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DVDEF

2001: A Space Odyssey (Special Edition)

Critique
Synopsis/présentation
2001: A Space Odyssey est probablement le plus grand accomplissement technique, esthétique et intellectuel de la carrière de Stanley Kubrick. Au-delà de la mythification dont il fait l’objet, ce chef-d’œuvre visionnaire offre une leçon formelle d’une exceptionnelle intelligence et une profonde réflexion philosophique sur la nature et la culture de l’homme. Il s’agit d’un film austère dont l’appréciation exige un acte volontaire de la part du spectateur. À ceux qui persistent, ce film offre néanmoins un lieu de réflexion d’une incroyable richesse. Nous espérons que le présent texte aide les cinéphiles à mieux comprendre ce classique.

Ce n’est pas un hasard si 2001 s’ouvre sur la musique de « Ainsi parlait Zarathoustra » de Richard Strauss. Cette œuvre symphonique est inspirée de l’ouvrage éponyme du philosophe Friedrich Nietzsche, publié il y a 125 ans. Mentionnons brièvement que la philosophie de ce penseur du dix-neuvième siècle repose sur deux concepts importants : la volonté de puissance et l’éternel retour. Le premier nous incite au dépassement de soi, ce qui nous amène à devenir des surhommes. Selon le second, la vie est composée d’un nombre limité de situations qui se répètent dans l’infini du temps. Ces deux clés permettent de comprendre 2001: A Space Odyssey.

La pensée au service de la volonté de puissance de l’homme
Kubrick part du principe selon lequel l’intelligence est acquise. À l’aube du genre humain, notre ancêtre le singe est vulnérable et belliqueux : il cherche à préserver son territoire, sans pour cela disposer de moyens de défense efficaces. Le monolithe, arrivé de nulle part, inculque au singe la faculté d’imaginer et de penser. L’os cesse d’être un vulgaire déchet pour devenir un outil et une arme au service de sa volonté. Le singe tue son semblable et, par ce meurtre, établit sa suprématie à la fois sur la nature et sur ses congénères. Il devient un « sur-singe », maître de son univers. Puis, il évolue en un homme dont l’intelligence l’incite au dépassement et le conduit jusque dans l’espace, loin de son milieu naturel.

La nature profonde du singe vit toujours en l’homme, qui demeure vulnérable et belliqueux. La tribu porte maintenant le nom de famille et de nation, et le territoire, de pays. Le personnage de Floyd s’apparente à son ancêtre simiesque et fait preuve de méfiance quant aux autres groupes d’hommes. Il n’a toutefois pas à utiliser la force pour les écarter de sa découverte : le mensonge suffit. Mais, comme chez le singe, la découverte lui impose de nouveaux défis.

C’est pour relever ces défis que l’homme fait appel à son génie, créant des machines capables de penser. L’ordinateur HAL 9000 traduit la métamorphose de Floyd. En plus de l’intelligence, HAL a hérité de la paranoïa de l’homme. Il tente de protéger le secret contenu dans sa mémoire en mentant aux humains et en assassinant l’équipage du vaisseau spatial Explorer. Grâce à l’audace de son intelligence, seul l’astronaute Bowman pourra prendre des risques afin de déjouer le cerveau électronique. Et, à l’issue du combat, Bowman apprendra ce lourd secret.

Débarrassé de son dernier ennemi, l’homme amorce son ultime aventure. Au-delà des étoiles, son univers devient une abstraction, un monde totalement artificiel. Le voici arrivé au point culminant de son évolution. Devant le monolithe, le vieillard rend son dernier souffle. L’homme se métamorphose en l’enfant astral, représentation du surhomme, un être dénué de toute animalité dont l’instinct est chose du passé, pour ne laisser qu’une volonté qui pense. Un nouveau cycle d’évolution peut commencer.

L’éternel retour narratif des formes cinématographiques
Kubrick est un très grand formaliste de l’histoire du cinéma. Si 2001 est le récit de la métamorphose de l’homme, sa forme est celle de la métamorphose du langage cinématographique au cours de son histoire et jusqu’à son devenir.

Le récit de 2001 est divisé en quatre parties. Chacune nous raconte la même histoire, celle d’hominidés confrontés à un phénomène extraordinaire et inconnu (le monolithe) qui les transforme dramatiquement et les pousse à se dépasser. Notons que chacune de ces parties est racontée en utilisant son propre langage cinématographique.

Dans 2001, l’aube de l’humanité devient, au plan formel, l’aube du cinéma. Cette partie est un condensé de l’évolution du langage cinématographique à l’époque du cinéma muet. Au début du cinéma, les histoires sont racontées par des plans scènes, chaque plan s’apparentant à une scène au théâtre. Ensuite vient l’introduction des échelles de plans qui se traduit par le découpage de l’action en courts moments et le développement du montage. Avec le montage, le récit devient un espace-temps organisé pour donner lieu à des effets dramatiques (montage parallèle) ou pour exprimer des idées abstraites (montage des attractions). Même le jeu des comédiens-singes est, en réalité, une pantomime qui leur permet de s’exprimer sans recourir au langage.

La seconde partie correspond au langage de la première époque du cinéma parlant. La conquête du son permet la simplification du discours cinématographique. D’un certain point de vue, cette période est marquée par un recul dans la recherche d’un langage cinématographique qui ne dépend nullement de celui des hommes. Le récit se standardise et sa forme devient plus transparente pour le spectateur.

Avec la troisième partie, nous entrons dans la modernité. L’image est cadrée en utilisant des angles plus audacieux et inusités. L’introduction de la subjectivité nous fait voir le monde du point de vue d’HAL9000. La caméra est également plus mobile. Le traitement du son et de l’image est différencié. HAL est une lentille de caméra et sa voix est hors champ, sans référence à l’écran. C’est l’apogée du cinéma narratif classique.

La dernière partie relate la conquête de l’abstraction. Le long voyage de Bowman au-delà des étoiles est un kaléidoscope des grands mouvements picturaux du vingtième siècle. N’oublions jamais que Kubrick est un photographe nous faisant voyager de la peinture abstraite jusqu’à l’art psychédélique, en passant par le pop’art. La dernière scène, qui se déroule dans la chambre, symbolise le retour à une esthétique cinématographique dépouillée de la parole. Comme à l’époque du muet, seuls l’image et le montage expriment les idées du réalisateur. À la limite, ce qui est montré devient moins important que la manière dont on le montre. C’est peut-être là que 2001 devient prophétique, en annonçant la naissance du post-modernisme.



Image
Le master HD, d'une résolution de 1080p, utilise le codec VC-1. Il a été fait à partir d'un interpositif absolument impeccable. Le ratio original de 2.20:1 de l’image a été respectée. La technologie nous permet de voir les grands classiques avec une image supérieure à celle qui était originalement projetée dans les salles de cinéma. Il faut savoir que l’interpositif servant à la distribution en salles est souvent le produit d’un internégatif d’une autre génération que celui de la copie zéro d’un long métrage. Tout comme nous, vous aurez l'impression de voir ce chef-d’œuvre pour la première fois.

Au premier coup d'œil, la richesse des couleurs retient immédiatement l’attention. Les levers du soleil des premières scènes sont magnifiques. Les subtils dégradés d'orangé et de rouge frôlent la perfection. Au même chapitre, les paysages désertiques livrent toutes leurs nuances. Le rendu des noirs redonne au fameux monolithe une texture et une apparence encore plus extraordinaires et ésotériques. Toutefois, le point culminant de ce travail sur les couleurs demeure le voyage psychédélique au-delà des étoiles que fait Bowman : cette édition DVD en fait une expérience picturale fascinante et un régal pour les yeux.

Hormis quelques plans moins bien définis au début du long métrage, le transfert haute définition de 2001 est tout simplement sublime. On ne remarque aucune trace de compression numérique. Les textures sont reproduites avec un très haut niveau de détails. Les vaisseaux spatiaux sont plus vrais que nature. Le contraste est riche, impeccable, au service d’un produit aux qualités visuelles supérieures.



Son
L'édition Blu-Ray propose six bandes sonores : anglaise PCM 5.1 (non compressé), anglaise (Dolby Digital 5.1), française (Dolby Digital 5.1), allemande (Dolby Digital 5.1), espagnole (Dolby Digital 5.1) et italienne (Dolby Digital 5.1), ainsi que des sous-titres anglais, français espagnols, allemands, chinois, danois, néerlandais, finnois, italiens, coréens, norvégiens, portugais et suédois.

La bande sonore originale de 2001: A Space Odyssey ne ressemble en rien aux bandes tonitruantes qui caractérisent les films d’action, à l’exception peut-être de la cacophonie simiesque entendue au début du film. Votre équipement audio ne risque donc pas de faillir à la tâche. Cela dit, la bande n’est pas dépourvue d’intérêt, ni de subtilité, moins pour son aspect ambiophonique que stéréophonique. En effet, la musique de 2001 est souvent le seul élément sonore. Elle crée une ambiance ambiophonique, mais l’essentiel du son provient du centre.

Le son ne souffre pas des quarante années nous séparant de l’enregistrement initial. Le souffle est très discret et la qualité des enregistrements musicaux utilisés est tout à fait acceptable.



Suppléments/menus
La Warner n’a pas lésiné sur les suppléments de cette édition Blu-Ray. Le DVD offre près de 2 heures de documents audio-visuels, des commentaires audio, une entrevue radiophonique de 1 h 16 minutes réalisée en 1966 avec Kubrick, et la bande-annonce originale du film. Tous les documentaires sont offerts en format 16:9 à la résolution standard (480p et 480i). Selon l’expression populaire, trop n’est parfois pas assez : les suppléments ne sont malheureusement pas toujours une hauteur permettant de véritablement approfondir 2001: A Space Odyssey.

La pièce maîtresse de ces suppléments est, sans contredit, le documentaire « 2001: The Making of a Myth » d’une durée de 56 minutes, produit pour Channel Four et dont la narration est assurée par James Cameron. Il s’agit d’un assez bon produit, dans le genre de ceux réalisés pour les chaînes spécialisées, qui présente des entrevues accordées par plusieurs collaborateurs de Kubrick, tels qu’Arthur C. Clarke et Douglas Trumbull, le spécialiste des effets spéciaux. Le documentaire est relativement riche en informations touchant la conception et la production de 2001, mais ne s’attarde nullement sur l’aspect intellectuel du film.

Puis, suit une série de documents d’une vingtaine de minutes chacun. « Standing on the Shoulders of Kubrick: The Legacy of 2001 », « Vision of a Future Passed: The Prophecy of 2001 » et « 2001 A Space Odyssey – A Look Behind the Future ». Ces documents, qui relèvent plus de l’infopublicité que du documentaire sérieux, suscitent un intérêt variable. Ils proposent un collage d’extraits du film, entrecoupés de brefs moments d’entrevues accordées par des réalisateurs hollywoodiens dont les propos sont, dans l’ensemble, des lieux communs sur le travail de Kubrick ou sur le film. C’est vraiment dommage.

« 2001: FX and Early Conceptual Artwork » et « Look: Stanley Kubrick » sont de très intéressants documents. Le premier s’attarde sur les œuvres picturales qui ont influencé Kubrick dans la conception visuelle de son film. Le second présente des photos prises par Kubrick lorsqu’il travaillait chez Look. Lors du visionnement, on ne peut que comprendre pourquoi Kubrick a été embauché par le célèbre magazine : ses clichés sont tout simplement remarquables et confirment que leur auteur est un magnifique « faiseur d’images ».

Les commentaires audio des acteurs Keir Dullea et Gary Lockwood ne se démarquent pas de ceux offerts dans les éditions DVD offertes par des éditeurs américains. Les deux acteurs, bons communicateurs, s’acquittent assez bien de leur tâche. Il aurait toutefois été intéressant qu’un expert du cinéma de Kubrick commente le film, car certains passages ne sont nullement commentés par les deux vedettes.

Le dernier supplément est l’entrevue radiophonique accordée par Stanley Kubrick en 1966, au moment de la conception de 2001. Le réalisateur y parle de son parcours d’étudiant médiocre qui se découvre, à l’adolescence, un intérêt pour la photographie et le cinéma. Il aborde aussi la réalisation des films précédant 2001. Ce moment passé en compagnie de Kubrick n’est pas plus spectaculaire que les autres suppléments, mais est probablement le plus intéressant en matière de cinéphilie. Il est dommage qu’il ne soit pas sous-titré, car la prise de son est très inégale et on entend à peine les questions posées.




Conclusion
Au plan technique, cette édition est irréprochable. L’image haute définition reflète les possibilités du nouveau format et rend justice au travail des artisans de 2001. Le son n’a pas été négligé, mais il est à son optimum dans le rendu des pièces musicales qui « décorent » les scènes destinées à être silencieuses.

Cela dit, cette œuvre marquante de l’histoire du cinéma aurait mérité des suppléments plus pertinents, allant en profondeur. Par malheur, les impératifs commerciaux d’Hollywood priment sur l’étude exhaustive des grands films du cinéma. 2001 était l’occasion idéale de proposer quelque chose de différent aux cinéphiles n’ayant pas connu les cinéclubs d’autrefois qui « nourrissaient » les passionnés de cinéma classique. Voilà une belle occasion manquée!



Qualité vidéo:
4,7/5

Qualité audio:
3,9/5

Suppléments:
4,1/5

Rapport qualité/prix:
4,5/5

Note finale:
4,5/5
Auteur: Sylvain Lafrenière

Date de publication: 2008-05-08

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur Toshiba ACL 42 pouces modèle 42HL196, lecteur DVD Sony DVPNS75H, lecteur Blu ray PlayStation 3, Connecteur HDMI, récepteur Sony STR-DE945, enceintes Bose

Le film

Titre original:
2001: A Space Odyssey

Année de sortie:
1968

Pays:

Genre:

Durée:
141 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Warner Bros.

Produit:
Blu-ray

Nombre de disque:
1 BD-50

Format d'image:
2.20:1

Transfert 16:9:
-

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise PCM 5.1
Anglaise Dolby Digital 5.1
Française Dolby Digital 5.0
Allemand Dolby Digital 5.1
Italien Dolby Digital 5.1

Sous-titres:
Anglais
Français
Espagnol
Coréen
Italien
Néerlandais
Chinois
Portugais

Suppéments:

Date de parution:
2008-01-29

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