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DVDEF

Red Badge of Courage, The

Critique
Synopsis/présentation
The Red Badge of Courage (1951) fut victime de son sujet et du traitement anti-miltariste qu'en donna J. Huston en pleine période de la guerre de Corée. Son scénario est adapté du roman éponyme de Stephen Crane.

Ce classique de la littérature américaine est beaucoup plus subtil et dénonciateur que son résumé peut le laisser supposer. On y suit des personnages caractérisés par leur fonction dans le scénario. Ainsi, le héros est dénommé Henry Flemming (Audie Murphy) mais apparaît comme The Youth (le Jeune) au générique. Cette particularité démontre bien le regard différent que Huston souhaitait porter sur les conflits guerriers en général, à travers un récit sur la Guerre de Sécession américaine. The Red Badge of Courage désigne les blessures reçues lors d'un combat et ainsi, un titre manichéen et pro-guerre en apparence se transforme en l'évoquation ironique d'une des conséquences stupides et malheureusement très fréquente des conflits armés.

On suit donc Henry lors de sa première bataille au cours de laquelle il fuira devant l'ennemi, bien naturellement effrayé par tant de barbarie à laquelle on l'avait si peu préparé. Ayant réussi à survivre dans la débacle, il rejoint son unité où, contrairement à ses craintes, sa couardise n'a pas été remarquée ou relevée (tant il paraît évident que d'autres ont eu le même réflexe et se gardent bien de le révéler). Il prend alors rapidement part à une autre charge au cours de laquelle il se montre totalement enragé et héroique (au péril de sa vie), sans pour autant que cela lui rapporte plus que sa précédente fuite. Sur ce canevas très serré et qui ne s'interesse qu'à l'essentiel, J. Huston développe un ensemble de scènes absolument remarquables par leur composition, leur intensité et leur pertinence. On sent bien à plusieurs moments que certaines d'entre elles devaient donner lieu à une réflexion plus développée dans les cinquantes minutes qui ont été supprimées au montage.

La grande réussite de ce film est de développer une véritable réflexion sur la guerre de façon universelle (en grande partie grâce au génie de S. Crane), sans pour autant sacrifier l'efficacité cinématographique de l'entreprise. Toutes les scènes ont un intérêt pour l'histoire et dans le même temps forcent le spectateur à s'interroger sur la réaction qu'il aurait face à une telle situation. C'est la formidable empathie que permet l'identification à des personnages qui, malgré leur caractérisation générale, restent des êtres humains à part entière. Il est si courant dans de telles oeuvres au ton universel de trouver des personnages creux représentant seulement des idées, que l'on est ici très surpris et touché par les actes et les reflexions de tous les acteurs. Ainsi ceux-ci s'avèrent proprement excellents et contribuent énormément au sentiment inhabituel d'intelligence et d'intérêt dégagé par une oeuvre qui apparaît d'abord pro-guerre et qui par un processus subtil, renverse cela par de simples observations, sans discours moralisateur ou grands discours, simplement grâce à la puissance du cinéma.

Il est ainsi d'autant plus dommage que la version originale de Huston ait été détruite par les producteurs et que ceux-ci aient fait rajouter un commentaire d'introduction en décalage complet avec le reste du film. On rêverait de voir le traitement et les developpements que Huston avait tournés autour de cette histoire, qui visiblement l'inspirait beaucoup. Dans un même temps, le roman de Crane était court et peut-être que le format très réduit du film (69 minutes) est plus en accord avec sa conception du sujet. Force est de constater que lorsque un artiste a une vision forte des choses, même un remaniement total de son oeuvre ne permet pas d'en anihiler la portée et l'intensité.

Il y a tellement d'éléments à mettre en valeur dans ce film que nous nous contenterons de vous donner nos plus vives recommandations envers cette oeuvre. Il est urgent de réhabiliter à sa juste valeur ce film magnifique, poignant, car ce sont les soucis qu'Huston rencontra à sa sortie qui ont pris le pas sur le contenu de l'oeuvre. Il est d'ailleurs étonnant de découvrir que lorsqu'il constata la mauvaise volonté de ses producteurs, il leur abandonna son travail sans lutter, et partit tourner son film suivant : The African Queen (1952). D'ailleurs, lorsque suite à un certain succès innattendu du film, il chercha à le remonter selon ses intentions initiales, il s'aperçut que toute la pellicule non utilisée dans le montage de la production avait purement et simplement été détruite.

On peut par ailleurs relever l'influence sans aucun doute primordiale qu'a eu cette oeuvre sur Terrence Malick lorsqu'il conçut The Thin Red Line (1998). De plus, son intérêt didactique est énorme, il faut simplement savoir dans quelle direction mener le cours et ne pas tomber dans le piège grossier tendu par le montage du film (le patriotisme et la glorification du courage aveugle) pour en dégager le vrai message (l'absurdité des conflits guerriers et les problèmes moraux et personnels qui se posent aux soldats).


Image
L'image est offerte au format respecté de 1.33:1
La défintion générale est absolument ahurissante et mis à part quelques transferts de référence nous n'avons jamais observé un aussi bon rendu en noir et blanc. L'interpositif est extrêmement propre est juste une ou deux poussières sont visibles. La finesse des détails est d'un niveau incroyable permettant à la profondeur de champ des plans de pleinement s'exprimer. Le contraste est également remarquablement géré, évitant ainsi toutes brillances intempestives. Les parties sombres du film sont d'une qualité confondante pour un film de 1951, notamment grace à des noirs très profonds.
Fort heureusement, la partie numérique est d'un niveau équivalent au reste du transfert, quelques séquences nocturnes s'avérant légèrement granuleuses. Ce transfert se paye même le luxe d'offrir un rendu quasi parfait de la fumée et du brouillard, ce qui est loin d'être évident avec la technologie MPEG2.

Un grand bravo à la Warner d'offrir une image très proche de la perfection (à tel point qu'on est presque géné à la première vision, tant on a peu l'habitude de cette qualité), sur une oeuvre qui le mérite vraiment. Cela va peut- être faciliter la réévaluation de ce magnifique film qui n'aura jamais pu exprimer tout son potentiel (même cette version est tronquée).


Son
Les bandes-son disponibles sur cette édition sont respectivement en Anglais (DD 1.0 mono) et Français (DD 1.0 mono).

La dynamique de la bande-son anglaise est excellente pour l'époque. Sa spatialité et sa présence s'en trouvent du coup renforcées par rapport aux habituels résultats des oeuvres des années cinquantes. La musique est fort bien intégrée au reste de la bande-son. Les dialogues offrent un rendu parfait, toujours intelligible et sans aucune distorsion. Les basses fréquences sont etonnament présentes et viennent idéalement offrir une assise efficace lors des scènes de bataille.

La bande-son française est malheureusement absente de cette édition contrairement à ce qui est indiqué sur la jacquette. A nouveau , apres Wolfen (cf critique), une information erronnée est inscrite sur la jacquette d'un DVD de la Warner.

Des sous-titres sont disponibles en Anglais, Français et Espagnol.


Suppléments/menus
L'absence totale de suppléments est cette fois-ci logique au vu du massacre auquel se sont livrés les producteurs sur l'oeuvre de J. Huston. Il n'existe donc aucun élément de plus que les soixante-neuf minutes de métrage et la bande annonce présentes avec cette édition DVD. On regrette toutefois l'absence d'un documentaire sur l'adéquation film/roman (qui est un des grands classiques de la littérature américaine) ou sur la bataille autour de ce tournage.



Conclusion
Une édition DVD au contenu restreint mais à la qualité visuelle et sonore extraordinaires surtout au vu de l'âge de l'oeuvre. Un film qui mérite immédiatement une réévaluation tant ses qualités sont bien supérieures à la réputation qu'il traine derrière lui. Une fois le visionnage terminé, on se dit qu'il est vraiment dommage qu'une bataille d'intérêts ait à nouveau conduit un chef d'oeuvre instantané à être charcuté par ses producteurs. Néanmoins, malgré quelques défauts liés aux changements effectués par la production, le film reste d'un impact énorme et d'un intérêt didactique évident.


Qualité vidéo:
4,0/5

Qualité audio:
3,9/5

Suppléments:
1,0/5

Rapport qualité/prix:
4,0/5

Note finale:
4,0/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2003-02-18

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Red Badge of Courage, The

Année de sortie:
1951

Pays:

Genre:

Durée:
69 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Warner Bros.

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-5 (simple face, simple couche)

Format d'image:
1.33:1

Transfert 16:9:
Non

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby mono
Française Dolby mono

Sous-titres:
Anglais
Français
Espagnol

Suppéments:
Bande-annonce

Date de parution:
2003-02-04

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