.

La définition générale de l’image est bonne. On observe un subtil grain cinématographique ce qui suppose un matériel source dans un état relativement impeccable. La netteté de l’image est donc excellente de même que les détails et les textures qui sont reproduits à un niveau remarquable. Le rendu des couleurs est aussi très juste. Ces dernières demeurent riches, pleinement saturées et ne démontrent aucun problème de débordement. Les tons de peaux demeurent aussi naturels. Les contrastes sont parfaitement gérés évitant ainsi les effets de surbrillance. Les dégradés demeurent généralement fluides et précis offrant de très belles parties sombres alors que les noirs sont toujours purs et intenses.

Malheureusement, quelques signes de compression (fourmillement) viennent gâcher une partie du visionnement.


Son
Nous retrouvons ici deux bandes sons françaises, l’une au format Dolby Digital 5.1 et l’autre au format Dolby Surround 2.0. C’est le mixage 5.1 qui a été évalué pour cette critique.

Si l’on considère le genre de film auquel appartient Continental, un film sans fusil, le mixage offert ici est tout à fait correct. Le dynamisme est adapté en fonction de ce type de films et la présence est tout ce qu’il a de plus honorable. L’environnement sonore est exploité de façon subtile. Les ouvertures frontale et latérale sont claires et précises alors que les enceintes arrière demeurent employées à des fins exclusives d’ambiance. Ambiances qui sont judicieusement bien reproduites par le mixage. Les effets d’ambiophonie se veulent donc rares, voire inexistants dans un cas comme celui-ci. Par contre, les dialogues demeurent constamment et parfaitement intelligibles alors que la trame sonore signée par Stéphane Lafleur et Hugo Lavoie s’intègre habilement au mixage. Les basses sont employées à quelques reprises et elles grondent avec une certaine profondeur alors que l’utilisation du canal d’extrêmes graves se veut beaucoup plus anecdotique. Dans l’ensemble, une bande son qui reproduit fidèlement et efficacement l’univers sonore du film.

Des sous-titres anglais sont disponibles.


Suppléments/menus
Nous retrouvons d’abord huit scènes supprimées. « Quelque chose d’assez voyant (0:43) » nous montre le personnage joué par Gilbert Sicotte acheté l’affiche pour la vitrine de son magasin. « Salle d’attente (1:00) » nous présente le personnage de Louis assis dans une salle d’attente attendant pour son entrevue. « Le rêve de Chantal (1:21) » présente Chantal qui raconte un rêve qu’elle a fait à sa collègue femme de ménage. « Un client satisfait (0:53) » est une scène plutôt comique montrant un des clients de Louis utilisant son nouveau cellulaire. « Pas de ménage aujourd’hui (1:05) » présente le personnage joué par Marie-Ginette Guay qui essaie désespérément de dénouer le fil entremêlé de sa balayeuse. « Le bébé va bien (2:16) » est une scène qui rassurera assurément de nombreux spectateurs puisqu’elle est la réponse à la scène de la fête dans laquelle Chantal échappe le dit bébé. Fait amusant aussi : cette scène nous montre la mère du bébé prendre une assurance auprès du personnage de Louis. « Ces choses qui brisent (1:27) » met en scène le personnage joué par Gilbert Sicotte aux prises avec différentes choses qui ne fonctionnent pas : une calculatrice, un guichet automatique, un gobe sou. Finalement, « Un jeu d’enfant (0:56) » présente le personnage de Louis qui s’amuse avec un sac de plastique par-dessus sa tête. Vous vous en doutiez, ces scènes ou du moins la plupart n’apporte absolument rien de nouveau (sauf la scène avec le bébé naturellement) et nous comprenons la sage décision de l’ancien monteur qu’est Lafleur de les avoir supprimé du montage final.

Nous avons aussi un documentaire (11:32) qui présente des entrevues avec le réalisateur Stéphane Lafleur, le producteur Luc Déry et les acteurs du film. Les interventions se caractérisent malheureusement trop par l’auto-congratulation et le segment se veut beaucoup trop court pour pouvoir cerner le vif du sujet, soit le film. Les acteurs expliquent qui sont leur personnages, le réalisateur explique sa mise en scène, bref, tous des éléments qui ne demandaient pas nécessairement de mots pour être perçus. Malgré tout, c’est un documentaire qui se laisse regarder.

« Le journal de Chantal (2:01) » ressemble étrangement à un court-métrage. C’est plutôt une sorte de scène supprimée qui nous fait entendre, sur le défilement de différentes images de banlieue, les messages que le personnage joué par Fanny Mallette laisse sur son répondeur. Finalement, la bande-annonce du film conclut cette section.



Conclusion
L’ancien monteur Stéphane Lafleur a donc effectué plus qu’un grand saut en passant comme scénariste et réalisateur pour son premier long-métrage Continental, un film sans fusil. Il a offert au public québécois une œuvre au propos universel et qui se libère lentement de la quête identitaire qui caractérise le cinéma québécois. Car même si le film de Lafleur nous raconte la solitude de quatre individus, l’œuvre est loin d’être déprimante. Les situations pathétiques, les répliques souvent hilarantes et la lueur d’espoir qui se fait sentir pour chacun des personnages à la fin du film font de Continental un grand film, et certainement un film à voir, tout public confondu.

Christal Films offre une édition techniquement dans les normes. Le transfert est bon, mais perfectible en ce qui concerne la compression alors que la bande son reproduit fidèlement un film qui ne se prête pas à bien des prouesses sonores. Les suppléments sont relativement intéressants, mais pas nécessairement indispensables. Il faut donc croire que la première et réelle raison de l’achat de cette édition soit l’œuvre elle-même avant tout, raison plus que louable.


Qualité vidéo:
3,7/5

Qualité audio:
3,5/5

Suppléments:
3,0/5

Rapport qualité/prix:
3,4/5

Note finale:
3,3/5
Auteur:

Date de publication: 2008-05-29

Système utilisé pour cette critique:

Le film

Titre original:
Continental, un film sans fusil

Année de sortie:
2007

Pays:

Genre:

Durée:
103 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Christal Films

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.85:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Française Dolby Digital 5.1

Sous-titres:
Anglais

Suppéments:
Entrevues, scènes supprimées, segment, bande-annonce

Date de parution:
2008-04-22

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