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DVDEF

Hours, The (Special Collector's Edition)

Critique
Synopsis/présentation
Stephen Daldry est un nouveau cinéaste qui doit la possibilité de tourner avec autant d'excellents acteurs au fait que son précédent film, le déja peu subtil Billy Elliot (2000), connut un succès immense partout sur le globe. Il faut bien reconnaître qu'il s'agit d'une sacrée performance de réussir un choix d'acteur aussi prestigieux pour un deuxième film.

The Hours (2002) se propose donc de nous faire suivre la journée de trois femmes à différentes époques. Virginia Woolf (Nicole Kidman) se suicide dès la superbe première scène. Sa mélancolie et son mal de vivre se transmettront alors à tout le film. On nous la présente en 1923 comme dérangée, à la limite de la folie (elle entend des voix et à déja plusieurs occasions tenté de se suicider), et au moment où elle écrit Mrs Dalloway, l'oeuvre qui la rendra célèbre et cristallisera son style. En parallèle sont présentés deux autres personnages. Laura Brown (Julianne Moore) vit dans les années 50 et malgré toutes les apparences et les attributs du bonheur (mari aimant, fils aimant, superbe pavillon), est profondément malheureuse. Clarissa Vaughn (Meryl Streep) vit elle en 2001, est directrice de publication, lesbienne, et elle aussi malgré son dynamisme et son apparence de femme heureuse est bien triste et finalement accablée par le 'vide' de sa vie.
Ces trois femmes sont reliées par le livre de Virginia Woolf, Laura Brown en est la lectrice qui s'y identifie et Clarissa Vaughn une projection de l'héroine du livre dans le futur (son ami poète l'appelle même Mrs Dalloway).

Le processus créatif de Virginia Woolf influe directement sur la vie des deux autres personnages. Il s'agit là du plus gros défaut du film, lié sans aucun doute à la volonté de S. Daldry de souligner au maximum de ses possibilités (scénaristiques et cinématographiques) ces correspondances. Le problème est qu'à trop vouloir forcer le trait sur des subtilités, S. Daldry devient vite lourd et redondant, et plombe littéralement la structure de l'oeuvre. Cela est d'ailleurs fort dommage car le scénario recèle de moments intelligents, de correspondances fines, subtiles et pertinentes, mais elles se retrouvent noyées dans un ensemble qui devient pesant à force de détails soulignés et de concordances surexploitées dramatiquement.
De même, l'ensemble de la critique a vu dans ce film une oeuvre dénonçant l'oppression (au sens psychologique) des femmes par les hommes, alors que les deux héroines en couple hétérosexuel sont soutenues par des maris aimants et dévoués. Le réalisme du mari de Virginia, Leonard (Stephen Dillane) et de celui de Laura, Dan (John C. Reilly), est d'ailleurs sujet à caution tant il contraste fortement avec leurs femmes névrosées malgré tous leurs efforts. De même, dans le segment contemporain, l'architecture des rapports amoureux paraît trop tirée par les cheveux pour faire mouche : Clarissa est homosexuelle et fut hétérosexuelle, son ancien amant Richard (Ed Harris) est lui aussi maintenant homosexuel et sidaique, tandis que son autre ancien amant, Louis (Jeff Daniels) est entre temps lui aussi devenu homosexuel lorsqu'il vola Richard à Clarissa. Alors que la tentation pour l'homosexualité de Laura Brown donne lieu à l'une des plus belles et émouvantes scènes du film, le traitement qui est fait de cette forme de sexualité a tendance à la rendre spécifique alors qu'au contraire la banalisation aurait été plus dans le sens du véritable propos.
A l'identique, l'insistance de S. Daldry à grand renfort de plans sur les yeux bleux du fils de Laura, Richard (Jack Rovello), pour exprimer sa sensibilité et le parallèle entre cette attitude et celle du même Richard plus agé, est beaucoup trop appuyée pour réellement susciter l'émotion. Le personnage de Ed Harris et sa vie tragique qui aurait du nous émouvoir, a tendance à nous laisser de marbre par la surenchère dans le pathos et la lourdeur de son propos.

Un autre sujet de discorde entre notre avis et celui de l'ensemble de la critique concerne les diverses interprétations. Prise séparément, chaque performance est remarquable mais loin des superlatifs dithyrambiques dont on les affuble un peu partout. Le problème vient ici aussi de l'équilibre du film qui se trouve destabilisé par un ensemble de performances qui concourrent à former un tout trop appuyé. Cela aboutit à un trop plein de sentiments exacerbés qui finit par lasser le spectateur et, à nouveau, à rater la direction de la finesse et la subtilité pour se précipiter droit dans celle de la surenchère, qui mène à l'effet inverse de celui désiré. Les acteurs ne sont nullement en cause là-dedans et S. Daldry n'a décidément pas les moyens de ses ambitions.

Le film regorge cependant d'excellentes idées scénaristiques et de moments très réussis (la folie de Virginia, le desarroi de Laura) mais leur impact est souvent diminué par la façon dont ils sont amenés ou le parallèle qui va les suivre. De plus, le choix de jouer sur des rebondissements scénaristiques de fin et surtout de cette acabit (tout juste digne d'une sitcom), montre bien que Stephen Daldry n'était pas l'homme de la situation pour réaliser ce film. Quand on voit l'aisance et la fluidité avec laquelle un réalisateur comme P.T. Anderson gère des situations plus outrées et des correspondances entre personnages encore plus appuyées, mais malgré tout (ou plutôt grâce à cela) arrive à l'alchimie que n'atteint jamais The Hours, il paraît évident que le talent du cinéaste est en cause. Sur un sujet proche et avec une actrice commune (Julianne Moore, qui y est d'ailleurs meilleure), Todd Haynes (autre réalisateur à la sensibilité homosexuelle appuyée) a réussi dans Far from Heaven une oeuvre autrement plus convaincante, qui possède les qualités qui font défaut à The Hours.

Il n'existe certes pas de films parfaits mais souvent les défauts sont compensés par les bons moments, alors malheureusement The Hours fait partie de l'autre catégorie des films dont les bons aspects sont gommés par les mauvais.

Soulignons tout de même l'excellence des techniciens dont à su s'entourer S. Daldry. La musique de Philip Glass exprime parfaitement les sentiments que Daldry n'a pas su concrétiser visuellement et cinématographiquement. La magnifique photographie de Seamus McGarvey est osée et nous renvoie parfaitement aux sensations des héroines. Les costumes et surtout les maquillages sont parfaits (sauf l'affreux et très cliché bonnet de Richard Harris, le maquillage bateau de Julianne Moore à la fin). Nicole Kidman est ainsi totalement méconnaissable et cela profite grandement à son rôle et à la qualité de son interprétation.

Un film qui est loin d'être inintéressant mais aurait du choisir la voie du mystère, de la finesse et faire confiance à ses spectateurs, pour comprendre par eux-mêmes la subtilité des sentiments et situations décrites. Au lieu de cela, comme si S. Daldry n'avait pas confiance en sa mise en scène, il a décidé de jouer la surenchère à tous les niveaux, interprétation, scénario, réalisation, montage et cela amoindrit l'impact et la portée du film malgré toutes les bonnes intentions de départ. Notre homme est certes doué pour l'image et sa compétence technique ne fait aucun doute, mais il lui manque peut-être du métier pour offrir la délicatesse et le raffinement dont il prétend faire preuve.


Image
L' image est présentée au format respecté de 1.85:1, d'après un transfert 16:9.

La définition générale est impeccable et stable. L'interpositif est vierge de tous défauts, ce qui est somme toute bien logique. La finesse des détails est poussée et permanente.
Le rendu des complexes et travaillées couleurs de la photographie est formidable et leur aspect moins lisse et propre que beaucoup de productions récentes est volontaire. Leur saturation très poussée est également un choix du directeur de la photographie, Seamus McGarvey.
Le contraste est impeccablement géré et toutes brillances inutiles sont évitées.
Les très nombreuses parties sombres du film sont parfaitement restituées. Le niveau de noir est excellent et le rendu des dégradés subtil.
La partie numérique du transfert est quasiment exempte de défauts et seules deux ou trois traces de surdéfinition et de fourmillements font de temps à autres leur apparition, mais dans de faibles proportions et sans que cela ne devienne jamais gênant.
Un transfert magnifique et respectant parfaitement les choix risqués et audacieux du cinéaste au niveau de la photographie. Le rendu pourra décontenancer certains spectateurs habitués aux images satinées et sans textures, auxquelles a tendance à nous habituer le cinéma actuel depuis la généralisation des techniques numériques.


Son
Les trois bandes-son disponibles sur cette édition sont respectivement en Anglais (Dolby Digital 5.0), Anglais (Dolby Digital 2.0 surround) et Français (Dolby Digital 5.0).

La dynamique proposée par les deux bandes-son multicanaux est excellente, bien dans la norme de ce que l'on est en droit d'attendre d'une production récente. Leur présence et leur spatialité sont également de bon niveau mais pas spécialement remarquables, du fait du style de l'oeuvre peu propice à des débordements de décibels.
L'envoûtante musique de Philip Glass est impeccablement restituée et parfaitement intégrée au reste de la bande-son. Les enceintes arrières sont relativement actives tout au long du film mais savent rester discrètes en soutenant la musique ou certaines scènes lorsque nécessaire.

Les dialogues sont bien évidemment rendus à la perfection sans aucune trace de parasites.
L'absence de canal dédié au grave (le .1) aurait pu être préjudiciable pour l'équilibre global de la bande-son mais il n'en est rien. Cependant, il faut bien reconnaître que si le film s'y prête peu, quelques passages auraient bien supporté l'appui supplémentaire d'un canal dédiée au grave. Toutefois, en l'état, la quantité et la qualité du grave délivré par cette bande-son s'avère tout à fait correcte.
La bande-son en Dolby Surround anglaise apparaît d'un intérêt très limité de par son rendu inférieur en qualité.
Les sous-titres sont disponibles uniquement en Anglais.

Une curieuse décision de la part de la Paramount d'inclure une bande-son en 5.0 sur une production récente alors que le 5.1 est devenu la norme, même pour les petites productions. Heureusement, le rendu de la bande-son n'en souffre pas et s'avère fort satisfaisant.


Suppléments/menus
Une section bien remplie et intéressante, malheureusement un peu alourdie par une tendance à la congratulation entre artisans de l'oeuvre.

Le commentaire audio des trois actrices principales est enjoué et a le mérite de bien analyser le travail de chacune. Le fait que leurs interventions ont été enregistrées séparement est évident et dommage car les réunir aurait donné lieu à plus de spontanéité et de partage d'opinions.
Le second commentaire du réalisateur et de l'écrivain du scénario est plus analytique et concis, même si moins agréable à écouter. Ils sont cependant moins penchés vers la congratulation du travail des autres que les actrices et cela est appréciable.
Ces deux commentaires sont néanmoins d'un excellent niveau de qualité et agréable à écouter. On ne leur en demande pas plus.

Sont ensuite disponibles quatre documentaires : Three Women (15 mins), The Music of the Hours (7 mins ), The Lives of Mrs Dalloway (9 mins) et The Minds and Times of Virginia Woolf (26 mins). Chacun recèle son lot d'informations intéressantes mais le segment avec les trois actrices fait doublon avec leur commentaire et s'avère beaucoup trop promotionnel et congratulatoire pour rester vraiment digne d'intérêt.
Le segment sur la vie et l'oeuvre de V. Woolf est très bien construit et permet de mettre en valeur nombre d'éléments du film, amenant ainsi à une plus grande compréhension. Les deux autres segments sont assez conventionnels mais valent largement le visionnage.

Est également proposée une introduction au film de deux mins. effectuée par S. Daldry, mais ce temps s'avère malheureusement trop court pour préparer le public à la complexité et la noirceur de l'oeuvre.

Vient ensuite une bande-annonce en décalage complet avec le film, qui tente de nous le présenter comme un film à suspense.

A noter la bande-annonce inutile de How to loose a guy in 10 days.
Les menus sont jolis et bien dans l'esprit du film.

L'ensemble est donc fort satisfaisant et ce ne sont pas les deux ou trois défauts relevés ici et là qui doivent vous empêcher de revenir sur le film et tenter de démêler sa structure narrative si compliquée.





Conclusion
Une superbe édition qui nous offre une image impeccable, un son du même acabit et des suppléments nombreux et fouillés. Un film très ambitieux qui prend des risques de par sa noirceur et son pessimisme forcé. Les trois actrices principales sont formidables ainsi que tous les seconds rôles. Cependant, malgré quelques très belles scènes, les partis pris de mise en scène pachydermiques de S. Daldry font que le spectateur est tenu à distance émotionnelle des personnages et que le propos de l'histoire devient beaucoup moins poignant que ce qu'il devait être à l'origine. De même, le côté outré et non explicatif du tragique de l'histoire lui enlève le caractère universel que l'équipe du film souhaitait lui donner. Dans le même registre, Far from Heaven était beaucoup plus fin et subtil et un film comme Magnolia ou La Double Vie de Veronique (1990, Krysztof Kieslowski) maniaient de façon plus efficace le montage parallèle et les recoupements entre différentes histoires.

Un film courageux pour une production très hollywoodienne qui regorge de qualités (sensation littéraire, sensibilité féministe) mais dont l'ensemble est plombé par une progression du scénario et une mise en scène manquant cruellement de finesse et de subtilité.


Qualité vidéo:
4,0/5

Qualité audio:
3,8/5

Suppléments:
3,8/5

Rapport qualité/prix:
3,8/5

Note finale:
3,8/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2003-06-30

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Hours, The

Année de sortie:
2002

Pays:

Genre:

Durée:
114 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Paramount

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.85:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.0
Anglaise Dolby 2.0 Surround
Française Dolby Digital 5.0

Sous-titres:
Anglais

Suppéments:

Date de parution:
2003-06-24

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