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DVDEF

Odds against Tomorrow

Critique
Synopsis/présentation
Robert Wise est décidément un réalisateur surprenant, capable de réaliser un film marquant dans chaque genre qu'il a abordé au cours de sa carrière.
Odds against Tomorrow (1959) est un film noir dans la plus pure tradition du film de "casse" qui tourne mal auquel a été habilement et subtilement insérée une critique, ou plutôt une démonstration implacable de la stupidité qui peut conduire les êtres humains à se détester en fonction de la couleur de leur peau.
Dave Burke (Ed Begley) est un ancien policier qui souhaite compenser sa maigre retraite en montant un casse sans risques. Pour cela, il fait appel à Earle Slater (Robert Ryan) et Johnny Ingram (Harry Belafonte). Tous les deux sont dans des positions difficiles qui les obligent à accepter sans discuter la proposition de Dave. Lorsque Earle se rendra compte que Johnny est noir, il refusera de participer au casse du fait de son racisme exacerbé. Mais de malheureux évènements le pousseront finalement à accepter ce travail avec tous les problèmes qui vont en découler jusqu'à une issue forcément tragique, film noir oblige.

Le scénario d'Abraham Polonsky tiré d'un roman de W. McGivern fait preuve d'une fidélité au genre noir qui n'a que des aspects positifs, se référant notamment à l'un des sommets incontestables du genre, The Asphalt Jungle de John Huston (1950). Il a l'intelligence de greffer sur cette histoire classique le thème du racisme et ce de façon subtile et surtout non manichéenne. La grande focre de ce scénario est de proposer des personnages qui, malgré leur apparente classe et assurance, sont en fait des êtres brisés qui tentent leur dernière chance. Aucun des protagonistes n'est plus positif que les autres et même Ingram qui parait le plus classe et le plus sympathique d'entre eux n'est qu'un joueur invétéré incapable de s'adapter à la vie de famille et au final développant un racisme latent. Slater est un ancien soldat qui a totalement raté son retour à la vie civile et le digère très mal. Il est un raciste acharné et d'une violence qu'il peine souvent à contenir et malgré cela, il apparaît plutôt comme un "brave gars" par moments sans que jamais le trait soit forcé. Entre eux, Burke apparaît sympathique mais manipulateur et peine vraiment à contrôler les rapports explosifs qu'entretiennent ses deux exécutants.
Dans la première partie du film, l'accent est mis sur la description du quotidien sordide de ces trois personnages et des conditions qui les ont amenées à envisager ce crime pour lequel ils ne semblaient pas prédestinés. Là est la grande force de ce film qui réussit à nous attacher à ses personnages pour nous rendre leur déchéance du second acte plus pénible et ainsi souligner le tragique de leur situation.
Le thème du racisme vient ainsi renforcer la puissance de cette situation en créant une tension formidable et toujours crédible entre un Burke raciste primaire et stupide et Ingram qui s'avère aussi borné et stupide que lui en dépit du fait qu'il est la victime d'une ségrégation.
L'intensité et le tragique du final ne prennent tout leur sens que grâce à la mise en place de la première partie, et semblent une métaphore efficace de la situation raciale explosive des Etats-Unis qui n'allait d'ailleurs pas tarder à s'enflammer.

La mise en scène de Wise est acérée et précise, ne cherchant jamais l'effet de style en tant que tel, mais par ses angles de caméra travaillés et la fluidité de ses mouvements de caméra ajoute clairement une dimension dramatique à son histoire par le biais de ces procédés. Le realisme était pour lui une priorité sur ce film et s'il utilise regulièrement les caractéristiques classiques du film noir (jeu sur les ombres, photographie contrastée), il ne s'en sert jamais pour installer un climat onirique ou même artificiellement sordide. Il insiste sur le quotidien et la banalité de la vie de ses héros et magnifie le casse de la deuxième moitié de son film tout en prenant bien soin de rester dans les limites du crédible, ce qui représente sa grande force.
La photographie de Joseph C Brun est admirable et associée au brillant score jazz de John Lewis, offre à cette oeuvre une ambiance formidable, reflétant à merveille l'ambiance de l'époque et l'aspect poignant des destins des héros.

Robert Ryan est absolument formidable dans ce que nous jugeons être sa meilleure performance. Il est un Slater désespéré de ne retrouver une position sociale digne et qui rumine sa colère, l'exprimant par une violence explosive qu'il peine de plus en plus à contenir et un racisme exacerbé qui ne fait que s'amplifier au contact d'Ingram. Il est capable d'attirer la sympathie du spectateur et ce malgré le caractère détestable de son personnage.
Harry Belafonte est largement à la hauteur de la prestation de Ryan et compose un Ingram sûr de lui et séduisant mais qui s'est avéré incapable de dépasser ses pulsions de joueur. Il a ainsi préféré continuer sa vie de joueur invétéré et chanteur dans les night-club plutôt que de s'occuper correctement de sa famille. Il a autant de colère renfermé à exprimer que Slater, et Belafonte s'avère aussi physiquement impressionant que lui.

Voici donc un grand film noir qui démontre une fois de plus le talent souvent sous-estimé de Robert Wise et vous comblera à coup sur en tant que spectateur.


Image
L'image est présentée au format respecté de 1.33:1 d'après un transfert 4:3.

La définition générale est correct mais s'avère instable par moments (surtout sur les plans larges). L'interpositif est très propre, les quelques traces et points présents de façon intermittante (le superbe générique) n'étant jamais gênants. La finesses des détails est de bon niveau, offrant à l'image une profondeur très appréciable.
Le contraste est bien géré, évitant toutes les brillances.
Les parties sombres sont impeccablement rendues et ce grâce à des noirs étonnamment purs et profonds. La qualité des dégradés est elle aussi surprenante et permet à ce transfert d'offrir un rendu très cinéma, respectant les moindres nuances de la photographie de Joseph C Brun.

La partie numérique est légèrement en retrait, laissant trop souvent échapper des fourmillements et montrant par moments une légère tendance à la surdefinition (rien de vraiment gênant cependant).
Un bon transfert auquel on ne s'attendait pas sur un film aussi peu connu et qui prouve une fois de plus qu'une bonne conservation des copies permet de proposer une version vidéo de qualité sans pour autant qu'elle subisse de travail de restauration complet. Il faut cependant bien avouer qu'un nettoyage plus poussé de l'interpositif et une meilleure gestion de la partie numérique aurait permis un rendu quasi parfait.


Son
La seule bande-son disponible sur cette édition est en Anglais (Dolby Digital 1.0 mono).
Sa dynamique est limitée et fait preuve de faiblesses dans le haut du spectre. Sa présence et sa spatialité sont tout en fait dans la limite de ce qu'on est en droit d'espérer pour une petite production de 1959.

La musique est malheureusement le parent pauvre de cette édition et cela est d'autant plus dommage que la partition de John Lewis est remarquable et s'avère d'importance pour l'ambiance du film. Son rendu est surtout parasité par des sifflantes et parasites dans le haut du spectre surtout lors des passages où Harry Belafonte chante dans le night-club. Cependant, elle s'avère parfaitement intégrée au reste de la bande-son. Les dialogues sont en permanence parfaitement intelligibles mais des sifflantes font leur apparition sur les passages les plus agités lorsque le volume sonore est poussé dans ses rentranchements.
Les basses fréquences sonr présentes et viennent asseoir le rendu musical lorsque nécessaire, compensant légèrement le déficit dans les aigus.
Les sous-titres sont disponibles en Anglais, Français et Espagnol.

Une bande-son un peu décevante de par le fait que dans l'ensemble elle est de qualité mais qu'un mauvais traitement de la partie haute du spectre conduit à des sifflantes handicapant le rendu musical.



Suppléments/menus
Le seul supplément disponible sur cette édition est une bande annonce de qualité moyenne qui présente le film sous un jour attrayant et surtout sans en révéler les peripéties comme c'est souvent le cas.
Il est dommage au vu de la qualité de ce film qu'aucun effort n'ait été fait pour proposer un documentaire (même court) retraçant la carrière atypique de ce grand cinéaste qu'est Robert Wise et replaçant ce film dans son contexte.



Conclusion
Une édition proposant une bonne qualité vidéo mais dont la partie audio est malheureusement en retrait. Néanmoins, au vu de la qualité de l'oeuvre, de son tarif attractif et malgré son absence de suppléments, nous vous conseillons vivement son achat.
Il s'agit d'un des derniers grands films noir avec un aspect tragique et pathétique des personnages (malgré toute la sympathie qu'ils peuvent inspirer par ailleurs), très effectif. Robert Wise est un touche à tout exceptionnel et il le prouve une fois de plus avec cette magnifique incursion dans un genre très balisé dont il respecte le canevas mais élargit la critique sociale au racisme et ce de façon intelligente et non manichéenne.
Il se montre une fois de plus un grand directeur d'acteurs comme le prouvent les magnifiques performances de Robert Ryan, Harry Belafonte et Ed Begley.
Une oeuvre grandement recommandée pour sa mise en scène acérée, ses acteurs, sa musique, sa photographie et son sens du tragique exacerbé.


Qualité vidéo:
3,5/5

Qualité audio:
2,8/5

Suppléments:
1,0/5

Rapport qualité/prix:
3,4/5

Note finale:
3,3/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2003-12-11

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Odds against Tomorrow

Année de sortie:
1959

Pays:

Genre:

Durée:
96 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
MGM

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.33:1

Transfert 16:9:
Non

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby mono

Sous-titres:
Anglais
Français
Espagnol

Suppéments:
Bande-annonce

Date de parution:
2003-12-02

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