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DVDEF

Homme sans passé, L'

Critique
Synopsis/présentation
Aki Kaurismäki est l'auteur de vingt-quatre films depuis 1981 et malgré la diffusion internationale de ses oeuvres depuis 1987, avec Hamlet goes to Business, il reste inconnu du grand public. La qualité de ses oeuvres et leur ton si particulier font qu'un nombre grandissant de spectateurs deviennent des fidèles du cinéaste qui n'en mérite pas moins. Il est un artiste complet, ayant écrit, produit et dirigé personellement la majeure partie de ses oeuvres ce qui explique leur singularité et le respect qu'il a obtenu de la part des cinéphiles du monde entier.
Son humour pince sans rire est souvent créé de manière très originale grâce aux décalages entre les situations des scènes et leur illustration musicale, qui constituent la base même de sa série des Leningrad Cowboys. A noter par ailleurs, un drame poignant et d'une justesse rare sur les difficultés de vivre dans nos sociétés, qui évite de tomber dans le misérabilisme tout en montrant sans concessions la situation très difficile de son héroine : La Fille aux Allumettes (1989).

Dans l'Homme sans Passé (2002), il dépeint le parcours surprenant et imprévisible d'un homme M (Markku Pelotla) qui a perdu la mémoire suite à une violente agression. Il va donc devoir se reconstruire et premièrement survivre dans une Finlande aussi cruelle envers les personnes en difficulté que le reste du monde. Heureusement pour lui, la solidarité et la chaleur humaine d'autres personnes dans la même situation sociale vont l'aider à reprendre pied. Il fera même la connaissance d'Irma (Kati Outinen), qui sert les repas au miséreux pour la Croix Rouge. M se verra refuser toute réintégration dans la société du fait qu'il ne se souvienne plus de son nom et n'ait plus de papiers d'identité. Heureusement son courage et la force que lui donne l'amour naissant avec Irma vont lui permettre de retrouver un logement de fortune et une vie heureuse.

Kaurismäki a un univers immédiatement identifiable, qui lui est propre, et fait que ses films provoquent toujours le même type de sentiments d'humanité chez ses spectateurs. L'Homme sans Passé est même une de ses oeuvres les plus abouties en ce sens qu'elle arrive à un équilibre parfait entre le drame et l'humour, parvenant parfois même à obtenir ces résultats opposés dans une même scène.
Ce ton tragi-comique permet à Kaurismäki de nous offrir un scénario d'une simplicité désarmante qui malgré son apparente naïveté, dénonce beaucoup de disfonctionnements de nos sociétés. La dignité, la bonté et la compassion, M les trouvera auprès de ses amis aussi mal en point que lui et du personnel de la Croix Rouge. Il est bien évident que même en Finlande la difficulté de vivre en marge de la société classique est immense et qu'une fois que l'on est sorti de cette même société, il est très difficile d'y revenir.
Mais d'ailleurs étant à nouveau vierge du conditionnement imposé par la vie en société du fait de son amnésie, M n'aura plus envie de revenir à sa position sociale antérieure et préfèrera rester en compagnie de son nouvel amour et de ses amis.
La relation entre Irma et M est vraiment attendrissante et leur évolution commune décrite avec un humour décalé qui donne à ce couple une aura de bonheur et de béatitude rares.

Les acteurs sont tous exceptionnels même s'il faut un certain temps pour s'adapter au léger décalage induit par la direction d'acteurs de Kaurismäki. En effet, si l'environnement et les situations générales sont très réalistes, le comportement des personnages et surtout leur réaction aux évènements l'est beaucoup moins et cela contribue énormément à la grâce dégagée par le film.
La mise en scène est simple mais non simpliste et sait surtout prendre son temps qui est souvent la seule richesse qui reste aux déshérités.
La musique a un rôle primordial par le fait qu'elle est en accord ou bien en déphasage complet avec l'humeur de la scène. De plus, l'incongruité du Rock'n'Roll dans un tel film en réhausse encore l'aspect différent. Et pourtant, ce style musical communique son énergie à un film par ailleurs très calme et tempéré.
La photographie naturaliste la plupart du temps sait lorsque nécessaire sortir de ce système pour nous offrir des moments très colorés, exprimant de façon évidente l'état d'esprit des protagonistes ou à l'inverse celui dans lequel ils aimeraient se trouver.

Une oeuvre originale mais qui reste dans la lignée de la carrière de Kaurismäki, qui pour une fois voit son travail célébré dans un festival de cinéma international (Grand Prix du Jury et Prix d'Interprétation féminine, Cannes 2002), ce qui constitue pour lui une reconnaissance critique et professionnelle en même temps qu'un tremplin pour pouvoir toucher un public plus large auquel ses oeuvres sont premièrement destinées.
Il ne tient qu'à vous de profiter de cette opportunité pour découvrir l'univers singulier et convivial de ce cinéaste hors normes.



Image
L'image est proposée au format respecté de 1.85:1 d'après un transfert 16/9.
La définition générale est de bon niveau même si on aurait pu s'attendre à un ensemble plus précis pour une oeuvre de 2002. L'interpositif est vierge de tous défauts. La finesse des détails est elle aussi de bon aloi permettant de bien profiter du travail des décorateurs.
Le rendu des couleurs est d'excellente facture et si elles apparaissent parfois passées, il s'agit d'une volonté délibérée du réalisateur et de son chef opérateur. Lorsqu'elle doivent être éclatantes et vivantes elles le sont de fort belle façon, justes, constantes et sans aucun débordements.
Le contraste est lui aussi bien géré et évite toutes les brillances.
Les parties sombres sont très bien rendues grâce à des noirs purs et profonds et à la bonne maîtrise du contraste.
Les dégradés sont d'excellente qualité et mettent en avant toutes les subtilités de la photographie de Timo Salminen.
La partie numérique du transfert pêche malheureusement par une faiblesse prononcée dans le domaine de la compression, qui est beaucoup trop visible à de nombreux moments pour une oeuvre aussi récente. Cela ne gâche pas vraiment le plaisir du visionnage mais s'avère gênant à plusieurs reprises, d'autant plus que nous avons perdu l'habitude de tels défauts grâce à l'amélioration significative de la plupart des éditeurs dans ce domaine. Cela est d'autant plus étonnant que seules deux andes-son stéreo et quatre bandes-annonces sont présentes sur ce titre DVD et que la durée du film est standard (97 minutes).


Son
Les deux bandes-son disponibles sur cette édition sont respectivement en Finlandais (Dolby 2.0 stereo) et Français (Dolby 2.0 stereo).
Leur dynamique est excellente, sans pour autant atteindre des sommets, ce qui paraît un minimum pour un film de 2002. Leur présence et leur spatialité sont de qualité et permettent ainsi d'aisément oublier l'absence de bandes-son multicanaux.
La musique est rendue de façon très ample et parfaitement intégrée au reste de la bande-son.
Les dialogues sont en permanence parfaitement intelligibles et sans aucune trace de parasites ou de distortion et ce même à fort volume.
Les basses fréquences sont bien présentes apportant surtout du poids aux passages musicaux, le reste de la bande-son se prêtant peu au débordement de graves.
La bande-son en version doublée Française est équivalente à celle en version originale Finlandaise, et seul le principe du doublage vient un peu amoindrir la portée du film écouté en Français du fait que le jeu de l'acteur n'est plus le même et que l'exotisme lié à la langue a disparu.
Une bande-son qui n'est pas en format multicanal mais dont la qualité générale fait vite oublier cette lacune et s'avère absolument à la hauteur pour ce qui est de la restitution des subtilités et décalages de cette bande-originale.


Suppléments/menus
Une section complètement vide, se contentant d'une bande-annonce du film de bonne qualité et bien montée, et d'une galerie de diverses bandes-annonces (Talk to Her, I am Dina et Raising Victor Vargas). Il aurait été judicieux d'inclure au moins une filmographie de ce réalisateur peu connu qu'est Aki Kaurismäki et pourquoi pas un petit documentaire sur sa carrière qui aurait été le bienvenu pour le grand public.



Conclusion
Une édition en demi-teintes qui propose un résultat correct alors qu'il aurait pu être excellent si la compression vidéo avait été maîtrisée. Les suppléments sont totalement absents ce qui est bien dommage.

Un film surprenant par son ton tragi-comique parfaitement maîtrisé qui est une spécialité de son réalisateur malheureusement trop peu connu du grand public alors qu'il réalise pourtant des oeuvres depuis 1981.
La profonde humanité qui se dégage de ce film est un véritable plaisir pour le spectateur, plus souvent habitué au cynisme froid qu'à une telle chaleur envers les personnages.
La pauvreté des protagonistes ne les empêche nullement d'être dignes et spirituels et cela contraste avec le traitement hollywoodien de ce genre de situations.
L'humour est l'autre arme de Kaurismäki qui utilise d'ailleurs de façon originale et efficace, lui permettant de donner un aspect positif et profondément attachant aux personnages et situations décrites dans son film.
Une oeuvre différente à la grâce évidente, qui vous fera passer un moment fort agréable et vous permettra de garder espoir en l'humanité par le biais des personnages toujours fiers malgré leurs conditions de vie déplorables.


Qualité vidéo:
3,2/5

Qualité audio:
3,5/5

Suppléments:
1,0/5

Rapport qualité/prix:
3,5/5

Note finale:
2,8/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2003-12-04

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Mies vailla menneisyyttä

Année de sortie:
2002

Pays:

Genre:

Durée:
97 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Films Séville

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.85:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Finlandais Dolby 2.0 stéréo
Française Dolby 2.0 stéréo

Sous-titres:
Anglais
Français

Suppéments:
Bande-annonce, galerie de bandes-annonces

Date de parution:
2008-01-08

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