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DVDEF

Perfect World, A

Critique
Synopsis/présentation
Clint Eastwood est décidément un homme et un artiste étonnant. Après avoir été couvert de lauriers (amplement mérités) pour Unforgiven en 1991 (cf critique), il va surprendre à nouveau tout le monde avec son film suivant : A Perfect World (1993).

En effet, il fait de ce qui n'aurait pu etre qu'un film de poursuite de plus, une oeuvre prenant à contre pied tous les stéréotypes du genre. Butch Haynes (Kevin Costner, très étonnant) s'évade de prison en compagnie d'un autre détenu qu'il déteste. Au cours de leur fuite, ils prennent en otage un petit garçon de 8 ans : Phillip (joué à la perfection par T.J. Lowther). Après s'etre débarassé de son encombrant compagnon, Butch nouera une magnifique et inattendue relation avec Phillip, jusqu'à la tragique fin de leur cavale. Ce canevas aurait pu donner lieu au pire des films s'il n'avait été mis en scène et en image par Clint Eastwood.

Le petit Phillip est un personnage tout à fait réaliste et émouvant, à cent lieues des habituels enfants des grosses productions hollywoodiennes alignant des répliques cinglantes et cherchant l'émotion facile (style M. Culkin). Si ce personnage provoque l'émotion c'est grace au jeune acteur qui l'incarne et au scénariste qui a su éviter les pièges précités. De meme, Kevin Costner révèle des capacités de vraie sensibilité et méchanceté (la traumatisante mais émouvante scène avec un père battant son enfant), plutot étonnantes au vu de sa carrière jusqu'alors. Il s'avère un acteur beaucoup moins lisse que prévu. Eastwood parvient à sublimer son jeu par une mise en scène à la hauteur du petit Phillip, qui fait ressortir l'enfance difficile mal digérée de Butch. Leurs rapports sont basés sur une relation père/fils que ni l'un ni l'autre n'ont connu. Butch sert d'initiateur à Phillip dont l'éducation stricte (sa mère est témoin de Jéhovah) ne lui a pas permis de profiter des plaisirs simples de la vie (Halloween, Noel). Ils sont tous les deux à l'écart de la société, et par conséquent se complètent parfaitement et apprennent chacun beaucoup sur eux-memes au cours de cette aventure. On retrouve ici toute la malice d'Eastwood qui s'amuse à égratigner les bonnes moeurs en faisant découvrir la vie au petit Phillip par Butch (qui est tout de meme un détenu et un meurtrier) à la moralité parfois plus que douteuse. Il prend d'ailleurs bien soin par plusieurs scènes de nous rappeler que sous ses abords sympathiques, Butch est un personnage très dangereux.

L'humour fait d'ailleurs partie intégrante du film dont le trait aurait pu s'avérer trop lourd sans ce contrepoint. Le sheriff Red Garnett (joué par Eastwood lui-meme) qui parait assez monolithique au premier abord, lui sert encore une fois à casser son image publique. Ce dernier se révèle beaucoup plus impliqué dans cette histoire que prévu et au final, d'une humanité insoupçonnable au début. Le rythme plutot contemplatif du film est à nouveau en rupture complète avec les canons du genre et participe grandement à l'aspect émotif et sensible de l'oeuvre. Au final, on a plus l'impression d'assister à un film initiatique qu'à une chasse à l'homme. La mise en scène d'Eastwood est d'ailleurs parfaitement en accord avec cette idée et finalement son personnage aussi apprendra des choses sur lui-même grace à la psychologue criminelle qui l'accompagne dans sa traque (Laura Dern, impeccable).

Un autre thème apparait en filligrane dans le film. Il s'agit d'une obsession que Clint Eastwood partage avec tous ses compatriotes : l'assassinat de Kennedy. Ce n'est pas un hasard si le film se passe 3 semaines avant et sur les lieux meme de cette tragédie (cela justifie l'insisitance et les moyens mis en oeuvre pour cette traque). Le personnage du tireur d'élite du FBI (et celui du gouverneur) est d'ailleurs là pour fustiger l'incompétence des autorités de l'époque (il est responsable d'une éxécution largement évitable).

Avec ce film Eastwood trouve véritablement son style, ni baroque (comme dans ses films plus anciens), ni austère et hiératique (comme Unforgiven), simplement à leur croisée dans ce qu'on pourrait appeler le clacissisme des grands maitres américains (John Ford par exemple). Eastwood y prouve une maitrise remarquable de tous les éléments composant un film et surtout de leur savant dosage qui lui permet d'éviter les longueurs, l'excès de bons sentiments ou de méchanceté, et l'ennui ou l'indifférence du spectateur.

Pour toutes ces qualités, ce film est à voir absolument ou ne serait-ce que pour confirmer la transformation d'un excellent cinéaste et acteur en un monument du cinéma.



Image
Le nouveau transfert de ce film en respecte bien le format originel : le 2.35:1.

La définition globale s'avère de très bon niveau malgré quelques (rares) faiblesses sur les passages les plus sombres. L'interpositif a quant à lui été nettoyé de toutes les imperfections qui auraient pu l'entacher. La meilleure partie de ce transfert est le rendu des couleurs qui s'avère réellement bluffant. A nouveau, le formidable travail de Jack N. Green à la photographie (après Unforgiven) trouve avec cette édition un superbe écrin et le Texas apparait présenté sous son meilleur jour sans etre dénaturé. Le contraste est de temps à autre trop poussé et conduit à une image trop brillante. Il faut cependant préciser qu'un grand nombre de plans sont volontairement surexposés et que logiquement, leur bon rendu en vidéo s'avère plus complexe.

La profondeur des noirs aurait pu etre un peu plus poussée, ce qui aurait permis un rendu plus précis des scènes les plus sombres du film. La partie numérique du transfert ne fait ressortir que quelques passages surdéfinis (dans des proportions tout à fait raisonnables).

Le peu de défauts qui subsistent, malgré le tirage d'un nouveau transfert, ne s'avèrent absolument pas genants au regard du superbe rendu proposé par cette édition qui permet d'apprécier ce film dans des conditions quasi idéales.


Son
Les bandes-son sont proposées en Anglais (Dolby Digital 5.1) et Français (Dolby 2.0 surround).

La bande-son anglaise a été remixée et du coup la dynamique et la spacialisation s'avèrent tout bonnement excellentes. La présence de la bande-son va en s'intensifiant tout au long du film. Tous les effets sont bien intégrés et jamais hypertrophiés. La superbe musique de Lennie Niehaus (après celle d'Unforgiven) est impeccablement rendue et atteint par moments une ampleur remarquable. La séparation des canaux est également de haut niveau lorsque les enceintes arrières sont sollicitées (l'accident de caravane ou le rodéo en voiture devant le magasin Friendly's). La restitution des voix est en permanence parfaite et les dialogues ne sont jamais difficiles à saisir.

Les basses fréquences sont encore une fois d'un niveau réaliste et en quantité suffisante pour assister la bande-son lorsque nécessaire. La piste française est à nouveau de qualité, mais toujours plusieurs tons en dessous de son homologue anglaise pour cause de Dolby 2.0 Surround.

Les sous-titres sont disponibles en Anglais, Français et Espagnol.


Suppléments/menus
Une édition simple donc quasi vide de suppléments. Sont disponibles, les traditionnelles filmographies des artisans du film et sa bande annonce.

Cette dernière est de bonne qualité, mais dénature le propos et les vrais enjeux du film en le simplifiant et en le faisant rentrer de force dans les canons traditionnels.

S'agissant d'une édition simple, on ne peut décemment reprocher la pauvreté du contenu. Cependant, pour un film d'une telle ampleur et d'une telle qualité, il est certain qu'un effort aurait pu etre fait.



Conclusion
Une édition de bonne facture technique à laquelle on peut simplement reprocher son absence de suppléments. Malgré ce bémol, voici une édition recommandée en attendant une éventuelle édition spéciale (bien que peu probable). Ce film magnifique et émouvant nous permet de découvrir une nouvelle facette de l'immense talent de Clint Eastwood et de se divertir de façon intelligente.



Qualité vidéo:
3,5/5

Qualité audio:
3,5/5

Suppléments:
1,0/5

Rapport qualité/prix:
4,0/5

Note finale:
3,0/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2002-10-15

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Perfect World, A

Année de sortie:
1993

Pays:

Genre:

Durée:
138 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Warner Bros.

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
2.35:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1
Française Dolby 2.0 Surround

Sous-titres:
Anglais
Français
Espagnol

Suppéments:
Bande-annonce, Filmographie des artisans du film

Date de parution:
2002-10-01

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