Facebook Twitter      Mobile RSS        
DVDEF

Mortelle Randonnée

Critique
Synopsis/présentation
Claude Miller est un réalisateur qui compte parmi les valeurs sures du cinéma français depuis les années quatre-vingt, même s'il n'est pas forcément le plus représentatif du cinéma français. Il est toujours resté à l'écart des modes, réalisant des oeuvres parfois fort différentes, à un rythme plutôt lent. Ses grandes réussites sont à classer dans plusieurs genres mais l'élément psychologie poussée des personnages est une constante et ainsi, malgré leurs différences, La Meilleure Façon de Marcher (1977), Garde à Vue (1981), Mortelle Randonnée (1983), La Petite Voleuse (1988), l'Accompagnatrice (1992), La Classe de Neige (1998), Betty Fisher (2001), sont tous des films aux héros et héroines torturés, à la psychologie complexe, dont la mise en scène discrète mais précise de Miller rend bien les troubles intérieurs.

Mortelle Randonnée ne déroge pas à cette règle et propose une intrigue de roman noir réhaussée de personnages fascinants et d'un sens de l'absurde totalement maîtrisé servant admirablement son propos. L'Oeil (Michel Serrault) est un detective privé qui se voit confier la surveillance d'un fils de famille fortuné que ses parents s'inquiètent de voir dépenser leur argent à tout va avec une jeune femme, Catherine Leiris (Isabelle Adjani). L'Oeil est un homme très cynique et désabusé par le fait qu'il n'a jamais connu sa fille dont son ex-femme tient l'identité secrète. Il est totalement obsédé par une photo de classe de jeunes filles parmi lesquelles il sait que se trouve sa fille. Lorsqu'il découvre la femme qui dépouille le jeune homme qu'il surveille, il se rend compte qu'elle l'attire de façon irrésistible. Lorsqu'il s'aperçoit qu'elle a tué son client, il la suivra dans sa cavale meurtrière internationale au mépris de tous les dangers et de sa carrière, allant jusqu'à dissimuler les preuves de ses forfaits.

Le scénario est adapté d'un excellent roman noir de Marc Behm (Eye of the Beholder) dont Miller et le célèbre Michel Audiard ont su développer les points les plus intéressants. L'ambiance est totalement décalée, à la limite du surréalisme (le couple Stéphane Audran et Guy Marchand) et la science aiguë du dialogue d'Audiard fait mouche en renforçant l'étrangeté de l'oeuvre par un humour caustique, cynique et désenchanté. Le film progresse en suivant les exactions de Catherine qui finira par se retrouver sur la même longueur d'onde que l'Oeil par le fait qu'elle n'a jamais connu son père et qu'elle passe son temps à fantasmer sa véritable identité. Les deux héros seront donc en interactivité constante bien qu'ils ne se croiseront qu'en toute fin de film. C'est cette alchimie incroyable (et pour tout dire peu réaliste mais cela est dans l'esprit de l'oeuvre) qui est le centre de film, qui s'intéresse autant à la psychologie complexe et torturée de ses deux principaux protagonistes qu'à l'enquête.
Ce film est en cela un pur film noir dans la tradition du genre, modernisé de façon remarquable grâce au talent de Miller et Audiard.
La progression de l'intrigue n'est jamais prévisible et le spectateur est en permanence balloté au même rythme que l'Oeil, cela créant un rapport particulier entre le spectateur et ce personnage très original, désagréable et touchant à la fois.
La fin du film est d'ailleurs d'une étrangeté rarement atteinte, qui réussit également à émouvoir de façon inhabituelle en donnant une tournure surprenante à la relation entre l'Oeil et Catherine.

La mise en scène de Claude Miller est toute entière dévouée à son sujet, ne cherchant jamais l'effet gratuit ou la mise en avant du style. Grace à une utilisation fluide des mouvements de caméra et à un montage très travaillé, il réussit admirablement à restituer l'absurdité de nombre de situations. La photographie est partagée entre discrétion et embellissement, jouant ainsi à nouveau avec le spectateur en ne lui proposant jamais une uniformité réductrice.
L'étonnante version de la Paloma écrite par Carla Bley pourra paraître pesante à certains, mais se révèle en totale adéquation avec le surréalisme comique sousjacent de l'oeuvre. Ce thème récurrent vient donc ponctuer le film à un rythme régulier, soulignant efficacement l'action et l'étrangeté de ses protagonistes.

Michel Serrault est absolument remarquable dans ce rôle ingrat qui paraît taillé sur mesure pour son jeu décalé et pourtant si prenant. Il est à noter sa présence dans un autre immense film noir français, Buffet Froid de Bertrand Blier (1979), où le surréalisme forcéné l'emportait sur son intrigue et dans lequel Michel Serrault tenait un petit rôle complètement décalé déjà.
Isabelle Adjani est absolument remarquable dans ce rôle d'une prédatrice redoutable ayant conservé son âme d'enfant et errant sans but précis à la recherche d'on ne sait quoi et vivant dans ses souvenirs familiaux fabriqués de toutes pièces. Elle y apporte son mélange unique de force et de sensibilité et sa beauté naturelle crédibilise son personnage. Les autres acteurs s'en donnent à coeur joie dans le registre réaliste mais décalé, avec une mention spéciale à Stéphane Audran ayant accepté de s'enlaidir de façon incroyable, et Guy Marchand qui incarne à la perfection la suffisance pathétique de son personnage par ailleurs assez flou (de façon volontaire).

Claude Miller a réussi avec Mortelle Randonnée un film unique, déroutant, passionnant, surprenant et qui s'avère d'une profondeur psychologique souvent absente de ce genre d'oeuvres (même si la vraisemblance n'est pas son point fort). Ce film représente donc une sorte d'aboutissement dans le genre du film noir à la française, dont la recette semble perdue à l'heure actuelle, si ce n'est avec les films de Guillaume Nicloux comme Le Poulpe (1998), Affaire Privée (2002) ou Cette Femme-là (2003), qui ne possèdent tout de même pas la même classe. En effet, en 1983, Michel Serrault et Isabelle Adjani étaient deux stars françaises au sommet de leur gloire et il est peu probable d'imaginer à l'heure actuelle deux acteurs de premier rang se lancer dans un projet aussi risqué et décalé.

Une oeuvre à découvrir impérativement pour tous les amateurs de film noirs, d'absurde et d'humour cynique. Elle vous surprendra par sa réalisation impeccable, son audace narrative et les diverses orientations que suit son scénario tout en ne se prenant jamais au sérieux.



Image
L'image est proposée au format non respecté de 1.66:1 (au lieu de 1.85:1) d'après un transfert 16:9.
La définition générale est plutôt faible, même si des scènes bien définies alternent avec de nombreux passages au flou beaucoup moins artistique. L'interpositif est assez propre dans son ensemble, mais propose néanmoins certains passages totalement sales (gros points, rayures et grain excessif) qui viennent parasiter l'ensemble de façon non négligeable. La finesse des détails est dans une limite acceptable qui rattrape un peu les passages flous et abimés, permettant d'apprécier l'excellent travail des décorateurs du film.
Le rendu des couleurs est heureusement de bon niveau, offrant des couleurs naturelles, constantes, sans débordements et d'une bonne saturation. Le contraste est mal géré mais ne laisse cependant pas passer de brillances gênantes. Les scènes sombres du film sont mal rendues à cause du contraste défaillant et de noirs plutôt grisâtres et d'une pureté douteuse.

La partie numérique ne fait rien pour arranger les choses, générant des fourmillements importants répartis sur tout le métrage et surtout des défauts de compression qui rendent les arrières plans "mouvants".
De plus, il est à noter le défaut le plus gênant et surtout incongru en la présence d'une sorte de trame rajoutée sur l'image qui génère des parasites verticaux plus ou moins visibles selon les scènes. C'est surtout lors des conditions de basse lumière que cette trame prend le pas sur le reste de l'image, rendant certaines scènes difficiles à regarder.

Un transfert qui s'avère donc assez catastrophique. Les défauts numériques cumulés aux défauts de l'interpositif font de cette édition une des pires qu'il nous ait été donné de tester, surtout pour un film vieux de vingt ans seulement. Cela est d'autant plus dommage que si l'éditeur avait soigné son transfert numérique et légèrement nettoyé l'interpositif, cette édition aurait pu s'avérer satisfaisante.


Son
La seule bande-son disponible sur cette édition est en Français (Dolby Digital 2.0 stéréo).

Sa dynamique est certes limitée mais cadre parfaitement avec ce que l'on attend d'une telle bande-son. Sa présence et sa spatialité sont de faible niveau du fait d'un effet stéréo peu développé. La musique décalée de Carla Bley est bien rendue et parfaitement intégrée au reste de la bande-son. Les dialogues sont toujours parfaitement intelligibles et les traces de parasites et distortions restent dans des limites acceptables à fort volume. Les basses fréquences sont limitées mais viennent apporter du poids (surtout à la restitution musicale) lorsque cela est nécessaire.

Les sous-titres sont disponibles en Anglais uniquement et de façon optionnelle.

Une bande-son qui n'est certes pas à la hauteur de ce qu'elle aurait pu être mais qui s'avère néanmoins agréable à écouter et rattrape en partie le désastre de la partie vidéo.



Suppléments/menus
Une section malheureusement vide à part une bande-annonce de mauvaise qualité et une banale filmographie. Cela est fort dommage étant donné la qualité générale de l'oeuvre de Claude Miller et du fait qu'il est peu connu sur le territoire Nord Américain (surtout aux États-Unis).
A noter, des menus vraiment hideux qui ne rendent absolument pas justice au film, à croire que Wellspring souhaite décourager les éventuels acheteurs de cette édition.



Conclusion
Une édition absolument désastreuse au niveau vidéo. La partie son est conventionnelle mais remplit son rôle de façon correcte.
La partie suppléments étant vide, nous ne pouvons que vous conseiller d'éviter cette édition d'un film pourtant vraiment original et passionnant.

Un film noir à la française qui s'avère extrêmement réussi grâce à un mélange peu habituel d'humour noir, d'ambiance absurde, de situations décalées, du jeu formidable de grands acteurs et une mise en scène totalement au diapason de ces qualités.
Claude Miller signe ici une remarquable adaptation personnelle d'un grand roman noir et cela est suffisamment rare dans le paysage cinématographique français pour ne pas le souligner.


Qualité vidéo:
2,0/5

Qualité audio:
2,8/5

Suppléments:
1,0/5

Rapport qualité/prix:
2,5/5

Note finale:
2,0/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2004-01-07

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Mortelle Randonnée

Année de sortie:
1983

Pays:

Genre:

Durée:
96 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Wellspring Media

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.66:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Française Dolby 2.0 stéréo

Sous-titres:
Anglais

Suppéments:
Bande-annonce,filmographies

Date de parution:
2003-11-11

Si vous avez aimé...