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DVDEF

Cloak and Dagger

Critique
Synopsis/présentation
Nous ne chercherons pas ici à aborder en détails la carrière de Fritz Lang, l'un des plus importants réalisateurs que le 7ème art ait connu, tant la tâche serait immense et impossible à condenser sans commettre de graves omissions. Nous nous contenterons donc de vous citer quelques unes de ses meilleures oeuvres. Au cours de ses 41 années de carrière partagées entre l'Allemagne et les Etats-unis, notre homme aura réalisé pas moins de 47 films, ce qui constitue un rythme fort honorable. Il rencontra plusieurs gros écueils qui bloquèrent ou modifièrent considérablement sa vie et sa carrière, comme la montée du Nazisme (Goebbels voulait en faire le cinéaste officiel du 3ème Reich), le ralliement à cette cause de sa compagne (Thea von Arbou), son exil aux Etats-unis où il se trouva bien isolé à ses débuts. Malgré toutes ces perturbations, il demeure l'un des premiers et plus grands inventeurs de forme du cinéma (avec D.W. Griffith) et un cinéaste toujours très attaché à la valeur morale de ses scénarios ainsi qu'à leur implication sociale. Il utilisera le genre (Science-Fiction, Criminel, Polar, Espionnage, Aventure, Western, Drame) et sa science de la mise en scène pour faire passer, tout au long de sa carrière, ses idées sur la responsabilité morale, la justice des hommes, la notion de jugement, grâce à des oeuvres aussi diverses que : Les Araignées (1919, Allemagne), Docteur Mabuse, le joueur (1922, All), Metropolis (1926, All), M, le Maudit (1933, All), Fury (1936, USA), Man Hunt (1941, USA), Hangmen also Die (1943, USA), Woman in the Window (1944, USA), Ministry of Fear (1944, USA), Scarlet Street (1945, USA), The Blue Gardenia (1953, USA), The Big Heat (1953, USA), Moonfleet (1955, USA), Beyond a reasonnable Doubt (1956, USA), Le Tigre du Bengale et Le Tombeau Hindou (1958, All). Fritz Lang est arrivé à développer un système de mise en scène très aride, épuré, voire dépouillé, mais permettant au spectateur passionné et exigeant de comprendre beaucoup des enjeux de l'oeuvre et de son avis, à travers sa photographie incroyable (il est l'un des instigateurs de l'école allemande dite expressionniste), ses dispositions de caméra, sa science incroyable du montage, son énorme travail sur la signification des décors et leur agencement, son utilisation de la musique et du sens caché des dialogues.
Cloak and Dagger (1946), fait partie des oeuvres de commande qu'il était tenu de réaliser par contrat et cela se sent à travers la relative simplicité et linéarité de l'intrigue, et malgré la présence de nombreuses décisions importantes et essentielles prises par les héros, le film est assez peu imprégné des thèmes et de la rigueur habituelle de notre homme. Un savant atomiste américain, spécialiste de l'élaboration de la bombe nucléaire, Alvah Jesper (Gary Cooper), est recruté par les services secrets pour aller espionner l'avancée des Allemands en la matière. Arrivé en Europe, il se fait rapidement repérer par les services secrets ennemis du fait de son inexpérience, ce qui fait rater sa première mission. De façon à se rattraper, il partira en Italie et fera alors la rencontre d'une belle résistante, Gina (Lilli Palmer), avec qui il tentera de mener sa mission à bien.
L'intrigue, trop linéaire et sans surprises, est le point faible du film et l'on sent bien que 6 personnes différentes y ont collaboré et que l'effort de guerre a eu son mot à dire dans le développement du projet. Ce scénario comporte quand même plusieurs passages de choix et de décisions cruciales devant être prises par les héros, qui sont plus importants que l'avancée réelle de l'histoire, prouvant tout de même que Lang n'a pas accepté ce matériau par hasard ou du moins a réussi à le mettre en scène de façon à en isoler les éléments qui l'intéressaient le plus. Certains points comme l'acceptation immédiate de la mission par un scientifique totalement novice en la matière apparaissent clairement comme dictés par l'effort patriotique américain et amoindrissent la portée du film. Gary Cooper joue de façon convaincante cet apprenti espion, donnant parfois l'impression de ne pas être à sa place, mais assurant de façon impeccable les passages moraux les plus importants du film. Lilli Palmer est surprenante d'énergie et de conviction dans son rôle de resistante italienne (sa première apparition) et cela apporte un poids nécessaire à son personnage, qui sinon n'aurait été présent que pour sa relation avec Cooper. A noter d'ailleurs que la fin prévue en premier lieu était beaucoup plus noire et pessimiste et a bien évidemment été éliminée au profit du happy end final (celui-ci n'étant quand même pas totalement convaincant car teinté de noirceur). La star du film est clairement la mise en scène de Fritz Lang, qui parvient littéralement à transcender certains passages par sa perfection géométrique et sa science du mouvement. Ainsi la scène du meurtre silencieux est à cet égard exemplaire du génie de F. Lang, filmant uniquement l'essentiel, rendant parfaitement le caractère âpre et violent du combat par ses mouvements de caméra s'attardant sur un geste précis et significatif, et son utilisation parcimonieuse et maîtrisée du montage. De même, à plusieurs reprises, il utilisera des miroirs pour étoffer le caractère de son héros en filmant son reflet séparé pour le désolidariser des autres espions (ou du moins de leurs motivations). Cela lui permettait ainsi d'exprimer des sentiments ou des subtilités qui ne pouvaient passer par le scénario, contourner ainsi les diverses pressions qui s'exerçaient sur lui quant au contenu de son oeuvre, et au final livrer un film intéressant alors que le résultat aurait pu être désastreux.
Une oeuvre à deux visages, qui peut se suivre comme un honnête film d'espionnage tourné durant l'effort de guerre américain (avec tout ce que cela entraîne comme défauts), ou bien comme une oeuvre plus engagée moralement établissant des distinctions plus nettes et cruciales entre les divers personnages (motivations, responsabilité). Lang utilisa la mise en scène comme outil pour réussir cet exercice périlleux, permettant ainsi à ce film d'acceder à divers types de publics et d'être plus fin et ambigu qu'il n'y paraît au départ. Il ne fait cependant nul doute que si il avait eu les coudées franches, le film aurait été différent et bien sur plus profond. Fritz Lang réussit comme un autre grand maître du cinéma, Raoul Walsh (cf Objective Burma), à s'affranchir des contraintes de son scénario patriotique en signant un pur film de mise en scène.



Image
L'image est ici présentée au format non respecté de 1.37:1 d'après un transfert 4:3.

La définition générale est correcte n'atteignant jamais des sommets mais restant toujours dans les limites du raisonnable. L'interpositif est assez sale (rayures, points, grain), surtout au début du film, mais au final s'avère dans une moyenne acceptable. Le contraste est d'un bon niveau mais malheureusement parfois trop poussé, ayant du coup tendance à bruler les blancs et boucher les noirs. Les noirs sont donc bien profonds mais parfois trop uniformes à cause d'une gestion hasardeuse du rendu des dégradés, qui peuvent passer de bons à mauvais d'une scène à l'autre. Le plus gros problème de ce transfert vient du fait que l'image a tendance à bouger de façon très étrange du haut vers le bas de l'écran. Cela se produit surtout lors de la première partie du film et s'avère destabilisant.
La partie numérique est correcte, laissant cependant passer, à de nombreuses reprises, une surdéfinition des contours un peu trop poussée et des fourmillements qui peuvent être assez gênants.
Une copie qui s'avère tout de même appréciable malgré les défauts précités, car ceux-ci restent confinés dans des limites acceptables. Un véritable effort de restauration aurait cependant été le bienvenu.



Son
La seule bande-son disponible sur cette édition est en Anglais (DD 2.0 mono) et non en (DD 2.0 surround) comme annoncé sur la jacquette et qui aurait de toute façon été une abberration.
La dynamique est limitée mais conforme à ce qu'on est en droit d'attendre d'un film de 1946. Sa présence et sa spatialité sont donc correctes, également dans la moyenne des films de l'époque, sans qualités ni défauts notables. La musique est bien intégrée et bénéficie des meilleures dispositions de cette bande-son. Les dialogues sont toujours bien intelligibles et avec des traces limitées de parasites qui s'avèrent très peu gênantes. Les enceintes arrières sont donc muettes ainsi que les deux enceintes frontales lorsque l'on tente d'appliquer un traitement Pro-Logic à cette bande-son, ce qui nous pousse à affirmer qu'il s'agit bien d'une piste monophonique, plus logique et préférable à un traitement surround qui serait un peu absurde et vain pour ce type d'oeuvre. Les basses fréquences sont bien évidemment anecdotiques mais renforcent parfois l'impact de cette bande-son lorsque nécessaire.
Aucune option de sous-titres n'est disponible avec cette édition.
Une bande-son acceptable qui heureusement n'a pas bénéficié du traitement mentionné sur sa jacquette et reste donc dans la logique du film.


Suppléments/menus
Une section totalement vide, pas même une bande-annonce ou une filmographie, ce qui dans d'une oeuvre du grand Fritz Lang est tout de même fort dommage !




Conclusion
Une édition plutôt ratée car techniquement limitée, proposée sans aucuns suppléments ni sous-titres et des erreurs sur sa jacquette. Ce titre DVD est néanmoins largement regardable en l'état, mais vaut plus par le fait qu'il s'agit d'un film de F. Lang que par la qualité de son édition. Le film n'est certes pas l'un des meilleurs de son auteur, mais celui-ci a quand même bien apposé sa patte de génie sur certaines scènes. L'intrigue est certes linéaire et ses péripéties très classiques mais dans un même temps, les personnages sont surprenants par moments et la mise en scène très complexe et lourde de sens. Une oeuvre à découvrir pour tous les amateurs du maître et qui se laisse agréablement visionner en tant que film d'espionnage divertissant pour les autres.


Qualité vidéo:
2,5/5

Qualité audio:
2,5/5

Suppléments:
0,0/5

Rapport qualité/prix:
2,5/5

Note finale:
2,5/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2003-06-23

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Cloak and Dagger

Année de sortie:
1946

Pays:

Genre:

Durée:
106 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Artisan

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1

Format d'image:
1.37:1

Transfert 16:9:
Non

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby mono

Sous-titres:

Suppéments:

Date de parution:
2003-05-20

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