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Once Upon a Time in the West

Critique
Synopsis/présentation
Sergio Leone était un géant du cinéma qui réussit à imposer son style emphatique au monde entier et ce par le biais du seul genre typiquement américain, le Western. L'ironie de cette situation est fort savoureuse en ce sens qu'il est devenu le réalisateur de Westerns le plus connu au monde alors même qu'il est Italien et que ses oeuvres sont à la limite du pastiche de la grande tradition américaine du genre.

Pour beaucoup de critiques, les Westerns de Leone sont même des versions abâtardies de ces mêmes classiques ayant entraîné le déclin du genre alors qu'au contraire, Leone l'admirait et en proposait une relecture personnelle et baroque, lui offrant l'audience la plus large qu'il n'ait jamais connu (Pour une poignée de Dollars, 1964 ; Et pour quelques dollars de plus, 1965 ; Le Bon, la Brute et le Truand, 1966 ; Il était une fois dans l'Ouest, 1968).
Les années passant, la qualité des films de Leone est dorénavant unanimement saluée et le grand public lui voue une admiration toujours aussi forte. Néanmoins, Leone a revisité un autre genre avec sa maestria habituelle, le film de Gangsters. Avec Once upon a Time in America (1984), il signe un des plus beaux et émouvants films de l'histoire du 7ème art en appliquant son prisme opératique déformant sur un canevas assez classique pour être identifiable par le public mais lui laissant assez de liberté pour pouvoir expérimenter sur le montage, la manipulation du temps dans le récit. Il y développe également les thèmes de la mémoire, du souvenir, de l'oubli, de façon remarquable et surtout totalement intégrée au reste du film qui est à nouveau d'une violence psychologique et physique marquant durablement les esprits. Avec ce film, Leone avait fini par arriver à la reconnaissance qu'il souhaitait (et méritait) tant et cela permis la réévaluation de ses oeuvres précédentes par la critique. Il est à nouveau symptomatique de voir que l'un des films les plus justes sur l'Amérique est l'oeuvre d'un étranger amoureux de cette nation et de son histoire, qui sut en tirer les personnages et les situations mythiques que nous connaissons grâce au recul que lui permettait le fait d'être Italien.

Son style lent, lyrique et violent transformait toutes ses oeuvres en de véritables opéras du fait de son travail en très proche collaboration avec Ennio Morricone. Il disait même considérer que la musique et son utilisation représentaient plus de 40% dans la réussite d'un film. En cela, il est à l'instar de Stanley Kubrick un pur cinéaste proposant des oeuvres qui s'appuient sur la maestria audiovisuelle et les sensations qu'elle engendre plutôt que sur la parole ou le scénario pour faire réagir son public.

Once upon a Time in the West (1968) nous propose de suivre plusieurs personnages dont les parcours vont s'entrecroiser. Harmonica (Charles Bronson) est attendu sur le quai d'une gare par les hommes de Frank (Henry Fonda). Il survivra au duel, ce qui attisera encore plus son mystérieux désir de vengeance envers Frank qu'il ne connaît pourtant pas. Frank et ses hommes vont ensuite massacrer une famille installée en plein désert sans plus de raisons apparentes. La nouvelle femme du patriarche de cette famille, Jill Mc Bain (Claudia Cardinale) arrive alors par le train sans jamais avoir rencontré ses beaux enfants et apprend la nouvelle de leur massacre dont est accusé un bandit local, Cheyenne (Jason Robards).

Le scénario concocté par Leone, Dario Argento et Bernardo Bertolucci est un travail exemplaire qui correspond parfaitement à la mise en scène de l'oeuvre en proposant des évènements caractéristiques du genre Western, mais organisés de telle façon que la durée du film paraît leur convenir parfaitement. L'effet recherché sans aucun doute par Leone était de proposer une oeuvre faisant à la fois la synthèse du genre Western mais également une histoire capable d'être symbolique et représentative de la dure réalité de l'époque de la conquête de l'Ouest (et par ricochet de l'Amérique). L'évolution psychologique des personnages n'est donc pas l'intérêt principal de ce scénario qui préfère se pencher sur le traitement des archétypes et figures mythiques de l'Ouest. Les divers personnages ont tous une fonction bien précise dans l'histoire et chacun de leurs agissements est soigneusement calculé du fait des principes de mise en scène de Leone. L'aspect politique est à sérieusement prendre en compte (fait plutôt rare dans le genre), et la dénonciation que fait Leone de la situation de l'époque est en accord total avec les autres composantes essentielles de son film que sont la violence exacerbée, la lenteur hiératique et la cruauté psychologique de la majeure partie des personnages. Il a par ailleurs décidé d'abandonner l'humour picaresque qui donnait un ton si particulier à ses Westerns précédents, ce qui est en accord avec sa démarche de réaliser un film somme, une sorte de Western définitif, représentatif du genre tout en mettant en avant la réalité de l'époque (souvent embellie ou niée par les autres réalisateurs).

Si le scénario du film est bien écrit et surtout très bien agencé, c'est du côté de la mise en scène, de la musique et du traitement du son qu'il faut chercher les qualités qui font de Once Upon a Time in the West une oeuvre inoubliable. Leone pousse à leur paroxysme toutes les spécificités de réalisation qui faisaient l'originalité de ses autres Westerns. Le temps est l'élément le plus travaillé et la lenteur extrême de nombreuses scènes d'habitude traitées de façon classique donne au film une ampleur sidérante que la musique achève de transformer en moments opératiques. Cela permet à Leone de mettre en avant certains points importants pour lui mais également de transformer des instants lambda en passages d'une intensité et d'une beauté rares. Ainsi, il a tendance à inverser le sérieux et le réalisme historique de son scénario en le filmant de façon emphatique. Sa maîtrise ahurissante du cadrage et sa façon de caler l'attitude et les mouvements de ses héros en fonction de la musique ou de la bande-son est un de ses plus grands apports au medium cinéma.

La marquante et si évocactrice musique d'Ennio Morricone avait été enregistrée avant le tournage ce qui lui permit donc de mettre sa mise en scène et ses acteurs au diapason du rythme et du style de la musique. Son lyrisme exacerbé et sa volonté, au même titre que la réalisation, de suramplifier les sentiments exprimés dans chaque scène en font véritablement l'élément moteur du film. Il est à noter également qu'en plus de la musique, Leone a une façon très particulière et virtuose d'utiliser le moindre élément de la bande-son (bruitages, effets) comme de la musique et cela leur donne une importance primordiale. La dimension tragique et épique des faits relatés s'en trouve encore augmentée et l'expression de film opératique prend alors tout son sens.

Les acteurs ont été choisis pour leur allure (Claudia Cardinale), leurs gueules (Bronson, Robards, et les divers pistoleros) ou le symbole qu'il représentent (Henry Fonda) et qu'il souhaite transgresser. L'interprétation de l'ensemble du casting est absolument sans reproches mais ce ne sont pas leurs performances qui resteront le plus dans les esprits. La mise en scène de Leone est si ample, impressionnante et visible que les acteurs lui sont soumis comme tous les autres éléments de l'oeuvre.

Un mot enfin sur les décorateurs et costumiers qui ont fait un travail incroyable de recherche sur l'époque à la demande de Leone qui souhaitait la plus grande réalité historique possible. L'illusion qu'ils ont réussie à créer est totale proposant donc d'ailleurs des intérieurs et des costumes que l'on est peu habitués à voir dans les Westerns mais qui sont assurément plus proches de l'exactitude historique.

Un film mythique sur une époque mythique, réalisé par l'un des grands cinéastes du siècle dernier dans un style opératique flamboyant, rythmé par une musique inoubliable, interprété par des acteurs formidables et dont nous conseillons vivement la découverte ou la redécouverte.


Image
L'image est présentée au format respecté de 2.35:1 d'après un transfert 16:9.

La définition générale est d'un niveau exceptionnel particulièrement pour une oeuvre de 1968, seuls quelques plans semblent légèrement moins définis en de rares occasions. L'interpositif est d'une propreté sidérante pour une oeuvre de cette époque, les petits défauts encore présents (grain) en quantité négligeable étant quasi indiscernables. La finesse des détails est tout bonnement sidérante, permettant de compter les pores de la peau des acteurs lors des gros plans caractéristiques du cinéma de Leone et de distinguer les différentes textures entres les tissus.
Le rendu des couleurs est du même acabit, mettant en valeur le formidable travail de Leone et Tonino Delli Colli sur la photographie et les couleurs en général. Ainsi elles sont justes, constantes, sans aucuns débordements et d'une saturation parfaite. Les tons de chair peuvent paraître non naturels mais il s'agit-là d'une volonté de Leone souhaitant accentuer à la fois le réalisme et l'aspect mythique de son oeuvre en leur donnant des couleurs de peau très foncées consécutives au peu d'hygiène de l'époque et à l'exposition permanente au soleil.
Le contraste est parfaitement géré également, ne générant absolument aucune brillance.
Les parties sombres sont magnifiquement rendues grâce à des noirs vraiment purs et profonds. La qualité des dégradés est aussi remarquable, permettant une immersion totale dans cette oeuvre pour laquelle le visuel est si primordial.
La partie numérique est largement à la hauteur du reste du transfert, ne laissant passer qu'un peu de surdéfinition qui est malheureusement vraiment visible sur toutes les scènes de traversée de Monument Valley. Un peu de fourmillements sont décelables en quelques occasions sans jamais devenir gênants.
Un transfert en tous points admirable qui démontre que les techniques de restauration ont encore fait des progrés notables avec un seul bémol sur la présence de surdéfinition qui semble tout de même aisément évitable de nos jours.


Son
Les trois bandes-son disponibles sur cette édition sont respectivement en Anglais (Dolby Digital 5.1), Anglais (Dolby Digital 1.0 mono) et Français (Dolby Digital 1.0 mono).

La dynamique de la bande-son multicanal est d'une dynamique remarquable pour une oeuvre de 1968. Sa présence et sa spatialité sont également impresionnantes, tout en sachant rester dans les limites du raisonnable et ne pas dénaturer la bande-son originale.
La magnifique musique d'Ennio Morricone est parfaitement restituée, montrant seulement de faibles signes de limitations aux deux extrémités du spectre, bien logiques pour une oeuvre de 1968 au départ monophonique. La séparation des canaux est aussi impeccablement gérée, sachant rester réaliste et non hypertrophiée comme dans les bandes-son actuelles. Elle est de plus parfaitement intégrée au reste de la bande-son.
Les enceintes arrières sont surtout utilisées pour la musique à laquelle elles permettent de prendre une ampleur des plus appréciables. Leur utilisation pour des effets est gérée parcimonieusement et de façon respectueuse, les effets modernes de canaux à canaux étant judicieusement évités.
Les dialogues sont en permanence parfaitement intelligibles et sans aucune trace de parasites ou distortions et ce même à fort volume.
Les basses fréquences profitent surtout à la musique et donnent une assise globale plus solide à cette bande-son.
Les bandes-son monophoniques anglaises et françaises ont un rendu bien plat en comparaison avec leur homologue multicanal. La bande-son anglaise a été remasterisée et offre un rendu excellent compte tenu des limitations de son format, alors que la française paraît plus étriquée et étouffée.

A noter qu'il n'existe aucune vraie version originale du film, les oeuvres italiennes de l'époque étant entièrement redoublées en studios, et que par conséquent aucun défaut de synchronisation voix/lèvres des acteurs n'est imputable à cette édition.
Les sous-titres sont disponibles uniquement en Anglais et il est vraiment dommage qu'ils ne soient pas proposés également en Français.


Suppléments/menus
Une section complète et bien documentée sur laquelle nous ne pouvons faire qu'un léger reproche concernant le manque d'analyse de l'oeuvre elle-même alors que son statut de classique considéré comme "culte" et les années écoulées depuis la sortie du film auraient permis le recul nécessaire à un tel travail.

Le commentaire audio proposé sur le premier disque est dirigé par Sir Frayling et comprend des interventions séparées de John Carpenter, John Millius, Alex Cox, Sheldon Hall mais aussi Claudia Cardinale. Cette piste regorge d'informations intéressantes mais a trop souvent tendance à paraphraser l'action se déroulant à l'écran. Les divers intervenants n'offrent que peu de prespectives vraiment intéressantes et l'ensemble paraît un peu trop décousu pour vraiment accorcher l'auditeur non néophyte. L'ensemble vaut tout de même largement la peine d'être écouté mais propose une approche trop simpliste d'une oeuvre connue de tous. Il aurait été souhaitable de proposer une autre piste de commentaire plus pointue en parallèle de celle-ci pour les nombreuses personnes qui auraient souhaité aller plus loin dans la compréhension de l'oeuvre et ses mechanismes.

L'ensemble des autres suppléments est rassemblé sur le second disque.
La partie documentaire, d'une durée totale de soixante-six minutes, est séparée en trois parties aux noms farfelus sans grand rapport avec leurs contenus respectifs. Ils reviennent sur les débuts de la carrière de Leone, la genèse du Western spaghetti, et sur le film lui-même grâce à de nombreuses interviews, extraits du film, le tout sous la direction Sir Frayling. Les éléments qui nous sont révélés sont passionnants et bien amenés mais il manque une analyse plus poussée du film pour que cette section soit vraiment complête.

Est également disponible un autre documentaire, Railroad : Revolutionizing the West (6 min 22), qui revient de façon originale sur l'époque décrite dans le film par le biais de photos d'époque et autres montages.
Viennent ensuite deux galeries de photos aux clichés de qualité séparées entre les lieux de tournage et les photos de production.
Enfin sont également offerts les classiques du genre, les filmographies et une bande-annonce du film de bonne qualité.

Voila un ensemble résolument réjouissant et à la hauteur de ce monument du 7ème art qu'est Once upon a Time in the West. Le seul reproche qui peut leur être fait, étant donné la très large diffusion qu'a connu cette oeuvre et donc la connaissance qu'en a le public, c'est de rester en surface de l'oeuvre et de ne pas tenter de s'adresser aux spectateurs désireux d'en apprendre plus par le biais d'une véritable étude (que le film aurait bien mérité !).
Mais ne boudons pas notre plaisir de voir ce film enfin traité dignement et accompagné d'une batterie de suppléments instructifs et agréables à suivre malgré d'évenutelles redondances entre les divers segments.




Conclusion
Une édition exceptionelle par la qulité de son rendu audio et vidéo qui frôle de très près la perfection, ce qui semble bien naturel pour une telle oeuvre. Les suppléments sont presque à la hauteur et on ne peut leur reprocher qu'un léger manque d'analyse en profondeur que permet le recul que le temps nous a donné par rapport à l'oeuvre. Voila un achat indispensable à tout cinéphile qui se respecte d'autant plus que le tarif de vente est très bas.
Une oeuvre légendaire et mythique qui reprénsente la quintessence du Western américain mais également la quasi négation de ses principes. En grand réalisateur, Leone a revisté un genre précis en le passant à travers le prisme de sa sensibilité artistique et de son style à l'opposé des grands maîtres américains du genre.
Un Western à l'italienne qui offre des sensations très différentes des classiques américains et représente une sorte d'achèvement de par sa durée et sa lenteur inhabituelles, son lyrisme intense et sa vision juste et sans concessions de la construction de l'Ouest américain. Indispensable !!


Qualité vidéo:
4,3/5

Qualité audio:
4,1/5

Suppléments:
3,9/5

Rapport qualité/prix:
4,4/5

Note finale:
4,2/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2003-11-20

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
C'era una volta il West

Année de sortie:
1968

Pays:

Genre:

Durée:
165 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Paramount

Produit:
DVD

Nombre de disque:
2 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
2.35:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1
Anglaise Dolby mono
Française Dolby mono

Sous-titres:
Anglais (CC)

Suppéments:
Piste de commentaires audiom trois segments portant sur la production du film, galeries d'images (2) et des notes biographiques

Date de parution:
2003-11-18

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