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DVDEF

Intacto

Critique
Synopsis/présentation
Juan Carlos Fresnadillo est un jeune réalisateur espagnol qui s'est fait remarquer dans son pays grâce à un court métrage fort intéressant, Esposados (1996).

Intacto (2001) est donc son premier long métrage et sa réussite n'en est donc que plus louable. On y suit l'histoire de Tomas (Leonardo Sbaraglia), jeune braqueur de banque et seul survivant du crash d'un avion, alors qu'il est pris en main par Frederico (Eusebio Poncela).
Celui-ci est lié à une organisation secrète qui est motivée uniquement par la chance de ses membres. La chance de Tomas paraissant phénoménale à Frederico, celui-ci va le guider à travers les diverses étapes et épreuves menant au sommet de cette organisation. Ainsi, plusieurs "veinards" s'affrontent au cours de "jeux" leur permettant de determiner lequel est le plus doué d'entre eux de ce côté-la. Le but final étant d'affronter Samuel le Juif, l'homme qui a mis cette société secrète sur pied et qui gagne depuis trente ans l'étonnant duel final qui sanctionne le parcours de chaque homme assez chanceux pour arriver jusqu'à lui.

Le thème de la chance est loin d'être original mais c'est la façon dont Fresnadillo l'aborde qui s'avère intéressante et novatrice. Il décide de centrer tout son scénario autour du thème de la chance et plus précisément de la capacité de certains à dérober le potentiel chance de leur entourage.
Il évite ainsi le traditionnel cliché selon lequel la chance serait liée aux actions effectuées par chacun au cours de sa vie, en en prenant même le contrepied. Dans son film tout est histoire de vol, le héros étant un voleur, et la société secrète étant basée sur le vol de la chance qui ne sourie donc qu'à ceux qui en ont le don, quel que soit leur niveau de moralité.
Fresnadillo joue avec le spectateur pendant une brillante première heure où il lui laisse entrevoir suffisamment pour le dépayser, l'intriguer mais pas assez pour qu'il comprenne les tenants et les aboutissants de ce qu'il voit.

Sa mise en scène maîtrisée empruntant aux codes du film noir instaure une ambiance envoûtante et mystérieuse à souhait, relayée par une musique ad hoc et une bande-son particulièrement efficace.
Ce n'est que lorsque le scénario aurait appelé à des développements plus importants que Fresnadillo peine à maintenir la même pression, et le film redevient plus conventionnel et classique tout en restant fort efficace.
C'est surtout au niveau de la profondeur des personnages et du peu d'identification possible pour le spectateur que le problème se situe apparamment. Si l'on est séduit par la forme et l'intrigue, on reste relativement peu concerné par le sort des personnages ainsi que par leur développement psychologique assez creux. Cependant, leur aspect archétypal correspond parfaitement à ce type d'histoires.
Il faut alors se tourner vers une autre "erreur" qui est d'avoir construit un scénario ne comportant quasiment plus aucune montée en puissance après sa première heure. Les évènements relatés sur les quarante dernières minutes sont intéressants et bien amenés mais sont loin de provoquer la même tension que ceux du début. Le problème inverse est souvent rencontré et donc toléré par les spectateurs alors que ceux-ci pourront être gênés dans le cas présent. De même, le thème de l'amour est introduit trop tardivement et brièvement pour réellement toucher et donner une autre dimension à l'histoire.
Son talent de directeur d'acteurs est aussi un de ses atouts et son choix d'interprête s'avère fort judicieux.

Il manque sans doute à Fresnadillo l'expérience nécessaire pour corriger ces défauts car hormis cela, notre homme a un talent visuel vraiment indéniable, de même qu'un goût assuré de l'étrange. Il combine tout cela à un humour peu développé mais efficace et surtout choisit la carte du sérieux et de la plausibilité plutôt que de renverser son film par une pirouette finale.

Une oeuvre surprenante et qui vaut largement un visionnage pour tous les spectateurs appréciant les films malins et manipulateurs à l'ambiance oppressante.
Fresnadillo apparaît comme un jeune réalisateur à suivre tant son premier film est intéressant et envoûtant malgré ses défauts.



Image
L'image est présentée au format respecté de 1.85:1 d'après un transfert 16:9.

La définition générale est excellente et seuls quelques passages très complexes font preuve d'un niveau un peu plus faible.
L'interpositif est impeccable, vierge de tous défauts ou saletés apparents. La finesse des détails est excellente mais s'avère parfois fluctuante. Le rendu de l'impressionante et complexe photographie de Xavier Gimenez est impeccable. Les couleurs sont justes, constantes et bien saturées, sans traces de débordements. Le contraste est plutôt bien géré mais s'avère fluctuant et donc trop léger pour permettre un rendu optimal en permanence. Les noirs son profonds mais ont tendance à être légèrement bouchés sur les scènes nocturnes les plus complexes.
Les dégradés sont par contre d'excellente qualité et mettent bien en valeur les moindres détails de la photographie.

La partie numérique du transfert n'est pas à la hauteur. Elle laisse en effet régulièrement passer des défauts de compression bien visibles qui s'avèrent gênants tellement on a perdu l'habitude de leur présence. De même, un peu de fourmillements et de sur-accentuation des contours sont visibles à plusieurs moments.

Il est dommage que sur un film aussi récent, ce soit la partie numérique qui gâche un transfert pourtant fort agréable. Il faut tenir compte de la difficulté à retranscrire ce type d'oeuvres à la photographie très travaillée mais néanmoins cet obstacle est plutôt bien géré par ce transfert et c'est vraiment la compression qui se remarque le plus. Cela est fort dommage au vu des qualités du film.


Son
Les deux bandes-son disponibles sur cette édition sont respectivement en Espagnol (Dolby Digital 5.1) et Anglais (Dolby Digital 2.0 surround).
La dynamique de la bande-son espagnole est résolument excellente et rivalise aisément avec celle de films américains du même niveau de production.

Sa présence et sa spatialité sont bien amples sans pour autant forcer le trait et permettent du coup à cette bande-son d'offrir une ambiance oppressante tout à fait de circonstance.
L'excellent score de Lucio Godoy est parfaitement rendu et impeccablement intégré au reste de la bande-son.
Le champ sonore est bien ouvert et la séparation des canaux optimale.
Les enceintes arrières ne sont pas autant mises en avant que sur bien des productions américaines et cela sert le film en n'agressant pas trop le spectateur et ne le plongeant que lorsque nécessaire dans une immersion sonore totale alors fort efficace (scène de l'autoroute).
Les dialogues sont en permanence intelligibles et dénués de toutes traces de parasites ou de distortion.
Les basses fréquences (grave et extrème grave) sont gérées avec une efficacité rare et ne se manifestent qu'à bon escient et dans des proportions raisonnables, évitant l'aspect hypertrophié de bien des productions récentes.

L'efficacité de la bande-son anglaise est réduite de par son format mais s'avère valable dans les limites de celui-ci. Mais une fois de plus, c'est le doublage et sa qualité artistique qui fait perdre le plus de charme à cette bande-son.
Les sous-titres sont disponibles en Anglais, Anglais (sous-titres partiels car certains personnages s'expriment en Anglais dans le film) et Espagnol.

Une bande-son d'excellente qualité qui renforce grandement l'impact du film et qui peut sans soucis rivaliser d'efficacité avec ses homologues américaines.


Suppléments/menus
Une section étonnamment bien remplie même si la qualité n'est pas toujours constante.

Le principal atout de cette section est l'excellent commentaire audio du réalisateur qui revient en détails et de façon fort convaincante sur la symbolique très développée du film, ainsi que sur l'aspect technique qui s'avère beaucoup plus poussé qu'initialement prévu. Fresnadillo propose un commentaire passionné et résolument passionnant qui nous permet de mieux saisir certains aspects du film qui ne sautent pas forcément aux yeux à la première vision et de constater qu'il sait ce qu'il fait et qu'il s'agit d'un cinéaste à suivre.

Le reste de la section se révèle beaucoup plus classique et surtout dans un style promotionnel assez rébarbatif.
Le segment portant sur la réalisation de seize minutes oscille entre tendance marketing et des éléments intéressants mais s'avère au bout du compte un peu trop creux pour réellement emporter l'adhésion.
Vient ensuite un segment sur la production des effets spéciaux de 2 min 30 qui se contente de mettre en avant les plans truqués dont on ne soupçonnait pas forcément l'existence. Sont ensuite proposées quatre bandes annonces, espagnoles, américaines et internationales, qui vantent le film assez différemment selon la sensibilité des pays.
Est également disponible une autre bande-annonce cachée sous le titre de Cannes Promo et qui n'est qu'un outil promotionnel de plus.

Puis vient la traditionnelle galerie de photos et croquis, très complète, qui contient pas moins de sept sections différentes et de nombreux documents. Pour terminer nous avons droit aux filmographies des acteurs principaux.

Par contre, il est étonnant de constater la qualité déplorable de la compression de cette section qui s'avère souvent limite.

Si l'ensemble s'avère un peu creux et trop orienté vers l'aspect promotionnel, le commentaire audio du réalisateur relève largement le niveau et justifie à lui seul l'intérêt de cette section qui aurait très bien pu ne pas exister comme sur beaucoup d'éditions de petits films étrangers.



Conclusion
Une édition plutôt réussie de cet excellent premier film mais qui pêche par une qualité de compression beaucoup trop faible assez étonnante sur un film aussi récent. Hormis cela, le transfert est de bonne qualité ainsi que la bande-son. Les suppléments sont nombreux et plutôt intéressants, ce qui fait de cette édition un achat fort recommendable.
Ce nouveau cinéaste espagnol nous propose un film accrocheur et qui réussit à être novateur sur le thème assez classique et plutôt éculé de la chance.

Son esthétique est influencée par le cinéma américain auquel il emprunte également les efficaces recettes de progression dramatique (sans plagier ou copier). Ses idées sont originales et son talent pour l'étrange et l'intriguant saute littéralement aux yeux. Seuls ses personnages s'avèrent trop peu fouillés pour emporter vraiment l'adhésion du spectateur et les passionner pour leur sort jusqu'à la fin.

Un réalisateur assurément à suivre et qui démontre une fois de plus le talent et le dynamisme de nouveaux cinéastes espagnols (Amenabar, Balaguero, Medem) qui oeuvrent pour le cinéma fantastique en le rendant à nouveau efficace en le débarassant du second degré destructeur en vogue à Hollywood.


Qualité vidéo:
2,9/5

Qualité audio:
3,7/5

Suppléments:
3,2/5

Rapport qualité/prix:
3,0/5

Note finale:
3,3/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2003-09-01

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Intacto

Année de sortie:
2001

Pays:

Genre:

Durée:
109 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Lion's Gate (Canada)

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1

Format d'image:
2.35:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Espagnole Dolby Digital 5.1
Anglaise Dolby 2.0 Surround

Sous-titres:
Anglais
Espagnol

Suppéments:
Commentaire Audio, Documentaire, Gallerie de Photos, Bandes-annonces

Date de parution:
2003-06-24

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