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DVDEF

Miller's Crossing

Critique
Synopsis/présentation
Les frères Coen, Joel (réalisateur) et Ethan (producteur), nous offrent depuis les années quatre-vingt les films les plus originaux et différents qui soient, le tout emballé dans un savoir technique et scénaristique quasiment sans équivalent dans le cinéma actuel. Leur parcours atypique, leurs qualités artistiques et leur relative indépendance vis à vis des studios font que les frères Coen sont à compter parmi les meilleurs et plus intéressants cinéastes de leur génération. Ils ont touchés à divers styles avec la même aisance, tout en utilisant l'absurdité et l'humour comme armes principales : le polar avec Blood Simple (1984), la comédie façon bande-dessinée avec Raising Arizona (1987), le drame intellectuel hors-normes avec Barton Fink (1991), la comédie à la Frank Capra avec The Hudsucker Proxy (1994), le drame criminel avec Fargo (1996), la comédie sur fond de suspence avec The Big Lebowski (1998), le film d'aventure avec O'Brother, where are thou ? (2000), et le drame criminel en noir et blanc avec The Man who wasn't there (2001).

A chaque fois le succès critique fut au rendez vous et le public suivit également. Leurs oeuvres sont trop différentes pour vraiment toucher une large audience, mais ils ont leurs afficionados parmi les cinéphiles chez qui leurs films sont très attendus.


Miller's Crossing (1990) aborde ainsi en apparence le film de gangsters des années quarante, matiné d'influences provenant directement du film noir et des romans "Hard Boiled" de Dashiell Hammet (La Moisson Rouge). On y suit le parcours tortueux et énigmatique de Tom (Gabriel Byrne), bras droit du caïd local Leo (Albert Finney). Celui-ci mêne un jeu très complexe d'alliance puis de mésentente avec d'autres truands, et noue une relation tumultueuse et dangereuse avec la propre petite amie de Leo, Verna (Marcia Gay Haden). Les méandres de l'intrigue vous perdront dans un dédale de situations référentielles, tirées des classiques du genre, très intelligemment mise en scène par les deux frères. Ceux-ci innovent perpétuellement grâce à des trouvailles visuelles fortes et des digressions scénaristisques surprenantes. Le jeu de fausses trappes créé par l'excellent scénario qu'on leur doit également, permet de jouer constamment avec le côté conventionnel (car référentiel) de leurs personnages et intrigues, en les confrontant à un univers absurde, à la limite d'une vision fantasmée du film de gangsters. Ils rejoignent ainsi la démarche à la fois deconstructrice et créatrice du mythe que Sergio Leone avait appliqué en son temps au Western.

Ainsi, la force des personnages vient de l'équilibre entre leur face codée et leur côté décalé, qui leur évite de sombrer dans la parodie ou l'hommage. Les situations dans lesquelles ils se débattent sont souvent absurdes et le film ressemble finalement à une gigantesque mystification où pour une fois, le spectateur n'est pas pris pour un idiot. Au contraire on lui demande de réfléchir pour suivre l'intrigue, de ressentir pour essayer de comprendre les personnages, d'admirer la beauté des images et la complexité de leur composition, d'écouter une bande-son remarquablement travaillée et une musique splendide qui posent le film, et pour finir d'apprécier l'intelligence et l'ironie de la mise en scène.

De plus, comme dans beaucoup de grands films, l'interprétation est absolument capitale et les frères Coen sont de grands directeurs d'acteurs. Gabriel Byrne est remarquable d'ambiguité et de secret, conférant à son personnage l'opacité nécessaire à son statut de manipulateur. Face à lui, les autres acteurs s'en donnent à coeur joie pour incarner ces personnages hauts en couleur, aux réactions si étranges parfois. D'Albert Finney à John Polito en passant par John Turturo (dans un de ses premiers rôles marquants, une révélation) ou Marcia Gay Harden, jusqu'aux plus petits rôles, le choix des acteurs est impeccable et renforce la crédibilité des personnages.


Image
L'oeuvre est offerte au format d'image respecté d'après un transfert 16:9.

La défintion générale s'avère surprenante de qualité pour un film aussi difficile à bien rendre sur support vidéo. L'interpositif est propre mais laisse cependant apparaître sporadiquement quelques poussières et traits qui ne s'avèrent absolument pas gênants. Beaucoup de finesse dans le rendu des détails était nécessaire pour un film aussi riche visuellement que celui-ci et heureusement pour nous, le résultat est à la hauteur. Le rendu des couleurs de l'impressionnante et superbe photogrpahie de Barry Sonnenfeld est formidable. Les couleurs sont toujours justes, constantes et bien saturées. Le contraste est lui aussi de bon niveau même s'il aurait pu être plus poussé par moments. Néanmoins, il parvient à éviter les brillances. Les parties sombres (quasiment tout le film) sont remarquablement restituées, aidées par une profondeur et une pureté des noirs vraiment appréciables. Les dégradés s'avèrent très bien reproduits et tant mieux car ils sont essentiels pour cette oeuvre.

La partie numérique du transfert est difficile à prendre en défaut, mais de temps à autre une légère surdéfinition des contours et un aspect un peu instable des arrières-plans font leur apparition. Ces défauts sont toutefois fort peu gênants et nous les signalons car ils sont bien présents, mais il faut être vraiment tatillon pour estimer qu'ils distraient le spectateur.


Son
Les bandes-son disponibles sur cette édition sont respectivement en Anglais (DD 4.0 ), Français (DD 2.0 surround), Espagnol (DD 2.0 stereo).

La bande-son anglaise est d'un dynamique élevée fort appréciable (coups de feu). Elle offre du coup une présence vraiment effective malgré une spatialisation un peu en retrait (DD 4.0 oblige). Le déploiement du champ sonore est relativement bon sur les enceintes avant, celles-ci fournissant un effet stéréo très efficace. La superbe et émouvante musique de Carter Burwell est remarquablement integrée au reste de la bande-son. Les enceintes arrières sont peu utilisées mais toujours de façon efficace (coups de feu, ambiance ou musique), malgré un niveau un peu faible. Les dialogues et toutes leurs nuances (très importantes pour ce film) sont parfaitement rendus en toutes circonstances et ce malgré l'absence d'enceinte centrale dédiée. Les basses fréquences manquent un peu de profondeur, mais cela est du à l'absence d'un canal spécifique. Néanmoins, en l'état, elles apportent l'assise nécessaire à cette bande-son.

Les deux bandes-son doublées (Française et Espagnole) sont nettement en retrait et souffrent de la qualité artistique du doublage.

Les sous-titres sont disponibles en Anglais et Espagnol.

Une bande-son qui aurait sans aucun doute mérité un vrai remixage en multicanal (5.1), mais qui s'avère néanmoins très efficace, remplissant efficacement son rôle.


Suppléments/menus
Une section qui souffre de l'absence d'un véritable documentaire mais néanmoins les diverses entrevues présentes nous permettent d'approfondir certains détails de l'oeuvre.

L'interview la plus importante et organisée comme un documentaire de seize minutes est celle du directeur de la photographie: Shooting Miller's Crossing: a conversation with Barry Sonnenfeld. Le cinéaste (The Adams Family, 1991; Men in Black, 1997) nous raconte comment il en est venu à travailler avec les frêres Coen et nous explique son style. Il nous parle des trois films qu'il à tourné avec eux (Blood Simple, 1984; Raising Arizona 1987; Miller's Crossing, 1990) et décortique un peu plus son travail spécifique à Miller's Crossing. L'homme est passionné et du coup son interview devient captivante et suffisamment riche en informations pour mériter que l'on s'y interesse vraiment.

Sont ensuite présents des Interviews Soundbites de Gabriel Byrne, Marcia Gay Hayden et John Turturro. Les trois acteurs ont tous des choses interessantes à dire, mais malheureusement, leurs interventions sont trop courtes et en nombre trop limités. Est également disponible une galerie de photos dont la plupart ont curieusement pour sujet Barry Sonnenfeld. A noter la regrettable absence d'interventions du grand Albert Finney.

Sont également disponibles les bandes-annonces de Raising Arizona, Miller's Crossing et Barton Fink. Elles sont toutes trois de bonne qualité technique et surtout d'une qualité artistique malheureusement trop rare.

A noter une jacquette et des menus de transition musicaux absolument superbes et totalement dans l'esprit de l'oeuvre.

Une section interessante mais trop peu fournie et surtout manque à l'appel un commentaire audio et/ou un documentaire qui aurait pu nous éclairer d'avantage sur les intentions des cinéastes.




Conclusion
Une belle édition d'un magnifique film trés attendu sur support DVD. L'image est perfectible mais s'avère déja magnifique en l'état et la bande-son est améliorable aussi mais remplit bien son office. Quelques bons segments d'entrevues sont présents mais peinent à remplacer de vrais suppléments élaborés spécialement pour l'occasion. Un achat grandement recommandé malgré les réserves sus-mentionnées.

Une oeuvre d'une beauté et d'une complexité renversantes. En faisant semblant de simplement revisiter le film de gangster les Coen trompent leur monde et proposent un film certes référentiel et trés proche des ecrits du grand Dashiell Hammett, également une réflexion poussée sur la tromperie et les apparences qui dépasse largement le cadre du film de genre. Une oeuvre à la fois facile d'accés au premier degré et qui mérite dans le même temps plusieurs visionnages pour en saisir tout le sens et en apprécier toute la beauté. Les frêres Coen sont à leur meilleur, leurs acteurs et leurs techniciens également.



Qualité vidéo:
3,5/5

Qualité audio:
3,0/5

Suppléments:
3,0/5

Rapport qualité/prix:
3,0/5

Note finale:
3,5/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2003-06-06

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Miller's Crossing

Année de sortie:
1990

Pays:

Genre:

Durée:
115 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Twentieth Century Fox

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.85:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 4.0
Française Dolby 2.0 Surround
Espagnole Dolby 2.0 stéréo

Sous-titres:
Anglais
Espagnol

Suppéments:
Documentaire sur Barry Sonnenfeld, Interviews, Galerie de Photos, Bandes-annonces

Date de parution:
2003-05-20

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