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DVDEF

Etre et avoir

Critique
Synopsis/présentation
Il semble que le format DVD devienne un support de choix pour les reportages et les documentaires. Les sorties dans ce genre se font assez nombreuses, et nous devons l'avouer, certains de ces programmes sont d'un intérêt et d'une qualité remarquable.

Très largement médiatisé, le documentaire Être et Avoir nous est ici offert par Séville. Ce documentaire fait à l'origine pour la télé s'est vu distribué en salle notamment au Québec, et a su rallier autant la critique qu'un public enthousiaste. Généralement les documentaires ont des objectifs assez précis, que ce soit de raconter une histoire (historique), présenter des événements populaires avec un regard différent ou tout simplement informer sur un problème, une condition ou un événement. On peut mettre dans cette catégorie de véritables petits bijoux, de l'Oscarisé Bowling for Columbine de Michael Moore, à des éditions plus discrètes mais d'un intérêt fabuleux tels Dogtown and Z-boys; Scratch; Standing in the Shadows of Motown; Meeting People is easy; Nuit et brouillard…. Tous ces documentaires ont un but, fournir une information pertinente sur un événement qui a eu un impact suffisamment populaire (au sens de toucher le maximum de personnes) pour en intéresser le plus grand nombre.

Que dire alors d'Être et Avoir? Ce documentaire ne vise à priori rien, n'informe en rien et se base sur un événement très confidentiel : La vie dans une petite école de campagne française. On ne peut pas dire que cela est une expérience partagée par le plus grand nombre (tant en France que dans le reste du monde), ni que cela puisse avoir au bout du compte une réelle valeur informative.

C'est certainement là que ce documentaire a réussi à conquérir un public, en ne présentant rien, sinon la vie avec une petite pointe de nostalgie. Loin des télés-réalités on nous plonge durant huit mois dans la vie d'une petite école de campagne, accompagnant les trois protagonistes de l'histoire. Les élèves d'âges et de sensibilités différentes, le professeur, et les familles de ces enfants. Ce trio révèle toutes les facettes de la vie, l'insouciance, l'action et la supervision de l'ensemble. L'insouciance des enfants dans leur âge de formation, l'action des parents (souvent dépassés par leurs petits) et la supervision bienveillante d'un professeur qui possède toutes les qualités requises pour qu'on lui érige une statue à l'honneur de son humanisme et de son pédagogisme.
Ce triptyque social est généralement présenté de manière très dysfonctionnelle dans les productions cinématographiques et de reportage. Vie urbaine avec des enfants abrutis de télévision, de Gameboy et de permissivité confinant souvent à la lâcheté, des parents dont la vie professionnelle absorbe le plus souvent leur potentiel d'action (ou une non vie professionnelle qui détruit ce potentiel d'action), et une supervision généralement totalement absente (l'école étant devenue un distributeur automatique de savoir, plutôt qu'un lieu de partage humain, de savoir et de sociabilité). C'est cet équilibre perdu qui fascine, cette vie douce et profondément humaine qui nous est présentée, en rupture quasi complète avec les réalités urbaines et sociales quotidiennes. Être et avoir nous offre une fenêtre à travers laquelle on découvre un bonheur perdu mais pas oublié ou tous les acteurs jouent pleinement leur rôle social. Les dysfonctionnements sont normaux, et facilement réparables, le grave devient léger, le drame redevient une normalité et non plus une statistique.

Nicolas Philibert n'en est pas à son premier essai dans le genre du documentaire. Ces thèmes de prédilection ont toujours été très particuliers (hôpitaux psychiatriques dans La moindre des choses, architecture du Louvre, le monde de la surdité dans Le pays des sourds …). Le pays des sourds (1992) avait valu à son réalisateur quelques prix internationaux, surclassé par Être et avoir qui s'est vu décerner le prix du meilleur montage aux Césars 2003 (ainsi qu'une nomination pour meilleur film et meilleur réalisateur), meilleur film 2002 pour le syndicat Français des critiques de Cinéma, prix Louis Delluc de la même année et quelques autres prix internationaux pour meilleur documentaire de l'année.

Ce succès critique, combiné à un grand succès populaire a fait émergé deux stars. Tout d'abord, le professeur Georges Lopez, qui en plus de rendre la foi à de nombreux enseignants s'est vu invité dans de nombreux journaux et émissions télés. Cet homme représente pour beaucoup l'idéal de l'enseignant, patient mais ferme, pédagogue mais profondément humain. Sa personnalité et son professionnalisme très attachant fonctionnent à merveille, surtout associé à la deuxième personnalité qui ressort de ce film, un petit garçon de six ans; Jojo. Ce petit bout d'homme est un enfant, un vrai. Pas un singe savant, pas un délinquant en devenir, juste un enfant avec toutes les qualités, et tous les défauts de cet âge. En ces temps ou la simple distraction est appelée Syndrome de Déficience d'attention ou hyperactivité, ou la solution est un gavage au ritalin, voir Jojo est un vrai réconfort. Il passe du coq à l'âne, incapable de se concentrer plus de 5 minutes sur la même chose, mais on le voit se construire aidé par son professeur, on le voit très apte à être un être social, et ses défauts d'enfants restent ce qu'ils sont, des défauts d'enfants plutôt que des problèmes de parents. Aussi rafraîchissant que rassurant, on espère sincèrement que Monsieur Philibert nous fera un suivi du Jojo dans 15 ans.


Image
Être et avoir nous est présenté au format respecté de 1.66:1 (transfert 4:3). Tourné dans des conditions de reportage, donc sans lumières additionnelles. Le transfert fait à partir du film 35mm. souffre donc de ces conditions de tournage compliquées et peu propices à une photographie lèchée.

Dans l'ensemble, l'image présente un grain assez fort sûrement du aux sacrifices qui ont du être fait dans les conditions d'éclairages (des néons au plafond). Naturellement ce grain excessif diminue la qualité des détails présentés, et réduit la finesse générale des textures. Néanmoins, l'interpositif récent devait être exempt de tous défauts, aucun problème n'a été constaté à ce niveau.
Les couleurs présentent des saturations qui ne sont pas toujours naturelles (comme le chandail fuscia d'une des petites filles au début du film), et tendent vers la sur saturation. À ce propos un débordement quasi constant des rouges a été constaté, alors que les autres couleurs semblaient mieux se tenir. Malgré ce défaut, les couleurs de peaux restent naturelles et constantes. Les contrastes et la brillance ne sont pas constant, les scènes d'hiver en extérieur tendant à présenter des contrastes trop élevées, ce qui ne se retrouve pas dans le scènes d'intérieur.

Les noirs sont profonds, mais les dégradés manquent de détails (surtout dans les scènes extérieures). Le grain réellement fort de l'image peut sembler parfois être associer à un fourmillement des larges masses de couleurs, mais malgré une très légère tendance à la sur-accentuation des contours, aucun problème strictement lié à la numérisation n'a été constaté.

Cette édition nous présente une image bien en deçà des productions actuelles, mais les conditions difficiles de tournage sont très certainement à l'origine de ces problèmes. Néanmoins, vu l'objet et la teneur de ce documentaire ce problème d'image est facilement relégué (pour peu que le grain ne vous gène pas trop).



Son
Une seule bande son nous est proposée, à savoir la bande sonore française originale en Dolby 2.0 stéréo.

Tout comme pour l'image, on sent que les conditions difficiles de tournage ont eu pour effet de limiter les possibilités auxquelles nous sommes généralement habituées. Consistant principalement de dialogues, cette bande sonore ne démontre en aucun cas un dynamisme particulier, mais est toujours à propos. Le positionnement du son sur les enceintes avant se fait malgré tout d'une manière plutôt convaincante (voir la scène ou le professeur règle le différent entre deux enfants, la voix hors champs est placée avec soin pour rester présente, même si définitivement hors champs).
Les dialogues sont très correctement intégrées, toujours intelligibles et très naturels. Les basses hormis celle des voix et des quelques passages musicaux semblent correctement rendues.
On est naturellement loin des excentricités audiophiles de titres comme Standing in the Shadow of Motown mais il convient de remettre ce documentaire dans son contexte. Dans ce cadre, l'intégration des dialogues et un placement approprié est suffisant pour apprécier ce film à sa juste valeur.

Des sous-titres en anglais sont disponibles.


Suppléments/menus
Séville ne nous gâte pas vraiment dans cette édition consistant d'un seul disque puisque aucun supplément n'est proposé.
Il aurait pourtant été intéressant de revoir Monsieur Lopez, d'entendre son analyse du succès de ce documentaire, avoir des nouvelles des enfants, ou au moins des notes sur la production (que l'on trouve pourtant sur le site web officiel du film).



Conclusion
Ce documentaire a amplement mérité son succès. Son objet d'étude et de regard interpelle forcément, et la force de ses interprêtes nous séduit. Si les conditions de tournage ont été difficiles, ils n'en reste pas moins que les qualités techniques de ce produit sans être catastotrophique aurait pu être de plus haut niveau (surtout pour l'image).
Si cette édition ne sera pas la pièce de référence de votre système cinéma maison, il convient de voir ce film pour ce qu'il est et ce qu'il présente : La simplicité et l'humanité. La sobriété était de mise.



Qualité vidéo:
3,0/5

Qualité audio:
3,0/5

Suppléments:
0,5/5

Rapport qualité/prix:
3,0/5

Note finale:
2,8/5
Auteur: Thomas Geffroyd

Date de publication: 2003-09-16

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur Sony Wega KV27; Préampli Audio Refinement par YBA Pre-2; Ampli Audio refinement par YBA Multi-5; Enceintes JmLabs; Sub REL Strata III; Lecteur DVD Denon DVD-1600; cables et interconnects Cardas/Audioquest.

Le film

Titre original:
Etre et avoir

Année de sortie:
2002

Pays:

Genre:

Durée:
104 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):
-

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Films Séville

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.66:1

Transfert 16:9:
Non

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Française Dolby 2.0 stéréo

Sous-titres:
Anglais

Suppéments:
-

Date de parution:
2003-08-26

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