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DVDEF

Kwaidan

Critique
Synopsis/présentation
Masaki Kobayashi (1916 - 1996) est une figure importante du cinéma japonais d'après-guerre. Tout au long de ses 22 films, il met souvent en scène des individus s'opposant à l'hypocrisie et à l'arbitraire des puissants qui utilisent tous les moyens pour asseoir leur hégémonie. Originaire de l'île D'Hokkaido, il étudie les beaux-arts à l'Université de Waseda. Après ses études, il commence à travailler pour la Shochiku, une maison de production principalement axée sur le cinéma de divertissement. Pendant la guerre, il combat en Manchurie. Cette expérience de la guerre le rend férocement anti-militariste et l'inspire à créer l'oeuvre monumentale qu'est Ningen no Jôken (La condition de l'homme). Après la guerre, Kobayashi travaille comme assistant de Kinoshita (1912 - 1998) dont il restera le disciple toute sa vie. En 1952, il réalise son premier film Musuko no Seishun (Jeunesse du fils). Ce moyen-métrage de 40 minutes est un mélodrame familial dans la lignée de ceux réalisés par Kinoshita. Cette première expérience de réalisation lance sa carrière de metteur en scène à la Shochiku, mais sa relation avec son employeur sera marquée par les conflits. L'année suivante, il réalise Kabé Atsuki Heya (La chambre aux murs épais), d'après un scénario de Kôbô Abé (1924 - 1993). Cette charge contre le militarisme et la responsabilité pendant un conflit armé restera sur les tablettes pendant quatre années, Kobayashi refusant de modifier certaines scènes.
À la fin des années cinquante, Kobayashi s'attaque à son projet le plus ambitieux, Ningen no Jôken, qui l'a véritablement fait connaître en Occident. Ce triptyque de neuf heures et demie raconte les mésaventures d'un pacifiste en temps de guerre qui sera amené au suicide, autant par la bêtise de ses compatriotes que par celle de l'ennemi. Naît alors une collaboration entre Kobayashi et son acteur fétiche, Tatsuya Nakadai, découvert dans magasin où il travaillait comme vendeur.
Suivit une période importante dans sa production cinématographique. Seppuku (prix spécial du jury au Festival de Cannes en 1963), Jôi-uchi (Rébellion, 1967) et Nihon no Seishun (Hommage à un homme fatigué, 1968) sont des œuvres particulièrement fortes. Kobayashi y dénonce les puissants qui se cachent derrière leur position sociale, les discours et les codes d'honneur pour exercer leur hégémonie.
À la fin de sa carrière, Kobayashi réalise son unique documentaire, Tokyo Saiban (Les procès de Tokyo, 1984), qui fut particulièrement mal accueilli par les Américains. Cette œuvre de quatre heures interroge le droit moral des Américains de juger les crimes de guerre commis par les Japonais pendant la deuxième guerre mondiale. Bien qu'à aucun moment Kobayashi ne cherche à disculper son pays des atrocités commises par les militaires nippons, il jette un regard plus que critique sur les prétentions qu'ont les Américains de juger d'autres peuples en regard des fautes qu'ils ont eux-mêmes commises, notamment au Viet Nam.
Kobayashi s'est souvent vu refuser des projets de film jugés trop délicats comme celui sur l'implication du Japon dans la guerre du Viet Nam. Mais l'impossibilité de réaliser l'adaptation du roman de Inoué "Les chemins du désert" a été la grande déception qui a marqué la fin de sa carrière. Ce roman, vaste fresque historique sur la route de la soie qui passait par le désert de Gobi, avait été préparé pendant vingt ans. Inoué avait donné son accord verbal pour l'adaptation mais, à sa mort, les producteurs ont trouvé le projet de Kobayashi trop coûteux et l'ont confié à un autre réalisateur. Le vieil adage s'était avéré juste une fois encore : les paroles s'envolent et les écrits restent. Kwaidan, qui fait l'objet de cette édition Criterion, est basé sur quatre contes traditionnels japonais retranscrits par l'Américain Lafcadio Hearn (1850 - 1904). Le premier raconte l'histoire d'un samouraï qui répudie sa femme pour marier la fille d'un seigneur qui le prendra dans ses rangs. Rongé par le remord, il retourne chez son ancienne épouse. Il croit la revoir intacte, mais c'est à son fantôme qu'il s'adresse Lorsqu'il s'en aperçoit il sombre dans la folie.
Le deuxième récit est celui de la femme des neiges qui prend la vie des individus téméraires prisonniers des éléments. Rencontrant un jour un jeune homme (Tatsuya Nakadai), elle décide de l'épargner. En retour, le jeune homme ne doit jamais raconter cette aventure à qui que ce soit. Plusieurs mois après cet épisode, le bûcheron rencontre une jeune femme dont il tombe amoureux. Ils se marient et ont trois enfants. Un soir, il constate que son épouse ressemble à la femme des neiges rencontrée plusieurs années auparavant. Il lui fait le récit de sa mésaventure, ne se doutant pas qu'elle est effectivement la femme des neiges. Cette dernière décide de l'épargner de nouveau par amour pour leurs enfants.
Le troisième récit nous présente Hoichi un barde aveugle. La nuit, Hoichi devant une assemblée de fantômes narre la bataille Dan-no-Ura où le clan des Heiké fut massacré. Pour le protéger des fantômes, des moines écrivent sur son visage des textes, mais ils ont oublié les oreilles...
Le quatrième conte présente un guerrier qui voit dans un bol de thé le visage d'un individu venu pour le défier. Le combat avec des spectres le rendra fou et sont âme sera damné.
Kwaidan (prononcer kaidan, ce qui signifie " histoire de fantômes ") est d'une très grande finesse artistique et d'une remarquable rigueur dans la mise en scène. Nous y retrouvons les éléments clé du langage cinématographique de Kobayashi: caméra mobile, prises de vues avec cadres en angle, asymétrie de la composition des plans et soin particulier apporté à la bande sonore où silences et sons se succèdent en contrastes appuyés.
Kwaidan est le premier film couleur de Kobayashi. Cette oeuvre est une célébration de la grande tradition artistique du Japon, tant pour les formes picturales que théâtrales. Le diplômé en arts de l'Université de Waseda s'en donne à coeur joie, en particulier avec le deuxième et le troisième conte entièrement réalisé en studio avec des arrière-plans superbement stylisés, véritable tableau donnant une dimension presque féerique à l'ensemble. Cette œuvre est le film culte des directeurs artistiques.
Kobayashi intègre au récit les formes théâtrales typiquement japonaises que sont le Nô et le Kabuki. Dans le troisième conte, nous avons droit à un magnifique dialogue entre ces deux formes de théâtre. Le chant du musicien aveugle est de tradition Nô et les images du récit sont directement inspirées du Kabuki. Le style est remarquable. Ce film, qui a remporté le prix spécial du jury au Festival de Cannes en 1965, est l'un des joyaux du patrimoine cinématographique mondial et constitue une remarquable synthèse de l'art japonais.


Image
Bien que l'interpositif soit de bonne qualité, il n'est pas sans défaut. On remarque ici et là des égratignures et des pertes d'émulsion, ce qui gêne cependant pas le visionnement du film. Notons que les copies encore en circulation sont très souvent décolorées et abîmées. La copie que Criterion nous offre est certainement la meilleure qu'elle pouvait trouver.
Le transfert anamorphique au format 2.35:1 ne vaut pas les 50$ CA qu'il faut débourser pour se procurer l'oeuvre. Il est correct dans l'ensemble, mais sans plus, et certains plans nous donnent l'impression d'être hors focus. Les couleurs sont généralement bien rendues, ce qui est un minimum pour ce film, mais elles ne sont pas toujours très stables (baisses d'intensité notables). La peau des personnages garde une apparence naturelle. Le contraste est relativement bon, mais pas exceptionnel et Les noirs sont plutôt bons.
La définition laisse un peu à désirer. Dans les mouvements rapides de caméra (la compétition de Kyudo), on remarque des effets de zigzag dans le rendu des personnages. En résumé, disons que si vous achetez ce DVD, c'est pour l'oeuvre elle-même, non pour le tranfert.


Son
Une bande sonore japonaise monophonique est la seule offerte sur ce DVD. Elle est correcte, mais aurait mérité d'être remixée pour cette édition. Les différents plans sonores manquent de détachement et les voix hors champ manquent de naturel. Le souffle est néanmoins sous contrôle. Les francophone qui ne sont pas familiers avec le japonais doivent se contenter des sous-titres anglais car Criterion vit uniquement sur la planète "États-Unis".


Suppléments/menus
Ceux-ci se résument à la bande annonce du film. Il n'est point besoin de dire que cette absence est indigne d'un coffret valant 50$ CA, tout Criterion qu'il soit. Sans offrir des documentaires coûteux à produire, des entrevues d'experts du cinéma japonais ou des commentaires audio d'un historien du cinéma auraient grandement enrichi l'édition. Criterion aurait aussi pu inclure des notes sur la production, le réalisateur et les acteurs.



Conclusion
Voilà un film remarquable d'un réalisateur qui mériterait une plus grande diffusion en Amérique du Nord. Malheureusement, il est servi par un DVD somme toute moyen, mais qui restera sûrement longtemps la seule édition de ce long-métrage disponible en Zone 1.
Pour ceux et celles que ne sont pas familiers avec le cinéma japonais et qui voudraient apprendre à le connaître, il existe un essai de M. Claude Blouin portant le titre de "Le chemin détourné", édité chez Hurtubise HMH dans la collection "Brèches". Cet essai sur Kobayashi et le cinéma japonais est une excellente porte d'entrée pour comprendre ce cinéma national. Notez que M. Blouin a été pendant de nombreuses années un proche de Masaki Kobayashi.


Qualité vidéo:
3,0/5

Qualité audio:
2,0/5

Suppléments:
0,5/5

Rapport qualité/prix:
2,5/5

Note finale:
2,8/5
Auteur: Sylvain Lafrenière

Date de publication: 2001-08-02

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur NTSC Toshiba 32 pouces, Récepteur Sony STR-DE945, Lecteur DVD Sony DVP-S360, enceintes Energy, câbles Cable Accoustic Research

Le film

Titre original:
Kwaidan

Année de sortie:
1964

Pays:

Genre:

Durée:
164 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Criterion

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
2.35:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Japonaise Dolby mono

Sous-titres:
Anglais

Suppéments:
Bande-annonce

Date de parution:
2000-10-10

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