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DVDEF

Tommy (Superbit Edition)

Critique
Synopsis/présentation
Ken Russell a non seulement la plus forte personnalité du cinéma anglais, mais également une énergie créatrice et un appétit de vivre des plus intenses. Il sera successivement marin, danseur de ballet, acteur, photographe, réalisateur de télévision (où il signera 46 teléfilms dont l'excellent Dante's Inferno, 1967), puis réalisateur de cinéma (plusieurs films en amateur et quinze professionnellement), auteur de certains de ses scénarios, et de temps à autres son propre producteur.

Il est le cinéaste du baroque le plus échevelé, sans retenues ni mesure. Ces partis pris engendrent des oeuvres hors normes, désordonnées (mais seulement en apparence), aux défauts souvent aussi grands que leurs qualités. Ses films ne laissent jamais indifférents, et suscitent à leur image des réactions fortes (rejet ou au contraire admiration). On ne peut en tout cas lui enlever sa maîtrise technique ni la beauté formelle de ses oeuvres. Il est d'ailleurs un réalisateur très visuel et revendique l'influence de Goya (le grand peintre espagnol). La musique et l'art en général comptent aussi énormément pour lui, en témoignent les nombreuses biographies de musiciens (Tchaïkovski, Mahler, Liszt) ou d'artistes (le sculpteur Gauldier, l'acteur Rudolph Valentino) aux vies souvent torturées et aussi intenses que la sienne.

On peut aisément lui reprocher le côté trop décousu de ses oeuvres ainsi que ses emportements lyriques et baroques, mais ces éléments sont partie intégrante de son cinéma pour ne pas dire son essence (et en font paradoxalement la valeur et les limites). Il ne faut pas non plus chercher la vérité historique ou le réalisme à travers son oeuvre, mais cela lui permet (a contrario du système hollywoodien classique de la biographie) de pouvoir offrir sa vision de la vie et de la personnalité des artistes qu'il aime (dans le genre d'Amadeus). Le sexe et la violence malsaine, ainsi que la provocation, font également partie de ses thèmes de prédilection. Toutes les qualités de Ken Russell sont présentes dans ses meilleurs films : Women in Love (1968), The Music Lovers (1970), The Devils (1971), Savage Messiah (1972), Mahler (1974), Tommy (1975), Lisztomania (1975), Valentino (1977), Altered States (1980), Crimes of Passion (1984), b>Gothic (1986), Whore (1991).

Tommy (1975) est une adaptation de l'opéra rock éponyme des Who, écrit par Pete Townshend, leur guitariste. Le film est sans dialogues, il est composé uniquement de chansons qui racontent l'histoire du petit Tommy (Roger Daltrey, le chanteur des Who) qui est témoin du meurtre de son père (qu'il croyait mort à la guerre) par sa mère (Ann Margret) et son amant (Oliver Reed, l'acteur fétiche de Russell). Celui-ci en deviendra aveugle, sourd et muet et restera isolé du monde malgré les diverses tentatives de sa mère pour l'aider par tous les moyens existants. Il redeviendra un peu conscient le jour où il découvrira le flipper et en deviendra le meilleur joueur (The Pinball Wizard). Il recouvrera ensuite ses sens et créera une sorte de religion grâce au culte qui s'est établi autour de sa personne lorsqu'il était handicapé et champion de flipper. Le film est typique de son auteur et il y érige l'outrance comme mode de fonctionnement. Les acteurs forcent le trait , grimacent comme jamais, mais cela est en adéquation avec les situations qu'ils vivent. On ne peut d'ailleurs pas dire qu'Ann Margret et Oliver Reed soient de grands chanteurs, loin de là. Cependant, leurs prestations sont énergiques et offrent l'occasion de les voir sous un jour et dans des situations radicalement différents de leurs rôles habituels (A. Margret nageant dans des haricots à la sauce tomate et O. Reed sautillant en short). Tous les membres des Who sont présents dans le film et jouent des rôles outranciers et excessifs à souhait. Il y a même une apparition surprise de Jack Nicholson (pas très doué pour les vocalises), qui s'avère hilarante. Les numéros musicaux sont le principal intérêt du film et il faut bien avouer que la musique des Who est vraiment à classer parmi ce qui se faisait de mieux à l'époque.

Ainsi, les clous du film sont les morceaux où chantent Eric Clapton, Tina Turner (ce passage est d'anthologie) et Elton John (tel que vous ne pensiez jamais le voir). La mise en scène et le montage sont eux aussi outranciers et cela rajoute au film un impact et un intérêt indéniables. Les décorateurs et le directeur artistique ont effectué un travail remarquable, totalement psychédélique et dans l'esprit. Ce film illustre bien la passion de Ken Russell pour toutes les formes de musique, et confirme que la culture rock et pop est d'importance, ce qui n'est sans doute pas l'avis de tous les amateurs de musique classique. Il rejoint ainsi Milos Forman dans sa démarche, ce dernier ayant adapté Hair (1979), une comédie musicale emblématique de l'esprit libertaire des années 60/70, qui quatre ans plus tard signa le meilleur film jamais réalisé sur un compositeur classique : Amadeus (cf critique).

Il s'agit là d'une oeuvre datée (en ce sens qu'elle est vraiment représentative de son époque et que donc forcément elle a vieilli), qui, une fois que l'on en est conscient, s'avère très agréable. Ken Russell et tous les artisans du film y témoignent d'une énergie et d'une maîtrise technique rares (sauf les parties chantées par des acteurs professionnels, mais cela rajoute au charme de l'oeuvre à notre goût). Les plus jeunes et ceux qui n'apprécient pas l'ambiance et le style des années 70 éviteront ce film. Pour les autres, voyez le plutôt comme un spectacle, que comme un film proprement dit, et vous passerez assurément un excellent moment. Les hauts et les bas de sa progression vous paraîtront ainsi moins flagrants et la fabuleuse qualité technique de cette édition vous ravira certainement.



Image
Cette édition nous offre une image au format respecté de 1.85:1 d'après un transfert anamorphosé.

Ce film avait déja bénéficié d'un nouveau transfert pour une précédente édition que nous n'avons malheureusement pas pu comparer avec celle d'aujourd'hui.

La définition générale est tout bonnement excellente. L'interpositif n'est pas vierge de tous défauts, mais ceux-ci sont si insignifiants qu'ils passent totalement inaperçus. La finesse des détails est, elle aussi, assez incroyable pour un film vieux de vingt-huit ans. La colotimétrie est du même niveau et rend pleinement justice aux couleurs bariolées et outrancières des délires psychédéliques de Ken Russell et des Who. Le contraste se voit géré de manière exemplaire. Les noirs offrent une bonne profondeur et donne une belle assise à l'image. Les parties sombres sont très bien restituées et tous les dégradés subtilement rendus.

La partie numérique se devait d'être sans reproches car elle est l'élément central de la bannière Superbit. Ce titre DVD est la preuve que l'absence de défauts sur un film des années soixante-dix est tout à fait possible et ce ne sont pas les deux ou trois fourmillements présents qui viendront ternir le tableau. La surdéfinition est totalement absente ainsi que la moindre trace de défauts de compression.

La Columbia était obligée de proposer un transfert de haut niveau pour la première incursion de sa bannière Superbit dans des films plus anciens : son objectif est donc parfaitement rempli. Reste la question suivante, est il possible de faire aussi bien sans enlever les suppléments ?




Son
Les deux bandes proposées avec cette édition sont en Anglais (DTS 5.1 surround) et Anglais (DD 5.1 surround).

La bande-son en DTS est d'un dynamique vraiment surprenante pour du matériel de 1975. La spatialité est elle aussi excellente et la présence qui en découle est tout bonnement incroyable pour une oeuvre de cette époque. Le déploiement du champ sonore est ample et quasi permanent. La séparation des canaux est du même acabit et surprend même au début (uniquement au début), car on n'y est pas habitué pour ce type de films. Les enceintes arrières sont rarement inactives et la précision est bien là. Les voix sont aussi nets et intelligibles que possible. Les basses fréquences sont aussi bien traitées que le reste de la bande-son mais paraissent moins exceptionnelles du fait du matériel retranscrit qui n'en nécessite qu'une utilisation limitée (leur profondeur et leur impact est forcément bien moindre que sur des films récents et non musicaux). A noter toutefois que pour appécier au mieux cette bande-son, il serait préférable que vous baissiez le niveau habituel de vos enceintes arrières (de un voire deux décibels selon vos réglages), car leur niveau d'enregistrement est très haut voire trop élevé.

La bande-son en Dolby Digital 5.1 se défend fort bien mais ne peut tenir la comparaison avec son homologue en DTS 5.1. En effet, malgré une différence flagrante du niveau d'enregistrement à son désavantage, même à niveau égal, elle s'avère moins ouverte et précise. De même, sa spatialité est un peu en retrait ainsi que sa dynamique. La différence se fait également au niveau de la gestion des graves, comme s'il s'agissait en fait de la piste en DD 5.0 surround de l'ancienne édition (li lui manque la piste séparée pour le grave et celui-ci est réparti sur les cinq+ enceintes). Néanmoins, il ne s'agit là que d'une impression et non d'une affirmation. Cette bande serait déja satisfaisante si elle était proposée seule.

Le pari du remixage est remporté haut la main et la qualité de la bande DTS est vraiment exceptionnelle (ce remixage a sans doute été facilité par le fait que la bande-son d'époque était enregistrée dans un format multicanal, le quintophonic sound).



Suppléments/menus
La Columbia a lancé cette bannière DVD en toute honnêteté et nous ne pouvons donc décemment lui reprocher sa totale absence de suppléments.

Nous l'aurions fait si la qualité audio/vidéo n'avait pas été au rendez-vous, hors ce n'est pas le cas !

Par contre, il est dommage au vu du film, que Ken Russel n'ait pu enregistrer un commentaire audio sur les conditions de tournage qui ont sans aucun doute été hors-normes et aussi délirantes que le film.



Conclusion
Une édition de haut niveau technique, dont la partie vidéo est à la hauteur du fabuleux remixage en DTS. Le traitement Superbit apporte visiblement des améliorations à la qualité de l'image (ou du moins à son encodage) et la grande place dévolue aux bandes-son leur permet de proposer la meilleure qualité possible.

L'achat est impératif pour tous les amateurs des Who (et dans l'ensemble de la musique des 60's et 70's) car l'opportunité de pouvoir écouter leur musique dans de si bonnes conditions est nouvelle et indispensable. Un film déroutant et très décousu, mais qui reflète bien les qualités et les gros défauts du cinéma psychédélique de ces années. Quelques passages musicaux d'anthologie (et leurs stars) justifient à eux seuls l'achat de ce DVD. La tendance outrancière et très libertaire de ces années ne destinent cependant ce film qu'à des spectateurs avertis.


Qualité vidéo:
4,0/5

Qualité audio:
4,3/5

Suppléments:
-,-/5

Rapport qualité/prix:
3,0/5

Note finale:
3,8/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2002-12-18

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Tommy

Année de sortie:
1975

Pays:

Genre:

Durée:
111 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Columbia Tristar

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.85:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1
Anglaise DTS

Sous-titres:
Anglais
Français
Espagnol

Suppéments:
Aucun (pour cause d'édition Superbit)

Date de parution:
2002-12-17

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