Facebook Twitter      Mobile RSS        
DVDEF

K-19: The Widowmaker

Critique
Synopsis/présentation
Bien plus que tout autre genre, les films se déroulant à bord de sous-marins répondent à certaines conventions, trop souvent télégraphiées. Combien de fois à t'on vu une scène où le sous-marin atteint la profondeur maximum et qu'il menace d'imploser ? Ou une scène où un sous-marinier exécute une manœuvre de dernière minute pour éviter une torpille ? A titre d'exemple, l'année 2000 nous a donné U-571, un film excécrable qui nous a servi tous les clichés du genre. Pis encore, le tout était marqué d'un patriotisme (américain) si appuyé que cela en devenait gênant. Si K-19 nous laissait présager le pire, le seul nom de Kathryn Bigelow à titre de réalisatrice aura suffi à estomper nos craintes. Cette dernière, plutôt invisible depuis le mémorable Strange Days (son Weight of Water est pratiquement passé inaperçu), s'est toujours démarquée par des réalisations à la fois musclées et sensibles. A ce titre, K-19 ne fait pas exception. Si K-19 se distingue vraiment des autres productions du genre, c'est d'abord et avant tout grâce à la force de son récit, qui est basé sur un incident réel. Au cœur de la guerre froide, en 1961 plus exactement, les États-Unis et la Russie étaient à couteaux tirés et les deux pays s'étaient lancés dans une course à l'armement nucléaire. À cette époque, les Américains avaient déjà en leur possession plusieurs sous-marins nucléaires fonctionnels, prêts à faire feu sur Moscou ou Leningrad à tout moment. Pris de cours, les Russes se sont engagés à la va-vite dans la construction de leur premier sous-marin nucléaire amiral. À peine fut-il complété que celui-ci a été envoyé en haute mer exécuter sa première mission. Tandis qu'il naviguait vers la côte Est des États-Unis, on découvrit que le système de refroidissement du réacteur fuyait, menacant d'entraîner une explosion thermonucléaire à tout moment ! Une explosion qui mettait non-seulement la vie de l'équipage en danger, mais également celles de tous les habitants des deux pays opposés. Ce récit véridique, qui aurait pu changer à tout jamais le cours de l'histoire, est demeuré caché pendant plus de 28 ans, plus précisément jusqu'à la chute du bloc soviétique.

L'intrigue de K-19 : The Widowmaker, de par ses enjeux historiques et politiques, n'est pas sans rappeler celle de Thirteen Days. Par contre, K-19 s'avère une expérience cinématographique beaucoup plus stimulante, émouvante et enrichissante que Thirteen Days pour des raisons évidentes. Tout d'abord, le récit est entièrement raconté du point de vue des Russes, ce qui donne une perspective nouvelle au conflit de la guerre froide. Deuxièmement, comme ce récit fut et est encore aujourd'hui méconnu du grand public, sa valeur historique est d'autant plus grande. Finalement, le fait que cet incident aux conséquences potentiellement désastreuses pour l'ordre mondial soit entièrement raconté en huis-clos avec une poignée de protagonistes confère une sorte d'intimité et beaucoup d'humanisme au drame. Un humanisme qui faisait défaut à Thirteen Days. De plus, il est important de saluer la rigueur avec laquelle les auteurs et la réalisatrice ont raconté leur histoire. Le récit aurait facilement pu verser dans le sensationnalisme, l'héroïsme et le mélodrame outrancier. Or, si la conclusion agace de par sa morale appuyée et sa critique des autorités russes de l'époque (une conclusion franchement agaçante qui n'est pas sans rappeler celle, encore pire, de Saving Private Ryan), le reste du film est étonnamment sobre. Jamais on ne tente d'excuser les motivatios des Russes ou le communisme, un piège dans lequel était d'ailleurs tombé Jean-Jacques Annaud dans Enemy at the Gates. La scène où les marins visionnent un film anti-américain haineux est salutaire. Le contexte socio-politique ainsi qu'historique est également fort bien cernés, et ce, dès le début du film. On ne laisse aucun doute sur les raisons qui ont conduit le K-19 à sa perte. La première heure du film, entièrement dédiée à une longue mise en situation, démontre concrètement les enjeux militaires et même politiques derrière la précipitation avec laquelle le K-19 fut construit. Une mise en situation qui risque d'ennuyer le spectateur impatient mais néanmoins essentielle à la compréhension du récit.

Le film n'aurait peut-être pas été une réussite si ce n'avait été du remarquable travail de Kathryn Bigelow à la réalisation. Tourner un film dans un environnement fermé entraîne inévitablement de nombreuses contraintes techniques, mais Bigelow semble s'en être accommodée avec la plus grande aisance. Comme à l'accoutumée, sa réalisation affiche une dextérité et un savoir faire indéniable. Elle traite son sujet avec sensibilité mais ne verse que très rarement dans le mélodrame. À ce niveau, les scènes où les marins travaillent à la réparation du système de refroidissement du réacteur sont mémorables. Cependant, on sent à quelques reprises l'emprise du studio sur le film, et de toute évidence Bigelow a du se résoudre à quelques contraintes qui n'étaient pas d'ordre technique… À titre d'exemple, les vingt dernières minutes du film détonnent de par leur changement de ton et leur petit côté moralisateur. Dommage, mais à tout le moins ces quelques défauts surviennent en fin de parcours et seulement et n'entachent que partiellement la portée du film.



Image
L'image du film est présentée au format respecté de 2.35:1 d'après un transfert anamorphosé.

L'interpositif employé pour le téléciné est intact, il ne souffre d'aucune anomalie distrayante. Dans l'ensemble, la définition est excellente. L'image est nette et précise et offre un niveau de détail optimal, et ce malgré une photographie souvent sombre. La colorimétrie, qui penche (volontairement) vers des couleurs froides et dé-saturées, profite d'un rendu juste et constant. L'étalonnement des couleurs, malgré leur aspect volontairement terne, est constant et dans fluctuation. Les contrastes sont correctement équilibrés, sans pointes excessives. Le niveau des noirs est correctement ajusté et laisse deviner des dégradés subtils et bien détaillés. Les noirs sont purs et solides. Des marques de compressions sont visibles mais il s'agit ici d'un problème relativement peu distreyant.

Une légère sur-définition des contours est observable. On remarque aussi quelques macroblocs apparaissant lors de scènes particulièrement sombres.


Son
Trois bandes-son sont proposées avec cette édition, soit deux anglaises (Dolby Digital 5.1 et 2.0 Surround) ainsi qu'un doublage français (Dolby Surround 2.0). Des sous-titres sont également offerts en anglais.

Le mixage anglais Dolby Digital 5.1, s'il n'est pas digne de référence, est à tout le moins d'un dynamisme percutant. Le champ-sonore se déploie énergiquement de tous les canaux disponibles, avec prépondérance des enceintes avants. En fait, voilà peut-être le seul petit défaut de ce mixage. Une utilisation plus active des canaux d'ambiophonie dans la reproduction d'effets d'ambiance aurait favorisé une immersion sonore plus convaincante. Les enceintes arrières manifestent parfois beaucoup de vigueur et d'agressivité lors des scènes d'action et de suspense. La scène où le sous-marin menace d'imploser en est un bel exemple. Les quelques transitions canaux à canaux sont efficaces et bien réalisés. Dans l'ensemble, la trame-sonore est fort bien intégrée, parfois agressive, parfois douce et subtile. Les dialogues sont toujours parfaitement nets et intelligibles (malgré cet horrible accent russe pas toujours crédible !). Les basses fréquences appuient de façon impeccable ce mixage, l'utilisation parfois soutenue du canal dédié .1 (LFE) ajoute beaucoup de profondeur au mixage.

Fidèle à ses habitudes, la Paramount n'a inclu qu'un dooublage français Dolby 2.0 Surround...Une situation aussi déplorable qu'injustifiée.


Suppléments/menus
Malgré les faibles revenus générés par le film au guichet, la Paramount a choisi d'inclure une quantité tout à fait satisfaisante de suppléments avec cette édition.

Vous retrouverez tout d'abord une piste de commentaires audio animée par la réalisatrice Kathryn Bigelow et le directeur de la photographie Jeff Cronenweth. Mme Bigelow n'a jamais été très à l'aise dans l'animation de telles pistes, et cela transparaît à nouveau à l'écoute de celle-ci. Elle semble gêné et inconfortable, et incidemment ses propos en souffrent. Heureusement que le directeur de la photographie est à ses côtés pour stimuler l'animation. Il en résulte, en fin de compte, une piste moyennement intéressante, qui alterne régulièrement entre l'anecdote et le commentaire flatteur (j'aime cette scène, cet acteur est talentueux, etc) avec des informations plus techniques. Mérite une écoute distraite, sans plus.

Un total de quatre courts documentaires ont été produits pour cette édition. Le premier, et certes le moins pertinent ou intéressant, se rapproche d'avantage du segment promotionnel que du documentaire informatif. Simplement intitulé The Making of K-19 (20 min.), ce segment résume l'intrigue et louange le talent de toute l'équipe technique. Plutôt agaçant. Seules quelques minutes de ce segment se distinguent par leurs informations plus techniques sur la construction de la réplique du K-19 ayant servi dans le film.

Les trois autres documentaires, malgré leur plus courte durée, sont beaucoup plus intéressants tout simplement parce qu'ils développent de façon informative et pertinente un sujet bien cerné. Exploring the Craft: Make-up Techniques (5 min.) explique le procédé de création des différents maquillages du film, et ce à l'aide d'entrevues et d'images filmées en coulisse. Breaching The Hull (5 min.) s'attarde à la scène du film où le sous-marin défonce la surface gelée de la mer. On y décrit les différents effets spéciaux employés, plus particulièrement l'utilisation d'une maquette. Franchement impressionnant ! Finalement, It's in the Details (11 min.) raconte tout le processus de recherche et de documentation qui a entouré la pré-production du film. Le moins que l'on puisse dire, c'est que le soucis de détail était de mise. Finalement, la bande-annonce originale est également offerte.




Conclusion
Après un décevante performance en salles lors de la période estivale, souhaitons que la parution DVD de ce film puisse enfin susciter l'intérêt des cinéphiles. Son sujet à lui seul en vaut la peine. Qui plus est, la portion technique de cette édition est de très bonne facture. La qualité d'image et la bande-son anglaise Dolby Digital 5.1 sont tout deux satisfaisantes. Quant aux suppléments, ils n'ont rien de spectaculaires mais proposent néanmoins quelques informations pertinentes et intéressantes.



Qualité vidéo:
4,0/5

Qualité audio:
4,0/5

Suppléments:
2,9/5

Rapport qualité/prix:
3,8/5

Note finale:
3,7/5
Auteur: Yannick Savard

Date de publication: 2002-12-16

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur NTSC 4:3 Sony Trinitron Wega KV-32S42, Récepteur Pioneer VSX-D509, Lecteur DVD Pioneer DVL-909, enceintes Bose, câbles Monster Cable.

Le film

Titre original:
K-19: The Widowmaker

Année de sortie:
2002

Pays:

Genre:

Durée:
137 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Paramount

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
2.35:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1
Anglaise Dolby 2.0 Surround
Française Dolby 2.0 Surround

Sous-titres:
Anglais (CC)

Suppéments:
Piste de commentaires audio, 4 documentaires et bande-annonce

Date de parution:
2002-12-03

Si vous avez aimé...