Facebook Twitter      Mobile RSS        
DVDEF

Kandahar

Critique
Synopsis/présentation
Kandahar, tout dernier film de Mohsen Makhmalbaf, est largement inspiré d'un fait vécu. La famille de Nelofer Pazira a fui l'Afghanistan à la fin des années quatre-vingt pour se diriger vers le Canada. Étudiante et journaliste, elle reçoit vers la fin des années quatre-vingt-dix des lettres d'une amie à Kandahar. Son amie l'informe de la situation du pays sous le régime Taliban et de son état psychologique. Nelofer Pazira se rend à la frontière de l'Afghanistan mais, confrontée au danger, on la convainc de ne pas de se rendre à Kaboul. Dans l'impossibilité d'agir, elle fait part de cette histoire au cinéaste Mohsen Makhmalba.
Ce n'est pas le première fois que Mohsen Makhmalba, cinéaste d'origine iranienne, parle du peuple afghan. Avec Bicycleran (1987), il avait abordé la question des réfugiés de ce pays. Makhmalba reprend essentiellement l'histoire de Nelofer Pazira. Nafas (interpreté par Nelofer Pazira), une journaliste canadienne dont la famille avait fui l'Afghanistan, tente de se rendre à Kandahar. Sa soeur, amputé des jambes, menace de se suicider à la prochaine éclipse. La route menant à Kandahar lui fera découvrir un pays ravagé, croisant au chemin des familles afghanes déracinées, des gens mutilés que la Croix-Rouge tente d'aider, un Mollah enseignant à de jeunes enfants (tous des hommes) les lois coraniques.
Il ne faudrait pas croire, à tort, que Kandahar ne parle que des femmes afghanes ostracisées sous des burkas. En fait, le réalisateur se sert plus de cette symbolique pour mieux traiter d'un peuple bafoué par le fanatisme religieux. La burkas devient ici le symbole d'un peuple qui doit se taire, devenir anonyme devant la toute puissance de préceptes religieux. Ces prisons de tissus sont visuellement d'une grande beauté ce qui rend le message d'autant plus cruel. Mais Kandahar trace aussi un parallèle pertinent entre le fanatisme religieux et la mutilation/ostacisation du corps. Ce thème est récurant tout au long du film; les corps amputés des hommes, ceux des femmes obsurcisées sous un voile, un médecin devant porter une fausse barbe...
Kandahar est solidment bâti; rien n'est sûr au long de ce voyage. Le climat de tension, de violence psychologique est permanent; la peur d'être fouillé, contrôlé ou pillé. La violence de ce pays, Mohsen Makhmalbaf a eu l'intelligence de nous la montrer subtilement; à travers le regard de ceux qui en sont victimes. C'est plus subtil et autrement plus efficace.
La réalisation de Mohsen Makhmalbaf se raproche parfois du documentaire, parfois de la fiction. Cet entre-deux finit parfois par agaçer; alors que nous voudrions plonger totalement dans cet univers, le cinéaste garde une distance (Nafas livre ces confidences à un magnétophone). Sans douter de la pertinence du sujet de l'oeuvre, ni même des qualités du film (le lyrisme de certains plans est évocateurs et extraordinairement puissant), on se demande si le cinéaste n'a pas trop voulu livrer un message à l'intention des occidentaux. Mohsen Makhmalbaf devrait savoir plus que quiquonque qu'un cinéma politique n'a pas besoin d'être formèlement didactique pour être efficace.
Kandahar fut mis en nomination à Cannes pour la Palme d'Or. Le réalisateur c'est finalement vu remettre le prix Oeucuménique du jury.


Image
Le transfert nous présente Kandahar en format d'image original de 1.85:1 d'après un transfert anamorphosé.
La photographie de Kandahar est tout ce qui avait de plus problématique à reproduire en format DVD; une image toujours en mouvement (le film fut tourné en grande partie caméra à l'épaule), des variétés de textures (sols rocailleux, sable, textures complexes) et une lumière parfois tamisée. Ce transfert est-il réussi? Oui, en grande partie.
La définition générale de ce transfert est dans l'ensemble excellente, offrant un solide niveau de détails. Toutefois, quelques plans, sans être flous, semblent souffrir d'un léger manque de piqué. Bien que le taux de transfert vidéo soit quasiment à son maximum (en moyenne à 9,5 mo/sec!), la résolution du format DVD (480) ne permet simplement pas de reproduire les détails d'une extrême finesse. Ceci étant considéré les détails et textures, sont présentés avec le maximum de subtilité et que le format permet actuellement d'offrir. La colorimétrie, dans son ensemble, étonne. Autant les couleurs plus subtiles (ocres, beiges) que celles pleinement saturées (burkas) sont superbement reproduites. À peine, observe-t-on une très légère instabilité des couleurs à quelques moments. Le niveau des noirs (la brillance) est correctement ajusté et on n'observe aucune fluctuation distrayante. Les dégradés présentent un niveau de détails adéquat, tandis que les noirs sont purs et intenses.
L'interpositif utilisé en vue de ce transfert est exempt de toute anomalie, mis à part la présence de quelques rares parasites (points) et d'un grain occasionellement visible (mais imputable au matériel source). Aucune sur-définition des contrours n'a été appliquée.


Son
L'unique bande sonore mélange l'anglais et le persan. Cette bande-son, Dolby 2.0 stéréo, est l'unique mixage qui a été fait; jamais le film ne fut mixé en 5.1.
Cette bande-son est strictement fonctionelle. La stéréophonie est très peu mise à contribution, nous offrant ainsi, au bout du compte, un mixage esseniellement mono (réparti sur deux canaux). Élément sonore principal, les dialogues (anglais) sont nets et toujours intelligibles. Se prononcer sur le rendu des dialogues en farsi est trop aléatoire pour qui ne connait pas cette langue, d'autant plus que plusieurs des personnages sont interpretés par des figurants engagés sur les lieux de tournage (qui ont probablement leur propre dialecte).
La trame-sonore est reproduite sans trop de fidélité et profondeur. Il est dommage que cette production n'ait pu jouir d'un budget plus substentiel, car le mixage en souffre quelque peu.
Il y a option de sous-titrage en anglais et français. Bizarrement, on ne peut, à partir des menus, choisir les sous-titres désirés. Il faut impérativement faire la sélection via la télécommande de son lecteur.



Suppléments/menus
Cette édition est la première offerte sous la bannière Signature Collection. Rappelons que, sous cette bannière, Séville offrira des édition incluant un lot plus important de suppléments.
Mentionnons d'abord la présence d'un livret (dépliable) qui, belle initiative de Séville, est bilingue. Autant la retranscription d'une entrevue avec Mohsen Makhmalbaf, qu'un texte de Nelofer Pazira ont été traduits. La pertinence de ces textes ne fait aucun doute et il s'agit d'un bel ajout à cette édition.
Autre belle surprise, dès que la lecture du disque est amorcée, le spectateur a le choix de naviguer parmis les différents menus en anglais ou français.
Les suppléments, à proprement dit, débute avec une piste de commentaires audio animée par Nelofer Pazira. Cette piste est surement le plus bel ajout à cette édition. Nelofer Pazira est quelqu'un d'articulé qui évite les anecdotes inutiles. Le propos évoque les enjeux entourant la production du film, les réalités du peuple afghan, mais aussi ses propres motivations. À écouter absolument.
On peut, par la suite, jeter un coup d'oeil à un segment nommé Lifting the Veil. Ce documentaire est en fait un long reportage produit par CTV dans le cadre de l'émission d'affaire public W5. Très formel, ce reportage, d'une vingtaine de minutes, évoque, au fil d'entrevue avec Nelofer Pazira, l'histoire de cette femme; du départ de l'Afghanistan, de sa vie au Canada à la génèse de Kandahar. Ce reportage ne révolutionne rien, mais à le mérite de bien résumer l'hitoire de Nelofer Pazira. Séville a ici eu la présence d'esprit de récupérer du matériel déja produit, une façon simple et efficace de complèter une édition. Il est seulement dommage qu'il n'y ait pas eu option de sous-titrage en français.
Deux biographies sont incluses; celles Mohsen Makhmalbaf (5 pages) et de Nelofer Pazira (8 pages). Dans ce cas-ci, et si vous avez choisi de naviguer en français, toutes les biographies sont en français!
Une galerie de photo, prisent lors du tournage, s'ajoute aux suppléments. Bien que certains clichés soient d'une incontestable beauté, la présentation de cette galerie est un peu fade. Pourquoi ne pas avoir accompagné cette galerie d'un extrait de la trame-sonore et opter pour des transition en fondu des clichés?
Complète finalement cette édition, la bande-annonce internationale du film (4:3, Dolby 2.0 stéréo) et les bandes-annonces de trois autres films aussi offerts en format DVD par Séville (In The Mood for Love, Three Seasons et Lost and Delirious).




Conclusion
Ce film de Mohsen Makhmalbaf ne laisse pas indifférent; la dernière séquence du film est d'une puissance étonnante. Cette édition, la première offerte sous la bannière Signature Collection, rend pleinement justice au film. Nous avons toujours cru que l'industrie canadienne ne pouvait se démarquer en offrant un produit de très haute qualité ou qui correspond à nos réalités linguitiques. Cette édtition en est surement un bel exemple.


Qualité vidéo:
4,0/5

Qualité audio:
3,0/5

Suppléments:
3,9/5

Rapport qualité/prix:
4,0/5

Note finale:
4,0/5
Auteur: Mathieu Daoust

Date de publication: 2002-05-22

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur NTSC Widescreen 16:9 Toshiba TheaterWide TW40X81, Récepteur Pioneer Elite VSX-07 TX, Lecteur DVD Pioneer Elite DV-37, enceintes Paradigm, câbles Monster Cable.

Le film

Titre original:
Safar e Ghandehar

Année de sortie:
2000

Pays:

Genre:

Durée:
85 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Films Séville

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.85:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:

Bande(s)-son:

Sous-titres:
Anglais
Français

Suppéments:
Piste de commentaires audio, documentaire, livret, biographies et bandes-annonces

Date de parution:
2002-05-14

Si vous avez aimé...