Facebook Twitter      Mobile RSS        
DVDEF

Crazies, The

Critique
Synopsis/présentation
George Romero est un des rares véritables francs-tireurs du cinéma américain. Il révolutionnera scénaristiquement et stylistiquement le cinéma fantastique avec Night of the Living Dead en 1968. Ce petit film tourné en noir et blanc pour un budget ridiculement bas et dans des conditions semi-amateur créera un véritable électrochoc partout où il sera présenté. Il introduit dans le cinéma fantastique et d'horreur une dimension quotidienne (fini les décors gothiques), mêlée à une critique virulente de notre société tout en faisant frissonner ses spectateurs. Il posera avec cette oeuvre unique et d'une efficacité redoutable, tout le système de son cinéma et celui d'un courant intelligent, extrême et radical du cinéma d'horreur qui verra le jour dans les années soixante-dix (The Texas Chainsaw Massacre de Tobe Hooper, 1975 ; The Hills have Eyes de Wes Craven, 1977 ; Shivers de David Cronenberg, 1974).

La suite de sa carrière sera celle d'un homme refusant la compromission, qui a décidé de signifier quelque chose tout en oeuvrant à travers un genre habituellement peu friand d'intellectualisme. Après un passage plutôt raté vers la comédie, il signe le film qui nous intéresse aujourd'hui, The Crazies (1976). Puis viendra Martin (1976) où il fera subir un démontage en règle à la legende vampirique, qui devient un paumé utilisant des instruments chirurgicaux pour prélever le sang de ses victimes. Il signera enfin, de façon indépendante, une suite au monde désolé du final de Night of the Living Dead, avec Dawn of the Dead (1978) dans lequel il radicalise encore son propos contre la société de consommation et va beaucoup plus loin dans la représentation graphique de l'horreur grâce aux maquillages chocs de Tom Savini. Il fera une parenthèse non horrifique avec Knightriders (1981) que nous n'avons pas vu. Puis il réalisera un film sympathique et plus gentil en hommage aux bandes dessinées fantastiques de son enfance : Creepshow (1983), avec lequel il connaîtra un certain succès. Il clôturera sa trilogie des morts vivants avec Day of the Dead en 1985. Il reviendra en suite vers un cinéma moins radical, mais toujours éprouvant pour les nerfs avec Monkey Shines (1988), Two Evil Eyes (avec Dario Argento, 1992), The Dark Half (1993). Il peinera ensuite pendant sept ans pour monter son dernier film, Bruiser (2000), qui sera curieusement distribué en catimini et ce malgré la réputation justifiée de notre homme et un grand nombre de fans. Espérons que son dernier projet en date, The Ill, le verra revenir en pleine forme et marquera son retour vers le succès.

The Crazies est un film que l'on peut considérer comme culte tant il a été difficile à voir et ce malgré sa bonne réputation. On y suit la tragique histoire d'un village qui a par hasard été contaminé par un virus qui rend les gens fous. L'armée est chargée de sécuriser le village et d'empécher la progression de l'épidémie. Cependant, rien n'ayant été expliqué à la population, une partie en devenant progressivement folle et les militaires employant des méthodes radicales (tir à vue sur les récalcitrants), la situation vire vite à la folie la plus totale, certains se laissant faire, d'autres se révoltant. On reconnaît bien là le canevas simple mais serré des films de Romero et l'on devine vite la charge en règle à laquelle il va se livrer contre les valeurs de notre société et des militaires. On est plongé directement dans le vif du sujet et Romero ne nous fournit des explications qu'au fur et à mesure de la progression simultanée de l'histoire et de sa tension. Le scénario n'est d'ailleurs pas l'intérêt de cette oeuvre, de même que l'interprétation des acteurs qui sans être mauvaise s'avère plus fonctionnelle qu'artistique. En fait, le véritable intérêt du travail de Romero se situé au niveau du potentiel choquant et dénonciateur de certaines scènes (la grand-mêre, les fous rassemblés, les massacres répétés), de son énorme travail sur le montage (parfois un peu trop chargé), et du style quasi documentaire (après Night of the Living Dead dont il s'agissait d'une innovation majeure), qui lui permet d'instiller un sentiment d'urgence et d'hystérie seyant parfaitement au film.

Le réalisme du contexte, des lieux et des personnages renforce d'autant plus l'implication et donc la gêne du spectateur, car on lui montre des situations certes outrées mais qui pourraient lui arriver. La charge contre les méthodes militaires est extrêmement agressive et le fait de montrer de façon explicite leur violence aveugle et leur irrespect des habitants du village (vols d'objets divers), a dû choquer les autorités lors de la sortie du film. Une oeuvre d'une telle virulence est aujourd'hui difficilement imaginable et seule la liberté des années soixante-dix aura permis de sortir un tel brulot contestataire (même s'il ira encore plus loin avec Dawn of the Dead). De plus, on peut sans difficulté y voir une allégorie de la guerre du Vietnam et une charge contre la désintégration des valeurs de notre société et son apathie (la folle qui balaye un champ alors que tout le monde meurt autour d'elle). Le film contient déja tous les ingrédients qui feront le succès de ses films suivants, dont une bonne dose d'humour noir et de cynisme venant soulager les moments de tension, tout en renforçant encore le côté critique de l'oeuvre.

Un film radical et insdispensable, que tout amateur de fantastique et du cinéma des années soixante-dix se doit de voir. Certains pourront être déconcertés par le ton à la fois agressif et humoristique du film, de même que par certains aspects un peu bâclés (la cohérence de la progression, la définition des personnages). Le propos de Romero est toujours tristement d'actualité et son acuité à ce sujet reste assez effrayante.


Image
Cette édition nous offre l'image au format respecté de 2.35:1 d'après un transfert 16:9.

La définition générale de ce transfert est excellente au vu des trente ans du film et des limites de son budget. L'interpositif présente des traces, des griffures et quelques points blancs qui s'avèrent peu gênants, voire même nécessaires car renforçant encore l'impact du film. La finesse des détails s'avère surprenante. Les couleurs sont bien rendues et leur aspect légèrement passé par moments respecte bien le style des années soixante-dix. Elles sont justes et bien saturées en toutes circonstances, ne débordant jamais. Le contraste est fort correct et permet d'éviter toutes brillances. Les noirs sont également bient traités, présentant une profondeur et une saturation surprenantes pour une telle oeuvre. De même, la qualité des dégradés si elle n'atteint pas des sommets est fort appréciable pour ce type de production. Ainsi, les scènes nocturnes sont bien rendues et agréables à regarder et ce malgré la présence de grain (qui s'avère peu gênante).

La partie numérique du transfert est impeccable comme cela a tendance à se généraliser actuellement et c'est tant mieux. Donc aucun défaut notable n'est dû à cette aspect du transfert.

Une excellente surprise que la qualité remarquable de cette édition qui nous permet de découvrir ou redécouvrir le film dans des conditions idéales. George Romero mentionne d'ailleurs dans son commentaire audio combien il a été surpris par le rendu impeccable de son film et donc par le travail effectué par les 'video wizards' de Blue Underground. Bravo


Son
La seule bande-son disponible sur cette édition est en Anglais (DD 2.0 mono).

La dynamique de cette bande-son est limitée par le budget du film mais cela s'avère peu handicapant, le film ne se prêtant pas forcément à un déluge d'effets. Sa présence et sa spatialité sont également restreintes mais restent correctes. La musique sonne donc un peu creuse mais son intégration au reste de la bande-son est impeccable. Les dialogues sont intelligibles dans toutes les situations (même malgré la distortion pour les personnes parlant avec un masque à gaz) et sans traces de distortions ou parasites. Les basses fréquences sont quasi inexistantes et il est certain qu'un effort de remixage sur ce plan aurait offert un plus non négligeable à cette bande-son.

A noter qu'aucune option de sous-titres n'est proposée et que cela est fort dommage car cela limite d'emblée la diffusion de cette édition.


Suppléments/menus
Un ensemble appréciable, surtout pour un petit film comme celui-ci.

Le commentaire audio est dirigé par Bill Lustig (de Blue Underground) qui pose des questions à George Romero sur divers sujets. Les deux hommes s'entendent visiblement très bien et Romero a l'air particulièrement heureux de revoir le film et de revenir sur son tournage. Une grosse somme d'informations techniques relatives au tournage et aux conditions de productions nous sont données de façon claire et compréhensible. Romero revient également sur ses intentions et n'hésite pas à critiquer son travail, le tout dans une ambience joviale qui rend ce commentaire particulièrement agréable à écouter malgré quelques petits passages à vide.


Est également inclus un petit documentaire de quatorze minutes intitulé : The Cult Film Legacy of Lynn Lowry. Il s'agit d'une excellente interview de l'actrice (entrecoupée d'extraits des films mentionnés) qui revient sur sa carrière avec une franchise rare. Ses interventions sont intéressantes et jamais gratuites.
Sont aussi disponibles deux bandes-annonce du film, deux bandes-annonces TV, une galerie qui comprend plus de deux-cents photos et matériels promotionnels et une biograpahie de George Romero.

Un ensemble donc relativement complet et surtout d'un intérêt constant, ce qui est remarquable de la part de ce petit éditeur indépendant et surtout pour un tarif de vente aussi raisonnable. De plus, il n'est jamais fait mention que cela soit une édition spéciale ou collector alors que pour une fois l'appellation serait largement méritée surtout pour un film aussi rare.



Conclusion
Une belle édition qui permet de littéralement redécouvrir l'oeuvre tant la qualité d'image est étonnante pour un film à budget microscopique des années soixante-dix, même si la partie son est beaucoup plus classique. De plus, l'éditeur a concocté un ensemble fort correct de suppléments. Le tout est vendu à un prix intéressant et profite donc de notre recommandation.

Une oeuvre engagée et viscérale qui résume bien les obsessions de cet excellent cinéaste qu'est George Romero. Si le film est visiblement limité par son budget minuscule, la verve satirique et contestataire du réalisateur est toujours aussi violente même si l'ensemble est moins maîtrisé que Night of the Living Dead (1968) ou Dawn of the Dead (1979). Une curiosité à voir absolument pour tous les amateurs de fantastique et également pour tous ceux qui aiment que le cinéma soit capable à la fois de divertir et critiquer. D'autant plus qu'avec les craintes d'attentat bactériologique actuelles, ce film vieux de trente ans prend une résonnance toute particulière.



Qualité vidéo:
4,0/5

Qualité audio:
3,0/5

Suppléments:
3,0/5

Rapport qualité/prix:
3,5/5

Note finale:
3,5/5
Auteur:

Date de publication:

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Crazies, The

Année de sortie:
1973

Pays:

Genre:

Durée:
103 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Blue Underground

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1

Format d'image:
1.66:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby mono

Sous-titres:
-

Suppéments:
Commentaire audio, documentaire, bandes-annonces, spots TV, galerie de photos et posters, biographie du réalisateur

Date de parution:

Si vous avez aimé...