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DVDEF

Irréversible (édition Alliance Atlantis)

Critique
Synopsis/présentation
Gaspar Noé a fait scandale lors du Festival International du Film de Cannes en 2002 avec ce film provocateur. Sur les 2400 personnes présentes lors de la projection officielle du film, 200 ont quitté la salle avant la fin, ce qui, de mémoire de festivalier, n'était jamais arrivé.

Ce film raconte une histoire toute simple. Lors d'une soirée parisienne, Alexandra (Monica Belluci) fait une scène à son compagnon, Marcus (Vincent Cassel), parce qu'il est défoncé. Elle décide alors de quitter la soirée. En passant dans un passage souterrain, elle surprend un maquereau en train de battre un prostitué travesti. Le travesti s'en va, et le souteneur la prend alors violemment à partie, et la viole sauvagement sous la menace d'un couteau. Alors qu'elle essaye de partir, le violeur la bat encore plus sauvagement et la laisse dans le coma. Lorsque Marcus et l'ex-mari d'Alex, Pierre (Albert Dupontel) sortent de la soirée, quelques instants après, ils trouvent la police en train d'embarquer Alex dans une ambulance. Un passant les convainc de la nécessité de se venger, et ils partent à la recherche du violeur, une rage croissante au ventre.

Ce film est tristement réputé pour deux scènes-choc qui ont violemment marqué les esprits. Comme dans tout le reste du film, ces deux scènes filmées en plan-séquence ne nous épargnent aucun détail. Il y a la fameuse scène du viol, neuf minutes d'enfer, et celle du meurtre, elle aussi particulièrement abominable. Tout dans ce film est prévu pour retourner les tripes du malheureux spectateur. On pourrait même dire que Irréversible, est le parfait opposé du Fabuleux Destin d'Amélie Poulain. Amélie nous raconte une belle histoire, à la limite du conte de fées, filmée avec une caméra totalement maîtrisée dans le décor d'un Paris idéal, et rend ses spectateurs heureux de vivre. Irréversible raconte de façon violemment graphique une histoire épouvantablement réaliste, qui se déroule dans des décors sordides filmés de façon parfois erratique, et traumatise ses spectateurs en créant un malaise profond.

Pour reprendre la phrase d'Antoine de Caunes au début de la chanson Ophélie du groupe de rock français Jad Wio, "On éloigne les enfants du poste... et certains parents aussi." Irréversible est un film pour adultes, et encore. Pas tous les adultes.

Mais, malgré cette débauche de violence, malgré ses mouvements de caméra erratiques à faire vomir le loup de mer le plus aguerri, malgré le manque total de pitié affiché par le réalisateur pour le malheureux spectateur, ce film n'est pas qu'une provocation. Derrière le choc des images et des situations, il y a une réflexion. Servies par la structure narrative, que nous ne dévoilerons pas ici, de vraies questions sur le temps, sur la nature humaine, et sur la prédestination sont posées. Au sujet de la structure narrative très spéciale employée par le film, nous ne pouvons dire qu'une chose : il s'agit d'un enchaînement de plans-séquences savamment bricolés (Gaspar Noé parvient ainsi à apparaître comme figurant dans un plan-séquence qui'il a lui-même tourné). On ne peut que regretter que le texte à l'endos du boîtier en dise trop sur cette structure, brisant un peu le plaisir de la surprise. Pour les amateurs de génériques sortant de l'ordinaire, mentionnons que celui-ci est très original et réussi.

La prestation des acteurs, qui relève plus de l'improvisation que de la direction d'acteurs ou du respect d'un texte écrit (le scénario utilisé sur le tournage ne faisait que quatre pages et ne comportait aucun dialogue), est assez incroyable et contribue au réalisme du film. Monica Belluci et Vincent Cassel, qui à l'époque formaient un couple dans la vie, sont évidemment parfaits dans les scènes d'intimité. Vincent Cassel et Albert Dupontel sont aussi très impressionnants dans la seconde moitié de l'histoire, nous faisant partager leur rage croissante. On notera aussi la présence de Jo Prestia, ancien champion de boxe Thai, qu'on a pu voir entre autres dans Cantique de la racaille, étonnant dans le rôle du violeur, et de Jean-Louis Costes, un artiste extrême (auteur entre autres de spectacles scatologiques, qui tenait le rôle de "la Truie" dans Baise-Moi), dans le rôle de "Fistman", un habitué d'un club gay particulièrement déjanté. Philippe Nahon, héros de Seul contre tous, précédent film de Gaspar Noé (où il laissait 30 secondes avant la conclusion afin de permettre à ceux qui le souhaitaient de sortir de la salle), fait aussi une apparition dans le même rôle, lors d'une scène d'introduction qui sert plus ou moins de liaison entre les deux films.

Ce film a évidemment fait couler beaucoup d'encre, et nombreux sont ceux qui l'ont condamné, traitant sa violence de gratuite et le film de provocation pure et dure. Mais si Noé nous choque avec art, il ne le fait pas gratuitement. Le film est fait pour retourner les tripes de ceux qui le voient, mais il retourne aussi la tête de ceux qui ont le courage de rester jusqu'au bout. Sans apporter de réponses toutes faites, il pose crûment la question de la légitimité de la vengeance, et pousse à la réflexion sur les effets du temps qui passe. Dans un genre très spécial, et certainement pas tous publics, ce film est une sorte de chef d'oeuvre que ses spectateurs ne sont pas près d'oublier.


Image
L'image est au format respecté de 2.35:1 d'après un transfert 16:9.

Comme pour de trop nombreux films Européens édités au Canada, le transfert NTSC a visiblement été obtenu à partir d'un transcodage de la version PAL utilisée pour les éditions Européennes utilisant une technique appelée "frame blending", qu'on pourrait traduire par "fondu d'images". Cette interpolation consiste a créer les 30 images/seconde nécessaires au NTSC en faisant l'équivalent de nombreux fondus enchaînés en une seconde, et entraîne des artefacts tels que des dédoublements lors des mouvements de caméra rapides. Si les défauts sont moins criants que pour d'autres films ayant subi le même traitement (on pense notamment au désastres de 8 femmes et de Filles Perdues, Cheveux Gras), cette méthode est tout de même regrettable, d'autant qu'on récupère ainsi le défaut majeur d'un transfert PAL à savoir une accélération de la vitesse due au passage de 24 à 25 images/seconde. Les mouvements de caméra particulièrement renversants et le fait qu'une grande partie du film ayant été tournée en 16mm, la définition inférieure et le grain omniprésent de ce format font que les artefacts de transcodage sont heureusement assez peu visibles.

L'image donne donc parfois une impression de flou, sauf sur les plans plus calmes, tournés en 35mm, où le rendu des détails et des textures est d'un niveau plus que correct. Le grain omniprésent sur le matériel source, qui ajoute au réalisme cru du film, est bien visible. Les couleurs glauques sont respectées et ne souffrent d'aucun débordement, faisant honneur à l'étalonnage et à l'éclairage qui respecte volontairement les éclairages peu subtils de la banlieue la nuit. La brillance (le niveau des noirs) est bien ajustée, les zones d'ombres offrant des dégadés fluides, des noirs profonds (où l'on retrouve des informations presque invisibles) et un niveau de détail correct.

Certains problèmes de compression sont visibles. On note ainsi quelques fourmillements et autres blocs sur les images les plus agitées. On notera que la méthode de conversion utilisée et les mouvements de caméra erratiques qui parsèment le film ne facilitent pas la compression. Heureusement aucune sur-accentuation des contours n'est à déplorer.



Son
Les bande-son proposée sont la version originale française au formay Dolby Digital 5.1 et au format Dobly Surround 2.0. Des sous-titres anglais et français sont proposés.

Le livret de l'édition française du film (un fort beau coffret édité par Canal+) conseillait d'écouter le film dans le noir, avec le volume le plus fort possible, en poussant les infra-basses à fond. Ces conseils sont évidemment donnés dans le but d'augmenter les sensations peu agréables que procurent la vision de ce film.

Cette bande-son offre une présence assez réaliste, en donnant l'impression que le son vient directement du tournage. La dynamique est assez bonne, et le champ sonore assez immersif, les canaux d'ambiophonie étant utilisés principalement pour les sons d'ambiance. Les effets de transition sont à l'avenant, réussis et réalistes.
La trame sonore, composée de musiques classiques de Beethoven et de techno expérimentale de Thomas Bangalter (un des Daft Punk), est fort bien intégrée au mixage. Les dialogues le sont aussi, même s'ils ne sont pas toujours très intelligibles, ce qui est dû sans doute plus à un souci de réalisme qu'à une erreur de la part de l'ingénieur du son.
Les basses fréquences n'ont, contrairement à ce que suggère le livret de Canal+, aucun besoin d'être poussées. Elles sont déjà volontairement exagérées dans le mixage, et sont donc omniprésentes, utilisant le canal LFE (.1) d'une manière apte à roder le caisson de basses le plus apathique.


Suppléments/menus
Cette édition propose la totalité des suppléments offerts sur l'édition française du film, ce qui est une excellente nouvelle. Plus que pour tout autre film, il est impératif de n'en voir aucun avant d'avoir vu le film, sous peine d'en réduire fortement l'impact. On peut regretter tout de même l'absence de l'excellent livret offert avec l'édition de Canal+, qui contient de nombreuses explications sur le film, les suppléments, et qui contient en plus l'intégralité du scénario original utilisé sur le tournage.

Le supplément le plus important proposé est bien entendu le passionnant commentaire audio de Gaspar Noé. Sans aucune complaisance, il explique le pourquoi et le comment de chaque scène, abordant toutes sortes de sujets, il nous raconte de nombreuses anecdotes afin de nous faire partager l'ambiance du tournage et le travail des membres de l'équipe. Il indique aussi à de nombreux endroits où des raccords invisibles ont été effectués pour bricoler de faux plans-séquence. Ce commentaire très informatif apporte énormément à la compréhension de ce film décidément hors du commun.

Intoxication (5:01) est un court-métrage mettant en scène un monologue de Stéphane Drouot, un réalisateur séropositif que Gaspar Noé admire énormément. On peut se questionner sur l'utilité de la présence de ce film étrange sur ce DVD.

Sfx (7:11) est un très bon documentaire sur les effets spéciaux du film (qui sont bien plus nombreux qu'on le pense en le voyant la première fois). Rodolphe Chabrier, de McGuff Ligne, qui a supervisé la totalité de ceux-ci, décortique notamment la scène du meurtre et la scène du viol, ce qui permet au spectateur traumatisé d'exorciser quelque peu l'effet produit par ces scènes extrêmes en se rappelant que ce n'est que du cinéma.

Deux clips musicaux bricolés à partir de métrage inutilisés montés sur de la musique de Bangalter sont proposés : Stress (4:25) et Outrage (4:18).

On trouve aussi sept Bandes-annonces (1:37, 0:26, 0:18, 0:23, 0:42, 0:34 et 0:36), la première étant une vraie bande-annonce, les six autres étant des teasers réalisés à différents stades de la production.

Enfin, une Scène coupée (0:37), que le réalisateur a préféré omettre car elle donne trop d'informations sur le dénouement de l'histoire, vient terminer le menu des suppléments.



Conclusion
Ce film, qui est malgré son extraordinaire dureté et son côté expérimental une des oeuvres majeures de ces dernières années, est servi par une édition d'un niveau adéquat.

Le seul reproche que l'on puisse faire est au niveau de la qualité d'image, qui souffre d'une méthode de transcodage qui trahit un souci d'économie un peu poussé de la part de l'éditeur. Les suppléments sont par contre d'un nombre et d'une qualité extrêmement satisfaisants. Les rares personnes aimant ce film seront donc correctement servis par cette édition plutôt complète.


Qualité vidéo:
2,5/5

Qualité audio:
3,5/5

Suppléments:
4,2/5

Rapport qualité/prix:
3,3/5

Note finale:
3,5/5
Auteur: François Schneider

Date de publication: 2003-10-26

Système utilisé pour cette critique:

Le film

Titre original:
Irréversible

Année de sortie:
2002

Pays:

Genre:

Durée:
90 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Alliance Atlantis

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
2.35:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Française Dolby Digital 5.1
Française Dolby 2.0 Surround

Sous-titres:
Anglais
Français

Suppéments:
Commentaire audio, court-métrage, documentaire sur les effets spéciaux, bandes-annonces, clips musicaux.

Date de parution:
2003-09-23

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