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DVDEF

Gosford Park

Critique
Synopsis/présentation
Pour quiconque de familier avec le genre drame / mystère et suspence, le dernier film de Robert Altman, Gosford Park, évoquera de multiples comparaisons, tant littéraires que cinématographiques. L'ambiance, le ton (très propre au cinéma britannique) et le foissonnement de suspects potentiels rappelleront les enquêtes du petit belge des romans d'Agatha Christie. Le confinement des lieux, l'humour sarcastique et l'insouciance face au crime s'apparenteront aux intrigues d'une partie de Clue. Les chassé-croisés des castes, la critique sociale des bourgeois et de leurs serviteurs, ainsi que la confrontation des personnalités remémoreront les épisodes de la série anglaise Upstairs, Downstairs (1971-75), ou alors le classique français de Jean Renoir, La Règle du Jeu (1939). Toutefois, ces analogies s'avèrent futiles et simplistes, puisque l'originalité de Gosford Park se trouve plutôt dans l'accomplissement filmique de son grand réalisateur.

Le scénario mordant de Julian Fellows s'ouvre sur un paisible week-end pluvieux à Gosford Park, domaine cossu retranché dans la campagne anglaise d'avant Seconde Grande Guerre. Alors que les invités de Sir William et Lady Sylvia McCordle débarquent en grande pompe au luxueux manoir, domestiques, valets, cuisinières, serviteurs et major d'hommes s'affèrent énergiquement à la préparation de la réception mondaine. Les premiers jours du week-end se déroulent sans anicroches: l'aristocratie bavarde froidement autour de repas successifs et copieux, bordés par les toilettes griffées, l'argenterie astiquée et l'étiquette suivit à la lettre. Au sous-sol, les serviteurs travaillent sans répit à servir leurs maîtres blasés. Après une partie de chasse fructueuse, voilà que la soirée prend une tournure dramatique: il y a eu meurtre dans la biliothèque. Et les suspects potentiels ne manquent pas à l'appel: la sarcastique Comptesse de Trentham, Lady et Lord Stockbridge, Freddie Nesbitt et plusieurs autres... Pour peu dire, le truculent inspecteur Thompson et son collègue, le constable Dexter, en auront plein les bras...

Pour bien saisir le noyau central de Gosford Park, un regard rapide sur les enjeux artistiques s'impose. Souvent associé à Scorsese et Coppola (bien qu'il n'appartient pas à cette génération de cinéastes), Robert Altman travaille toujours à l'intérieur d'une tradition culturelle, et ses oeuvres sont autant de commentaires que de réflexions sur les images produites par la culture américaine. Altman fait preuve d'un oeil critique en débusquant mythes et stéréotypes. De tendances libérales et surtout antiromantiques, le réalisateur octogénère met en scène des personnages qui défendent leur intégrité face à un milieu hostile. Une des deux veines majeures de son oeuvre cinématographique privilégie la satire sociale, l'exploration du psychisme et la peinture d'une société (l'autre tenant du domaine de l'imaginaire). De M*A*S*H (1970) à Health (1979) en passant par Nashville (1975) et The Player (1992), le cinéma de Robert Altman est marqué par l'utilisation de la Panavision (combinée à des effets de zoom, de téléobjectif, de travelling et de plan-séquences), le recours à de nombreuses pistes sonores et à une multitude de personnages secondaires. À cela, ajoutons sa direction d'acteurs où l'improvisation semble se donner libre cours et de là, naît la vision primaire du réalisateur, soit de créer un sentiment d'instabilité et de distanciation chez le spectateur, favorisant ainsi l'épanouissement de son regard critique.

En traçant les lignes directrices de la carrière cinématographique de Robert Altman, il devient évident que Gosford Park constitue un de ses sommets artistiques. Car bien plus qu'un simple jeu de soupçons et de culpabilité, Gosford Park se révèle une satire et critique véhémente d'une société cataloguant chaque individu d'après ses origines. L'assassinat en milieu de film et l'enquête futile qui s'en suit ne sont donc qu'un simple prétexte à la toile que peint Altman d'une société britannique embourgeoisée. Altman préfère autrement plus les dialogues musclés se chevauchant, les discussions serrées sur la politique et les status sociaux, ainsi que les réparties virulentes (dont la majorité provienne de la savoureuse interprétation de la Comptesse de Trentham par Maggie Smith). À l'instar du chantage fait par un scénariste dans The Player, raison pour témoigner des bassesses et manigance du système hollywoodien, Gosford Park s'attaque aux racines de cette société en proposant une intrigue évaporée. Altman oriente d'ailleurs son propos (et par le fait même, le spectateur) vers les serviteurs, bien plus que sur les bourgeois. La caméra ne fait d'ailleurs irruption dans les salles de l'aristocratie seulement lorsqu'un serviteur pénètre dans la pièce. De là, une dissociation directe s'effectue entre le travail acharné du domestique et les conversations blafardes et ennuyeuses de la haute-société. Puis, viens le meurtre, principe catalytique menant à des révélations en profondeur des personnages (psychisme) et de la classe dont ils appartiennent. Alors que les dames de la bourgeoisie se questionnent à propos de ce qu'elles porteront le jour des funérailles, la gouvernante en charge du domaine, elle, préfère ne pas s'impliquer émotivement de par sa nature de servante par excellence qui la veut discrète, attentionnée, prévoyante, et surtout dénudée de sa propre vie.
Dans Gosford Park, Altman porte également une attention particulière aux détails de toutes sortes: les costumes, les décors, les us et coutumes des classes et les éléments historiques. Même les chansons d'Ivor Novello au piano (interprété par Jeremy Northam) sont signées par le défunt acteur-compositeur. Contrairement à l'audacieux plan-séquence en ouverture de The Player, le montage de Gosford Park, effectué par Tim Squyres (The Ice Storm, Crouching Tiger, Hidden Dragon, The Hulk), se veut rapide et cadencé, le tout dans le but de resserrer l'enchènement des événements. Altman s'en remet toutefois à une direction photo (signée Andrew Dunn) somptueuse, laissant transparaître toute la luxure et richesse des décors (les travellings fréquents y jouant pour beaucoup) dessinés par le fils d'Altman, Stephen Altman.
Gosford Park représente une oeuvre forte du répertoire de Robert Altman. Si l'intrigue amuse lors d'un premier visionnement, le cinéphile prendra d'autant plus plaisir à analyser son commentaire sarcastique, et surtout disséquer le style d'une des figures majeures du cinéma américain, Robert Altman.


Image
La présente édition de Gosford Park propose le film dans son format original de 2.35:1, et ce d'après un transfert anamorphosé.

Fidèle à ses habitudes, Robert Altman a opté pour une caméra Panavision (Platinum) à lentilles sphériques et un traitement des couleurs Technicolor. La qualité du matériel source ne pouvant être mise en doute, qu'en est-il du transfert en format DVD?

Débutons par la définition. Cette dernière est sans reproches, laissant ainsi paraître toute la finesse des textures et détails. L'interpositif utilisé pour ce transfert devait être en excellente condition (le film n'a qu'un an d'âge...) puisque l'image est en tout temps nette et exempte de parasites. Pour ce qui est du rendu des couleurs, celles-ci sont agréablement bien balancées, pleinement saturées et sans excès. Si le contraste ne pose aucun problème, le niveau des noirs (la brillance) semble un peu bas ne laissant pas toujours deviné tout la richesse des plans (par exemple, les pièces situées au sous-sol). Les noirs sont par contre, parfaits: solides et profonds. La qualité des dégradés est également adéquate, sans plus.

Si toutefois un aspect négatif devait être souligné, ce serait sans aucun doute la présence, parfois agaçante, de signes de compression (fourmillement ou mosquitoes). Ceci se remarque particulièrement sur les draperies bourgognes, de même que sur les tapisseries de couleur foncée. Même les hautes-lumières sont parfois affectées par ce problème (chroma noise). Chose heureuse, la surdéfinition des contours a été réduite au minimum.


Son
L'édition américaine de Gosford Park offre une seule et unique bande-son, soit la version originale anglaise Dolby Digital 5.1. L'édition canadienne, offerte par Alliance-Atlantis, proposera la même bande-son, en plus de sous-titres français, absents de l'édition américaine. Noter que l'édition ici évaluée est celle destinée aux marché américain.

La bande-son de Gosford Park se veut d'un dynamisme sonore évident mais jamais exacerbé. La belle présence de ce mixage rend pleinement justice à la trame sonore de Patrick Doyle (Sense and Sensibility, Bridget Jones's Diary). La nature du films portant vers les dialogues, aucun effet de spatialisation ne marque se mixage. Le déploiement du champ sonore se limite ainsi aux canaux avants. À quelques occasions, les canaux arrières sont utilisés afin de créer une certaine uniformité musicale. La sépartion des canaux est impécable, tout comme l'intégration de la trame sonore. Le rendu des dialogues est excellent, quoique l'accent britannique peut en dérouter plus d'un. À ce sujet, des sous-titres anglais (et espagnols) ont été ajoutés pour les moins familiers. Enfin, bien que quelques basses ponctuent l'accompagnement musical, aucune extrême grave (.1, LFE) ne sont entendues. Seules basses fréquences du film, les coups de fusil retentissant lors de la partie de chasse démontrent ardeur et vivacité.
Prenez note que pour l'édition canadienne de Gosford Park (distribuée par Alliance/Atlantis) il y aura option de sous-titrage en français.


Suppléments/menus
Arborant la mention Collector's Edition, la présente édition de Gosford Park recèle de suppléments intelligents et surtout, intéressants.

Premiers compléments au film, pas moins de deux pistes de commentaires sont présentes, l'une retraçant les réflexions du réalisateur Robert Altman, de son fils Stephen Altman et du producteur David Lévy, alors que l'autre est animé par Julian Fellowes (scénariste du film). Robert Altman offre ses commentaires avec sérieux, s'attardant en détails à la production de l'oeuvre et les aspirations qui l'ont motivé à faire ce film. Celle de Julian Fellowes traite plutôt des influences qui l'ont mené à l'écriture de Gosford Park, des détails de la rédaction du scénario et la transition de ses textes en image. Sans contredit, deux pistes de commentaires à découvrir.

Puis, suit une section de scènes délaissées au montage éditées de façon continu. D'une durée de 20 minutes et se composant de 15 scènes présentées chronologiquement, ce supplément offre la posibilité de visionner ces scènes non-retenues avec ou sans les commentaires du réalisateur (accompagné de son fils et du producteur). Ces scènes consistent en fait à des moments de transition, ou ont pour fonction d'étoffer les personnages ou encore d'ajouter des fils scénaristiques secondaires à l'intrigue principale. Malheureusement, le commentaire d'Altman demeure évasif, le réalisateur se contentant de décrire la scène, plutôt que d'expliquer les raisons ayant mené à son retrait du montage final.

Trois documentaires viennent également complèter cette édition. Le premier, The Making of Gosford Park (20 mins.), constitue le documentaire typique d'une production américaine. Celui-ci se compose d'extraits du film, de segments d'arrière-scènes et de brèves entrevues avec les comédiens, le scénariste et le réalisateur. Le propos des comédiens se distingue par des réflexions et commentaires sur le tournage, le style artistique propre à Altman, sa direction d'acteurs et le scénario. Quant à Robert Altman, ce dernier parle de ses techniques de réalisation, ainsi que son intérêt pour le projet.

Le second documentaire, intitulé The Authencity of Gosford Park et d'une durée de 9 minutes, traite du réalisme de l'oeuvre. Pour ce faire, trois personnes ayant servi dans un domaine britannique des années 30 furent engagées lors du tournage pour vérifier l'authenticité des actions des domestiques. Ce documentaire regroupe donc leur réflexion sur leur apport au film. Vous apprendrez que le major d'hommes se devait de porter un noeud papillon blanc et que le service au table se fesait avec la main droite positionnée dans le dos... Ce documentaire fait ainsi foi du souci du détail d'Altman.

Le troisième documentaire, quant à lui, se nomme Cast & Filmakers Q&A (25 minutes) et est de loin le plus intéressant. À la manière de l'entrevue réalisée avec Julie Taymor pour l'édition de Titus, ce supplément est en fait une série de questions adressées à un groupe de comédiens et artisans du film suivant un visionnement privé. Les questions sont posées par un modérateur et l'auditoire à Robert Altman, Julian Fellowes, David Levy, et aux comédiens Bob Balaban (aussi producteur), Kelly Macdonald, Helen Mirren, Jeremy Northam et Ryan Phillippe. Évidemment, ce documentaire tient lieu de dissertation académique du film, ce qui rend l'expérience de Gosford Park encore plus intéressante. Attention toutefois, une question révèle l'identité du coupable du meurtre...

Enfin, s'additionnent aux suppléments la filmographie/biographie des acteurs et artisans du film, la bande-annonce de Gosford Park, et une section publicitaire regroupant les bandes-annonces de matériel connexe (i.e.: la trame sonore, Universal Movies, Appollo 13, Family Man, K-Pax et Patch Adams). Noter que la section filmographie des acteurs offre une description des liens familiaux de chaque personnage, ainsi que de leur principal trait de caractère. Très utile pour comprendre la filiation de plus de 35 personnages...



Conclusion
Ayant remporté l'Oscar du Meilleur Scénario Original, en plus de six autres nominations aux Academy Awards 2001 (dont Meilleur Film), Gosford Park fait maintenant son apparition en format DVD après avoir profité d'une longue carière en salles. Avec un transfert vidéo satisfaisant et une bande sonore d'excellente qualité, cette édition de Gosford Park est un atout pour tout amateur du cinéma d'Altman. À première vue, Gosford Park peut sembler une simple intrigue, mais cela serait ignorer tout le commentaire satirique qu'un Altman a à offrir.

Source bibliographique additionelle
Passek, J-L. Dictionnaire du Cinéma, nouvelle édition. Éditions Larousse-Bordas, Paris, France, 1998, 16 cahiers.


Qualité vidéo:
3,5/5

Qualité audio:
4,0/5

Suppléments:
4,0/5

Rapport qualité/prix:
3,9/5

Note finale:
3,7/5
Auteur: Alexandre Caron

Date de publication: 2002-06-01

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur NTSC Widescreen 16:9 Toshiba TheaterWide TW40F80, Récepteur certifié THX-Ultra, THX-EX, Dolby Digital 6.1, DTS-ES Discrete Denon AVR-4802, Lecteur DVD-Audio / DVD-Video Toshiba SD-4700, enceintes PSB et central Paradigm Reference, câbles Monster Cable (calibre 12).

Le film

Titre original:
Gosford Park

Année de sortie:
2001

Pays:

Genre:

Durée:
138 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Universal

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
2.35:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1

Sous-titres:
Anglais
Espagnol

Suppéments:
Pistes de commentaires, Scènes retranchées au montage, Documentaires

Date de parution:
2002-06-25

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