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DVDEF

Arche russe, L' (Collection Signature)

Critique
Synopsis/présentation
La bande-annonce du film donnait des chiffres impressionnants, le plus incroyable étant le dernier. Jugez plutôt : 2000 acteurs, 300 ans d'histoire russe, 33 salles du musée de l'Ermitage, 3 orchestres, 1 seul plan.

Aleksandr Sokurov a toujours considéré le montage comme le moment le plus fastidieux de la réalisation d'un film. Poussant le raisonnement jusqu'au bout, il décida de réaliser ce film (une commande du musée de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg) en un seul plan-séquence de quatre-vingt seize minutes.

Ce qui semblait être une idée simple et économique de faire un film (un seul jour de tournage, donc moins de problèmes d'organisation) s'avéra en fait être un casse-tête incroyable. La vision de Sokurov nécessitait un grand nombre d'acteurs, une préparation minutieuse, et la résolution de nombreux problèmes techniques.

Le film devant être tourné à l'aide d'un steadycam, il était impossible de le tourner en 35mm (une bobine de film 35mm vierge fait ne fait généralement pas plus de 20 mins.). La qualité voulue interdisant l'usage de camescopes DV, le choix naturel fut donc de tourner le film en vidéo haute définition. Là encore, la durée des cassettes posait un problème, la durée maximale d'une cassette HDCam étant d'environ 45 minutes. Tilman Büttner, directeur photo du film (il fut entre autres opérateur steadicam sur Lola Rennt) eut alors l'idée de relier la caméra haute définition à un système d'enregistrement sur disque dur de capacité suffisante, ce qui permit en plus de faire de L'Arche Russe le premier film tourné en haute définition non compressée.

L'autre problème technique majeur était que, la caméra devant se déplacer et tourner sur 360 degrés, le placement des éclairages était extrêmement problématique. Chaque salle devait être éclairée d'une façon correcte sous tous les angles, sans qu'aucun dispositif d'éclairage ne puisse être dans le champ.

Entre ces problèmes techniques et la préparation des acteurs et techniciens dont aucun n'avait droit à l'erreur durant l'unique prise (Sokurov fut secondé lors du tournage par le nombre record de 22 assistants-réalisateurs), la préparation dura quatre ans. Le musée devant être fermé le moins longtemps possible, la mise en place du tournage dut se faire en moins de trente-six heures et seulement quatre heures de la journée (l'éclairage dépendait de la lumière du jour) étaient disponibles pour le tournage. Après trois faux départs de quelques minutes chacun, la quatrième tentative fut la bonne.

On ne peut pas parler de L'Arche Russe sans mentionner un film faisant lui aussi usage de plans-séquence d'une durée record, Timecode de Mike Figgis (2000). Dans ce dernier, l'écran est divisé en quatre, et le spectateur peut suivre l'histoire de quatre points de vue différents, chacun relaté par un plan-séquence de plus de 90 minutes, les quatre ayant été tournés simultanément en utilisant des camescopes DV (du même modèle que ceux utilisés par Lars Von Trier pour Dancer In The Dark, mais sans les objectifs anamorphiques). Les différences entre L'Arche Russe et Timecode sont tout de même nombreuses. L'Arche Russe a été tourné en une seule prise, alors que Timecode a été tourné quinze fois sur deux semaines, la version numéro 15 ayant été choisie pour la sortie en salles (luxe autorisé par le choix du DV comme support de tournage). Et alors que les spectateurs de Timecode effectuent leur propre montage en regardant successivements les quadrants d'écran de leur choix, L'Arche Russe est effectivement un seul plan.

L'histoire est celle d'un voyage dans le temps. Un cinéaste russe contemporain (Sokurov lui-même) se réveille en un lieu et une époque inconnus. Il s'agit en fait du palais de l'Ermitage, à Saint-Pétersbourg, au XVIIIe siècle. Bien vite il rencontre un autre voyageur, un diplomate français (Sergei Dreden) venu de l'époque du Premier Empire. Ensemble ils vont explorer le palais, changeant d'époque comme ils changent de salle. Les acteurs de ce qui se déroule ne sont pas conscients de leur présence, ce qui leur permet d'observer de nombreux événements, mettant en scène des figures célèbres de l'histoire Russe, tels Pierre le Grand ou Catherine de Russie. Durant tout ce temps les deux voyageurs vont échanger leurs vues sur l'endroit et ce qui se déroule sous leurs yeux, ls diplomate Français s'amusant constamment à provoquer le cinéaste Russe à la moindre occasion.

Le problème principal de ce film est qu'en voulant nous faire découvrir un des plus beaux musées du monde à travers 300 ans d'histoire, il requiert une assez bonne connaissance de l'histoire de la Russie impériale. Le dialogue omniprésent entre Sokurov (le narrateur Russe, fier de son pays) et Dreden (l'étranger provocateur, symbolisant l'attitude distante de l'Europe envers la Russie) manque parfois de conviction et d'intérêt, ce qui nuit à l'intérêt du spectateur, surtout vers le milieu du film. Heureusement la fin rattrape le tout, avec plusieurs moments absolument magnifiques où la virtuosité du réalisateur et du directeur de la photo/cameraman s'expriment pleinement.

Malgré son rythme lent qui semble parfois même s'essoufler, ce film est un petit bijou, qui, au-delà de la performance technique stupéfiante, nous offre des images sublimes et forme une évocation élégante de la complexe histoire de la Russie tout en nous faisant entrevoir le fantastique patrimoine du musée de l'Ermitage.


Image
L'image est proposée au format respecté de 1.78:1 d'après un transfert numérique 16:9.

Le film ayant été produit en haute définition (1080/24p non compressé), le transfert se résume en fait à une conversion vidéo de HD vers NTSC 16:9. Aucun défaut qui serait lié à un transfert de pellicule 35mm via un télécinéma n'est donc présent, l'image est donc d'une propreté impeccable.

Si l'image semble parfois un peu douce, cela correspond bien à l'ambiance du film et l'on peut tout de même apprécier de nombreux détails et une belle finesse des textures. Si le film n'a pas eu besoin d'être monté, il a en revanche subi un énorme travail d'étalonnage, chaque moment du film ayant son ambiance particulière. Les couleurs varient donc énormément, les choix artistiques étant parfois radicaux et certains changements d'ambiance un peu abrupts. Mais il s'agit là d'un choix du réalisateur, qui est totalement respecté sur cette édition DVD. Même si l'étalonnage semble parfois exagéré, les couleurs paraissent toujours justes et naturelles. Aucun débordement n'est à délorer, les couleurs étant souvent volontairement désaturées, et la richesse de la palette explorée dans le film est présente dans ses moindres nuances.

Le contraste et la brillance sont parfaitement réglés et d'une constance impeccable. Les parties sombres de l'image ne souffrent d'aucun blocage et offrent des dégadés subtils et des noirs profonds.

Aucun défaut numérique ne vient gâcher cet excellent transfert, la compression est proche de la perfection et la surdéfinition des contours est tout simplement absente.

L'impressionnante qualité d'image de cette édition correspond tout à fait à ce qu'on attend d'une édition vendue sous un label tel que "Collection Signature".


Son
Le son est proposé en version originale Russe uniquement, en Dolby Digital 5.1 et en Dolby 2.0 Stéréo. Des sous-titres en Français et en Anglais sont proposés.

La version critiquée ici est la version Dolby Digital 5.1. Celle-ci offre une très belle dynamique, une présence et une spatialité impressionnantes.
La séparation des canaux est impeccable, concourant au réalisme du champ sonore totalement immersif. La trame sonore, faite de musique classique jouée par des orchestres de très grande classe et enregistrée en direct, offre une profondeur et une fidélité impeccables. Si on ne peut pas vraiment parler d'enregistrement audiophile, cette musique en multicanaux accompagnant une caméra en constant déplacement est une expérience intéressante pour les mélomanes.

Les canaux d'ambiophonie sont superbement mis à contribution, offrant à la fois une localisation impeccable des effets ponctuels (fermetures de portes entre autres) et des effets de transition très convaincants qui concourent à la magie de certaines scènes (la scène du bal, à la fin du film, est un réel enchantement).

C'est au niveau des dialogues que le bât blesse. Lorsque ceux-ci sont enregistrés en direct, il n'y a rien à redire, ils s'intègrent parfaitement bien au reste. Par contre, l'enregistrement de la voix hors-champ de Sokurov et les ADR utilisés par moments pour celle de l'étranger (Serguei Dreden) semblent plaquées sans subtilité, surtout lors de la scène du bal, ce qui hélas vient gâcher quelque peu le visionnement d'une scène qui aurait été parfaite sans cela. De plus, le ton souvent monocorde de leur dialogue arrive parfois aux limites du soporifique.

Les basses fréquences sont utilisées à bon escient, sans exagération aucune. Le canal .1 (LFE) est utilisé de façon tout à fait judicieuse.


Suppléments/menus
Cette édition offre la possibilité de visionner le film en écoutant un commentaire du producteur (le seul membre de l'équipe parlant anglais). Ce commentaire, très exhaustif, nous donne le point de vue d'un producteur manifestement passionné par son projet.

Deux documentaires sont proposés. In One Breath, the making of Russian Ark (43:27) est un documentaire sur la production du film fort complet et passionnant, abordant tous les aspects particuliers liés à la réalisation de ce projet hors normes.
Mon Paradis, der Winterpalast (47:45) est un documentaire sur le palais de l'Ermitage, basé principalement sur des entretiens avec les gens qui travaillent pour ce musée unique par son histoire et sa richesse.


Interviews (6:13) est en fait un montage d'extraits d'entrevues de différents intervenants du projet. On peut ici en apprendre plus sur les intentions de Sokurov et sur le travail de Tillman Büttner, le directeur de la photo dont la performance au steadicam tient presque du marathon.

Les derniers suppléments proposés sont la bande-annonce du film (2:18), les filmographies de Sokurov et de Dreden, et enfin une sélection de sites web sur le film et ses producteurs (dont le musée).

Ces suppléments forment un ensemble tout à fait satisfaisant, à la hauteur de l'unicité de l'oeuvre et de nos attentes sur ce qu'on peut trouver sur une édition Signature. On peut remarquer que, bien que le film ne contienne aucune coupure, il est tout de même divisé astucieusement en chapitres sur ce DVD. Par contre, le menu des chapitres ne nous propose pas de vignette, juste un titre pour chaque chapitre. Le seul regret qu'on puisse avoir est que ces suppléments, tous en anglais, ne soient pas sous-titrés en français.



Conclusion
Ce film unique, bien que pas toujours passionnant, est une oeuvre étonnante qui mérite d'être vue au moins une fois. Cette édition DVD est tout à fait à la hauteur, que ce soit d'un point de vue strictement technique ou de celui des suppléments proposés. Après plusieurs éditions décevantes de films européens, Séville (qui s'est associé à Wellspring, pour nous concocter ce DVD) semble revenir sur le chemin de la qualité, ce dont on ne peut que se réjouir.


Qualité vidéo:
4,3/5

Qualité audio:
3,9/5

Suppléments:
4,0/5

Rapport qualité/prix:
4,2/5

Note finale:
4,1/5
Auteur: François Schneider

Date de publication: 2003-09-08

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur NTSC 4:3 Panasonic CT-36D11E / Moniteur ViewSonic P95f, PC avec GeForce3 et Sonic CinePlayer, Récepteur Denon AVR-1602, Enceintes Wharfedale Cinestar 30 (5 Vivendi Modus Cube + 1 PC-8).

Le film

Titre original:
Russkij kovcheg

Année de sortie:
2002

Pays:

Genre:

Durée:
96 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Films Séville

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.78:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Russe Dolby Digital 5.1
Russe Dolby 2.0 Stéréo

Sous-titres:
Anglais
Français

Suppéments:
Commentaire du producteur, Documentaires, Filmographies

Date de parution:
2003-09-09

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