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DVDEF

Talk to Her

Critique
Synopsis/présentation
Pedro Almodovar fut le cinéaste emblématique des années 'movida' espagnoles (80/90) et reconnu pour son style provocateur, ses personnages kitschs et hauts en couleurs, et ses intrigues tordues. Il signa ainsi toute une série de films trépidants reflétant bien le tempérament bouillonnant de la jeunesse espagnole de l'époque : Pepi, Luci, Bom et les autres filles du quartier (1980), Le Labyrinthe des Passions (1982), Dans les Ténèbres (1983), Qu'est ce que j'ai fait pour mériter ça ? (1984), Matador (1986), La Loi du Désir (1987), Femmes au bord de la crise de nerfs (1988), Attache-moi (1990), Talons Aiguilles (1991), Kika (1993).

Petit à petit lors de cette série de films, des thèmes plus posés et adultes ont commencé à faire leur apparition. A partir de La Fleur de mon Secret (1995), un net virage s'est effectué et Pedro Almodovar s'oriente vers l'émotion et les sentiments tout en conservant son sens de l'humour ravageur avec : En Chair et en Os (1997), Tout sur ma Mère (1999). Il a su conserver les qualités de conteur développées lors de ses débuts, tout en y ajoutant une maîtrise rare de l'évolution de ses scénarios. Son style visuel s'est grandement assagi ou plus précisément épuré. Sa mise en scène est devenue beaucoup plus subtile mais toujours aussi travaillée, sans pour autant que ses oeuvres paraissent plus académiques. En fait, il se rapproche de plus en plus des grands maîtres du cinéma européen tels que Federico Fellini ou Luis Bunuel. Il partage avec eux le goût de l'observation des êtres humains, de leur folie, de l'absurdité des situations dans lesquelles ils se placent. De même, il évite de juger ses personnages mais dégage à travers eux des sentiments puissants et universels forçant le spectateur à les ressentir, puis à y réfléchir.

La meilleure preuve de ses aptitudes à faire partie des géants du cinéma est son dernier film, Parle avec Elle (2002). On y suit l'histoire de deux hommes que rien ne rapproche mais qui finiront par se rencontrer et s'apprécier par le biais de leurs compagnes. Benigno (Javier Camara) est infirmier spécialisé dans les soins aux personnes dans le coma et s'occupe exclusivement d'une patiente, Alicia (Leonor Watling) qu'il connaissait et dont il était amoureux en secret avant l'accident qui la mit dans cet état quatre ans plus tôt. Il est solitaire, précautionneux, compétent dans son travail et noue une relation complètement à part avec sa patiente. De son côté, Marco (Dario Grandinetti) est journaliste et doit interviewer la plus célèbre Torero femme d'Espagne, Lydia Gonzalez (Rosario Flores). Il nouera une relation avec celle-ci juste avant qu'un taureau ne la blesse gravement. Dans le coma après son accident, Lydia se retrouvera dans une chambre proche de celle d'Alicia. Les deux hommes noueront une amitié a priori improbable mais très intense.

Sur cette trame fort alambiquée, P. Almodovar tisse une oeuvre impressionnante de maîtrise malgré son flou apparent. Il tire vers le drame, mais dans la dignité, sans jamais verser dans les séquences émotionnelles faciles ou injustifiées comme c'est souvent le cas dans ce type d'oeuvres. Chaque geste, chaque action de ses personnages ont un but précis et surtout signifient quelque chose. Chez le Almodovar nouveau, tout a du sens, tout est émotion et sentiment mais de façon subtile et discrète, sans que cela gène la progression dramatique ou ne ralentisse l'oeuvre. Une palette extrêmement large d'émotions est présente dans le film, à tel point qu'on a la sensation que chaque spectateur pourra aisément y trouver son intérêt. Les dialogues de Pedro Almodovar sont d'une finesse et d'une précision rares et il explique lui-même que l'essentiel dans son film est la parole. Benigno parle en permanence à Alicia alors que celle-ci n'est pas censée l'entendre, Marco ne parle pas beaucoup et ne se libérera que lorsqu'il se décidera à s'exprimer. La structure du scénario est lâche et une ligne temporelle précise est difficile à isoler au milieu de ces séquences disparates au présent ou au passé. Cela ne perturbe pourtant jamais le spectateur car Almodovar maîtrise ses ruptures temporelles, focalisant l'attention sur le ressenti plus que sur l'intrigue. L'art (la danse et la musique) tient également une place prépondérante dans le schéma du film et les émotions qu'il provoque chez les personnages est sans doute un reflet de ce qu'Almodovar aimerait provoquer chez ses spectateurs (et il y arrive brillamment). Les acteurs sont tous très convaincants, et dirigés de main de maître. La mise en scène d'Almodovar peut paraître simple mais elle est en fait très travaillée et génère autant d'émotions que les situations ou les acteurs. La musique d'Alberto Iglesias est elle aussi le véhicule élégant de nombres de sensations provoquées par l'oeuvre. Elle vient toujours appuyer l'émoi provoqué par de nombreuses scènes, tout en offrant un contrepoint juste des sentiments des personnages ou des situations. Pour couronner le tout, Pedro Almodovar n'a rien perdu de son humour et de sa cocasserie, et la scène pivot du film est là pour nous le rappeler brillament.

Nous recommandons vivement le visionnage de ce film qui à coup sur vous surprendra. Il est si rare de ressentir de vraies émotions au cinéma (amour, amitié, compassion, folie légère), non artificiellement provoquées ou bien balisées, pour se priver du plaisir que distille ce film si singulier et si évident à la fois.



Image
L'image est offerte au format respecté de 2.35:1 d'après un transfert 16:9.

La définition générale est excellente de bout en bout. L'interpositif est absolument vierge de tous défauts. Les détails et les textures sont quasi palpables tant le transfert est précis, sans pour autant que son aspect cinéma soit oublié. Les couleurs sont parfaitement rendues et leurs constance n'a d'égale que leur justesse. Le contraste est également de très haut niveau, sa gestion ayant permis l'élimination des sur-brillances. Les noirs sont profonds et les dégradés de toute beauté. Ainsi les passages sombres du film sont restitués à la perfection.

La partie numérique de ce transfert frôle la perfection et aucun des défauts habituels n'ont pu être décelés sur cette édition.

Il est rassurant de voir des films européens récents aussi bien traités que cela. Ce transfert peut sans problèmes se confronter à ceux de films hollywoodiens de l'année.



Son
Les deux bandes-son disponibles sur cette édition sont respectivement en Espagnol (DD 5.1) et Français (DD 5.1).

La dynamique de la bande-son espagnole est absolument remarquable. Sa présence et sa spatialité sont du même accabit, ce qui est rare pour un film reposant surtout sur la parole. La magnifique et émouvante musique d'Alberto Iglesias est impeccablement intégrée au reste de la bande-son. Sa restitution est impressionnante de fidélité et offre à plusieurs moments du film un véritable plus émotionnel, de par l'ampleur et la perfection de son rendu. Les enceintes arrières sont relativement peu utilisées mais offrent toujours des ambiances subtiles et précises ajoutant ainsi un surplus de réalisme au film. C'est surtout lors des passages musicaux que l'on appréciera l'excellente gestion des canaux d'ambiophonies. Les dialogues sont en toujours restitués à la perfection, sans acune trace de saturation ou de parasites. Les basses fréquences sont elles aussi formidablement maîtrisées et permettent à la musique de s'épanouir comme rarement. Certes, le caisson de graves n'est pas sollicité aussi fréquemment que sur d'autres types de films, mais à chaque fois, ses interventions sont impressionnantes et plaisantes (sur un mode différent de celui du film d'action).

La bande-son française est d'excellente qualité elle aussi, mais une fois de plus les choix artistiques du doublage rendent son écoute moins agréable que la bande-son en langue originale et ce malgré une technique irréprochable.

Les sous-titres sont disponibles en Anglais et Français.



Suppléments/menus
Une section réduite à un seul commentaire audio car nous pouvons considérer les bandes-annonces présentes comme du marketing.

Cependant, avec un commentaire de cette qualité et de cette intensité, point n'est besoin d'avoir d'autres suppléments pour satisfaire sa soif de curiosité et ses questions à propos de l'oeuvre. Pedro Almodovar nous explique en détail et de façon très limpide ses choix de mise en scéne, ses choix techniques et tout cela dans le but de nous exposer ses intentions en tant qu'artiste. Il discute très ouvertement et librement du film avec Geraldine Chaplin qui parfois lui sert de candide et d'autres fois, apporte son avis et ses sensations. On ne peut être qu'admiratif devant l'immense maîtrise de ce cinéaste hors du commun. Chaque geste, chaque objet, chaque expression des acteurs a une signification et Pedro Almodovar nous explique dans quel but ces détails ont été intégrés, comment il les a filmés pour arriver à une réaction chez le spectateur. De plus, il souligne à plusieurs reprises des détails non accessibles aux spectateurs ne parlant pas l'espagnol. Il expose toutes ses intentions et ses volontés concernant ce film et pourtant n'en atténue absolument pas la fascination ou l'intérêt.
Il s'agit d'une excellente piste de commentaire audio. En effet, P. Almodovar et G. Chaplin discutent en Espagnol et leur conversation est sous-titrée en Anglais. Malheureusement le sous-titrage français n'est pas disponible sur ce commentaire alors qu'il y a une bande-son française et des sous-titres français pour le film. Néanmoins, la qualité de ce commentaire et du film valent vraiment les efforts à faire pour bien comprendre ce qu'il s'y dit.

Sont également disponibles plusieurs bandes-annonces de qualité diverse : The Son of the Bride, The Devil's Backbone, All about my Mother, Love Liza, Mad Love, Punch Drunk Love, Nine Queens, Adaptation.
A noter que les menus sont simplistes et apparaissent comme bâclés, peinant à retranscrire l'atmosphère du film.

Un commentaire audio passionnant qui répond à toutes les questions que vous pourriez vous poser après le visionnage de ce film. Il remplace ainsi avantageusement d'autres suppléments qui se seraient sans doute avérés peu interessants en comparaison.




Conclusion
Une édition à l'image et au son de toute beauté. Le commentaire audio de Pedro Almodovar est parfait et totalement indispensable même si le fait qu'il soit en Espagnol sous-titré en rebutera plus d'un. Une édition DVD totalement recommandé, pour ne pas dire obligatoire et qui plus est offert à un tarif de vente raisonnable. Une oeuvre magnifique, un torrent d'émotions justes et variées qui grâce à l'incroyable maîtise de son auteur/réalisateur nous touche et nous bouleverse. Nul doute qu'entre les mains d'un réalisateur moins inspiré, un tel scénario aurait pu donner lieu à un film larmoyant ou lourdement démonstratif. Hors, Talk to Her est une merveille de légèreté à la structure complexe mais limpide, magnifiquement interprêté. Le film déborde de sens sans que cela l'alourdisse ou le rende fastideux. L'humour, l'amour, l'empathie et la compassion se disputent la vedette de ce grand film qui marque l'entrée de P. Almodovar au panthéon des géants du cinéma.



Qualité vidéo:
4,0/5

Qualité audio:
4,0/5

Suppléments:
3,5/5

Rapport qualité/prix:
4,0/5

Note finale:
4,0/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2003-05-14

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Hable con ella

Année de sortie:
2001

Pays:

Genre:

Durée:
114 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Columbia Tristar

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
2.35:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Espagnole Dolby Digital 5.1
Française Dolby Digital 5.1

Sous-titres:
Anglais
Français

Suppéments:
Commentaire audio, bandes annonces

Date de parution:
2003-05-27

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